Indes orientales néerlandaises

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Indes orientales néerlandaises
Nederlandsch-Indië Hindia-Belanda (nl)

1800 – 1949

Drapeau
Drapeau des Pays-Bas
Blason
Description de l'image  Nederlandsindie.PNG.
Informations générales
Statut Colonie néerlandaise
Capitale Batavia
Langue Néerlandais, indonésien, malais
Religion Islam, protestantisme
Fuseau horaire +7 à +9
Superficie
Superficie 1 919 440 km2
Histoire et événements
1er janvier 1800 Colonie néerlandaise
17 août 1945 Proclamation d'indépendance
27 décembre 1949 Reconnaissance par les Pays-Bas

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Les Indes orientales néerlandaises ou plus simplement Indes néerlandaises (néerlandais : Nederlands-Indië ; indonésien : Hindia Belanda) est le nom que les Pays-Bas donnaient à l'ensemble des îles qu'ils contrôlaient en Asie du Sud-Est jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Le 17 août 1945, celles-ci proclament leur indépendance sous le nom de République d'Indonésie. Les Pays-Bas ne reconnaîtront cette indépendance que le 27 décembre 1949, au terme d'une période de conflit armé et diplomatique que les Indonésiens appellent Revolusi.

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de l'Indonésie.

Avant 1602[modifier | modifier le code]

Au XVIe siècle, en Europe, un gramme de clou de girofle vaut plus qu’un gramme d’or. Les Européens, dont l'approvisionnement en épices dépend du Moyen-Orient, cherchent un accès direct aux îles qui les produisent.

Les Portugais sont les premiers à trouver la route maritime qui relie l'Europe à l'Asie en contournant le Cap. En 1511, Afonso de Albuquerque prend Malacca, le plus important port d'Asie du Sud-Est. À partir de cette base, les Portugais s'installent progressivement aux Moluques, les îles aux épices tant convoitées.

Les Hollandais ne tardent pas à découvrir la route par le Cap. En 1592, une première expédition, dirigée par J. H. van Linschoten et Cornelis de Houtman, atteint le sultanat producteur de poivre de Banten dans l'ouest de l'île de Java. Ce premier voyage leur permet de faire un modeste bénéfice.

Compagnie néerlandaise des Indes orientales (1602-1798)[modifier | modifier le code]

Les possessions et les échanges commerciaux de la Compagnie des Indes néerlandaises au XVIIe et XVIIIe siècles.
Carte des Indes orientales de William Dampier, 1697

Le 20 mars 1602 la « Compagnie unie des Indes Orientales » (Vereenigde Ooste Indishe Compagnie, VOC) est fondée à l’initiative d’Oldenbarnevelt, avec un capital de 6 440 millions de florins répartis en actions. Les États généraux lui octroient une charte lui donnant le monopole du commerce dans l’océan Indien[1]. La Compagnie peut traiter avec les souverains locaux, faire la guerre, lever des troupes, posséder des navires de commerce et de guerre, construire des forts. Elle est administrée par l’« Assemblée des Dix-sept » (de Heeren Zeventien), représentant les six Chambres de Commerce des Provinces-Unies. En 1605, elle occupe un premier fort portugais aux Moluques. Désireuse de contrôler le commerce du poivre vers l'Europe, la VOC prend Jayakarta, une petite place forte vassale de Banten, en 1619 et la rebaptisent "Batavia" en l'honneur de leurs ancêtres, les Bataves.

En 1641, les Hollandais prennent Malacca aux Portugais. Ils occupent Kupang, un établissement portugais dans l'ouest de Timor, en 1653. Les Portugais se maintiennent dans l'est de l'île.

Batavia en 1740

Au XVIIe siècle, le royaume de Gowa dans le sud de Sulawesi menace l'hégémonie que les Hollandais veulent imposer dans l'est de l'archipel indonésien. Gowa finit par être vaincue. Au cours du XVIIIe siècle, Java est le théâtres de guerres de successions qui poussent la VOC à intervenir. Elle impose aux princes javanais de signer en 1755 le traité de Giyanti, qui consacre la souveraineté hollandaise sur Java.

