Bornéo

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Bornéo
Kalimantan (id)
Carte topographique de Bornéo.
Carte topographique de Bornéo.
Géographie
Pays Drapeau de l'Indonésie Indonésie
Drapeau de Malaisie Malaisie
Drapeau du Brunei Brunei
Archipel Grandes îles de la Sonde
Localisation Océan Pacifique (mer de Chine méridionale, mer de Sulu, mer de Célèbes), océan Indien (mer de Java)
Coordonnées 1° N 114° E / 1, 114 ()1° N 114° E / 1, 114 ()  
Superficie 743 330 km2
Côtes 4 971 km
Point culminant Mont Kinabalu (4 095 m)
Géologie Île continentale
Administration
Drapeau de l'Indonésie Indonésie
Provinces Kalimantan occidental, Kalimantan central, Kalimantan du Sud, Kalimantan oriental

Drapeau de Malaisie Malaisie
État Sabah, Sarawak

Drapeau du Brunei Brunei
District Belait, Brunei-Muara, Temburong, Tutong
Démographie
Population 19 800 000 hab. (2010)
Densité 26,64 hab./km2
Plus grande ville Kuching
Autres informations
Découverte Préhistoire
Fuseau horaire UTC+8 sauf Kalimantan occidental UTC+7

Géolocalisation sur la carte : Indonésie

(Voir situation sur carte : Indonésie)
Bornéo
Bornéo
Îles du Brunei - Îles d'Indonésie - Îles de Malaisie

Bornéo est une île du sud-est asiatique (Insulinde).

De forme massive, Bornéo est la quatrième île au monde par sa superficie (736 000 km2), après l'Australie, le Groenland et la Nouvelle-Guinée. Elle est peuplée d'environ 20 millions d'habitants (densité  : 27 hab./km²).

L'Indonésie appelle l'île Kalimantan.

L’île est politiquement et administrativement partagée par quatre pays et États :

  • Sarawak (124 450 km²), situé au nord de l’île de Bornéo et appartenant à la Malaisie orientale ;
  • Sabah, appartenant également à la Malaisie orientale, formant le second État de Malaisie par sa superficie (76 115 km²), au nord de l’île ;
  • Brunéi ou Sultanat de Brunei, riche en pétrole, située au nord de l’île (couvrant au total 5 765 km²) ;
  • Kalimantan (partie indonésienne de Bornéo, couvrant les 4/5e de l’île).

Bornéo est un lieu de grande biodiversité, mais la régression de la forêt tropicale humide est une menace pour de nombreuses espèces végétales et animales.

Étymologie[modifier | modifier le code]

L’origine du nom de Bornéo, est directement liée à celui de Brunei. En effet, lorsque les Portugais arrivèrent dans la région au XVIe siècle, il baptisèrent l’île d'après le principal sultanat (appelé alors Burne ou Burni) qui s’y trouvait et avec qui ils traitèrent.
On ne connaît pas exactement les origines du nom Brunei, cependant il semblerait qu’il provienne du mot Sanskrit varunai (वरुण) signifiant « Gens de la mer », terme devenu au XIVe siècle Barunai[1].

Géographie[modifier | modifier le code]

Incluse parfois dans l'archipel des Grandes îles de la Sonde, dont elle est la plus vaste avec ses 736 000 km2, Bornéo est baigné par la mer de Chine méridionale, au Nord, la mer de Sulu au Nord-Est, la mer des Célèbes à l'Est, le détroit de Macassar au Sud-Est, la mer de Java au Sud, et le détroit de Karimata à l'Ouest.

Son relief se partage entre plaines alluviales à la périphérie et massifs montagneux au centre (de 2 000 à 3 000 m d'altitude), le mont Kinabalu culminant cependant à 4 095 m d'altitude.

Le système hydrographique de l'île est assez conséquent, comportant notamment quatre fleuves longs de plus 500 km : le Kapuas (1 143 km), le Mahakam (980 km), le Barito (880 km) et le Rajang (563 km).

Le climat équatorial est chaud (26 °C en moyenne) et humide (1 500 à 4 500 mm de précipitations selon l'orientation).

