Aceh

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5° 33′ N 95° 19′ E / 5.55, 95.316666666667 ()

Aceh
(id) Aceh
Carte de localisation de la province.
Carte de localisation de la province.
Administration
Pays Drapeau de l'Indonésie Indonésie
Statut Province à statut spécial
Capitale Banda Aceh
Gouverneur dr. H. Zaini Abdullah
Fuseau horaire UTC+7
Démographie
Population 4 031 589 hab. (2005)
Densité 78 hab./km2
Rang 15e
Géographie
Superficie 51 937 km2
Rang 12e
Divers
Langue(s) Aceh, gayo, indonésien
Groupes ethniques Aceh, Gayo, Alas, Malais, Javanais, Kluet, Batak
Religion(s) Islam (97,6 %)
Christianisme (1,7 %)
Bouddhisme (0,55 %)
Hindouisme (0,08 %)
Liens
Site web http://www.nad.go.id/
Drapeau de la province d’Aceh
Vue aérienne d'une ville d'Aceh touchée par le tsunami de décembre 2004.

Aceh (prononcer A-tché) est une province d'Indonésie, située sur la pointe nord de l'île de Sumatra. Ses habitants sont les Acehnais. Sa superficie est de 57 366 km2 et sa population est estimée à environ quatre millions de personnes (selon le recensement officiel de 2000), presque deux pour cent de la population indonésienne. Appelée à partir de 1959 Daerah Istimewa Aceh, en français « territoire spécial d'Aceh », une loi de 2001 lui accorde une autonomie spéciale et la province change de nom pour celui de Nanggroë Aceh Darussalam (nanggroe veut dire « pays » en langue aceh, et Darussalam, « cité de la paix » en arabe). En 2009, le gouverneur, pour la première fois élu au suffrage direct en 2006, restaure l'ancien nom d'Aceh.

La capitale de la province est Banda Aceh (autrefois Kutaraja, « la forteresse des rois »).

Aceh a été le théâtre d'un conflit long et sanglant entre l'armée de terre indonésienne et le mouvement séparatiste Gerakan Aceh Merdeka (« mouvement pour un Aceh libre ») ou GAM, créé en 1976 pour dénoncer le partage jugé injuste des richesses naturelles entre le gouvernement central et la province. Dans les années 1970 et 1980, Aceh était en effet le premier producteur de gaz naturel d'Indonésie grâce au champ géant d'Arun. Mais la production est en déclin et les réserves s'épuisent sans être renouvelées. Un accord de paix a été conclu entre le GAM et le gouvernement en août 2005. Lors des élections du gouverneur au suffrage direct en décembre 2006 c'est un membre du GAM, Irwandi Yusuf, qui l'a emporté.

Aceh a été le point le plus près de l'épicentre du tremblement de terre du 26 décembre 2004 qui, suivi d'un tsunami, a causé d'immenses dégâts humains et matériels dans la province.

Note orthographique[modifier | modifier le code]

L'orthographe généralement employée hors Aceh aujourd'hui est « Aceh ». Les Acehnais eux mêmes utilisent indifféremment l'une ou l'autre des graphies "Atjeh" ou "Aceh".

Le quotidien Le Monde emploie systématiquement la forme Atjeh. C'est une ancienne graphie à la néerlandaise où le groupe tj note un t mouillé ou tch. Vers 1972 on a unifié ces deux graphies en Aceh (tch noté c), dans le cadre d'une réforme de l'orthographe commune entre l'Indonésie et la Malaisie.

L'orthographe du nom a varié selon les époques et les auteurs : Acheh, Atjeh, Acem, ou Achin.

Il existe également une graphie à l'anglaise : Acheh, qu'utilise le GAM dans ses documents officiels.

Divisions administratives[modifier | modifier le code]

Carte des kabupaten et kota d'Aceh (les numéros ne se réfèrent pas au tableau ci-contre).

La province d'Aceh comprend le nord de l'île de Sumatra et quelques îles de moindres dimensions. Depuis 1999, beaucoup de kabupaten ont été créés. Aceh comprend désormais 18 kabupaten :

et 5 kota :

Histoire[modifier | modifier le code]

La période classique[modifier | modifier le code]

En Indonésie, on surnomme Aceh « l'antichambre de la Mecque » (Serambi Mekah), ce qui témoigne de l'importance accordée à Aceh par les Indonésiens dans l'histoire de l'islam dans le pays. Cela dit, les preuves les plus anciennes connues sur la présence de l'islam dans le nord de Sumatra datent de la fin du XIIIe siècle.

