Wilhelmine des Pays-Bas

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Wilhelmine
Wilhelmine des Pays-Bas, en 1909.
Wilhelmine des Pays-Bas, en 1909.
Titre
Reine des Pays-Bas
23 novembre 18904 septembre 1948
(57 ans, 9 mois et 12 jours)
Régent Emma de Waldeck-Pyrmont (1890-1898)
Juliana des Pays-Bas
(1947, 1948)
Prédécesseur Guillaume III
Successeur Juliana
Biographie
Dynastie Maison d'Orange-Nassau
Nom de naissance Wilhelmina Helena Pauline Maria van Oranje-Nassau
Date de naissance 31 août 1880
Lieu de naissance La Haye (Pays-Bas)
Date de décès 28 novembre 1962 (à 82 ans)
Lieu de décès Apeldoorn (Pays-Bas)
Père Guillaume III
Mère Emma de Waldeck-Pyrmont
Conjoint Henri de Mecklembourg-Schwerin
Enfant(s) Juliana Red crown.png
Résidence Palais Noordeinde (1890-1948)
Palais Het Loo (1948-1962)

Wilhelmine des Pays-Bas
Monarques des Pays-Bas

Wilhelmine (Wilhelmina Helena Pauline Maria van Oranje-Nassau en néerlandais), née le 31 août 1880 à La Haye aux Pays-Bas, morte le 28 novembre 1962 à Apeldoorn, fut reine des Pays-Bas de 1890 à 1948. Fille de Guillaume III des Pays-Bas, née d'une union très tardive, elle lui succède le 23 novembre 1890, mais demeure sous la régence de sa mère Emma de Waldeck-Pyrmont jusqu'en 1898.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Wilhelmine des Pays-Bas appartient à la sixième branche (Nassau-Dietz) issue de la seconde branche (Nassau-Dillenbourg) de la Maison de Nassau. Cette lignée de Nassau-Dietz aujourd'hui Orange-Nassau appartient à la tige ottonienne qui donna dans le passé des stathouders à la Hollande, la Frise, la Zélande, la Gueldre, les Provinces Unies et un roi à l'Angleterre et l'Écosse en la personne de Guillaume III d'Orange-Nassau, des rois et reines aux Pays-Bas.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Wilhelmine, qu’on appela Paulientje pendant les premières semaines de son existence, était le seul enfant du roi Guillaume III et de sa seconde épouse Emma de Waldeck-Pyrmont ; elle naquit le 31 août 1880 à 18 heures au Palais Noordeinde à La Haye. Trois demi-frères plus âgés étaient nés du premier mariage de son père avec Sophie de Wurtemberg : Guillaume des Pays-Bas (1840-1879), Maurice des Pays-Bas (1843-1850) et Alexandre des Pays-Bas (1851-1884) ; à la naissance de sa sœur, celui-ci était le dernier encore en vie. Le deuxième mariage de son père fit entrer Alexandre dans une telle colère (le jour de la cérémonie, il avait fermé les volets de son palais), que, même plus tard, il refusa de voir sa sœur. Il mourut alors qu'elle avait quatre ans.

À la mort de Guillaume III le 23 novembre 1890, Wilhelmine devint reine à l’âge de 10 ans. Cependant, jusqu'à ses 18 ans, c’est sa mère Emma qui assura la régence du royaume. Pour le Grand-Duché de Luxembourg, l’hérédité était exclusivement masculine. La couronne grand-ducale passa donc à un autre membre de la Maison de Nassau, Adolphe, chef de la branche Walram de cette famille.

Début de son règne[modifier | modifier le code]

Le 6 septembre 1898, Wilhelmine prête serment dans la Nieuwe Kerk à Amsterdam (les souverains constitutionnels des Pays-Bas ne sont pas couronnés). Un an avant elle avait eu l'immense chagrin de perdre sa tante paternelle, la grande-duchesse Sophie de Saxe-Weimar. Dans son autobiographie, elle confia plus tard toute l'importance que sa tante avait eue pour elle.

Deux ans après son couronnement, un navire néerlandais, le Hr. Ms. Gelderland, fut envoyé au Mozambique pour permettre l'évacuation de Paul Kruger, le président du Transvaal qui avait été écrasé (Guerre des Boers). Ce geste (fait avec le consentement tacite de la Grande-Bretagne), fut en Europe un signe éclatant de bonne volonté.

Mariage[modifier | modifier le code]

La reine Wilhelmine et le prince Henri le jour de leur mariage.
La reine Wilhelmine et sa fille Juliana, en 1914.
Médaille du 25e anniversaire du mariage de Wilhelmine et Henri le 7 février 1926 (recto).
Médaille du 25e anniversaire du mariage de Wilhelmine et Henri le 7 février 1926 (verso).

