Hévéa

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Hevea brasiliensis

L’hévéa (Hevea brasiliensis) est une espèce d’arbres, du genre Hevea de la famille des Euphorbiaceae. On en extrait un latex qui est utilisé pour être transformé en caoutchouc.

Description[modifier | modifier le code]

Fruits de l’hévéa.
Le latex se récolte en faisant ce que l’on appelle une saignée : la pratique d'une incision de l’écorce du tronc afin de sectionner les vaisseaux laticifères
Récolte du latex à Ceylan (1920)

Dans son milieu naturel en Amazonie, l’Hevea brasiliensis est un arbre pouvant atteindre fréquemment plus de 30 m de hauteur pour une circonférence de 1 m. L’hévéa a une écorce vert grisâtre. Les feuilles sont composées de trois folioles disposées à l’extrémité d’un pétiole.L’hévéa perd ses feuilles et les renouvelle chaque année. Elles se forment périodiquement, par étage à l’extrémité des unités de croissance. Les fleurs sont petites, jaune clair et rassemblées en grappes. Les fruits sont composés d’une capsule à trois loges contenant chacune une graine de 2 cm environ, ovale, de couleur brune décorée de tâches blanchâtres. On dit de ce fruit qu’il est déhiscent[1].

Le tissu laticifère

Le tissu laticifère se retrouve dans toutes les parties de l’arbre, des racines aux feuilles, en passant par l’écorce du tronc, siège de l’exploitation du latex chez l’hévéa. Les vaisseaux laticifères se développent en manchons concentriques dans le liber (écorce tendre) qui contient également les vaisseaux conducteurs de la sève élaborée, le phloème. Les vaisseaux laticifères s’anastomosent de façon à former un réseau continu à l’intérieur de chaque manchon. Les cellules qui composent les vaisseaux laticifères sont vivantes et possèdent tous les organites (noyau, mitochondries, plastes  etc,) nécessaires à leur fonctionnement.

Le latex

Le latex est différent de la sève ; celle-ci assure la distribution de l’eau, des sels minéraux ou des sucres alors que le latex est plutôt impliqué dans les mécanismes naturels de défense de l’arbre. Il circule dans un réseau distinct de vaisseaux : les canaux laticifères. Comme la résine, il suinte lors d’une éventuelle blessure de la plante et forme en séchant une barrière protectrice. Le latex récolté par saignée est le cytoplasme, c’est-à-dire le contenu liquide, des cellules laticifères. Il est composé d’une suspension de particules de caoutchouc, mais également d’organites comme les lutoïdes. En revanche, les noyaux et les mitochondries demeurent attachés aux parois des cellules, assurant ainsi le renouvellement du latex après récolte. Les particules de caoutchouc représentent 25 à 45 % du volume du latex et 90 % de la matière sèche.

Distribution[modifier | modifier le code]

Cette espèce est originaire de la grande forêt amazonienne :

Sa culture a été répandue dans toutes les régions tropicales, notamment dans le Sud-Est asiatique (Thaïlande, Malaisie, Indonésie, Viêt Nam, Inde, Sri Lanka, Chine, etc.), ainsi qu’en Afrique (Nigeria, Libéria, Cameroun, Côte d’Ivoire). Elle s’étend sur 8,3 millions d’hectares environ.

Exploitation de l'hévéa[modifier | modifier le code]

Plantation d'hévéas avec les gobelets pour récolter le latex

Le latex se récolte par saignées sur l’écorce du tronc de l’hévéa. Au moyen d’un couteau spécifique, les saigneurs pratiquent une légère entaille en descendant sur la moitié ou le tiers de la circonférence du tronc. La saignée débute en général à environ 1,50 m de hauteur, lorsque les arbres ont atteint 50 cm de circonférence à 1 m de hauteur. À chaque saignée, l’encoche est ravivée en découpant une fine lamelle d’environ 2 mm d’épaisseur, sur toute la profondeur de l’écorce. Il est toutefois important de ne pas toucher le cambium (assise génératrice du bois) car cela provoque des cicatrices. Les saignées ont lieu périodiquement. Il existe des systèmes plus ou moins intensifs, allant de la saignée deux jours sur trois à la saignée hebdomadaire, la fréquence la plus courante étant tous les deux jours. Lorsque toute l’écorce du côté exploité (appelé panneau) a été consommée, on passe sur le panneau suivant. Cela a lieu après 6 ans en général. Lorsque toute l’écorce basse a été utilisée, on peut pratiquer la saignée haute, remontante. Cette dernière, bien que délicate est très productive. Elle se pratique en quarts de spirales et peut durer ainsi au moins 4 ans. Il est alors possible de recommencer la saignée basse sur l’écorce déjà saignée qui se sera entretemps régénérée. L’arbre peut ainsi produire du latex à partir de l’âge de 5 ans et pendant 30 ans environ. Cependant, dans de nombreuses régions et en particulier en Thaïlande, premier pays producteur, la tendance est au raccourcissement des cycles, avec une exploitation sur moins de 20 ans.

À l’issue de sa période d’exploitation, l’hévéa est abattu pour être replanté. Les progrès de la recherche permettent de procéder à ces replantations avec un matériel végétal beaucoup plus performant.