En 1282, le roi de Samudra, situé dans l'actuel Aceh, envoie en Chine deux émissaires portant des noms arabes. Dans son voyage de retour de la cour de Kubilai Khan à Venise en 1292, Marco Polo fait escale à Perlak, voisin de Samudra, et note que le souverain de ce port est musulman, ce qui n'est pas le cas de "Basma" et "Samara". On a essayé d'identifier, sans certitude, Samara à Samudra et Basma à Pasai, une autre principauté voisine.

Le voyageur marocain Ibn Battuta fait escale à Samudra à l'aller et au retour de son voyage en Chine en 1345-46. Il note que le souverain est musulman de l'école shafi'ite.

Deux pierres tombales dans le village de Minye Tujuh témoignent de la transition en train de s'opérer dans le pays. Toutes deux rédigées en malais, l'une est écrite dans un alphabet d'origine indienne qualifié de « proto-sumatranais », l'autre en arabe. Elles sont islamiques et signalent le décès d'une fille du sultan Malik al Zahir. Les deux inscriptions portent une date en ère Saka et en ère de l'Hégire, mais diffèrent d'une dizaine d'années, l'une mentionnant l'équivalent de 1380 après J.-C. et l'autre, 1389. Il existe une inscription en malais rédigée de la même façon dans les deux alphabets, dans l'État du Negeri Sembilan en Malaisie.

Le sultanat[modifier | modifier le code]

Les jardins de Kota Gunungan
Article détaillé : Sultanat d'Aceh.

La conquête néerlandaise[modifier | modifier le code]

En 1873, le consul américain à Singapour rencontre un émissaire d'Aceh pour discuter d'un traité entre les deux pays. Les Néerlandais décident d'attaquer Aceh. Commence la longue guerre d'Aceh. Les Néerlandais bombardent la capitale, Kutaraja (aujourd'hui Banda Aceh) et font débarquer un corps expéditionnaire de 3 000 hommes. Ils sont repoussés, perdant leur général. Le sultan Mahmud Syah (règne 1870-74) organise la résistance et demande de l'aide. Les Américains et les Britanniques refusent de la lui accorder. Les Français ne répondent pas. Les Turcs se montrent impuissants. Les Néerlandais envoient un second corps expéditionnaires de 10 000 hommes. Les troupes d'Aceh abandonnent leur capitale, que les Néerlandais investissent en 1874. Ils proclament l'annexion d'Aceh et l'abolition du sultanat. Mahmud et ses partisans se réfugient dans les montagnes. Il y meurt du choléra. Son fils Daud est proclamé sultan sous le nom de règne de Ibrahim Mansyur Syah (règne 1875-1907) et poursuit la résistance.

Résidence d'un des premiers notables d'Aceh à avoir accepté la souveraineté néerlandaise (1880)
Un fort d'Aceh après sa prise par les Hollandais (1901)

Les Néerlandais ne tiennent réellement que Kutaraja. Les princes des cités portuaires feignent de se soumettre à l'ordre néerlandais mais soutiennent la résistance. Les Néerlandais bombardent et incendient les villages, forçant la population à se réfugier dans les montagnes, où elles rejoignent la résistance. En 1881, les Néerlandais déclarent la fin de la guerre. Du côté acehnais, la direction de la lutte est passée de l'aristocratie traditionnelle, les uleebalang, aux chefs religieux, les ulama, dont le plus connu est Teungku Cik di Tiro. La résistance devient une guerre sainte contre les Néerlandais infidèles.

La guerre épuise les ressources du budget colonial néerlandais. Les Néerlandais, qui ont abandonné le contrôle des campagnes aux Acehnais, trouveront la solution en deux hommes. Le premier, Joannes van Heutz, est un militaire qui a longtemps servi au combat. Il est nommé gouverneur en 1898. Le second, Snouck Hurgronje, est un universitaire de Leyde, le meilleur spécialiste néerlandais de l'islam. Hurgronje fait comprendre aux Néerlandais que rien ne pourra apaiser le fanatisme des ulama, et qu'ils doivent donc gagner l'alliance de la noblesse des uleebalang.