Vers 1750, toute l’île de Java est ainsi dominée par la Compagnie hollandaise des Indes orientales. Ailleurs, les Hollandais gouvernent par l’intermédiaire des princes locaux, qui vivent des tributs prélevés sur les paysans. À Sumatra, la Compagnie les utilise comme intermédiaire de son commerce par les comptoirs de Padang et de Palembang. Le sud de Bornéo attire également la compagnie en raison de ses ressources en poivre, diamants et or. Les Moluques connaissent à cause des épices le régime le plus dur. Les quotas fixés à la baisse par la Compagnie sur le girofle et la muscade provoquent la misère des habitants qui dépendent de la Compagnie pour leur ravitaillement et la chute de la population. Quand les marchés européens réclament plus d’épices et que les prix montent, la Compagnie impose d’accroître la production. Mais les populations refusent, craignant de devoir plus tard arracher leurs plantations. Malgré l’interdiction du transport des semences, les Britanniques et les Français introduisent alors clous de girofles et muscades dans leurs colonies, compromettant le monopole hollandais.

La quatrième Guerre anglo-néerlandaise (1780-1784) affaiblit la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, qui a négligé d’entretenir la flotte et l’armée. Les princes et la population de l’archipel mettent à profit les difficultés de la Hollande et il faut mener des expéditions difficiles à Bornéo et à Sulawesi. Des mouvements insurrectionnels éclatent à Java. La route des détroits est menacée. Le sultan de Riouw, archipel au sud de la péninsule malaise, forme avec le sultan de Johore et d’autres princes une véritable coalition. Malacca, investie en 1784, est sauvée de justesse.

Pendant les trois ans de guerre, les relations commerciales avec la métropole ont été interrompues[2]. À Java, on manque de monnaie d’argent et de cuivre, et les administrateurs doivent vendre à bas prix aux étrangers les marchandises qui s’accumulent dans les magasins. Ils doivent créer un papier-monnaie. En métropole, la Compagnie n’évite la faillite qu’en sollicitant l’aide de la province de Hollande et des États Généraux. La paix de 1784 lui porte un nouveau coup en ouvrant les mers indonésiennes aux Britanniques qui occupent Penang en 1786. Les Français s’intéressent à la vieille route de Suez, qui menace la route du Cap. Les commissions d’enquêtes (1780 et 1791) comme les plans de réformes ne changent rien aux méthodes anciennes de colonisation.

En 1795, devant l'invasion des troupes françaises, le stadhouder Guillaume V d'Orange-Nassau se réfugie en Angleterre et demande à ses administrateurs de céder les territoires néerlandais à l'Angleterre pour qu'ils ne tombent pas aux mains des Français. Les administrateurs hollandais de l’Indonésie hésitent entre leur crainte du jacobinisme et leur haine de la Grande-Bretagne. Ils décident de reconnaître la République batave mais de gérer seul les affaires indonésiennes[2].

Les Britanniques occupent Malacca le 17 août 1795[3], puis certains établissements hollandais (côte occidentale de Sumatra, Amboine (16 février 1796), îles Banda (8 mars 1796), Ternate)[4]. Les Hollandais tiennent Java, Makassar, Banjarmasin et Palembang, et parviennent à chasser les Britanniques de la forteresse de Kupang à Timor dont ils s’étaient emparés en juin 1797[5].

Le 1er mai 1796, les directeurs abandonnent l’administration de la Compagnie hollandaise des Indes orientales à un « Comité pour les affaires orientales » nommés par le gouvernement. En 1798, la VOC tombe en faillite, minée par la corruption et la mauvaise gestion, et le décret de sa suppression prend effet le 31 décembre 1799[2]. Ses actifs sont repris par le gouvernement de la République batave.

Esclavage[modifier | modifier le code]

La colonie hollandaise du Cap importe des esclaves venant d’Indonésie dès le XVIIe siècle[6]. Mais des esclaves africains sont aussi envoyés vers l’Indonésie[7]. La VOC a organisé une traite pour les plantations de muscades à Sulawesi et des mines d’or de Sumatra[8].

Après 1799, l’État néerlandais exploite directement ses possessions et cherche à définir une nouvelle politique coloniale. Le Comité pour les affaires orientales informe les autorités de Batavia qu’il faut songer à introduire progressivement les idées nouvelles de liberté et d’égalité dans les Indes. Batavia répond que les nouveaux principes ne lui sont pas très bien connus et que l’on ne saurait bouleverser les relations établies entre les peuples et les princes indigènes. Le gouvernement hollandais assure qu’il n’est pas question d’appliquer les principes de liberté et d’égalité dans les possessions indiennes tant qu’elles se trouveront « dans l’état nécessaire de subordination ». L’esclavage ne saurait être aboli « jusqu’à ce qu’un ordre plus élevé de civilisation générale permette l’amélioration du sort des esclaves avec la coopération de toutes les nations européennes qui ont des possessions outre-mer » (27 avril 1799)[9].

