Sumatra

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Sumatra
Topographie de Sumatra
Topographie de Sumatra
Géographie
Pays Drapeau de l'Indonésie Indonésie
Archipel Grandes îles de la Sonde
Localisation Océan Indien et océan Pacifique
Coordonnées 0° N 102° E / 0, 102 ()0° N 102° E / 0, 102 ()  
Superficie 473 481 km2
Côtes 4 869 km
Point culminant Kerinci (3 805 m)
Géologie Île volcanique
Administration
Provinces Bengkulu, Jambi, Lampung, Aceh, Riau, Sumatra du Nord, Sumatra occidental, Sumatra du Sud
Démographie
Population 50 365 538 hab. (2010)
Densité 106,37 hab./km2
Plus grande ville Medan
Autres informations
Découverte Préhistoire

Géolocalisation sur la carte : Indonésie

(Voir situation sur carte : Indonésie)
Sumatra
Sumatra

Sumatra est une île indonésienne située sur l'équateur. Son nom vient de Samudra, un royaume musulman du XIIIe siècle dans le nord de l'île (en langue malaise, samudera signifie « océan »). Avec ses 473 481 km2, elle est la sixième plus grande île au monde, et d'une surface légèrement supérieure à l'Irak et compte 50 365 538 habitants.

Les principales langues parlées sont : aceh, batak, malais, minangkabau. La majorité des habitants sont musulmans, mais Sumatra compte aussi des protestants, catholiques, bouddhistes, hindouistes.

Sur un territoire qui s'étend des marais de la côte est de l'île jusqu'au piémont de la chaîne des Bukit Barisan vivent des populations dispersées en petits groupes qui se désignent elles-mêmes sous le nom d'Orang Darat, c'est-à-dire "peuples de la terre". chasseurs-cueilleurs semi-nomades, ces populations cultivent le sagou et troquent des produits de la forêt contre du sel et des métaux fournis par leurs voisins paysans sédentaires, Batak, Minangkabau et Malais.

Géographie[modifier | modifier le code]

L'île de Sumatra appartient à l'Indonésie. Elle se situe en Asie du Sud-Est, au sud de l'ancienne Indochine. C'est la 6e plus grande île du monde.

Divisions administratives[modifier | modifier le code]

Sumatra est divisée en 10 provinces :

Histoire[modifier | modifier le code]

Préhistoire[modifier | modifier le code]

À partir du XXXe siècle av. J.-C., des habitants du littoral de la Chine du sud commencent à traverser le détroit pour s'installer à Taiwan. Vers 2 000 avant J.-C., des migrations ont lieu de Taiwan vers les Philippines. De nouvelles migrations commencent bientôt des Philippines vers Sulawesi et Timor et de là, les autres îles de l'archipel indonésien, dont Sumatra. Les Austronésiens sont sans doute les premiers grands navigateurs de l'histoire de l'humanité.

Entrée dans l'histoire[modifier | modifier le code]

Une mosquée de la ville de Meulaboh

Des fouilles effectuées dans l'embouchure du fleuve Musi, en aval de Palembang dans le sud de Sumatra, aux alentours de 2000 ont révélé l'existence de deux sites portuaires qui dateraient du Ier siècle après J.-C.

Il y a dans l'épopée indienne du Ramayana, écrite entre le IIIe siècle avant notre ère et le IIIe siècle après, le nom de Suvarnadvipa, "l'île de l'or", qui désigne probablement Sumatra car l'or était sans doute déjà exploité dans la région de Barus sur la côte ouest de l'île.

Les Jataka (recueil de contes bouddhistes composé entre le IIIe siècle avant notre ère et le IIIe siècle après) et la chronique ceylanaise du Mahavamsa (écrite au VIe siècle) parlent d'un pays du nom de Suvarnabhumi, qui signifie "Terre de l'Or" et désigne peut-être Sumatra ou Java.

Ptolémée (vers 90-168), un des précurseurs de la géographie moderne, mentionne dans son traité La géographie une Chersonèse d'Or ou "péninsule de l'or", dont il est pensé qu'elle désigne la péninsule Malaise ou Sumatra.