Le latex, en sortant de l’entaille, coule dans la tasse pendant quelques heures. Puis l’encoche se bouche par coagulation du latex et l’écoulement s’arrête. La récolte peut se faire sous forme liquide (on parle de récolte en latex) si on procède juste après la saignée, ou solide si on laisse le latex coaguler dans la tasse (récolte en coagulum). En cas de récolte sous forme liquide, on peut ajouter un peu d’ammoniac pour empêcher la coagulation précoce. À l’inverse, le processus de transformation post-récolte démarre par l’ajout d’un peu d’acide (formique en général) pour faire coaguler le latex.

Aspects économiques[modifier | modifier le code]

L’Asie est la principale région productrice de caoutchouc naturel (95 % du total mondial). La production mondiale est estimée à 9,7 millions de tonnes environ, dont trois pays, Thaïlande, Indonésie et Malaisie, représentent près des trois quarts.

C’est au Liberia que se trouve la plus vaste plantation d’hévéas au monde : 48 000 hectares, qui sont la propriété de Firestone, le géant américain du pneu devenu depuis 1988 une filiale du groupe japonais Bridgestone.

Les chercheurs de l'Institut Fraunhofer à Aix-la-Chapelle (Allemagne) espèrent réaliser d'ici 2014[2] des pneumatiques en caoutchouc de pissenlit. "Pendant la Seconde Guerre mondiale, le pissenlit avait déjà été utilisé à cette fin, mais s'était avéré bien moins productif que l'hévéa. Et pour cause : le latex issu du pissenlit coagule spontanément et rapidement en caoutchouc, ce qui rend difficile sa récolte. Mais les chercheurs allemands sont parvenus à créer des pissenlits transgéniques dans lesquels l'enzyme à l'origine de la coagulation a été désactivée, pour un rendement de 4 à 5 fois supérieur.

Aspects environnementaux[modifier | modifier le code]

Pour les besoins croissant de l'industrie[3] (industrie du pneu pour 70% responsable de la consommation de caoutchouc dit naturel), de vastes monocultures équiennes de l'hévéa Hevea brasiliensis remplacent de plus en plus la forêt tropicale[4][5], y compris dans des pays et sur des continents où l'hévéa n'existait pas. La culture industrielle de l'hévéa grandit le plus en Asie continentale du Sud et Sud-Ouest (plus de 2 millions d'hectares de 2000 à 2010), ce qui induit aussi des bouleversements environnementaux et socioéconomiques, l'hévéa devenant alors aussi une menace supplémentaire pour la biodiversité[6],[7]. En une génération (en 29 ans ; de 1983 à 2012) la surface de plantation est passée de 5,5 millions d'hectares environ à 9,9 millions, (57% de la surface dédiée au palmier à huile) mais avec un taux qui a atteint 71% en Asie du sud-est en 2015. Comme pour l'eucalyptus ou l'huile de palme[8], cette tendance s’accélère : durant les années 2000, l'industrie du caoutchouc a suscité la plantation chaque année d'environ 219.000 hectares supplémentaires d'hévéas (plus du double des 108.000 hectares/an des 2 décennies précédentes)[9],[10].

Avec le développement de l'automobile individuelle en Chine, de nombreux experts craignent que l'explosion des cultures d'hévéas se poursuive, avec des effets croissants sur la biodiversité et les populations autochtones, comparables à ceux des cultures d'huile de palme[11], tout particulièrement dans les zones tropicales du sud-est asiatique (Indonésie, Malaisie, Laos, Cambodge, Vietnam, sud-ouest de la Chine et Philippines), au détriment de la forêt primaire, de sa biodiversité[12] et des grands équilibres écologiques (des aires protégées qui ont ainsi déjà été sacrifiées aux plantations ; A titre d'exemple, la réserve naturelle Snoul (Cambodge) a été en 4 ans (de 2009 à 2013) recouverte à plus de 70% par 75.000 hectares d'hévéas en dépit de la présence de nombreuses espèces menacées (banteng, cerf d'Eld, et plusieurs singes carnivores.)[10].

La demande asiatique en caoutchouc a encore grandit[13] (de 3,5%/an dans les années 2010-2015), et + 5,3% si l'on ne tient compte que des pneus. Une étude prospective d'Eleanor Warren-Thomas estime que de 2015 à 2024, 4,3 à 8,5 nouveaux millions d’hectares d'hévéas risquent de remplace de la forêt tropicale (la surface de culture d'hévéa pourrait alors atteindre 86% sur la période 2012-2024, ce qui serait catastrophique pour la biodiversité de ces régions déjà mise à mal, notamment pour les gibbons et d'autres espèces dépendantes de la forêt primaire, qui ne pourront que disparaitre, mais aussi pour de nombreuses espèces aviaires, de chauves-souris et scarabées (déclin attendu pouvant atteindre 75%). L'érosion des sols, l'augmentation de la pollution et de la turbidité de l'eau augmenteraient aussi[9]. Dans certains pays comme le Vietnam, la culture de l'hévéa gagne aussi en termes de gradient altitudinal, alors que la biodiversité avait souvent trouvé refuge sur les fortes pentes et montagnes[14], et en condition de monoculture, le risque d'apparition d'une maladie capable de décimer les hévéas augmente aussi. Globalement, les services écosystémiques fournis par la forêt sont également fortement dégradés[15]