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Les Hollandais récupèrent toutes leurs colonies sauf Ceylan à la paix d’Amiens du 25 mars 1802 mais les perdent à nouveau quand la paix est rompue. Les autorités de Batavia entendent mener une politique indépendante vis-à-vis de la France et du Royaume-Uni. Java connaît alors une période de prospérité et écoule sa production (café, sucre, épices) en direction des neutres (Danois et Américains), jusqu’en 1807, année où le Danemark entre en guerre et où Thomas Jefferson interdit à ses compatriotes de quitter les ports américains[9].

Le 1er janvier 1808, le gouverneur-général Daendels, « patriote » rallié au roi Louis Bonaparte, arrive à Batavia alors que l’économie est florissante mais les paysans sont dans la misère ; le commerce est encore actif mais aux mains des étrangers ; les fonctionnaires ont gardé les anciennes habitudes de la Compagnie des Indes ; la menace britannique pèse sur l’île et les princes locaux n’attendent qu’une occasion pour se révolter. Il procède à d’importantes réformes : tous les fonctionnaires reçoivent un rang dans la hiérarchie militaire et un salaire approprié. Les princes indigènes (« les régents ») perdent toute autonomie et ne sont plus que des représentants de l’État hollandais. Daendels prévoit une justice pour les Indonésiens rendue par les tribunaux composés d’Indonésiens selon les coutumes de Java. Les étrangers (européens, Chinois, Arabes et Indonésiens non Javanais) relèveront des cours de justice de Batavia, Semarang et Surabaya selon les codes hollando-indonésiens. Il réorganise l’armée, crée des fabriques de poudre, de munition et d’armes, aménage une école d’artillerie à Semarang, un hôpital militaire et développe les fortifications. Daendels fait construire la "Grande route postale" (Grote Postweg (nl)), qui relie Anyer, sur la côte ouest de Java, à Panarukan sur la côte est. Il impose aux paysans le régime de la corvée et généralise la pratique du travail forcé, notamment dans la culture du café. Il favorise la colonisation privée et vend de grandes étendues de terres à l’ouest et à l’est de Batavia, avec liberté totale d’exploiter les paysans.

Guerres coloniales[modifier | modifier le code]

Guerre anglo-néerlandaise de Java (1810-1811)[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Guerre anglo-néerlandaise de Java.

Du 19 février au 26 août 1810, les Britanniques occupent les Moluques[10]. Gilbert Elliot entre en relation avec les princes indigènes, joue au libérateur et provoque des révoltes, particulièrement dans le sultanat de Banten. Le 11 février 1811, apprenant que le Royaume de Hollande a été annexée par Napoléon le 9 juillet 1810, Daendels hisse le drapeau français à Batavia. Quelques mois plus tard, il est rappelé et remplacé par Jan Willem Janssens (en) comme gouverneur de Batavia.

En août-septembre 1810, Java est conquise par les Britanniques de sir Thomas Stamford Raffles, devenu lieutenant-gouverneur de Java. Batavia est occupée le 8 août. Les soldats indonésiens font défection et le gouverneur hollandais Janssens doit capituler le 18 septembre. L’archipel indonésien est rattaché au gouvernement général des Indes britanniques. Les princes javanais qui ont soutenu les Britanniques son déçus, car Raffles intervient dans leurs affaires intérieures et procède à des annexions. Le procédé des livraisons forcées est abandonné sauf pour le café. Raffles compte introduire à Java le système établi dans le Bengale : la terre appartenant au gouvernement de Batavia, les terres non cultivées peuvent être cédées à des colons étrangers, celles déjà cultivées sont louées par l’intermédiaire des chefs de village aux cultivateurs qui la travaillent. Ces paysans, dans l’impossibilité de s’acquitter du loyer (landrente), empruntent et passent sous le joug des usuriers, qui sont souvent les chefs de village eux-mêmes. En même temps, le commerce libre est encouragé. Raffles songe à exporter des cotonnades anglaises, ce qui implique la disparition des industries locales et la création d’un marché colonial.

