Cinchona

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Le genre Cinchona regroupe environ 23 espèces d'arbres ou d'arbustes de la famille des Rubiacées originaires d'Amérique du Sud, dont certaines produisent de la quinine[1].

Histoire de la nomenclature[modifier | modifier le code]

Jussieu[2] rédigea un mémoire sur les quinquinas qui, non publié, ne fut découvert qu'en 1936 . Le travail d'ensemble de José Célestino Mutis, commencé en 1793, ne fut également connu, pour ce qu'il en restait qu'un siècle plus tard. Les travaux les plus précis et connus à l'époque sont ceux de Pavon et Sébastiano Lopez Ruiz publiés en 1794 [3].

Au XVIII et XIXe siècles, les naturalistes avaient du mal à distinguer les différentes espèces de Cinchona. Pour de la Condamine, « le [quinquina] jaune & le rouge n'ont aucune différence remarquable dans la fleur, dans la feuille, dans le fruit, ni même dans l'écorce extérieurement »[4]. Les monographies publiées par Lambert en 1821, de Candolle en 1830, Weddell en 1849 et Kuntze en 1878 n'aboutirent à aucun consensus sur la nomenclature[1].

Alexandre de Humboldt et Aimé Bonpland ont contribué au débat.

Il fallut attendre l'époque de la Seconde Guerre mondiale, pour qu'une équipe venue des États-Unis constitue une collection importante de spécimens en Colombie et Équateur donnant la possibilité d'entreprendre une révision du genre. La présente classification est fondée sur la révision de Lennart Andersson[1] (1998).

Les espèces les plus importantes tant sur le plan pharmacologique que commercial sont :

  • Cinchona calisaya Wedd. (=Cinchona ledgeriana), le quinquina jaune, Pérou, Bolivie
  • Cinchona pubescens Vahl (=Cinchona succiruba), le quinquina rouge; large répartition allant du Costa Rica jusqu'en Bolivie, en longeant la Cordillère des Andes[5].
  • Cinchona officinalis, le quinquina gris, Équateur; tel que conçu par Andersson, ce quinquina n'a plus qu'un rôle historique car il est pratiquement dépourvu de quinine et donc non officinal.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Une longue et vénérable tradition veut que l'étymologie éclaire le sens profond des lexèmes. Avec Cinchona et quinquina, nous avons là deux beaux contre-exemples à cette thèse.

La source de ces deux termes remonte à un écrit sur l'écorce péruvienne de Sebastiano Bado, écrit en 1639 et publié en 1663[6]. L'auteur, un médecin génois n'ayant jamais été en Amérique du Sud, raconte la belle histoire de la comtesse de Chinchon, épouse du vice-roi du Pérou, qui ayant contracté une fièvre tierce fut miraculeusement guérie par l'écorce d'un arbre local. Sur la foi de ce récit, Carl von Linné créa le genre Cinchona (en oubliant en passant un h). Des études récentes montrent que ce récit est certainement apocryphe et que la découverte des propriétés médicinales de l'écorce du Pérou est redevable aux jésuites de Lima[5].

S. Bado fut aussi le premier à employer le terme de quinquina, jusque là les jésuites parlaient l'arbol de las calenturas « l'arbre de la fièvre ». Il justifia ce terme en prétendant que kinakina en quechua désignait l'arbre donnant l'écorce du Pérou. Malheureusement, on sait maintenant qu'il désigne un tout autre arbre : le Myroxylon peruiferum.

Description[modifier | modifier le code]

Les espèces du genre Cinchona sont des arbustes ou plus souvent des arbres pouvant atteindre 18 mètres de hauteur[1].

Les feuilles sont opposées, décussées, pétiolées et à marge entière comme chez la plupart des Rubiacées. Le limbe est membraneux à coriace.

