Forces armées indonésiennes

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Forces armées d'Indonésie
Fondation 1945
Branches TNI-AD (Armée de Terre)
TNI-AL (Marine)
TNI-AU (Armée de l'Air)
Commandement
Commandant en chef Général Djoko Suyanto
Main-d'œuvre
Âges militaires 18
Disponibles au service militaire 65 847 171[1] hommes
63 228 017[1] femmes
Aptes au service militaire 54 264 299[1] hommes
Atteignant l'âge militaire chaque année 2 263 892[1]  hommes
2 191 267[1] femmes
Actifs 360 000 (13ème)
Budgets
Budget 4,74 milliards de dollars (2005)

L’armée nationale indonésienne, en indonésien Tentara Nasional Indonesia ou TNI, désigne l'ensemble des forces armées de la République d'Indonésie. Ses effectifs sont d'un peu plus de 360 000 hommes. Elle est composée de :

"Global Fire Power" classe les forces armées indonésiennes 13e en termes de puissance (5e en Asie, derrière la Chine, l'Inde, le Japon et la Corée du Sud)[2].

Avec quelque 277 000 hommes, l'armée de terre est de loin la plus importante composante.

Le budget officiel de la défense indonésienne ne constitue que 3 % du produit intérieur brut. Mais l'armée tire également des revenus de diverses entreprises et fondations qu'elle possède.

Le chef d'état-major actuel de l'armée indonésienne est le maréchal de l'air Djoko Suyanto. À l'époque de Soeharto, seul un général de l'armée de terre pouvait occuper ce poste. Le président Abdurrahman Wahid avait inauguré une ère nouvelle en y nommant un amiral, justifiant son choix par le fait que l'Indonésie est un archipel.

Jusqu'en 1999, la police indonésienne faisait partie des forces armées. Avec un effectif de seulement 150 000 hommes pour plus de 225 millions d'habitants, la police indonésienne est relativement plus petite que dans la plupart des pays.

L'armée indonésienne compte un Ordinariat militaire d'Indonésie

Histoire[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : PETA et Heiho.

L'armée indonésienne est née dans la foulée de la proclamation de l'indépendance de l'Indonésie le 17 août 1945. Bien que le Japon ait capitulé le 15 août, les troupes d'occupation japonaises sont toujours sur le territoire indonésien, où les Alliés n'ont pas encore pris pied. Le 5 octobre, le gouvernement de la République d'Indonésie crée le Badan Keamanan Rakyat ou « corps de sécurité populaire », qui devient Tentara Keamanan Rakyat (« armée de sécurité populaire ») puis Tentara Republik Indonesia (« armée de la République d'Indonésie ») en janvier 1946, avant de prendre son nom définitif de Tentara Nasional Indonesia ou TNI.

Selon les points de vue, on distingue 2 ou 3 groupes à l'origine de la formation de l'armée indonésienne :

  1. D'anciens volontaires des corps constitués par les troupes d'occupation japonaises, "Heiho" (corps d'auxiliaires formé en 1943) et "PETA" (Pembela Tanah Air ou "défenseurs de la patrie", organisation de jeunesse créée pour s'opposer à un débarquement des Alliés en Indonésie), dont est issu un ancien instituteur, Sudirman, qui devient le commandant suprême de la jeune armée,
  2. D'anciens officiers de l'armée coloniale hollandaise, parmi lesquels un certain A. H. Nasution,
  3. Les membres des nombreuses milices qui apparaissent en réaction notamment au retour des Hollandais dans leur ancienne colonie dès août 1945.

En 1946, les Hollandais réoccupent Jakarta. Le gouvernement indonésien doit se replier à Yogyakarta dans le centre de Java. Le South East Asia Command des Alliés, qui avaient débarqués peu de temps après la capitulation japonaise, rend aux Hollandais l'autorité sur les anciennes Indes néerlandaises sauf Java et Sumatra. Dans les territoires qu'ils contrôlent, les Hollandais créent une série d'états fantoches.

Les Hollandais vont tenter de récupérer l'ensemble de leur ancienne colonie. Ils possèdent encore une importante armée coloniale, dont quelque 100 000 soldats à Java. En 1947, ils lancent une première "action de police", que les Indonésiens appellent "agresi" et occupent l'essentiel des zones économiquement vitales de Java et Sumatra. Les Nations unies leur imposent un cessez-le-feu. Un accord aboutit au retrait des troupes indonésiennes de Java Ouest et à leur repli dans le centre de l'île, resté territoire républicain. En 1948, les Hollandais lancent une deuxième "action de police" et occupent Yogyakarta. Le gouvernement républicain est arrêté. L'armée prend le maquis et entame une lutte de guérilla. De nouveau, les Nations Unies imposent un cessez-le-feu.

Le conflit, que les Indonésiens appellent "Revolusi", prendra fin le 27 décembre 1949 avec le transfert formel de souveraineté du royaume des Pays-Bas à une "république des États-Unis d'Indonésie" composée de la république d'Indonésie et des divers états fantoches.