C'est la découverte de pétrole dans le nord de Sumatra qui va déterminer les Néerlandais à en finir avec la résistance. Ils signent avec les princes une Korte Verklaring (« déclaration courte ») par lequel ces derniers reconnaissent la souveraineté néerlandaise. Le sultan Daud Shah se rend en 1903 ainsi que son chef des armées, le Panglima Polim. Le sultan garde des contacts avec la résistance. Après une attaque manquée en 1907, il est exilé. Les ulama (oulémas), chefs religieux, poursuivent la résistance.

Aceh et l'indépendance de l'Indonésie[modifier | modifier le code]

En 1939 est créée la Persatuan Ulama Seluruh Aceh ("union des oulémas d'Aceh) ou PUSA, sous la direction de Daud Beureueh, dont le but est de défendre l'islam et de promouvoir la modernisation des écoles islamiques. La PUSA prend contact avec les Japonais et prévoit de les aider dans leur attaque des Indes néerlandaises. Début 1942, la PUSA entame une campagne de sabotage contre les Hollandais, qui doivent évacuer Aceh vers le sud de Sumatra. Les Japonais débarquent quelques semaines plus tard. Les Acehnais, qui considèrent que leur lutte contre les Hollandais n'est pas terminée, entament des discussions pour l'indépendance avec le nouvel occupant. Ces discussions tournent court avec la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

L'Indonésie proclame son indépendance le 17 août 1945. Commence une période de 4 années du conflit qui oppose la jeune république à son ancien colonisateur hollandais, que les Indonésiens appellent "Revolusi". En Aceh, celle-ci se traduit par l'arrestation des principaux uleebalang et leur assassinat.

Lorsqu'en 1948 les Hollandais lancent leur seconde "action de police", c'est-à-dire opération militaire contre la république, ils prennent la capitale, Yogyakarta et les principales villes de Java et Sumatra. Le territoire de la république d'Indonésie est bientôt réduit à Aceh.

Le conflit prend fin en 1949 avec le transfert de souveraineté du royaume des Pays-Bas à une « république des États-Unis d'Indonésie ». Aceh y obtient le statut de province autonome. Mais en 1950, la province est fusionnée avec celle de Sumatra du Nord. Cet acte accroît le mécontentement de la PUSA, qui voyait déjà d'un mauvais œil le caractère non-islamique de la république d'Indonésie.

En 1953 Daud Beureueh rejoint la rébellion du Darul Islam, un mouvement séparatiste né dans l'ouest de Java en 1949, qui réclame la création d'un Etat islamique en Indonésie. Daud Beureueh accepte finalement un cessez-le-feu en 1957 avec le gouvernement, alors que le mouvement du Darul Islam se poursuit. Des discussions sont entamées pour trouver une solution aux revendications des Acehnais. En 1959, le gouvernement indonésien accorde un statut spécial à la province d'Aceh, qui obtient l'autonomie dans les domaines de la religion, du droit coutumier et de l'éducation.

En 1966 avec l’arrivée au pouvoir de Soeharto, la chariah est progressivement interdite. En 1968, les autorités de Jakarta rejettent la demande faites par les Acihais de pouvoir exécuter les peines corporelles qui relèvent du pénal. En 1974, la shariah est formellement interdite. Les pengadilan agama, tribunaux religieux créés en 1989 dépendent directement du ministère des Affaires religieuses, qui unifient le droit musulman dans tout le pays[1].

En 1967, des musulmans attaquent des églises chrétiennes en Aceh. Ce sont les premiers incidents anti-chrétiens sérieux du nouveau régime de Soeharto.

La guerre civile[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Selon Al Yassa Abubakar, juriste acihais et directeur du Dinas Syarat Islam, considéré comme le père de la charia en Aceh, la suppression de la cour chariatique (mah­kamah syariyah) explique qu’en 1976 les habitants d’Aceh répondent en masse au premier appel du GAM (Gerakan Aceh Merdeka), Mouvement pour un Aceh libre[1].

Mais pour le groupe indépendantiste, il s’agit aussi de défendre les réserves de gaz naturel, découvertes cinq ans plus tôt, en 1971, par la société pétrolière américaine Mobil du champ de gaz géant d'Arun en 1971[1]. Une usine de liquéfaction du gaz est construite à Lhokseumawe. Le gaz naturel liquéfié est exporté au Japon. Puis une usine d'engrais est construite, également alimentée en gaz naturel. Ce développement industriel va bouleverser la vie des habitants, avec la dislocation de la famille traditionnelle, l'arrivée de travailleurs migrants, notamment de Java, la dégradation de l'environnement.