Les inflorescences sont terminales sur les branches latérales. Ce sont des cymes comportant beaucoup de fleurs, en général pentamères. Elles sont bisexuées et hétérodistyles. La corolle est hypocratériforme[7], densément pubescente à l'extérieur, de couleur rouge, rose à pourpre (sauf chez C. micrantha et souvent chez C. calisaya où elle est blanche). Les étamines sont insérées dans le tube de la corolle.

Le fruit est une capsule, ovoïde à ellipsoïde.

Distribution et écologie[modifier | modifier le code]

Les Cinchona sont pour l'essentiel des plantes andines[1]. Cinchona pubescens est l'espèce la plus largement répandue et c'est la seule à s'étendre de la Bolivie jusqu'en Amérique Centrale et sur les côtes du Venezuela.

Le genre a un centre de diversité marqué dans la déflexion de Huancabamba (sud de l'Équateur). Neuf espèces sont présentes uniquement au nord de cette région et neuf autres espèces au sud.

Les Cinchona poussent en montagne entre 1 000 et 3 000 m d'altitude.

Les quinquinas ont été cultivés sous les tropiques pour la production de quinine. L'Inde et Java sont les zones de production les plus importantes. L'Afrique de l'est et le Zaïre ont aussi beaucoup produit d'écorce.

Seules deux espèces ont été exploitées en cultures commerciales importantes :

- C. pubescens, connue aussi comme C. succiruba, quinquina rouge,

- C. calisaya, connue des planteurs sous le nom de C. ledgeriana, quinquina jaune.

La grande culture commerciale s'est écroulée après la Seconde Guerre Mondiale, lorsque la quinine naturelle fut remplacée par des produits de synthèse (chloroquine).

Nota : le Ladenbergia est communément appelé "faux quinquina" .

Utilisation[modifier | modifier le code]

L'écorce des quinquinas jaunes et rouges contient des alcaloïdes, dont la quinine, réputée pour ses propriétés antipaludiques.

Histoire de l'écorce de quinquina[modifier | modifier le code]

Jusqu'au milieu du XVIIe siècle la médecine européenne était restée impuissante contre les fièvres palustres. Pourtant tous les étés, les fièvres intermittentes frappaient les populations du bassin méditerranéen. Peu à peu, la maladie s'était étendue vers le nord, elle atteignit les côtes méridionales de l'Angleterre au XVIe siècle et traversa l'Atlantique avec les colons européens.

Rome était à cette époque la ville la plus impaludée du monde[6]. Plusieurs papes moururent de mal'aria, "le mauvais air".

  • La découverte de l'écorce du Pérou
Écorce de quinquina (Cinchona officinalis)

Ce furent les jésuites qui grâce à leur implantation mondiale trouvèrent dans le Nouveau Monde la plante guérisseuse. Au début du XVIIe siècle, un jésuite italien, Augustino Salumbrino créait à Lima au Pérou une grande pharmacie pour pourvoir aux besoins médicinaux de tous les jésuites de la vice-royauté. Un des membres de la Compagnie de Jésus de Lima, Bernabé Cobo, rapporte en 1639 « Dans le district de la ville de Loja [aujourd'hui situé en Équateur], du diocèse de Quito, pousse une certaine espèce de grands arbres qui ont une écorce semblable à la cannelle, un peu rugueuse et très amère ; laquelle réduite en poudre, est administrée à ceux qui ont la fièvre, et avec ce remède seul le mal disparait ». On sait qu'à partir des années 1631, lorsque les pères jésuites se rendaient à Rome, ils emportaient de « l'écorce du Pérou » avec eux. Les médecins du Vatican eurent alors la possibilité de vérifier que l'« écorce des Jésuites » ou « herbe des Jésuites  » était aussi efficace contre les fièvres intermittentes qui décimaient chaque été les Romains, papes et cardinaux y compris.

