Moruroa

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Moruroa
Mururoa
Carte de Mururoa
Carte de Mururoa
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Archipel Tuamotu
Localisation Océan Pacifique
Coordonnées 21° 50′ 00″ S 138° 50′ 00″ O / -21.83333, -138.833333 ()21° 50′ 00″ S 138° 50′ 00″ O / -21.83333, -138.833333 ()  
Superficie 15 km2
Géologie Atoll
Administration
Démographie
Population Aucun habitant
Autres informations
Fuseau horaire UTC-10

Géolocalisation sur la carte : Polynésie française

(Voir situation sur carte : Polynésie française)
Moruroa
Moruroa
Atolls de France

Moruroa, aussi transcrit en Mururoa[1],[2] et historiquement appelé Aopuni[3], est un atoll de l'archipel des Tuamotu, situé en Polynésie française. Celui-ci a servi, comme un autre site de l'océan Pacifique, l'atoll de Fangataufa distant de 45 kilomètres, de lieu d'expérimentation à 138 essais nucléaires français. Moruroa appartient en pleine propriété à l'État français depuis 1964.

Géographie[modifier | modifier le code]

Moruroa est un atoll de 28 km de longueur et 11 km de largeur maximales pour une superficie de terres émergées d'environ 15 km2 situé à 1 250 km au sud-est de Tahiti. L'atoll est composé de plusieurs motus de tailles variées.

D'un point de vue géologique, l'atoll est l'excroissance corallienne (de 295 mètres) du sommet d'un des plus importants monts volcaniques sous-marins de la traînée des Tuamotu[réf. nécessaire] (d'un volume de 8 514 km3), qui mesure 3 325 mètres depuis le plancher océanique et qui s'est formé il y a entre 32,9 et 42,6 millions d'années[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

La première mention de l'atoll par un Européen est faite par Philip Carteret le 11 juin 1767 quelques jours après sa découverte de l'île Pitcairn. Il baptise l'atoll du nom de Bishop of Osnaburgh Island (île de l'évêque d'Osnaburgh)[5]. Le 25 février 1792, la baleinière britannique Matilda fait naufrage à proximité de Moruroa où les rescapés, commandés par le capitaine Weatherhead[6], trouveront refuge et à partir de laquelle ils rejoindront Tahiti en canots de fortune. En avril 1823, c'est le navigateur français Louis Isidore Duperrey qui visite Moruroa, à bord du navire La Coquille, puis c'est au tour du Britannique Frederick William Beechey de l'aborder le 26 janvier 1826[6].

Essais nucléaires[modifier | modifier le code]

Vue de l'atoll de Moruroa et de ses installations militaires par un satellite espion américain KH-7 (26 mai 1967)

En 1964, l'Assemblée territoriale de Polynésie cède gratuitement à l'État français Moruroa et Fangataufa, déjà occupé par l'Armée[7], par une délibération précisant « Au cas de cessation des activités du centre d'expérimentation du Pacifique, les atolls de Moruroa et de Fangataufa feront d’office retour gratuit au domaine du territoire dans l’état où ils se trouveront à cette époque, sans dédommagement ni réparation d’aucune sorte de la part de l’État., Les bâtiments qui s’y trouveront édifiés à cette même époque, ainsi que le matériel laissé sur place, deviendront la propriété du territoire, sans indemnité »[8].

Ce site présentait des critères alors jugés adaptés pour y tester des armes nucléaires : lieu éloigné et désertique, n'étant jouxté que par une faible densité de population (moins de 2 300 habitants dans un rayon de 500 km et moins de 5 000 dans un rayon de 1 000 km), venté avec un régime de vents dirigeant le nuage radioactif vers 6 000 km d'océans réputés déserts[8]. Les deux atolls sont classés terrain miliaire en 1964 [9] puis en zones protégées de défense nationale[10].

Le premier des 138 essais effectués au total à Moruroa est réalisé le 2 juillet 1966[11].

Vue sur Mururoa en 2005

Les essais nucléaires français suscitent des inquiétudes et des oppositions locales et internationales et le 10 juillet 1985, le Rainbow Warrior, un bateau de l'organisation écologiste Greenpeace en route vers l'atoll est coulé à Auckland en Nouvelle-Zélande par des agents des services secrets français, causant la mort du photographe portugais Fernando Pereira et provoquant le scandale de l'affaire du Rainbow Warrior.

