Ternate (Indonésie)

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Ternate
L'île représentée en 1720
L'île représentée en 1720
Géographie
Pays Drapeau de l'Indonésie Indonésie
Archipel Moluques
Localisation Océan Pacifique
Coordonnées 0° 47′ 00″ N 127° 22′ 00″ E / 0.783333, 127.366667 ()0° 47′ 00″ N 127° 22′ 00″ E / 0.783333, 127.366667 ()  
Superficie 65 km2
Point culminant Gamalama (1 715 m)
Géologie Île volcanique
Administration
Statut Kota

Province Moluques du Nord
Démographie
Population 80 000 hab. (1990)
Densité 1 230,77 hab./km2
Autres informations
Découverte Préhistoire
Fuseau horaire UTC+9

Géolocalisation sur la carte : Indonésie

(Voir situation sur carte : Indonésie)
Ternate
Ternate
Îles d'Indonésie

Ternate est une île de l'est de l'Indonésie, appartenant à l'archipel des Moluques, à l'ouest de Halmahera. Administrativement, elle constitue une kota de la province des Moluques du Nord. Cette île montagneuse, dont le point culminant est le volcan Gamalama à 1 715 mètres, regroupait 80 000 habitants en 1990, sur une superficie d'environ 65 km2.

Histoire[modifier | modifier le code]

Carte de 1630 montrant les îles de Makian ("Machian"), Moti (en) ("Motik"), Mare ("Pottebackers"), Tidore, Maitara ("Miterra"), Ternate, Hiri (en) ("Herij") et Gilolo (Halmahera)
Porte du palais du sultan dans les années 1930

Avec la conversion de son souverain Zain al-'Abidin (1486-1500)[1] vers 1495, sous l'influence de la principauté musulmane de Gresik à Java, Ternate est la première contrée des Moluques à s'islamiser.

Mais l'importance historique de Ternate réside surtout dans son rôle de principal entrepôt des Moluques du Nord, dans une région d'où provenaient traditionnellement les épices tant recherchées en Europe, le « clou de girofle » et la noix de muscade.

Le giroflier (Syzygium aromaticum) est en effet un arbre indigène à cette région. La noix de muscade, fruit du muscadier (Myristica fragrans) était depuis longtemps un produit d'exportation du nord des Moluques. Des auteurs datent l'introduction de la noix de muscade en Europe du VIe siècle après J.-C.[2]. En Asie du Sud, la noix de muscade est désignée par un nom sanscrit qui montre l'ancienneté de son usage dans la région. Quant au clou de girofle, le Ramayana, peut-être écrit vers 200 avant J.-C., le mentionne. Il était en tout cas connu des Romains au Ier siècle après J.-C., puisque Pline l'Ancien le décrit dans ses écrits. Plus généralement, des sources de l'Égypte, de la Chine, de l'Inde et de la Mésopotamie anciennes font référence à des épices non identifiées.

Une récente découverte archéologique suggère que le commerce du clou de girofle avec l'Occident pourrait en fait avoir commencé bien plus tôt. En effet, on a trouvé un clou de girofle parmi des restes calcinés sur le sol d'une cuisine incendiée du site mésopotamien de Terqa dans l'actuelle Syrie, daté de 1700 avant J.-C.[3].

Ruines du fort portugais Tolukko à Ternate

Jusqu'au XVIe siècle, la production de girofle reste confinée au nord des Moluques. Depuis des millénaires, des marchands indonésiens et asiatiques allaient l'y chercher. Du XVIe au XIXe siècle, Ternate est la raison pour laquelle les Portugais, les Espagnols, les Anglais et finalement les Hollandais cherchent à contrôler la région et ses précieuses épices.

Les Portugais créent leur premier établissement permanent aux Moluques à Ternate en 1522. De Ternate, ils parviennent à imposer leur préminence dans le commerce des épices moluquois tout le long du XVIe siècle. Des périodes de conflit avec les rois et la population de Ternatese alternent avec des périodes de coopération pacifique.

Au début du XVIe siècle, les Hollandais sont en concurrence avec les marchands musulmans de l'ouest de l'archipel indonésien pour le commerce des épices. En 1605, ils réussissent à s'emparer des forts portugais de Ternate. En 1630, ils établissent un port concurrent à Ambon.

Au cours du XVIIe siècle, les Hollandais s'allient à Ternate contre les Portugais et les Espagnols. Leur objectif est le contrôle du commerce des épices. Pour Ternate, l'intérêt de cette alliance se situe dans le cadre de sa rivalité avec le sultanat de Tidore.