Du 5 au 10 avril 1815 a lieu l'éruption volcanique du volcan Tambora, de l'île de Sumbawa, 90 % de la population de l'île meurt (plus de 50 000 morts). L'éruption cause des anomalies climatiques tout autour du monde.

En 1816, les Britanniques rétrocèdent Java aux Pays-Bas. Les Hollandais installent une administration directe sur l’ensemble de leurs possessions.

Le Traité de Londres est signé en 1824 entre les Anglais et les Hollandais. Le contrôle des territoires revendiqué par les Européens au sud de Singapour revient aux Hollandais.

Guerre des Padri (1821-1837)[modifier | modifier le code]
Article détaillé : guerre des Padri.
Guerre de Java (1825-1830)[modifier | modifier le code]
Arrestation du prince Diponegoro le 28 mars 1830.
Article détaillé : guerre de Java.

De 1825 à 1830, la rébellion du prince Diponegoro de Yogyakarta se traduit par la guerre de Java.

Le XIXe siècle voit le début de l’exploitation économique de Java et la soumission des autres États princiers. La « guerre de Java » a ruinée la colonie, qui s’est endettée. Une partie de l’opinion néerlandaise devient hostile au système colonial. La population de Java a terriblement souffert de la guerre, de la famine et des épidémies. On estime à plus de 200 000 le nombre de victimes.

Le traité de Sumatra, signé entre le Royaume-Uni et les Pays-Bas et 1871, entérine l'extension de la domination hollandaise dans l'île de Sumatra. L’ouverture du canal de Suez en 1869 a augmenté l’intérêt du détroit de Malacca (auparavant, les navires empruntant la route du Cap utilisaient plutôt le détroit de la Sonde). Les Britanniques, présent à Singapour, laissent les Hollandais intervenir dans le sultanat d’Aceh à condition qu’ils garantissent la sécurité le long du détroit de Malacca.

Guerre d'Aceh (1873-1904)[modifier | modifier le code]
Article détaillé : guerre d'Aceh.

Le 26 mars 1873, le gouvernement néerlandais déclare officiellement la guerre au sultanat d'Aceh dans le nord de Sumatra, qui résiste au pouvoir colonial des Pays-Bas. Les Néerlandais ne parviennent à contrôler que les régions côtières. En 1908 s'achève la conquête de Bali et officiellement la guerre d'Aceh. Des révoltes perdurent cependant jusqu’en 1939. En ce début du XXe siècle le mouvement nationaliste prend son essor.

Le temps du Cultuurstelsel[modifier | modifier le code]

Pour redresser la colonie après la guerre de Java, le gouverneur Hollandais Johannes van den Bosch impose le système des cultures (Cultuurstelsel) qui oblige les paysans javanais à consacrer un cinquième de la terre et de leur travail aux cultures d’exportation (thé, café, épices, sucre, indigo) imposées par le gouvernement. Les produits ainsi obtenus sont la propriété de l’État.

Le Cultuurstelsel aboutit à une exploitation sans précédent des populations indigènes en Indonésie. Les limites fixées au départ ne seront pas respectés, et le prélèvement d’un cinquième des terres cultivées peut aller jusqu’au tiers, voire la moitié dans les régions de canne à sucre. Au cinquième du temps de travail fournit au gouvernement pour la culture des terres (60 à 70 jours), qui peut atteindre 90 jours voire 240, s’ajoute un système de corvées pour les travaux d’aménagement (routes, ports, magasins, urbanisme, fortifications). Les corvéables reçoivent une maigre rétribution, qui payée en retard les met à la merci des usuriers. L’impôt foncier continue d’être prélever (il double en quinze ans). Les frais d’administration sont réduits au minimum. La société évolue. Les régents javanais sont intéressés au système des cultures et se conduisent en despotes. Dans les villages, l’administration communautaire se renforce et est utilisée par les Hollandais pour faciliter la mise en application du système des cultures et freiner le développement de la propriété individuelle.

Pour la métropole, les résultats du système sont positifs. Entre 1830 et 1877, « l’excédent colonial » représente 800 millions de florins, dont les quatre cinquièmes sont dus au café. Les chiffres culminent entre 1860 et 1864. La population, si elle connaît un accroissement constant, souffre du système qui privilégie les cultures d’exportation au détriment de la production vivrière[11].

Le Cultuurstelsel provoque de grandes famines et de nombreuses révoltes dans certaines régions de Java entre 1843 et 1850. En 1843, la famine éclate dans la région de Cheribon à Java, à la suite de la décision d’ajouter le riz à la liste des cultures d’État[12].