On chercha un mari pour la jeune reine. Il ne fallait pas songer à des candidats britanniques en raison de la Seconde Guerre des Boers. « Nur einen deutschen Prinzen soll sie bekommen[1] », déclara Guillaume II, l'empereur allemand.

En mai 1900, la reine-mère Emma se rendit avec sa fille au château de Schwarzenburg en Thuringe. Elle y avait organisé des rencontres avec les trois candidats.

Frédéric-Guillaume de Prusse, 20 ans, petit-fils de la princesse Marianne des Pays-Bas et du prince Albert de Prusse, gouverneur du duché de Brunswick, avait les faveurs du Kaiser.

Les deux fils du Grand-Duc Frédéric-François II de Mecklembourg-Schwerin et de la princesse Marie de Schwarzburg-Rudolstadt, Adolphe-Frédéric, 27 ans et Henri, 24 ans, avaient été choisis dans le Gotha, la Maison de Mecklembourg-Schwerin étant également alliée aux Hohenzollern et aux Nassau par les Saxe-Weimar-Eisenach. Des deux, Henri vint seul.

Redoutant le pangermanisme prussien, la mère et la fille préférèrent le prince de Mecklembourg-Schwerin à un membre de la Maison de Hohenzollern et choisirent le prince Henri de Mecklembourg-Schwerin. Le 16 octobre 1900, on annonça leurs fiançailles.

Le mariage eut lieu le 7 février 1901. Malgré quatre fausses couches lors des premières années, il fut d'abord assez heureux.

Si Wilhelmine était morte sans enfant, le trône serait revenu à un prince allemand, en l'occurrence le petit-cousin de Wilhelmine, Guillaume Ernest, Grand-Duc de Saxe-Weimar-Eisenach, un petit-fils de Sophie, tante de Wilhelmine et sœur de Guillaume III. On parlait également de la cousine de Wilhelmine, Marie, fille de la même Sophie.

Le 30 avril 1909 naquit enfin Juliana. La Reine éleva sa fille en se fondant sur la Bible, selon la conception protestante, et en lui apprenant tous les détails sur la royauté. Il en résulta un lien très fort entre la mère et la fille.

Avant la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Alors qu'elle était encore une jeune fille de treize ans, Wilhelmine accompagna sa mère, la régente, chez l'empereur allemand Guillaume II. Celui-ci s'étant vanté devant la jeune reine de ses gardes du corps qui mesuraient près de deux mètres, Wilhelmine sourit poliment et répondit que, dans son petit pays, si l'on ouvrait les écluses les eaux montaient à deux mètres et demi. L'empereur reçut de la reine Wilhelmine la Grand-Croix de l'Ordre militaire de Guillaume et la Grand-Croix de l'Ordre de la Maison d'Orange. Le 10 novembre 1918, après la Première Guerre mondiale, l'empereur demanda l'asile politique que le gouvernement néerlandais lui accorda contre la volonté des puissances alliées, la France, la Grande-Bretagne et surtout la Belgique. Wilhelmine évita cependant tout contact avec l'empereur déchu. Elle lui reprochait d'avoir failli à son rôle de chef et même d'avoir abandonné son peuple. La révolution allemande aurait des répercussions aux Pays-Bas, comme elle devait l'éprouver par la suite.

C'est à l'occasion d'une visite officielle en France, en avril 1898, durant laquelle Wilhelmine fut reçue par le président Armand Fallières, que la presse française[2] la surnomma affectueusement la petite reine et que ce surnom contribua[3], par un mécanisme de métonymie, à désigner la bicyclette et le cyclisme naissant dont Wilhelmine était une pionnière[4],[5].

Wilhelmine tint à faire usage de tous ses pouvoirs. Même si elle en connaissait les limites, elle les respectait à contrecœur. Elle n'avait pas non plus beaucoup d'affinités avec les hommes politiques de son temps, ce qui la mit souvent en conflit avec ses ministres. En particulier lorsque la presse fit savoir qu'elle avait accru jusqu'à un milliard de dollars le capital de sa famille. La famille royale hollandaise était en effet l'un des principaux actionnaires de la compagnie pétrolière royale. Elle se rangea dans le camp du Royaume-Uni et des États-Unis dans l'affaire de l'annexion du pétrole mexicain. Ses décisions mirent également les Pays-Bas en conflit avec le Venezuela sur la question des Antilles néerlandaises.