Alors que la France observe depuis plusieurs années un moratoire sur les essais nucléaires, le nouveau président français Jacques Chirac autorise en 1995, une dernière campagne d'essais, avant la ratification du traité d'interdiction complète des essais nucléaires. Ces essais ont pour objectifs de valider différents modèles permettant des simulations ultérieures en laboratoire. Ils provoquent une vive campagne internationale de protestations allant jusqu'au boycott, avec en pointe les pays d'Océanie et des organisations internationales, dont Greenpeace. Cette campagne d'essais nucléaires prend fin l'année suivante. L'évolution de la géologie et de la radioactivité de l'atoll est depuis surveillée attentivement par l'armée française. Une étude de l'INSERM menée de 2002 à 2005 affirme dans sa conclusion que « les essais nucléaires réalisés par la France ont très probablement accru le nombre de cancer de la thyroïde »[12]. En outre, selon le Conseil économique, social et culturel de la Polynésie française (en 2006), ils ont « causé une déstabilisation des flancs de l’atoll de Moruroa »[8] et « des fuites d’éléments radioactifs des cavités-cheminées, notamment du tritium, se sont produites et continuent de se produire »[8].

Moruroa et Fangataufa appartiennent en pleine propriété à l'État français depuis 1964[8]. Malgré le vote en 2012 par le Sénat d'une loi proposant leur rétrocession à la collectivité de Polynésie française, le gouvernement Ayrault n'inscrit pas la loi à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'appellation « Mururoa » est plus courante en français, et figure comme première entrée dans des dictionnaires d'usage courant, mais le nom polynésien de l'atoll est bel et bien Moruroa.
  2. Le Petit Larousse 2008, éd. Larousse, Paris (ISBN 978-2-03-582503-2) p. 1542
  3. Names of the Paumotu Islands, with the Old Names So Far As They Are Known par J.L. Young dans The Journal of the Polynesian Society, Volume 8, No. 4, December 1899, p.264-8
  4. (en) Moruroa Seamount sur le catalogue Seamount de earthref.org
  5. John Byron, Philip Carteret, Samuel Wallis, An Account of the Voyages Undertaken by the Order of His Majesty, 1775, James Williams, p.173
  6. a et b Les Atolls des Tuamotu par Jacques Bonvallot, éditions de l'IRD, 1994, (ISBN 9782709911757), pp.275-282.
  7. « Les atolls de Moruroa et de Fangataufa ont été cédés gratuitement en toute propriété à l’État par le territoire » de la Polynésie française, « par délibération n° 64 - 27 du 6 février 1964, soit après l’implantation du CEP et de la DIRCEN »
  8. a, b, c, d et e Conseil économique, social et culturel de la Polynésie française (2006) Rapport sur la reconnaissance par l’État des droits des victimes des essais nucléaires français et leurs impacts sur l’environnement, l’économie, le social et la santé publique en Polynésie français; rapporteurs Paul Tony ADAMS, Jean-Marie CHEUNG, Daniel PALACZ et Hanny TEHAAMATAI
  9. Arrêté n° 1878/DOM du 4 août 1964
  10. Arrêtés de la République française, du 1er août 1980
  11. Les atolls de Moruroa et Fangataufa sont cédés par délibération du Territoire de Polynésie no 64-27 du 6 février 1964, rendue exécutoire par arrêté no 290/AA/DOM du 8 février 1964
  12. http://www.moruroa.org/medias/pdf/De%20vathaire%20fr.pdf
  13. Question no 5966 et réponse publiées au Journal officiel des 2 octobre 2012 p. 5306 (question) et 5 mars 2013 p. 2570 (réponse), sur le site de l'Assemblée nationale.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie-Thérèse et Bengt Danielsson, Moruroa, notre bombe coloniale. Histoire de la colonisation nucléaire de la Polynésie française, Paris, Ed. L'Harmattan, 1993, 656p.
  • Jean-Marc Regnault, La France à l'opposé d'elle-même, Les Editions de Tahiti, 2006, 228 p.
  • Jean-Marc Regnault, La bombe française dans le Pacifique, Polymages-Scoop, 1993, 186 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]