Mais surtout, l'appropriation des revenus du gaz par le gouvernement central, sans véritable retombée pour la population locale, crée un ressentiment. En 1976, le Mouvement pour un Aceh libre (Gerakan Aceh Merdeka) ou GAM est fondé, avec à sa tête Hasan Di Tiro, un descendant de Teungku Chik di Tiro (en), le dirigeant de la lutte contre les Hollandais à la fin du XIXe siècle. L'objectif de Hasan est la restauration du sultanat d'Aceh qui bâtirait sa prospérité sur le gaz d'Arun. Hasan avait participé en son temps au Darul Islam. Mais cette fois-ci, son objectif est de faire profiter la manne gazière, dont l'essentiel va au gouvernement central, au seul peuple d'Aceh.

Le GAM entreprend une série d'attaques contre des positions militaires et policières. En 1990, le gouvernement indonésien déclare Aceh daerah operasi militer (« zone d'opérations militaires »), ou DOM. L'armée envoie des troupes en Aceh. Commence une guerre qui ne dit pas son nom.

La paix[modifier | modifier le code]

Le statut spécial[modifier | modifier le code]

En 1999, le gouvernement indonésien annonce l'introduction de la charia en Aceh. Cette initiative venait du président de l'époque, B. J. Habibie. Il s'appuyait sur les recommandations de son conseiller pour le conflit en Aceh, Usman Hasan. Le gouvernement pensait ainsi résoudre un conflit qui ensanglantait la province depuis 1976.

L'introduction de la charia s'est d'emblée traduite par des campagnes pour la mise en place des symboles physiques de l'islam. En particulier, on a demandé aux femmes de porter en public le jilbab (voile musulman). Une police de la charia (polisi syariah) était créée[2].

Population, langues et cultures[modifier | modifier le code]

La majorité de la population de la province d'Aceh est constituée par le groupe du même nom.

La langue aceh appartient à un groupe dit « chamique » du rameau malayo-sumbawien de la branche malayo-polynésienne de la famille des langues austronésiennes. Cela veut dire que la langue d'Aceh est plus proche du cham, parlé au Viêt Nam et au Cambodge, que des autres langues de Sumatra. Certains linguistes y distinguent un substrat austroasiatique, notamment dans le vocabulaire.

Dans les hautes terres du Sud d'Aceh habitent les Gayo, dont la langue forme à elle seule un groupe de la branche malayo-polynésienne des langues austronésiennes.

Tourisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : tourisme en Indonésie.


Sur l'île de Weh se trouve la petite ville et le port de Sabang, où à l'époque de la marine à vapeur, les bateaux venaient se ravitailler en charbon. À Sabang sont enterrés deux marins français, qui étaient parmi les 36 survivants du naufrage du contre-torpilleur Le Mousquet, coulé en 1914 par le croiseur allemand Emden lors du combat de Penang au large de l'île de Penang en Malaisie. Leur tombe commune est l’objet d’un entretien régulier par le gouvernement français.

Weh est la plus grande d'un groupe d'îles parmi lesquelles ont trouve Klah, Rubiah, Seulako et Rondo. Leur superficie totale est de 154 km². Rubiah, un îlot d'à peine 17 hectares, était un lieu de quarantaine pour les pèlerins qui revenaient de La Mecque à l'époque des voyages en bateau. L'îlot possède des récifs de coraux.

À environ 30 km de la côte de Sumatra, au Nord de l'île de Nias, se trouvent les îles Banyak (« nombreuses »), un archipel de 60 petites îles qui font administrativement partie de la province. Leur superficie totale est de 319 km2. Les plus grandes de ces îles sont Tuanku et Bangkaru.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Agnès de Feo, Aceh, une charia de complaisance, dans Les Cahiers de l'Orient, n°92, 2008
  2. Kamaruzzaman, "Women and syariah in Aceh", Inside Indonesia, juillet-septembre 2004

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Anonyme, Histoire des rois de Pasey (Hikayat Raja Pasai), traduction d'Aristide Marre (1823-1918), Anacharsis, 2004
  • Feillard, Andrée et Rémy Madinier, La Fin de l'innocence ? L'islam indonésien face à la tentation radicale de 1967 à nos jours, Les Indes savantes, 2006
  • Ricklefs, M. C., A History of Modern Indonesia since c. 1300 (2e édition), 1993
  • Agnès de Feo, Aceh, une charia de complaisance, dans Les Cahiers de l'Orient, n°92, 2008

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]