Wilhelmine a été depuis Guillaume d'Orange un des monarques qui ont eu le plus d'influence. Après que les grandes puissances eurent choisi La Haye pour se rencontrer, la jeune reine de dix-neuf ans offrit un de ses palais comme lieu où les pays pourraient régler pacifiquement leurs litiges en les soumettant à la Cour permanente d'arbitrage. Elle offrit également un dîner de gala à l'issue de la première Conférence de la paix organisée à La Haye. Elle n'attendait pas beaucoup de ces initiatives - les Pays-Bas étaient en effet un pays neutre – et d'autant plus soucieux de posséder une défense forte.

Pendant la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Les Pays-Bas restèrent neutres pendant la Première Guerre mondiale. L'Allemagne avait fait des investissements considérables dans l'économie néerlandaise et les échanges commerciaux étaient importants entre les deux pays. Pour affaiblir l'Empire allemand, le Royaume-Uni fit le blocus des ports néerlandais. En réponse le gouvernement néerlandais fit du commerce avec l'Allemagne. Avant une attaque on donnait aux soldats allemands du fromage d'Edam pour leurs rations. Wilhelmine fut une reine-soldat ; étant une femme, elle ne pouvait être le Commandant en chef, mais elle ne manqua jamais une occasion d'aller inspecter ses forces. À de nombreuses reprises elle venait sans avoir averti, voulant voir la réalité et non un spectacle préparé. Elle aimait ses soldats, mais devait affronter la plupart de ses gouvernements, qui ne cessaient de voir dans l'armée le chapitre de dépense où l'on pouvait pratiquer des coupes de budget. Wilhelmine souhaitait une armée petite, mais bien entraînée et bien équipée. On en était à vrai dire bien loin. Durant la guerre, elle estimait qu'elle devait être sur ses gardes et se méfiait toujours d'une attaque allemande, surtout au début. Et pourtant, la violation de souveraineté territoriale néerlandaise vint à la fois de la Grande-Bretagne et des États-Unis, qui, en raison du blocus, capturèrent un grand nombre de navires de commerce néerlandais pour essayer de désorganiser l'effort de guerre allemand. Il en résulta un accroissement des tensions entre les Pays-Bas et les forces Alliées. Quand, au printemps 1918, des navires de commerce néerlandais furent arrêtés par les Britanniques, on constata que les bornes avaient été dépassées. Il fallait faire un geste et le 5 juillet 1918 un convoi marchand à destination des Indes néerlandaises fut escorté par la marine de guerre battant pavillon tricolore.

La révolte bolchevique de 1917 dans la Russie impériale provoqua des troubles aux Pays-Bas après la guerre. Un leader socialiste nommé Troelstra tenta de renverser le gouvernement et la reine. Au lieu d'une révolution violente, il voulait prendre le contrôle de la Tweede Kamer, la deuxième chambre, l'organe législatif du Parlement, et espérait atteindre ce but par les élections, convaincu que la classe ouvrière le soutiendrait. Cependant, la popularité de la jeune reine permit de rétablir la confiance dans le gouvernement. En paraissant avec sa fille dans une voiture à cheval découverte, Wilhelmine provoqua dans la foule un fort mouvement en sa faveur et on comprit que la révolution ne réussirait pas.

Après l'armistice qui mit fin à la Première Guerre mondiale, Guillaume II s'enfuit aux Pays-Bas, où le gouvernement néerlandais lui accorda l'asile politique, en partie en raison des liens de l'empereur avec la famille de la reine Wilhelmine. En réponse aux efforts des Alliés pour mettre la main sur le Kaiser déposé, Wilhelmine convoqua les ambassadeurs alliés et leur fit un véritable cours de droit sur les demandes d'asile.

L'entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

Le prince Bernhard, en 1942.

Pendant les années 1920 et les années 1930, les Pays-Bas ont commencé à émerger comme puissance industrielle. Par leurs travaux sur le Zuiderzee, les ingénieurs reconquirent sur l'eau de vastes territoires engloutis. En 1934, la mort du mari de Wilhelmine, le prince Hendrik, termina une année difficile qui vit aussi le décès de la reine-mère Emma.

L'entre-deux-guerres et particulièrement la crise économique des années 1930, fut aussi la période où le pouvoir personnel de Wilhelmine atteignit son zénith ; sous les gouvernements successifs d'un Premier ministre dévoué à la monarchie, Hendrik Colijn (ARP), Wilhelmine fut profondément impliquée dans la plupart des questions d'État.