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Probablement habitée dès le Paléolithique inférieur, l'île possède l'un des gisements préhistoriques les plus importants de cette région.

En 2000, l'université de Leicester lance le Niah Cave Project, destiné à permettre aux archéologues de réexaminer la stratigraphie du site archéologique le plus célèbre d'Asie du Sud-Est, les grottes de Niah dans les forêts côtières de Sarawak.

Dans les années 1950 et 1960, deux Anglais, Tom et Barbara Harrisson, ont été les premiers à y effectuer des fouilles. Parmi leurs découvertes se trouve notamment un crâne humain, que le radiocarbone a daté d'environ 40 000 ans. C'est la plus ancienne trace humaine à Bornéo, bien antérieure à l'arrivée des Austronésiens. Les Harrisson pensaient que le site avait été occupé sans interruption jusqu'à nos jours. Toutefois, leurs fouilles n'avaient pas fait l'objet d'un inventaire systématique, et de grandes incertitudes demeuraient quant à leurs résultats.

Les trois premières campagnes (septembre 2000, avril 2001 et avril 2002) apportèrent des éléments importants pour la connaissance de l'histoire du peuplement de l'Asie du Sud-Est, en particulier sur la date de l'arrivée de l'homme moderne à Bornéo en route pour l'Australie.

Par ailleurs, 38 grottes ornées de peintures rupestres (voir http://www.kalimanthrope.com) (2000 empreintes de mains en négatif, et quelque 400 autres représentations symboliques, zoomorphiques bovidés, cerfs et anthropomorphiques) ont été découvertes dans l'Est de Kalimantan ; ces peintures, datées approximativement de 20 000 ans avant l'ère chrétienne et présentant quelques analogies formelles avec l'art rupestre ancien des aborigènes d'Australie, pourraient modifier les théories jusqu'à présent admises sur la chronologie du peuplement de l'Asie du Sud-Est, en montrant que l'influence pré-austronésienne s'est étendue beaucoup plus à l'ouest qu'on ne pensait.

Quoi qu'il en soit, il y a 5 000 ans (3000 av. J.-C.), des habitants du littoral de la Chine du sud commencent à traverser le détroit pour s'installer à Taïwan. Vers 2000 av. J.-C., des migrations ont lieu de Taïwan vers les Philippines. De nouvelles migrations commencent bientôt des Philippines vers Sulawesi et Timor et de là, les autres îles de l'archipel indonésien, dont Bornéo. Les Austronésiens sont sans doute les premiers grands navigateurs de l'histoire de l'humanité.

Histoire[modifier | modifier le code]

Située sur les grandes routes maritimes entre la Chine et d'une part l'archipel indonésien et d'autre part l'Inde et le Moyen-Orient, Bornéo est très tôt intégrée dans un réseau commercial international.

Les noms de Filipines (sur la côte nord de l'île), Kutai (dans l'est), Banjarmasin (sur la côte sud) et du Sukadana (sur la côte ouest) sont attestés dès le XIVe siècle. Le Nagarakertagama, un poème épique écrit en 1365 dans le royaume javanais de Majapahit, les mentionne en effet parmi les quelque cent « contrées tributaires » du royaume. En réalité, le territoire contrôlé par Majapahit ne s'étendait que sur une partie de l'est et du centre de Java. Les contrées tributaires étaient en fait des comptoirs formant un réseau commercial dont Majapahit était le centre.

Les Portugais et les Espagnols sont les premiers Européens à s'intéresser à Bornéo au XVIe siècle.

Puis, à partir du XVIIe siècle, l'île devient l'enjeu de luttes entre Hollandais et Anglais. Cette rivalité explique la division actuelle de l'île, inchangée depuis les décolonisations. Ce contexte historique permet de comprendre la période de conflit qui, de 1962 à 1966, a opposé l'Indonésie à la Malaisie sur la question du statut du nord de Bornéo.