Les plus anciens documents écrits trouvés à Sumatra sont des inscriptions en vieux-malais. Une inscription datée de 683 après J. C., dite de Kedukan Bukit dans l'île de Bangka à côté de Sumatra, proclame que le souverain de Sriwijaya, à la tête de 20 000 soldats, a embarqué à bord de 1 300 vaisseaux. Des textes arabes et chinois confirment que Sriwijaya est un État puissant qui contrôle le détroit de Malacca, à l'époque déjà une importante voie maritime internationale. La cité-État de Sriwijaya se trouvait à l'emplacement de l'actuelle Palembang. Ses souverains observaient le culte du bouddhisme mahâyâna (Grand Véhicule).

Barus sur la côte nord-ouest de Sumatra est un port connu depuis longtemps comme un lieu d'où provenaient le camphre et le benjoin. La présence d'un évêché chrétien de rite nestorien y est attestée dès le VIIe siècle, celle d'une ligue de marchands tamouls au XIe siècle.

Une expédition menée en 1275 par le roi Kertanegara de Singasari contre le royaume de Malayu, c'est-à-dire Jambi dans l'est de Sumatra, est mentionnée dans le Nagarakertagama, poème épique écrit en 1365 sous le règne du roi Hayam Wuruk (1350-1389) de Majapahit dans l'est de l'île de Java. Une statue trouvée dans le centre de Sumatra porte une inscription datée de 1286 qui précise que cette statue est un présent de Kertanegara au "peuple de Malayu et son roi".

Reconstitution du palais de Pagaruyung, ancienne capitale du royaume des Minangkabau

En 1282, le roi de Samudra, situé dans l'actuel Aceh, envoie en Chine deux émissaires portant des noms arabes. Dans son voyage de retour de la cour de Kubilai Khan à Venise en 1292, Marco Polo fait escale à Perlak, voisin de Samudra, et note que le souverain de ce port est musulman, ce qui n'est pas le cas de "Basma" et "Samara". On[Qui ?] a essayé d'identifier, sans certitude, Samara à Samudra et Basma à Pasai, une autre principauté voisine. Barus et Samudra sont mentionnés dans liste des quelque cent « contrées tributaires » de Majapahit énumérée dans le Nagarakertagama.

Le voyageur marocain Ibn Battuta fait escale à Samudra à l'aller et au retour de son voyage en Chine en 1345-1346. Il note que le souverain est musulman de l'école shafi'ite. Adityawarman (1356-1375), un protégé de Majapahit, introduit le système de gouvernement royal en pays Minangkabau (situé dans l'actuelle Sumatra occidental). Selon la tradition, peu avant 1400, Parameswra, un prince de Sriwijaya, fonde le port de Malacca sur la péninsule Malaise.

Deux pierres tombales musulmanes à Minye Tujuh en Aceh témoignent de la transition en train de s'opérer dans le pays. Toutes deux rédigées en malais, l'une est écrite dans un alphabet d'origine indienne qualifié de "proto-sumatranais", l'autre en arabe. Elles signalent le décès d'une fille du sultan Malik al Zahir. Les deux inscriptions portent une date en ère Saka et en ère de l'Hégire, mais diffèrent d'une dizaine d'années, l'une mentionnant l'équivalent de 1380 après J.-C. et l'autre, 1389.

Les souverains de Malacca se convertissent bientôt à l'islam. Le grand amiral chinois Zheng He, qui mènera sept expéditions vers l'Inde, le Moyen-Orient et l'Afrique de l'Est entre 1405 et 1433, musulman, fait plusieurs fois escale à Malacca.

Arrivée des Européens[modifier | modifier le code]

En 1511, une flotte portugaise, partie de Goa en Inde sous le commandement du vice-roi Afonso de Albuquerque, s'empare de Malacca, qui était devenu le plus grand port d'Asie du Sud-Est, une sorte de précurseur de l'actuelle Singapour. Le Sultan Mahmud se réfugie dans l'île de Bintan, puis fonde une nouvelle capitale à Johor à la pointe sud de la péninsule Malaise.

La prospérité de Malacca reposait sur un réseau commercial dans lequel les Portugais n'arrivent pas à s'intégrer. Malacca périclite rapidement.

Vers 1780, les mines sont épuisées. L'importance grandissante de nouvelles sources de profit comme le café, le sel, les textiles, se traduit par l'essor de la région des hautes terres, notamment le pays d'Agam, qui commerce avec les Anglais basés dans leur comptoir de Penang, fondé en 1786, et les Américains.

