Roger Ier de Sicile

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Roger Ier de Sicile
Roger et son frère Robert Guiscard, illustration du XIXe siècle.
Roger et son frère Robert Guiscard, illustration du XIXe siècle.

Titre Comte de Sicile
(106222 juin 1101)
Prédécesseur Robert Guiscard
Successeur Simon de Sicile
Biographie
Dynastie Hauteville
Nom de naissance Roger de Hauteville
Surnom Bosso
Grand Comte
Naissance vers 1031
Décès 22 juin 1101
Mileto
Père Tancrède de Hauteville
Mère Frédésende
Conjoint Judith d'Évreux
Éremburge de Mortain
Adélaïde de Montferrat
Enfants Jourdain de Hauteville
Mauger
Godefroi
Flandrine de Hauteville
Mathilde de Hauteville
Adelise de Hauteville
Emma de Hauteville
Emma de Hauteville
Félicie de Hauteville
Yolande de Hauteville
Simon de Sicile
Roger de Sicile

Blason sicile famille Hauteville.svg

Roger de Hauteville (Italien : Ruggero d'Altavilla ; Latin : Rogerius de Altavilla : v. 1031[1]1101), dit le « Bosso »[2] puis, le « Grand Comte », est un aventurier normand du XIe siècle ; conquérant de la Sicile musulmane, il est à l'origine du futur royaume de Sicile.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Roger de Hauteville est le fils cadet de Tancrède de Hauteville (Rogerius Tancredi de Altavilla filius), un petit seigneur normand sans fortune de la région de Coutances, dans l'ouest du duché de Normandie. Sa mère Frédésende, seconde épouse de Tancrède, passe parfois pour être une fille du duc Richard II de Normandie. Selon le chroniqueur Geoffroi Malaterra, d'origine normande, Tancrède de Hautevillle fait partie de la noblesse du duché sans être cependant l'un des principaux seigneurs. Selon la princesse byzantine Anne Comnène, les Hauteville sont d'origine obscure.

Du Moyen Âge au XIXe siècle, on a voulu donner à la famille Hauteville d'illustres origines. Selon l'historien italien Ptolémée de Lucques[3], Tancrède de Hauteville est un descendant du chef viking Rollon, 1er duc de Normandie, tandis que pour l'érudit sicilien Rocco Pirri[4],[5], il est l'un des fils du duc Richard II de Normandie ou de son frère Guillaume de Brionne, comte d'Hiémois. Le théologien danois Erik Pontoppidan[6], fait de Tancrède de Hauteville un fils du duc Richard III de Normandie. Pour l'historien allemand Johann Christoph Gatterer, Tancrède est issu d'un proche parent de Rollon. Ces affirmations sans fondement, qui se contredisent entre elles, sont démenties par les textes les plus sûrs et n'ont pour origine que la fantaisie de leurs auteurs.

Débuts en Italie[modifier | modifier le code]

Roger de Hauteville quitte le duché de Normandie pour le sud de l'Italie dans les années 1050 (conventionnellement en 1057), accompagné de ses frères Godefroi, Mauger et Guillaume, ainsi que par une petite troupe de parents et amis, dont Hugues de Grandmesnil, Raoul de Tosny et Robert Guitôt. Selon le chroniqueur Aimé de Montcassin, le jeune Roger arrive en Italie après la bataille de Civitate (1053). Pour Geoffroi Malaterra, plus précis, il arrive après la mort de son frère aîné Onfroi (1057), 3e comte normand d'Apulie.

Conquête de la Sicile[modifier | modifier le code]

Peu de temps après son arrivée en Italie, son frère aîné Robert Guiscard, 4e comte normand d'Apulie, préfère l'écarter, se méfiant probablement de son jeune et ambitieux frère. Roger est alors dirigé avec sa bande en Calabre où il est chargé d'étouffer une révolte et d'y maintenir l'ordre. Il participe à la lutte contre les Byzantins d'Italie du Sud avant d'installer son quartier général à Mileto en 1061.

La petite cité de Mileto sera jusqu'à sa mort 40 ans plus tard, sa résidence favorite. Guiscard, allié depuis 1059 à l'Église et à la Papauté, le nomme « comte de Sicile » en 1062. Roger peut dès lors commencer au nom de la Papauté la conquête de la Sicile, alors sous domination musulmane, et surtout s'y tailler un fief : malgré la faiblesse numérique de son « armée » ou plutôt de sa bande[7], il peut commencer à guerroyer dans l'île, quadrillée par de nombreuses forteresses musulmanes. La conquête, s'étalant sur 30 années, sera longue du fait du petit nombre de guerriers normands, et difficile…

Après ces trente longues et difficiles années de guerre avec notamment les épisodes marquants de la prise de Messine (1061), le siège de Troina (1062)[8], la bataille de Cerami (1063)[9], la bataille de Misilmeri, et la prise de Palerme en 1072[10], il libère enfin la Sicile de l'occupation musulmane avec la prise de Noto (1091). Entretemps, la mort de son puissant frère en juillet 1085 le laisse totalement libre dans ses actes et il devient le seul véritable maître de la Sicile qu'il organise en comté en y introduisant notamment le système féodal, tout en gardant Mileto comme capitale de ses possessions ; c'est le début de la Sicile normande, une ère de prospérité faisant la continuité de l'époque musulmane. Une Sicile où Roger se montre tolérant, respectant les différentes identités, coutumes, et religions de l'île. En effet, une fois la guerre finie, Roger autorise les Musulmans qui le souhaitent, berbères ou arabes, à rester dans l'île. Les mosquées ne sont pas détruites, et Palerme, la capitale, en compte une quarantaine[réf. nécessaire]. Juifs, musulmans, et chrétiens orthodoxes ne subissent pas de persécutions.