Le crâne de Bornéo gravé d'entrelacs fit son entrée en 1876 dans les collections du Muséum de Lyon[2]. Envoyé par le biologiste et anthropologue Armand de Quatrefages de Bréau, il fut enregistré comme « crâne de Négrito-Papou de l'intérieur de Bornéo, sculpté par les Dayak ». Depuis, cette mention avait laissé plus d'un spécialiste perplexe car elle présupposait qu'une population « négrito » ait vécu sur la grande île d'Asie du Sud-Est. Or l'existence de cette population de petite taille, à la peau noire, présente en Malaisie péninsulaire et aux Philippines, n'a jamais été attestée à Bornéo. Le mystère serait demeuré complet si la mise en valeur récente d'anciennes collections, dans le cadre du musée des Confluences, à Lyon, n'avait fait sortir ce crâne de l'ombre. Son étude vient d'élucider l'énigme. Malgré sa petitesse, il ne s'agissait pas de la tête d'un « Négrito » mais de celle d'une jeune femme, victime d'une pratique rituelle de la « chasse aux têtes », courante à Bornéo au milieu du XIXe siècle. L'examen des motifs gravés a permis de déterminer l'origine précise de ce « trophée ». Son décor végétal correspond exactement à celui des objets en bambou gravés par l'ethnie dayak des Bidayuh, qui vit aujourd'hui dans l'État malaisien du Sarawak et dans la province indonésienne de Kalimantan occidental. Que l'on se rassure cependant la chasse aux têtes ne fait plus partie des traditions de Bornéo depuis les années 1920.

Article détaillé : Confrontation Indonésie-Malaisie.

Populations et langues[modifier | modifier le code]

Les langues de Bornéo appartiennent pratiquement toutes aux rameaux suivants de la branche malayo-polynésienne des langues austronésiennes :

Parmi les langues de Bornéo qui n'appartiennent pas à ces rameaux, figurent notamment les diverses formes de malais.

Biodiversité, faune et flore[modifier | modifier le code]

Riche de dizaines de milliers d'espèces animales et végétales dont une grande partie reste encore à découvrir, la forêt primaire de Bornéo, au cœur de l'Insulinde, est une sorte de paradis primitif pour de nombreuses espèces endémiques et rares. Des conditions de vie extrême (chaleur, hygrométrie proche de la saturation et luminosité au sol presque nulle), y ont créé un univers unique où les plantes sont volontiers carnivores, les lézards et les singes volent et les crapauds savent se déguiser en feuilles mortes. L'île est parmi les zones du monde les plus riches en biodiversité, et de nouvelles espèces y sont souvent découvertes, les plus étonnantes pouvant être relayées par la presse, comme c'est le cas de la limace Ibycus rachelae, le phasme Phobaeticus chani ou la grenouille Barbourula kalimantanensis.

Les plantes carnivores de l'île[modifier | modifier le code]

Les plantes carnivores présentes à Bornéo font notamment partie du genre Nepenthes dont on compte plus de soixante espèces originaires de l'île. Les népenthès sont des plantes vivaces, terrestres ou épiphytes qui attirent leurs proies par le nectar que l'on trouve autour du péristome et sur la face interne de l'opercule. Les proies glissent, s'engluent et finissent par être digérées par des enzymes situées dans le fond de l'urne qui dégradent les tissus de l'animal.

Quelques exemples de népenthès présentent sur l'île : N. rajah, N. villosa, N. truncata...

Déforestation et feux[modifier | modifier le code]

De toutes les grandes étendues forestières tropicales, celle de Bornéo régresse actuellement le plus rapidement, notamment à cause des incendies ou feux de forêts (qui sont en outre sous les tropiques une source massive de gaz à effet de serre, et de dégradation des « puits de carbone » (sols et tourbes notamment).
Dans le Sud-Est-Asiatique, Bornéo connait le plus fort taux de déforestation au monde. Le feu y est l'une des premières causes de déforestation, et occasionne un énorme relargage de CO2 dans l’air. Près d’un quart des forêts de Bornéo (parmi les plus riches du monde en biodiversité) a brûlé au moins une fois en 10 ans[3],[4]. Une analyse de tous les incendies observés par plusieurs satellites survenus à Bornéo sur 10 ans a montré que :