Dans les années 2000-2010, les impacts de l'huile de palme ont sensibilité le public, mais celui-ci semble encore inconscient des risques induits par les plantations massives d'hévéa en zone tropicales. Selon l'étude 2015 « Au minimum, les entreprises qui convertissent, en toute légalité, des forêts protégées en plantations d’hévéas devraient faire l’objet de restrictions d’accès au marché, avec une certification d’exploitation durable »[9] ce qu'encourage une initiative dite Sustainable Natural Rubber Initiative (SNR-i) depuis janvier 2015 et l'écocertification de certaines plantations gérées en agrosylviculture, en Indonésie par exemple[16],[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Connaissance des végétaux - Hévéa (Hevea brasiliensis) Description statique
  2. extrait de la revue Science et Vie, novembre 2009, p. 36
  3. ANRPC. (2010). Natural Rubber Trends & Statistics. A monthly bulletin of market trends and statistics. Volume 2 No. 12. December 2010. Association of Natural Rubber Producing Countries, Kuala Lumpur, Malaysia
  4. Li, Z. & Fox, J.M. (2012). Mapping rubber tree growth in mainland Southeast Asia using time - series MODIS 250 m NDVI and statistical data. Appl. Geogr. , 32 , 420 – 432
  5. FAO. (2013). FAOSTAT Online Statistical Service
  6. Joshi, L., Wibawa, G., Beukema, H., Williams, S., van Noordwijk, M., Used, S., & Tolerated, S. (2000). Technological change and biodiversity in the rubber agroecosystem of Sumatra. in Tropical Agroecosystem, 133-155.
  7. Fox, J. & Castella, J. - C. (2013). Expansion of rubber (Hevea brasiliensis) in Mainland Southeast Asia: what are the prospects for smallholders ? J. Peasant Stud. , 40 , 155 – 170
  8. Harris, N.L., Brown, K., Netzer, M., Killeen, T.J. & Gunarso, P. (2013). Projections of oil palm expansion in Indonesia, Malaysia and Papua New Guinea from 2010 to 2050. Reports from the Technical Panels of the 2nd Greenhouse Gas Working Group of the Roundtable on Sustainable Palm Oil (RSPO). Roundtable on Sustainable Palm Oil (RSPO
  9. a, b et c Warren‐Thomas, E., Dolman, P. M., & Edwards, D. P. (2015). Increasing Demand for Natural Rubber Necessitates a Robust Sustainability Initiative to Mitigate Impacts on Tropical Biodiversity. Conservation Letters (résumé).
  10. a et b Article du Journal de l'environnement, intitulé Après l'huile de palme, le caoutchouc hévéa caoutchouc Le caoutchouc va-t-il à son tour saigner la forêt ?, publié 17/04/2015
  11. Koh, L.P. & Wilcove, D.S. (2008). Is oil palm agriculture really destroying tropical biod iversity? Conserv. Lett. , 1 , 60 – 64
  12. Li, H., Aide, T.M., Ma, Y., Liu, W. & Cao, M. (2007). Demand for rubber is causing the loss of high diversity rain forest in SW China. Biodivers. Conserv. , 16 , 1731 – 1745
  13. Rubberworld. (2014). IRSG Offers Latest World Rubber Industry Outlook. RubberWorld, Rubberworld.com
  14. Nguyen, B.T. (2013) Large-scale altitudinal gradient of natural rubber production in Vietnam. Ind. Crops Prod. , 41 , 31 – 40
  15. Hansen, K.K. & Top, N. (2006) Natural forest benefits and economic analysis of natural forest conversion in Cambodia - Working Paper 33. Cambodia Development Resource Institute, Phnom Penh, Cambodia
  16. Leimona, B. (2010). Eco-certified natural rubber from sustainable rubber agroforests in Sumatra, Indonesia (résumé).
  17. Feintrenie, L. & Levang, P. (2009). Sumatra’s rubber agroforests: advent, rise and fall of a sustainable cropping system. Small - scale For. , 8 , 323 – 335

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Référence Flora of China : Hevea brasiliensis (en)
Référence Catalogue of Life : Hevea brasiliensis (Willd. ex A.Juss.) Müll.Arg. (en)
Référence Tela Botanica (La Réunion) : Hevea brasiliensis (Willd. ex A. Juss.) Müll.Arg. (fr)
Référence Tela Botanica (Antilles) : Hevea brasiliensis (Willd. ex A. Juss.) Müll. Arg. (fr)
Référence ITIS : Hevea brasiliensis (Willd. ex Adr. Juss.) Muell. Arg. (fr) (+ version anglaise (en))
Référence NCBI : Hevea brasiliensis (en)
Référence GRIN : espèce Hevea brasiliensis (Willd. ex A. Juss.) Mull. Arg. (en)

Bibliographie[modifier | modifier le code]