Dès janvier 1950, les états fantoches commencent à se dissoudre dans la république d'Indonésie. Les états de l'est de Sumatra et de la "République d'Indonésie orientale" résistent toutefois à ce mouvement unitariste. En avril à Makassar dans le sud de Célèbes, des heurts éclatent entre des soldats amboinais de l'armée coloniale et des unités de l'armée indonésienne. À Ambon, le Dr. Soumokil, un ancien ministre de la République d'Indonésie orientale proclame la République des Moluques du Sud. Les troupes républicaines débarquent à Ambon et écrasent la rébellion.

Rôle politique[modifier | modifier le code]

Dans les années 1950, le chef d'état-major de l'armée de terre, le général Abdul Haris Nasution, entreprend la rationalisation de celle-ci. Au parlement, l'opposition critique les réformes envisagées. Le 17 octobre 1952, des chars entourent le palais présidentiel alors que Nasution réclame au président Soekarno la dissolution du parlement. Soekarno rejette cette demande.

C'est l'époque où diverses rébellions éclatent en Indonésie, que l'armée est chargée de réprimer. En 1957, le gouvernement proclame l'état d'urgence. Cette même année, les syndicats saisissent les entreprises hollandaises. Au nom de la loi martiale, l'armée prend le contrôle de ces entreprises.

La constitution indonésienne prévoit, à côté des partis, une représentation parlementaire de "groupes". Soekarno, qui souhaite en finir avec le régime des partis, lance l'idée d'un "front national" qui regrouperait les "groupes fonctionnels" (golongan karya) suivants :

  1. Les ouvriers et employés,
  2. Les paysans,
  3. Les entrepreneurs,
  4. Les forces armées,
  5. Les groupes religieux,
  6. L’Angkatan 45, "génération de 45", c'est-à-dire ceux qui, sans être militaires, ont participé au conflit opposant la jeune république à l'ancien colonisateur de 1945 à 1949,
  7. Les intellectuels, enseignants, représentants des régions, jeunes, femmes etc.

Une convergence se dessine entre Soekarno et l'armée pour mettre en place un nouveau système, la "démocratie dirigée".

En 1958, Nasution définit la « voie moyenne » qui doit être celle de l'armée indonésienne, entre la « grande muette » des pays occidentaux et la pratique du coup d'État des armées d'Amérique Latine. Le statut de « groupe fonctionnel » permet l'entrée de l'armée dans les rouages du pouvoir.

Soekarno échoue à constituer les autres « groupes fonctionnels ». Il lui reste la solution d'un compromis avec les partis, tout en s'assurant le soutien de l'armée. En 1960, il lance le concept de Nasakom, alliance entre les forces nationalistes (nas) représentées par le PNI, religieuses (a pour agama, « religion ») représentées notamment par la grande organisation musulmane Nahdlatul Ulama, et communistes (kom) avec le Parti communiste indonésien (PKI).

Article détaillé : Conflit de Papouasie occidentale.

Le début des années 1960 est marqué par la campagne de « libération de l'Irian » (Nouvelle-Guinée occidentale), dont le statut n'avait pas été tranché en 1949 et que les Hollandais administraient toujours) puis la confrontation Indonésie-Malaisie. En 1962, Soekarno se fait nommer « commandant suprême des forces armées », neutralisant le pouvoir de Nasution.

L'état d'urgence prend fin en 1963 avec la mise en tutelle de l'Irian sous une administration des Nations unies. Soekarno se lance alors dans une politique de « Confrontation » avec la nouvelle fédération de Malaysia, qu'il dénonce comme une création de l’« impérialisme ». Nasution y voit une occasion de renforcer la position de l'armée.

En 1965, le PKI propose la création d'une « cinquième force » qui viendrait renforcer les 4 armes (terre, air, mer et police) dans la "Confrontation" en armant les ouvriers et les paysans. L'armée de terre refuse cette idée. L'armée de l'air, au contraire, commence à entraîner des unités de volontaires civils, à la base aérienne de Halim près de Jakarta.

De son côté, Nasution lance l'idée d'une « mission civique » de l'armée, qui doit participer au développement du pays. Des économistes formés à l'université de Berkeley aux États-Unis viennent donner des cours à l'École de Guerre de Bandung.

Le 1er octobre 1965 au matin, un officier de la garde présidentielle annonce être à la tête d'un "mouvement du 30 septembre" qui a déjoué un projet de coup d’État par un « conseil des généraux ». La nuit précédente, six généraux du haut état-major ont été tués par des militaires rebelles. Le major-général Soeharto, commandant du Kostrad (réserves stratégiques de l'armée de terre), organise la répression. Il ordonne la dissolution du PKI, qui est suivie de massacres qui feront entre 500 000 et un million de morts.

Le 11 mars 1966, Soeharto force Soekarno à lui transmettre le pouvoir. Il est formellement élu président en 1968 par le Majelis Permusyawaratan Rakyat Sementara ("assemblée délibérative du peuple provisoire") formé en 1959 par Soekarno.