Dans les années 1670, la VOC (Compagnie hollandaise des Indes orientales) s'allie au prince bugis Arung Palakka et conquiert le royaume makassar de Gowa ainsi que les sultanats de Ternate et Tidore. Au cours du XVIIe siècle, les Hollandais finissent par expulser tous les autres marchands asiatiques et européens du commerce des épices moluquois.

Les Hollandais ne tardent pas à entrer en conflit avec Ternate. À la fin du XVIIe siècle, un traité entre la VOC et le sultan de Ternate, qu'elle a vaincu, stipule que le girofle ne sera plus cultivé dans le nord des Moluques. Le commerce en est désormais concentré dans le centre des Moluques, dans les îles autour d'Ambon. Au cours du XVIIIe siècle, le but des Hollandais sera d'isoler Ternate, Tidore et le nord des Moluques du monde extérieur et de détruire les girofliers du nord des Moluques au profit des régions plus faciles à contrôler pour eux du centre des Moluques[4].

À partir de la fin du XVIIe siècle, les Hollandais ne sont plus un simple concurrent parmi d'autres dans le commerce des épices de l'est indonésien. Ils sont devenus une puissance coloniale. Au cours des XVIIIe et XIXe siècle, le gouvernement colonial hollandais cherchera à s'assurer la coopération des princes moluquois. Des objets européens, tels que pièces de monnaie, armures, armes et étoffes sont offerts comme présents aux cours alliées.

Le sultan de Ternate vers 1900
Maison coloniale à Ternate di dans les années 1920

Langue[modifier | modifier le code]

La langue indigène de Ternate et des îles voisines est très différente de la plupart des autres langues de l'Indonésie, qui appartiennent généralement à la famille des langues austronésiennes. Dès les années 1890, on reconnaît que les langues de Ternate, Tidore ainsi que certaines langues de Halmahera forment un même groupe. En 1915, Van der Veen démontre que ces langues ne sont pas austronésiennes. On s'efforce d'inclure cette "famille nord halmaheraise" dans un ensemble dit papou occidental[5]. En 1988, Voorhoeve constate que le ternate est parlé à Ternate, Hiri, Talimau et Moari (deux îles de l'archipel des Kayoa) et sur la côte ouest de Halmahera[6]. À cette époque, le nombre de locuteurs à Ternate même est de plus de 30 000.

Une conséquence de la domination, à une époque, du sultanat de Ternate sur la région est la prédominance de formules dans le monde de la magie et des guérisseurs.

C'est à Ternate qu'on a trouvé le plus ancien document écrit en malais moderne connu à ce jour, sous la forme d'une lettre écrite en 1521 par le sultan Abu Hayat au roi Jean III de Portugal, aujourd'hui conservée aux Arquivos Nacionais Torre do Tombo de Lisbonne[7]. Le dialecte malais parlé à Ternate est fortement influencé par le vocabulaire et la syntaxe des langues papoues occidentales.

Transport[modifier | modifier le code]

Air

L'aéroport de Ternate Babullah est relié à Makassar (Sulawesi du Sud) et Manado (Sulawesi du Nord) par les compagnies Lion Air, Merpati et Wings Air. Vol depuis et vers Jakarta opérée par Batavia.

Mer

Liaison avec Halmahera, ville de Sofifi, par de nombreux bateaux taxis (« speed boat ») embarquant 8 passagers maxi, durée environ 35-45 minutes.

Singularité[modifier | modifier le code]

L'île voisine de Ternate figure sur le verso des billets de 1000 rupies indonésienne. Face recto, Kapitan Pattimura y fait bonne figure. Guerrier de Ternate qui participa a l'eviction des Hollandais de la region.

Volcan[modifier | modifier le code]

Ternate se trouve dans une zone tectonique très active, aux jonctions des plaques Philippaine, Eurasienne et Australienne. Zones de subduction et frottement. Les séismes sont très fréquents, et de fortes amplitude. Toutes les îles de la régions sont d'origine volcanique - basaltique. Le volcan de Ternate est encore actif. Des coulées de laves solidifiées bordent l'aéroport.

Références[modifier | modifier le code]

  1. IslamBasics
  2. Burkill (1966)
  3. Buccellati et Buccellati (1983)
  4. Van Fraassen (1981)
  5. Wurm (1971)
  6. Voorhoeve (1988)
  7. Gallop (1994)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Andaya, Leonard Y., The world of Maluku : Eastern Indonesia in the early modern period, Honolulu, University of Hawaii Press (1993)
  • Cribb, Robert, Historical atlas of Indonesia, Surrey (2000)
  • Hanna, Willard Anderson and Des Alwi, Turbulent times past in Ternate and Tidore, Banda Naira, Yayasan Warisan dan Budaya (1990)
  • Wallace, Alfred Russel, On the Tendency of Varieties to Depart Indefinitely From the Original Type (1858)