Baudouin IV de Jérusalem

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Baudouin IV
Représentation médiévale du couronnement de Baudouin
Représentation médiévale du couronnement de Baudouin
Titre
7e roi de Jérusalem
11741185
Couronnement 15 juillet 1174, à Jérusalem
Régent Raymond III de Tripoli (1174-1177)
Prédécesseur Amaury Ier de Jérusalem
Successeur Baudouin V de Jérusalem
Biographie
Dynastie Maison de Gâtinais-Anjou
Date de naissance 1161
Date de décès 16 mars 1185
Père Amaury Ier de Jérusalem
Mère Agnès de Courtenay

Baudouin IV de Jérusalem
Mort d'Amaury Ier et couronnement de Baudouin IV.
Guillaume de Tyr, Historia et continuation, Acre, XIIIe siècle (BNF, Mss.fr. 2628)

Baudouin IV de Jérusalem (1161-16 mars 1185), dit le Lépreux, est le fils d'Amaury Ier de Jérusalem issu de sa première union avec Agnès de Courtenay, et fut roi de Jérusalem de 1174 à 1185[1]. Sa sœur, la reine Sibylle de Jérusalem était la mère de son neveu, son héritier le roi-infant Baudouin V. Il avait une demi-sœur à l'issue du second mariage de son père avec Marie Comnène, la reine Isabelle Ire de Jérusalem.

Enfance et adolescence[modifier | modifier le code]

Baudouin vécut jeune avec son père à la cour de Jérusalem, en ayant très peu de contacts avec sa mère, Agnès de Courtenay, comtesse de Jaffa et Ascalon puis de Sidon, dont son père divorça plus tard. Son éducation fut principalement prise en charge par l'historien Guillaume de Tyr, qui deviendra Archévêque de Tyr et Chancelier du Royaume. C'est ce dernier qui, pendant que le prince jouait avec ses camarades, fit une terrible découverte. En effet, le jeu princier consistait à enfoncer ses ongles dans les bras des adversaires, ce qui devait être douloureux. Or le jeune prince ne ressentait aucune douleur. Guillaume reconnut immédiatement les symptômes d'une grave maladie, sans pouvoir identifier qu'il s'agissait de la lèpre. La puberté du prince confirma qu'il était bel et bien atteint d'une dangereuse forme de lèpre[2]. Le roi fit appel à tous les médecins, aussi bien latins que musulmans, mais aucun remède ne permet la guérison de Baudouin. Une immersion dans le Jourdain ne fut pas plus efficace[3].

Le 11 juillet 1174, le roi Amaury Ier meurt, après avoir vainement tenté d’empêcher la mainmise des Zengides sur l’Égypte. Ces derniers avaient cependant échoué, car Shirkuh, le général kurde chargé de la conquête de la vallée du Nil, est mort en 1171, laissant le pouvoir à son neveu Saladin, qui refuse de se soumettre à Nur ad-Din. Mais la situation est tout aussi catastrophique pour les Francs, puisque la mollesse des derniers Fatimides cède la place à la fermeté des Ayyoubides[4].

Baudouin est sacré roi de Jérusalem à l'âge de 13 ans le 15 juin de la même année. Deux régents vont alors se succéder pendant sa minorité, le premier Miles de Plancy, bien que régent de manière officieuse, et le second Raymond III de Tripoli, cousin de son père. En 1175, Raymond II signe un traité avec Saladin.

Compte tenu de son état de santé, Baudouin n'était certainement pas en état d'assumer un long règne et encore moins de concevoir un héritier. Ce qui poussa nombre de courtisans à œuvrer vilement afin de s'attirer les grâces des héritiers au trône, Sibylle et Isabelle. Sibylle fut envoyée auprès de sa grand-tante, Yvette de Jérusalem, abbesse de Saint-Lazare de Béthanie, afin d'y être éduquée, pendant qu'Isabelle était à la cour de sa mère Marie Comnène, à Naplouse.

Baudouin IV roi de Jérusalem[modifier | modifier le code]

La régence de Raymond s'acheva avec le second anniversaire du couronnement de Baudouin. Le jeune roi devenait majeur à 15 ans comme le fixaient les lois royales. Il ne ratifia pas le traité signé par Raymond avec Saladin en 1175, mais mit en œuvre une série de raids dans les environs de Damas et de la vallée de Bekaa. Il désigna son oncle maternel, Josselin III, comte d'Edesse, sénéchal après avoir payé sa rançon. Joscelin était son parent mâle le plus proche sans pour autant avoir de revendications sur le trône, ce qui en faisait aux yeux du roi un ami et confident.

En tant que régent, Raymond de Tripoli avait commencé les négociations concernant le mariage de la princesse Sibylle avec Guillaume de Montferrat, un cousin du roi de France Louis VII et de Frédéric Ier, Saint-Empereur Romain. Guillaume arriva en octobre et devint Comte de Jaffa et d'Ascalon après mariage. Il était pressenti pour devenir roi quand Baudouin ne serait plus en mesure d'assumer ses fonctions, régnant sur le royaume avec son épouse Sibylle.