Wolter Robert van Hoëvell, pasteur à Batavia, a fondé en 1838 un journal, qui en 1848 prend un caractère politique. Il demande plus de démocratie et l’abolition de l’esclavage. Revenu aux Pays-Bas et membre de la seconde Chambre en septembre 1849, il critique la politique coloniale du gouvernement[13].

La Constitution promulguée le 3 novembre 1848 oblige le roi des Pays-Bas de faire « présenter aux États Généraux un rapport circonstancié sur l’administration » des colonies et possessions « et sur l’état dans lequel elles se trouvent ». Le 2 septembre 1854, un règlement gouvernemental, sans modifier le système des cultures, tient compte des modifications constitutionnelles qui ont prévu le contrôle du Parlement sur les Colonies néerlandaises et rappelle qu’un des devoirs les plus impératifs du gouverneur général est « la protection de la population indigène contre les actes arbitraires de qui que ce soit ». Le règlement précise que « le gouverneur général à soin de fonder des écoles pour la population indigène ». En fait, seuls 60 000 Indonésiens seront scolarisés à la fin du siècle[14].

En 1852, il y a 17 285 Européens à Java et 4 832 dans les possessions extérieures des Indes néerlandaises. Ce sont presque tous des fonctionnaires (administrateurs, contrôleurs des cultures de l’État, militaires). En 1900, ils sont 62 477 à Java et 13 556 dans les possessions extérieures. Outre les fonctionnaires, beaucoup sont des planteurs et des commerçants[15].

Une campagne des libéraux hollandais contre le système de cultures forcées réussit à en faire disparaître les aspects les plus injustes. Le Cultuurstelsel est progressivement abandonné dans les années 1860 ; en 1863 pour les cultures de poivre, girofle et de noix de muscade, et 1865 pour les cultures d’indigo, de thé et de cannelle et l’élevage de cochenilles, en 1866 pour les cultures de tabac[16].

Une loi agraire du 9 avril 1870 interdit aux indigènes d’aliéner leurs terres héréditaires, les protégeant de la famine en leur assurant la terre indispensable aux cultures vivrières. Toutes les terres incultes sont la propriété du gouvernement et peuvent être remise à bail emphytéotique pour la durée maximale de 75 ans, ce qui permet l’implantation de colons et de sociétés. La loi sur le sucre du 21 juillet 1870 prévoit la disparition progressive de cette culture d’État entre 1878 et 1891. Le café et le sucre représentent alors les trois quarts de la valeur totale des exportations.

En 1873, le théier d’Assam est introduit à Java. Cette culture connait un grand essor dans les monts Pranger[17]. Celle de l’hévéa, implantée en 1877, se développe après 1890[18].

En 1883 est créée la Royal Dutch pour exploiter une concession pétrolière à Sumatra dans la zone de Langkat à Telega Saïd. Alors une petite société, elle constitue en 1890 avec la Shell Transport and Trading Company le groupe de la Royal Dutch Shell, qui ne dispose jusqu’en 1910 que des pétroles indonésiens[19].

Une grave crise agricole éclate en 1885. Des maladies atteignent les plantations de thé et de café (dont la valeur des exportations tombe de 59,9 millions de florins en 1880 à 19,7 en 1885). Les prix s’effondrent en raison de la concurrence. De nombreuses entreprises individuelles, déjà fortement endettées, sont réduites à la faillite. Les solutions à la crise demandent des investissements (modernisation, construction de voies ferrées). Il s’effectue un mouvement de concentration dans l’économie[20].

À partir de 1898, les Hollandais imposent les « traités succincts » faisant des princes des « États indigènes » de simples exécutants aux ordres du pouvoir colonial[21].

XXe siècle[modifier | modifier le code]

« Réveil national » (1908-1942)[modifier | modifier le code]

Inauguration du Volksraad ("conseil du peuple") en 1930
Soekarno lors de son procès en 1930

Le 20 mai 1908, R. M. Wahidin Soedirohoesodo (1852–1917), un médecin javanais à la retraite, fonde le Boedi Oetomo ("l'intelligence suprême" en javanais), avec comme ambition d'élever la condition des Javanais à la fois par l'acquisition des connaissances occidentales et l'étude de leur propre culture. Le gouvernement indonésien a déclaré cette date "jour du réveil national" (Hari Kebangkitan Nasional).