Cette nouvelle économie permet aux riches marchands d'Agam de faire le pèlerinage de la Mecque. Ces marchands cherchent dans la loi islamique la protection nécessaire à leur commerce, leurs biens, leurs personnes. La conquête de la Mecque en 1803 par les Wahabites puritains inspirent un groupe de pèlerins. À leur retour, ces Padri ("gens de Pedir", du nom du port d'Aceh d'où les pèlerins embarquaient pour la Mecque) entreprennent d'imposer par la violence une réforme de la société minangkabau. Ils dénoncent le jeu et les combats de coqs, la consommation d'opium et d'alcool, le tabac et le bétel, et enfin les traditions matrilinéaires. En 1815, la famille royale de Tanah Datar, qui résistait au mouvement, est massacrée. La noblesse minangkabau demande l'aide des Hollandais. Ceux-ci attaquent les Padri, dirigés par Imam Bonjol, en 1821. La guerre des Padri ne prendra fin qu'en 1838 avec la capture d'Imam Bonjol.

Période coloniale[modifier | modifier le code]

En 1820, le sultanat d'Aceh à la pointe nord de Sumatra produit plus de la moitié du poivre mondial. Européens et Américains profitent de la concurrence que se livrent les différents princes qui leur vendent ce poivre. Un de ces princes, Tuanku Ibrahim, émerge comme le plus puissant d'entre eux. En 1854, il lance une expédition et soumet les sultanats de Langkat, Deli (l'actuelle Medan) et Serdang, menaçant les Hollandais, qui occupent déjà le reste de Sumatra.

Le traité de Londres de 1824, signé entre les Anglais et les Hollandais, accorde à ces derniers le contrôle des territoires revendiqué par les Européens au sud de Singapour. Sumatra est ainsi séparée de la péninsule malaise, à laquelle elle était liée.

En 1871, les Hollandais signent avec les Anglais le Traité de Sumatra. Les Hollandais cèdent leurs possessions en Afrique de l'Ouest aux Anglais. En échange, ils ont les mains libres pour Aceh. En 1873, le consul américain à Singapour rencontre un émissaire d'Aceh pour discuter d'un traité entre les deux pays. Les Hollandais décident d'attaquer Aceh. Commence une longue guerre. Le sultan Daud Shah se rend en 1903, mais les ulama (oulémas), chefs religieux, poursuivent la résistance. Les Indes néerlandaises ont atteint leur forme définitive en 1908.

Occupation japonaise[modifier | modifier le code]

Lors de la Seconde Guerre mondiale, le quartier général impérial implanta plusieurs dizaines de camps de prisonniers à Sumatra dont les déplorables conditions de détention ont été décrites dans de nombreux mémoires comme ceux de Helen Coljin et Betty Jeffrey ainsi que dans le film appelé La route du paradis.

Séismes[modifier | modifier le code]

Il y a eu plusieurs séismes au large de Sumatra: 28 mars 2005, 12 septembre 2007, 30 septembre 2009, 26 décembre 2004 et le tremblement de terre du 11 avril 2012[1].

Faune et Flore[modifier | modifier le code]

Il existe une très grande variété de plantes à Sumatra, dont le pin de Sumatra, Rafflesia arnoldii (la fleur la plus grande du monde), l'arum titan (la plus haute et la plus grande fleur inflorescente du monde), ainsi que des plantes carnivores et plus particulièrement des nepenthes.

L'île abrite 201 espèces de mammifères et 580 espèces d'oiseaux. Notamment, le tigre de Sumatra (le plus petit de tous les tigres), l'orang outan, le rhinocéros de Sumatra, le tapir de Malaisie.

Les risques majeurs pour les forêts de Sumatra sont leur exploitation pour l'industrie du papier et le développement des plantations de palmiers à huile.

L'île abrite plus de 10 parcs nationaux, dont le parc national de Gunung Leuser, le parc national de Kerinci Seblat et le parc national de Bukit Barisan Selatan.

Le lac Toba dans le nord

Tourisme[modifier | modifier le code]

Comme ailleurs en Indonésie, de nombreuses régions de Sumatra se caractérisent par la beauté de leurs paysages, l'agrément de leur climat, l'originalité de leurs cultures.