  • environ 16,2 millions d'ha, (soit l’équivalent de 21 % de la surface de Bornéo), ont été touchés par le feu au moins une fois et 6 % de plus d'une fois.
  • Le phénomène El Niño aggrave le phénomène à cause des moindres pluies qui l’accompagnent (l’incidence et la gravité des incendies triple alors par rapport aux conditions météorologiques normales). 0,3 million d'hectares brûlent en année normale contre 1 million d'ha au cours des années El Niño)
  • Les sols forestiers tourbeux (les meilleurs puits de carbone) qui peuvent être très épais en Indonésie sont les plus touchés (continuant parfois à brûler en profondeur malgré la saison des pluies)
  • La fréquence des incendies varie fortement selon les 3 pays qui occupent l’île de Bornéo et selon leurs provinces, bien que les écosystèmes et l'utilisation des terres soit assez similaires sur toute l'île.
  • Alors qu'il y a 4 États dans l'île, et que la forêt y semble homogène, de même que les usages du sol, le feu touche beaucoup plus la vaste région de Kalimantan (en moyenne 5 fois plus en pourcentage de la superficie totale, sur 10 ans). De plus, en régime El Niño les feux n’ont augmenté que dans le Kalimantan et non au Brunei et au Sabah. Une même tendance a été observée dans les parcs nationaux qui brûlent moins, ce qui indique ou confirme que dans ces forêts humides, les sécheresses induites par El Niño ne sont pas la seule cause d’aggravation de fréquence et de surface des incendies.

Limiter les feux de forêt en zone tropicale aurait un impact très important sur le climat ; le « Zéro feux » est un des objectifs de l'ANSEA [5].

Climat[modifier | modifier le code]

Comme toutes les autres îles équatoriales, Bornéo possède un climat humide tout au long de l'année (presque) avec parfois de fortes pluies ou averses. Les températures restent entre 15 et 33 degrés en moyenne tout au long de l'année avec parfois de violents orages qui donnent de fortes précipitations.

Agriculture[modifier | modifier le code]

La culture du palmier à huile s'est propagée à une vitesse fulgurante : un bienfait pour l'économie du pays, une catastrophe pour sa biodiversité. La plaine du Kinabatangan, où jadis s'étendait la forêt primaire, est désormais convertie à cette monoculture qui a transformé les paysages des îles de Bornéo.

Bornéo dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Bornéo est le deuxième endroit où Nathan Drake se rend, dans le jeu vidéo Uncharted 2: Among Thieves. Nathan Drake, le héros principal, s'y rend pour essayer de trouver une relique ancienne. Le convoi de Marco Polo, selon certains écrits, se serait échoué à cause d'un tsunami. Mais cette quête n'est pas de tout repos, c'est ici qu'il rencontre son ennemi juré Zoran Lazarevic. Là commence sa dangereuse et passionnante recherche de Shambhala.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Louis Deroy et Marianne Mulon, Dictionnaire des noms de lieux, (Le Robert, 1994) (ISBN 285036195X).
  2. Les négritos de Bornéo
  3. Andreas Langner et Florian Siegert  ; Spatiotemporal fire occurrence in Borneo over a period of 10 years ; Lien ; DOI: 10.1111/j.1365-2486.2008.01828.x
  4. Arino O, Simon M, Piccolini I, Rosaz JM (2001) The ERS-2 ATSR-2 World Fire Atlas and the ERS-2 ATSR-2 World Burnt Surface Atlas projects. Proceedings of the 8th ISPRS conference on Physical Measurement and Signatures in Remote Sensing, Aussois, 8–12 January 2001.
  5. ASEAN (2003) Guidelines for the Implementation of the ASEAN Policy on Zero Burning. ASEAN Secretariat, Jakarta, Indonesia, ISBN 979-8080-98-X.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • The Austronesians, Bellwood, 1995
  • A History of Modern Indonesia since c. 1300, M. C. Ricklefs, Stanford University Press, 1993
  • Nomades et sédentarisation à Bornéo. Histoire économique et sociale, Bernard Sellato, 1989
  • Hornbill and Dragon: Arts and Culture of Borneo, Bernard Sellato, 1992
  • Early Indonesian commerce, O. W. Wolters, Cornell University Press, 1967
  • Malaisie - Modernité et Traditions en Asie du Sud-Est, Jérôme Bouchaud, Olizane, 2010

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]