En 1911, des marchands de batik javanais, désireux d'unir leurs forces face aux grossistes chinois, fondent le Sarekat Islam.

Le 21 mai 1939, un comité de coordination, le Gabungan Politik Indonesia (GAPI), est constitué entre huit opérations nationalistes, qui réclame le self gouvernement, un régime démocratique dans le cadre de l’unité nationale et affirme son désir de prendre part à la lutte antifasciste. En décembre, le GAPI convoque à Jakarta un Congrès du Peuple indonésien qui adopte le Bahasa Indonesia comme langue nationale, le drapeau rouge et blanc et le chant Indonesia Raya comme hymne national.

Occupation japonaise[modifier | modifier le code]

Campagne des Indes orientales néerlandaises.

Le 11 janvier 1942 les Japonais débarquent dans les Indes néerlandaises, désireux de se rendre maitre de leurs matières premières. Le 9 mars, les forces alliées capitulent sans condition à Bandung (les Hollandais ont refusé l’offre des nationalistes de constituer des milices pour participer à la défense de l’archipel indonésien). Le 17 mars, le dirigeant nationaliste indonésien Soekarno, emprisonné depuis deux ans, est libéré par les Japonais.

Les pertes humaines sont estimées à quatre millions de morts parmi la population civile.

Le 17 août 1945, Soekarno et Hatta proclament l'indépendance de l'Indonésie vis-à-vis des Pays-Bas à Batavia qui retrouve son nom de Djakarta. Les Pays-Bas s'y opposent. Cette proclamation marque le début de la décolonisation, c’est le réveil du sud. Le 18 août, une Constitution est proclamée. Soekarno devient président de la république d’Indonésie ; Hatta, vice-président. Fin septembre, les forces britanniques débarquent sur les îles pour participer au maintien de l'ordre contre les forces nationalistes indonésiennes qui essayaient d'empêcher le retour des Hollandais dans la colonie. Faute de troupes, les Britanniques confient aux Japonais le soin de maintenir l’ordre dans les régions où ils ne peuvent pas intervenir, mais à Java, les fonctionnaires japonais doivent céder la place à leurs adjoins indonésiens sous peine d’être abattus par la gendarmerie indonésienne. Les souverains locaux se rallient au gouvernement national qui a promis de respecter leur statut. Des entreprises hollandaises réquisitionnées par les japonais sont nationalisées. Une armée républicaine de volontaires s’organise. Mal équipée, peu expérimentée, elle est nombreuse et s’adapte vite à la guérilla.

Revolusi (1945-1949)[modifier | modifier le code]

Le conflit éclate quand les Hollandais tentent de reprendre en main leur ancienne colonie. Tandis que les troupes néerlandaises débarquent et que Van Mook arrive à Djakarta, Soekarno demande leur retrait, la suppression de l’administration civile remise en place et la reconnaissance du gouvernement indonésien. La Revolusi, période de confrontation militaire et diplomatique avec les Pays-Bas, dure jusqu'au 2 novembre 1949. À la Conférence de la Table Ronde de La Haye (août-décembre 1949), les Hollandais acceptent de transférer la souveraineté sur la totalité de l’Indonésie, excepté la Nouvelle-Guinée occidentale, à la République des États-Unis d'Indonésie avant la fin de l’année. L’union toute symbolique avec les Pays-Bas sera dissoute officiellement en 1954.

Administration[modifier | modifier le code]

L'administration des Indes néerlandaises comportait 3 volets :

  1. Le Binnenlands Bestuur ("administration de l'intérieur"),
  2. L' Inlands Bestuur ("administration indigène"),
  3. Le Bestuur over Vreemde Oosterlingen ("administration sur les orientaux étrangers").

Binnenlands Bestuur[modifier | modifier le code]

Les Indes néerlandaises étaient subdivisées en 36 ou 37 régions (selon l'époque). À la tête de ces régions était en général placé un resident ("résident"). Sa circonscription s'appelait une residentie.

Aceh, l'Oostkust (« côte orientale » de Sumatra du Nord), Ambon et le nord de Sulawesi avaient un gouverneur. Belitung était administrée par un assistent-resident. Dans tous les cas, ces fonctionnaires étaient chargés de l'administration, de la justice, de la police et de l'irrigation locale.