À cette époque, le terme de quinquina n'était pas encore employé. Les jésuites de Lima parlaient de l'arbol de las calenturas « l'arbre de la fièvre » et l'écorce était nommée corteza de las calenturas « écorce de la fièvre » ou corticus peruvianus l'« écorce du Pérou ». De plus, si le paludisme avait commencé à sévir à l'époque de la conquête coloniale, il ne s'y rencontrait qu'à faible altitude et non aux hauteurs où poussait l'arbre de la fièvre. Il semble donc que les Indiens de l'époque précolombienne n'utilisaient pas son écorce contre le paludisme. Et les sources sur la connaissance qu'ils auraient pu en avoir pour d'autres usages restent confuses[8].

Pendant trois siècles, une toute autre histoire de la découverte des vertus du quinquina fut donnée. L'origine de ce récit que l'on pense maintenant être fallacieux[5], se trouve dans les écrits (publiés en 1663 mais écrits en 1639) d'un médecin génois du nom de Sebastiano Bado, qui disait le tenir d'un marchand italien. La comtesse de Chinchon, épouse du vice-roi du Pérou, avait contracté une fièvre tierce. L'annonce de sa mort imminente se répandit jusqu'aux oreilles du gouverneur de la bourgade de Loja. Celui-ci s'empressa alors d'apporter à la comtesse une potion tirée de l'écorce d'un arbre local. Elle en prit et « à la stupéfaction générale, elle guérit » conclut Bado.

Sebastiano Bado fut aussi le premier à employer le terme de quinquina et à expliquer qu'il venait du quechua kinakina. Seconde erreur! En effet, d'après la description qu'en donne le jésuite de Lima, Bernabé Bodo, il est clair que le terme quechua original kinakina désigne le Myroxylon peruiferum et non pas le Cinchona[5].

  • Reconnaissance des vertus de l'écorce en Europe
La récolte de l'écorce du quinquina vers 1730

Les mérites de l'écorce du Pérou ne s'imposèrent pas immédiatement en Europe, encore fallait-il trouver le bon emploi et surtout vaincre les résistances des protestants face à une drogue papiste.

On sait que Cromwell avait souffert sa vie durant de fièvre tierce et la tradition veut qu'il soit mort (en 1658) en refusant de prendre de l'écorce du Pérou de peur d'être « jésuité à mort ». Mais rien n'est certain à cet égard. En 1679, à l'époque des grandes manifestations antipapistes, on porta en procession une cassette remplie de l'écorce des Jésuites qui fut ensuite brûlée avec l'effigie du pape[9].

C'est aussi un Anglais rusé et sans scrupules, Robert Talbor, qui sut vaincre les préjugés de ses contemporains. Ayant appris auprès d'un apothicaire comment doser l'écorce du Pérou pour soigner la fièvre sans provoquer d'effets secondaires calamiteux, il proposa son propre remède miraculeux à la composition tenue soigneusement secrète, tout en dénigrant méthodiquement le remède des papistes. Il soigna avec succès le roi Charles II d'Angleterre moyennant des traitements mirobolants. Il alla ensuite à la cour de Louis XIV soigner le roi, le Dauphin et nombre de princes, toujours avec le même succès. À sa mort, on apprit que l'ingrédient principal de sa potion miraculeuse était l'écorce de quinquina.

  • La description botanique des Cinchona un siècle plus tard

Malgré les succès de l'écorce de quinquina dans la lutte contre le paludisme, l'arbre demeurait toujours inconnu des botanistes européens.

En 1735, Charles Marie de la Condamine participe à une expédition scientifique au Pérou pour mesurer un arc de méridien d'un degré à proximité de l'Équateur. Il est accompagné du botaniste Joseph de Jussieu qui découvre dans la province de Loja des quinquinas et en fait une description précise. Mais le tempérament fragile de Joseph de Jussieu est durement éprouvé par la vie rude au Pérou et plutôt que de s'occuper de publier ses travaux, il les remet à La Condamine. Pour l'historienne Florence Trystan[10] « La Condamine s'est empressé de les envoyer en France, revues et corrigées de sa main. L'étude du quinquina, de ses vertus, de la meilleure manière d'en extraire le suc fournissant le fameux médicament, sont l'œuvre de Jussieu et La Condamine ne le cache d'ailleurs pas. Mais la communication à l'Académie sur le quinquina paraît non pas sous le nom de Jussieu, mais sous celui de la Condamine… De nos jours encore, on considère généralement La Condamine comme le découvreur du quinquina, et le premier à en avoir fait une étude sérieuse. » Jussieu très affecté par les épreuves était incapable et sans doute même pas désireux de démentir cette appropriation de découverte.