Langues[modifier | modifier le code]

Il existe 49 langues parlées à Sumatra :

Langue Nombre de locuteurs Région Groupe
Abung 700 000 Nord de Lampung Lampungique
Aceh 3 000 000 Aceh Malaïque
Batak Alas-Kluet 80 000 Tapaktuan et Kutacane Sumatrien
Batak Angkola 750 000 Sipirok Sumatrien
Batak Dairi 1 200 000 Sud-ouest du lac Toba Sumatrien
Batak Karo 600 000 Ouest et nord-ouest du lac Toba Sumatrien
Batak Mandailing 400 000 Sumatrien
Batak Simalungun 1 200 000 nord-est du lac Toba Sumatrien
Batak Toba 2 000 000 Samosir, est, sud et ouest du lac Toba Sumatrien
Bengkulu 55 000 Bengkulu Malaïque
Enggano 700 (2000) Enggano Sumatrien
Enim 70 000 Muaraenim Lahat Malaïque
Gayo 180 000 Takengon, Genteng et Lokon Gayo
Kaur 20 000 Sud-est de Bengkulu Malaïque
Kayu Agung 45 000 Sud de Sumatra Lampungique
Kerinci 300 000 Ouest de Jambi Malaïque
Komering 700 000 Sud-est de Sumata Lampungique
Krui 31 687 Sud-est de Benkulu Lampungique
Kubu 10 000 Jambi, Riau, marais de l’est de Sumatra Malaïque
Lampung 1 500 000 Lampung Lampungique
Lematang 150 000 Sud de Sumatra Malaïque
Lembak 50 000 Sud-est de Sumatra Malaïque
Lintang 70 000 Sud de Sumatra Malaïque
Lom 2 à 10 (2000) Nord-est de Bangka Malaïque
Loncong 424 (2000) Côte orientale de Sumatra, Bangka et Belitung Malaïque
Lubu 30 000 Est de Sumatra Malaïque
Malais 2 000 000 à Riau, 40 000 à Bangka, 170 000 à Belitung Malaïque
Malais de Jambi 890 000 Sud-est de Sumatra Malaïque
Mentawai 50 000 Îles Mentawai Sumatrien
Minangkabau 6 500 000 Sumatra occidental Malaïque
Muko-Muko 30 000 Sud de Sumatra Malaïque
Musi 403 000 Sud-est de Sumatra Malaïque
Nias 480 000 Nias et îles Batu Sumatrien
Ogan 300 000 Sud-est de Sumatra Malaïque
Palembang 500 000 Palembang Malaïque
Pasemah 400 000 Bukit Barisan centrales Malaïque
Pekal 30 000 Sud de Sumatra Malaïque
Penesak 20 000 Sud de Sumatra Malaïque
Pesisir du Sud 400 000 Sud-est de Sumatra Lampungique
Pubian 400 000 Sud-est de Sumatra Lampungique
Ranau 60 000 Sud de Sumatra Lampungique
Rawas 150 000 Sud-est de Sumatra Malaïque
Rejang 1 000 000 Nord-est de Bengkulu Non classé
Semendo 105 000 Sud-est de Sumatra Malaïque
Serawai 225 000 Sud-est de Bengkulu Malaïque
Sikule 20 000 Simeulue Sumatrien
Simeulue 100 000 Simeulue, Babi, îles Banyak Sumatrien
Sindang Kelingi 50 000 Sud de Sumatra Malaïque
Sungkai 6 363 (2000) Sud-est de Sumatra Lampungique

Sur le plan linguistique, le terme « sumatrien » est un groupe de la branche malayo-polynésienne des langues austronésiennes qui comprend :

Ces langues sont donc parlées, d'une part dans la partie occidentale de la province de Sumatra du Nord, d'autre part dans la chaîne d'îles qui s'étire au large de la côte ouest de Sumatra.

Les autres langues de Sumatra, tout en étant également des langues malayo-polynésiennes, appartiennent à d'autres groupes, dits :

  • Gayo, langue du sud de la province d'Aceh qui forme un groupe à elle toute seule,
  • Lampungique dans la province de Lampung et
  • Malaïque, qui comprend notamment :

Références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Anonyme, Histoire des rois de Pasey (Hikayat Raja Pasai), traduction d'Aristide Marre (1823-1918), Anacharsis, 2004
  • Manguin, Pierre-Yves, A Bibliography for Sriwijayan Studies, EFEO, 1989
  • Schnitger, F. M., Fürer-Haimendorf, C. von, Tichelman, G. L. and Miksic, John N., Forgotten Kingdoms in Sumatra, Oxford in Asia Paperbacks, 1989
  • Ricklefs, M. C., A History of Modern Indonesia since c. 1300 (2de édition), 1993
  • Wolters, O. W., The Fall of Sriwijaya in Malay History, 1970

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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