Inlands Bestuur[modifier | modifier le code]

Les fonctionnaires de l' Inlands Bestuur de Kraksaan près de Probolinggo (Java oriental, vers 1885)

Le résident était secondé par des fonctionnaires indigènes. A Java, c'étaient les bupati. Ceux-ci étaient chargés de l'administration de la population locale. Ce principe était nommé soort over soort (« le semblable sur le semblable »). Le bupati était la plupart du temps issu de la haute noblesse ou des familles princières.

L'administration de la population indigène était soumise à l' adat, c'est-à-dire le droit coutumier.

Vreemde Oosterlingen[modifier | modifier le code]

Le majoor des Chinois de Batavia et un hôte hollandais en 1932

Le terme Vreemde Oosterlingen, c'est-à-dire « Orientaux étrangers », désignait les habitants des Indes néerlandaises d'origine chinoise, indienne et arabe. Lorsque ceux-ci formaient une importante communauté en une région donnée, ils avaient le droit à une auto-administration semi-autonome.

Autorité[modifier | modifier le code]

Le résident était responsable envers le gouverneur général des Indes néerlandaises. Le bupati était surnommé le "petit frère" du résident. On entendait par là que le pouvoir reposait en dernier ressort dans les mains du résident. Le bupati était ainsi au même niveau que l' assistent-resident.

En effet, une residentie était subdivisée en 3 à 5 circonscriptions, à la tête de chacune desquelles était placé un assistent-resident.

Nouvelle-Guinée[modifier | modifier le code]

La situation était différente en Nouvelle-Guinée néerlandaise. Cette colonie était subidivisée en 6 circonscriptions, dont chacune était dirigée par un résident.

Aspect économique et politique de la colonisation[modifier | modifier le code]

Européens des Indes[modifier | modifier le code]

Une famille néerlandaise "des Indes" vers 1890
Couple d'Européens des Indes au début du XXe siècle. Comme la plupart des femmes européennes à l'époque, la femme porte la tenue traditionnelle javanaise, le chemisier kebaya et le kain en batik
Une famille métisse vers 1930

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Abraham Jean Arnaud Gerlach, Fastes militaires des Indes-Orientales néerlandaises, J. Norman & fils,‎ 1859 (présentation en ligne)
  2. a, b et c Daniel Benoit, Marc Pain, Transmigration et migrations spontanées en Indonésie : Propinsi Lampung, IRD Editions,‎ 1989 (présentation en ligne)
  3. William Milburn, Oriental commerce, vol. 2, Black, Parry & co.,‎ 1813 (présentation en ligne)
  4. Victoires, conquêtes, revers et guerres civiles des français, vol. 7, Paris, Panckoucke,‎ 1818 (présentation en ligne)
  5. Muridan Satrio Widjojo, The Revolt of Prince Nuku : Cross-Cultural Alliance-Making in Maluku, C. 1780-1810, vol. 12, BRILL,‎ 2009 (ISBN 9789004172012, présentation en ligne)
  6. François-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Paris, Seuil, 2006, (ISBN 2020480034), p. 54 et 144
  7. François-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Paris, Seuil, 2006, (ISBN 2020480034), p. 54
  8. François-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Paris, Seuil, 2006, (ISBN 2020480034), p. 145
  9. a et b Jean Bruhat, Histoire de l'Indonésie, P.U.F.,‎ 1976 (présentation en ligne)
  10. Joël Eymeret, Les archives françaises au service des études indonésiennes : Java sous Daendels (1808 -1811), vol. 4, Archipel,‎ 1972 (présentation en ligne), p. 151-168
  11. Jean Bruhat, op. cit, p. 55.
  12. J. S. Furnivall, Netherlands India : A Study of Plural Economy, Cambridge University Press,‎ 2010 (ISBN 9781108011273, présentation en ligne)
  13. Jan Sihar Aritonang, Karel Adriaan Steenbrink, A History of Christianity in Indonesia, BRILL,‎ 2008 (ISBN 9789004170261, présentation en ligne)
  14. Jean Bruhat, op. cit, p. 57.
  15. Jean Bruhat, op. cit, p. 58.
  16. Daniel Benoit, op. cit, p. 74.
  17. Jean Bruhat, op. cit, p. 53.
  18. Jean Bruhat, op. cit, p. 62.
  19. Jean Bruhat, op. cit, p. 64.
  20. Jean Bruhat, op. cit, p. 63.
  21. Jean Bruhat, op. cit, p. 62.