L'Académie des Sciences de Paris publie la communication en 1738. Ce fut la première description de l'arbre à parvenir en Europe et c'est elle qui fit autorité auprès de Linné.

Charles Marie de La Condamine

C'est donc uniquement sur la base des observations de Jussieu - La Condamine, que Carl von Linné créa le genre nouveau Cinchona pour le quinquina, en 1742 dans Genera Plantarum, en donnant foi à l'histoire romantique de la comtesse de Chinchon, sans manquer d'écorcher son nom en passant, puisque le premier h de Chinchon a disparu.

Des expéditions botaniques furent aussi menées par les Espagnols au Pérou et en Nouvelle-Grenade (Colombie et Venezuela actuels). Le botaniste Hipólito Ruiz López tira en 1792 de ses explorations du Pérou un opuscule dans lequel il distinguait sept espèces de quinquina[6]. Enfin, José Celestino Mutis explora les forêts de la Nouvelle-Grenade et avec son équipe, il accumula des centaines d'illustrations et de descriptions botaniques sans jamais rien publier.

Un siècle plus tard, le botaniste, Hugh Algernon Weddell, d'origine anglaise mais ayant étudié et travaillé en France (au Muséum national d'histoire naturelle), effectua durant plus de cinq ans une mission d'étude des quinquinas en Amérique du Sud (de 1843 à 1848). Il tenta de mettre un peu d'ordre dans la classification léguée par les Espagnols[11] et distingua 19 espèces dont le fameux Cinchona calisaya le plus riche en quinine qui allait être cultivé à grande échelle en Asie.

La dernière révision du genre date de 1998, soit près de quatre siècles après les premières observations des Jésuites ; elle est l'œuvre de Lennart Andersson[1].

Liste des espèces[modifier | modifier le code]

Les 23 espèces du genre sont pour Andersson (1998) :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f (en) Lennart Andersson, A Revision of the Genus Cinchona (Rubiaceae - Cinchoneae), Memoirs of the New York Botanical Garden, Vol 80,‎ 1998
  2. Joseph de Jussieu, Description de l'arbre à quinquina : mémoire inédit de Joseph de Jussieu (1737) http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k90339p/f6.image
  3. http://www.pasteur.mg/Atelier-Palu/2009/sp/razanaka_samuel/cinchona_madagascar_1942.pdf
  4. Sur l'arbre du quinquina, Mémoire de l'Académie Royale 1737 [1]
  5. a, b, c et d (en) Merlin Willcox, Gerard Bodeker, Philippe Rasanavo, Traditional medicinal plants and malaria, CRC Press,‎ 2004, 552 p.
  6. a, b et c Fiammetta Rocco, L'écorce miraculeuse. Le remède qui changea le monde., Noir sur blanc,‎ 2003
  7. corolle à tube étroit et long, se terminant par un limbe s'évasant brusquement
  8. D'après Alexander von Humboldt (1807), à Loxa, les Indiens préféreraient plutôt mourir que d'avoir recours à un remède aussi dangereux que le quinquina(en) Charles M. Poser, G.W. Bruyn, An illustrated history of malaria, Informa Healthcare,‎ 1999, 172 p.
  9. (en) « La tête de Cromwell », Revue Britannique, vol. 1-2,‎ 1857
  10. Florence Trystan, Le procès des étoiles 1735-1771, Seghers,‎ 1999
  11. des botanistes espagnols ayant travaillé en Amérique du Sud à la fin du XVIIIe siècle sont Jose Celestino Mutis, Hipolito Ruiz et Jose Pavon

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]