En 1971 ont lieu les premières élections générales du nouveau régime. Sur les 460 sièges du DPR (assemblée nationale), 100 sont accordés d'office à des membres des forces armées (qui incluent la police). Le régime s'appuie en outre sur un Sekretariat Bersama Golongan Karya (« secrétariat commun des groupes fonctionnels », abrégé en "Golkar", créé en 1964 par l'armée), qui participe aux élections. Le Golkar obtient 62,8 % des voix. La nouvelle assemblée réélit Soeharto président. Elle le fera systématiquement aux élections suivantes, Soeharto étant à chaque fois le seul candidat.

Soeharto démissionne le 21 mai 1998, à la suite des émeutes de Jakarta de mai 1998. Aux élections générales de 1999, les premières vraiment démocratiques depuis celles de 1955, l'armée se voit encore attribuer d'office 38 sièges (contre 100 à l'époque de Soeharto, ramenés à 75 pour les élections de 1997) sur les 500 du DPR. Un amendement à la Constitution voté en 2002 supprime ces sièges pour les élections de 2004. L'armée indonésienne n'a plus de rôle politique formel.

Activités économiques[modifier | modifier le code]

L'armée indonésienne possède des entreprises à travers diverses fondations dont l'objectif officiel est d'assurer le bien-être des soldats à la retraite. En réalité, ces fondations ont surtout enrichi les généraux[3].

L'implication de l'armée indonésienne dans des activités économiques remonte à l'époque de la période de lutte militaire et diplomatique entre la proclamation de l'indépendance de l'Indonésie et la reconnaissance de la souveraineté par les Pays-Bas, l'ancienne puissance coloniale (1945-49). La jeune république ne pouvant pas financer son armée, celle-ci devait trouver ses propres moyens. C'est ainsi par exemple qu'un officier du nom de Soeharto s'était lié à un homme d'affaires d'origine chinoise, Liem Sioe Liong, pour pourvoir aux besoins de son unité.

Sous le régime de Soeharto (1966-98), cette pratique s'est traduite par l'essor d'importantes et lucratives entreprises.

En 2004, le parlement indonésien a voté une loi enjoignant l'armée de remettre au gouvernement les entreprises dans lesquelles elle avait intérêts au plus tard en octobre 2009.

En 2006 un think tank américain, la Brookings Institution, a mené une étude montrant que le chiffre d'affaires de l'ensemble des entreprises détenues par l'armée se montant tout au plus à 185 millions de dollars, avec un bénéfice d'à peine 73 millions de dollars[4].

Début 2008, le président Yudhoyono a formé une commission d'experts pour enquêter sur ces entreprises. Son rapport doit être remis en octobre 2008. Le ministre de la Défense a déclaré que 1 500 entreprises avaient été identifiées, mais que la plupart avaient fait ou étaient sur le point de faire faillite, ou avaient été rachetées par des intérêts privés. Seules 6 entreprises viables et ayant des actifs supérieurs à 50 000 dollars, ont été identifiées.

Le problème du financement du budget de la défense indonésien reste entier. Il est en 2008 de 3,6 milliards de dollars pour une population de 226 millions d'habitants, alors que le voisin Singapour, avec une population de 5 millions, a un budget de 4,6 milliards de dollars[4].

En 2013. Il est de 7,5 milliards de dollars et en constante augmentation depuis la fin des années 2000.

Implication internationale[modifier | modifier le code]

En comparaison de ses effectifs, l'armée indonésienne est peu impliquée dans des missions de maintien de la paix. Voici la liste des missions dans lesquelles l'armée indonésienne est déployée à la date du 21 octobre 2011[5] :

  • Drapeau du Liban Liban : 1 356 militaires au sein de la FINUL ;
  • Drapeau du Soudan Soudan : 1 militaire et 5 observateurs militaires au sein de la MINUAD (ainsi que 140 policiers) ; 8 observateurs militaires au sein de la MINUS (ainsi que 8 policiers) ;
  • Drapeau du Libéria Liberia : 1 observateur militaire au sein de la MINUL ;
  • Drapeau d'Haïti Haïti : 20 militaires au sein de la MINUSTAH (10 policiers y sont aussi déployés) ;
  • Drapeau du Népal Népal : 5 observateurs militaires au sein de la MINUNEP ;
  • Drapeau de la République démocratique du Congo République démocratique du Congo : 175 militaires et 17 observateurs militaires au sein de la MONUSCO.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e CIA World FactBook
  2. www.globalfirepower.com
  3. "Indonesia's army - Going out of business", The Economist, 4 - 10 octobre 2008
  4. a et b ibidem
  5. Page du ROP

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Cayrac-Blanchard, Françoise, Indonésie : l'armée et le pouvoir, L'Harmattan, 1991
  • Cribb, Robert, Gangsters and revolutionaries - The Jakarta People's militia and the Indonesian Revolution, ASAA Southeast Asia Publications Series, 1991
  • Ricklefs, M. C., A History of Modern Indonesia since c. 1300, Stanford University Press 1993 (2e édition)
  • (id) (id) Indria Samego, Bila ABRI berbisnis, Bandung, Mizan,‎ 1998, 220 p. (ISBN 979-433192-9)