En 1939, le cinquième et dernier gouvernement Colijn fut renversé par un vote de défiance deux jours après sa formation. Il est communément admis que Wilhelmine elle-même était derrière la formation de ce dernier gouvernement, conçu pour être un cabinet extra-parlementaire ou « royal ». La Reine se méfiait profondément du système parlementaire et plus d'une fois essaya de le contourner sans qu'on le remarquât.

Elle arrangea aussi le mariage de sa fille Juliana et de Bernhard de Lippe-Biesterfeld, un prince allemand qui avait perdu la plupart de ses biens après la Grande Guerre. Bien qu'on ait affirmé qu'il était au début un partisan du régime nazi, aucune preuve irréfutable n'en a jamais été trouvée ou publiée. Il faut tout de même préciser qu'il n'y a jamais eu d'enquête sérieuse sur la question. Le prince Bernhard devint par la suite un personnage très populaire aux Pays-Bas.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

La reine parle devant le Congrès des États-Unis en 1942.

Le 10 mai 1940, l'armée allemande envahit les Pays-Bas sans déclaration de guerre préalable. L'armée néerlandaise ne tient qu'une semaine. Pendant ce temps, la reine affrète le destroyer britannique HMS Codrington pour exfiltrer (dans la nuit du 12 au 13 mai [6]) sa fille, la princesse héritière Juliana et son époux le prince Bernhard ainsi que leurs filles (Beatrix et Irène) et les joyaux de la couronne, ayant eu vent d'une opération de l'armée allemande pour ne pas laisser s'échapper la famille royale[7]. La reine Wilhelmine quitte le pays le 13 mai[6] avec son gouvernement, à bord du HMS Hereward, après avoir voulu, en vain, résister.

La reine Wilhelmine en 1942

Depuis Londres, elle anime les quelques foyers de résistance néerlandais depuis la BBC et prend les rênes du pays : elle renvoie son Premier ministre Dirk Jan de Geer, qui parlemente avec le chancelier allemand Adolf Hitler ; elle déclare même : « On ne pactise pas avec le diable, l'ennemi de l'humanité »[8], nomme son gendre « commandant en chef des forces de la Résistance »[8] (malgré le refus du gouvernement britannique) et envoie sa fille Juliana et ses enfants à Ottawa (Canada). Elle finance une radio de Résistance, « Oranje »[8] et empêche l'occupant allemand d'obtenir l'entreprise pétrolière Dutch Shell en faisant, grâce à sa fortune, monter le prix des actions. Le Premier ministre britannique Winston Churchill dit d'elle qu'elle est « le seul homme parmi tous ces chefs d'État en exil », faisant référence aux différents gouvernements de résistance réfugiés à Londres depuis les succès militaires allemands. Dès la Libération, malgré la proximité avec les troupes allemandes, la reine arrive à Eindhoven, en mars 1945.

Elle abdique le 4 septembre 1948, année des 50 ans de son règne effectif, en faveur de sa fille Juliana.

Avenir de la maison d'Orange-Nassau[modifier | modifier le code]

Bien que dernière reine à être fille d'un Orange-Nassau, cette dynastie se perpétue sous les règnes de sa fille Juliana, de sa petite-fille Beatrix et de son arrière-petit-fils Willem-Alexander. Les membres actuels de la maison royale des Pays-Bas portent le nom néerlandisé d'Oranje-Nassau.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il faut absolument qu’elle reçoive un prince allemand.
  2. Première attestation dans un article intitulé « La Reine Wilhelmine », paru dans La France illustrée n° 1521 du 23 avril 1898.
  3. L’expression petite reine est probablement le fruit d’un télescopage entre cette source et plusieurs autres. Elle est popularisée par le livre La Reine Bicyclette du journaliste Pierre Giffard en 1891 (la couverture représente une jeune femme portant à bout de bras une bicyclette au-dessus de sa tête). Le syntagme petite reine apparaît au début des années 1890 dans des périodiques spécialisés dans la vélocipédie et est d’abord employé pour qualifier la cycliste, et non la bicyclette.
  4. signification et origines de cette expression en vidéo sur le site netprof.fr
  5. Frédéric Héran, Le retour de la bicyclette. Une histoire des déplacements urbains en Europe, de 1817 à 2050, La Découverte,‎ 2014, p. 121
  6. a et b www.naval-history.net/xDKWW2-4005-14MAY02.htm
  7. Point de vue -Hors-série - Histoire, « Les rois dans la guerre 1939-1945 », no 5, octobre 2010, page 21.
  8. a, b et c Point de vue -Hors-série - Histoire, « Les rois dans la guerre 1939-1945 », no 5, octobre 2010, page 23.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Annexe[modifier | modifier le code]