Roger fera également appel à de nombreux colons originaires de l'Italie du Nord pour repeupler les régions désertifiées d'une île ravagée par trente années de guerre, notamment dans la région d'Enna et de Messine. Ces colons sont à l'origine du dialecte gallo-sicilien, qui a su se maintenir jusqu'à nos jours, grâce notamment à l'isolement géographique.

Roger, le « Grand Comte », meurt de causes naturelles le 22 juin 1101 dans son fief de Mileto en Calabre où il est inhumé. Son tombeau sera détruit par un tremblement de terre[réf. nécessaire].

Description[modifier | modifier le code]

Le chroniqueur d'origine normande Geoffroi Malaterra, témoin contemporain des événements, nous dit de Roger :

« …Roger est un jeune homme de la plus grande beauté, robuste, de haute stature, de forme gracieuse, extrêmement éloquent, ayant beaucoup d'esprit et de facilité à s'exprimer (…). Toujours affable, plein de gaieté, de force et de bravoure, sachant allier à ses qualités la sagesse et la prévoyance. Il est prévoyant dans toutes ses actions, amical et joyeux avec tous ses hommes, fort et courageux, et sauvage dans la bataille (…). On ne pouvait lui reprocher qu'un désir immodéré de gloire et peut-être aussi un esprit d'insubordination qui le portait à s'entourer de ceux dont le caractère se rapprochait du sien, et à les combler de bienfaits… ».

Descendance[modifier | modifier le code]

Roger eut trois épouses :

  1. Judith d'Évreux (vers 1035/45 - † 1076), venue de Normandie et appartenant à la grande famille normande des Grandmesnil, liée à la famille ducale, qu'il épouse dans son fief de Mileto (décembre 1061).
  2. Éremburge de Mortain († 1087), appartenant elle-aussi à la haute noblesse normande par son père Guillaume Guerlenc, un « richardide », et par sa mère Mathilde, appartenant à la grande famille des Montgommery. Il l'épouse en 1077.
  3. Adélaïde de Montferrat, issue de la vieille noblesse d'origine lombarde et peut-être aussi franque d'Italie du Nord, nièce de Boniface del Vasto, seigneur de Savone, qu'il épouse en 1087/1089. Cette dernière lui donnera deux fils : Simon, mort prématurément avant sa majorité, et surtout le futur roi Roger de Sicile, l'un des plus grands monarques du Moyen Âge.

L'aîné des fils de Roger était un bâtard du nom de Jourdain, probablement né en Italie autour de l'an 1060, qui décèdera avant son père au début des années 1090.

Roger eut également quelques concubines qui lui donneront plusieurs enfants dont un certain Mauger, mort jeune, ou encore un certain Godefroi, comte de Raguse, qui devint lépreux.

De son premier mariage avec Judith d'Évreux, il n'a que des filles :

  1. Une fille (Flandrine) mariée à Hugues de Gercé (Hugues de Jersey?), jeune chevalier peut-être originaire de Jarzé
  2. Mathilde de Hauteville, mariée au comte Robert d'Eu, puis répudiée, elle se remarie au comte Raymond IV de Toulouse
  3. Adelise (ou Adelicia), mariée en 1086 à Henri de Monte Sant'Angelo, puissant baron normand d'Apulie
  4. Emma († 1120), brièvement fiancée à Philippe Ier de France ; mariée d'abord à Guillaume VI, comte d'Auvergne puis à Rodulf, comte normand de Montescaglioso

En 1077, Roger se marie une seconde fois avec Eremburge de Mortain. Ils ont sept enfants, plus une fille possible selon Patrick Deret  :

  1. Mauger, comte de Troina
  2. Murielle, mariée à Josbert de Lucy, un Normand originaire de Lucy en Seine-Maritime
  3. Constance, mariée à Conrad d'Italie
  4. Felicia, mariée au roi Coloman de Hongrie
  5. Violante, mariée à Robert de Bourgogne, fils de Robert Ier, duc de Bourgogne
  6. Flandrina, fiancée à Hugues de Jersey, mariée à Henri Del Vasto (noble d'Italie du Nord), fondateur de la famille Mazzarino
  7. Judith, mariée à Robert de Bassonville (un Normand dont la famille est originaire de Vassonville, près de Dieppe)
  8. Mathilde, mariée à Guigues III d'Albon, selon Patrick Deret.

De sa troisième et dernière épouse, Adélaïde de Montferrat, ils ont quatre enfants :

  1. Simon
  2. Mathilde, mariée à Rainulf II d'Alife, puissant et influent noble italo-normand de la famille de Rainulf Drengot, qui deviendra le principal ennemi de son beau-frère Roger, roi de Sicile
  3. Roger
  4. Maximilla, mariée à Hildebrand VI (de la famille Aldobrandeschi)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Son année de naissance n'est pas connue avec certitude. Roger de Hauteville est probablement né plus tard, vers 1040 selon l'historien italo-allemand Hubert Houben : Roger II of Sicily: a ruler between East and West (2002) [1]
  2. Parce qu’il était robuste et d’aspect prestant : Roger I de Hauteville de Fara Misuraca (2002)
  3. Historia Ecclesiastica, 1327
  4. Né à Noto en 1577 et mort à Palerme en 1651. Auteur notamment de Chronologia Regum Siciliae
  5. (it) Notes biographiques
  6. Gesta et vestigia Danorum extra Daniam, 1741
  7. À peine 60 guerriers lors de la première expédition de 1060
  8. Où Roger est assiègé durant environ 4 mois dans des conditions très difficiles avec sa jeune femme Judith : [2]
  9. Saint Georges intervient dans la bataille armé d'une lance
  10. Coordination d'attaques terrestre, commandée par Roger, et maritime, sous le commandement de son frère Guiscard

Sources[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]