Entretemps, Baudouin préparait une attaque en pleine Égypte. Il envoya Renaud de Châtillon (l'ancien prince d'Antioche à travers son mariage avec la cousine d'Amaury Ier Constance d'Antioche) à Constantinople en tant qu'émissaire auprès de Manuel Ier Comnène, afin d'obtenir l'aide navale de Byzance. Renaud avait récemment été libéré d'Alep, Manuel ayant payé sa rançon puisque Renaud était le beau-père de l'Impératrice Marie d'Antioche. Manuel manœuvra également pour la restauration du Patriarcat Orthodoxe dans le royaume, et pour le mariage de Bohémond III d'Antioche et de sa petite-nièce Théodora Comnène., sœur de la reine Marie. Renaud revint en 1177, et fut récompensé par son mariage avec Étiennette de Milly, ce qui fit de lui le seigneur de Kerak et de l'Outrejourdain. Baudouin essaya de s'assurer que Renaud et Guillaume de Montferrat collaboraient dans leur défense de la frontière sud. Cependant, en juin, Guillaume mourut à Ascalon après plusieurs semaines d'agonie, laissant la veuve Sibylle enceinte du futur Baudouin V.

En août, le cousin du Roi Philippe d'Alsace vint à Jérusalem sous la bannière des Croisés. Il demanda à ce que les sœurs du roi soient mariées à ses vassaux. Philippe, en tant que parent mâle le plus proche du roi du côté paternel, réclama la régence à la place de Raymond. La Haute Cour of Jerusalem (en) refusa, Baudouin d'Ibelin l'insultant publiquement. Offensé, Philippe quitta le royaume, et alla à Antioche. La famille d'Ibelin était patronnée par la Reine Marie Comnène, et il est fort possible que Baudouin d'Ibelin ait agi de la sorte dans le but de s'attirer les grâces royales et d'épouser une des sœurs de Baudouin.

En novembre Baudouin et Renaud de Châtillon défirent une armée arabe commandée par Saladin à la bataille de Montgisard, grâce à l'aide de Chevaliers de l'Ordre du Temple. La même année, Baudouin autorisa le mariage de Marie et de Balian d'Ibelin, afin d'apaiser les tensions, mais cela comportait cependant de lourds risques compte tenu des ambitions des Ibelins. Avec le patronage de Marie, les Ibelins essayèrent d'intégrer Sibylle et Isabelle dans leur famille afin d'asseoir définitivement leur emprise sur le royaume de Jérusalem.

En 1179, le roi subit quelques revers militaires au nord. Le 10 avril, il dirigea un raid sur le bétail à Banias, mais il fut surpris par une force dirigée par le neveu de Saladin, Farrukh Shah. Son cheval tomba et en le sauvant, le très respecté Connétable de Jérusalem Onfroy II de Toron fut mortellement blessé. Le 10 juin, pour répondre à des raids de cavalerie arabe dans les environs de Sidon, Baudouin rassembla une force sous son commandement personnel, aux côtés de Raymond de Tripoli et du Grand Maître des Templiers Eudes de Saint-Amand. Dans un premier temps, il défit les pilleurs arabes à la Bataille de Marj Ayoun, avant que Saladin n'arrive avec le gros de ses forces. Le Roi, incapable de monter à cheval sans aide, se retrouva désarçonné, et du être transporté sur le dos d'un autre chevalier pendant que ses gardes se frayaient un chemin dans la mêlée. Raymond s'enfuit à Tyr, et le beau-père du roi, Renaud de Grenier sauva quantité de fugitifs, mais les Sarrasins avaient capturés nombre de hauts dignitaires, dont le Grand Maître, Baudouin d'Ibelin et Hugues de Tiberias, un des beau-fils de Raymond de Tripoli. En août, le château encore inachevé du Gué de Jacob tomba aux mains de Saladin à l'issue de la bataille du même nom, avec le massacre de près de la moitié de sa garnison de Templiers.

Les populations musulmanes n'appréciaient guère le roi de Jérusalem. Le chroniqueur arabe Ibn Jubair rapporta qu'il était affublé du surnom de Al-Khinzir (soit "Le Porc", référence à sa maladie qui le faisait paraître comme malsain), sa mère ne demeurant pas en reste puisque surnommée Al-Khinzira soit "La Truie"[5].

Les historiens occidentaux se montrent par contre bien plus généreux. L'historien britannique Steven Runciman considère le roi comme un modèle de courage et le décrit comme doté d'un sens politique aiguisé.

Baudouin et Guy de Lusignan[modifier | modifier le code]

L'été 1180 vit le mariage de Sibylle avec Guy de Lusignan, orchestré par le roi. Quelques anciens historiens prétendent que le second mariage de Sibylle fut entièrement du à l'influence de la mère du roi. Cependant, l'historien Hamilton réfute ces propos en avançant que ce mariage fut afin de refléter les griefs de Guillaume de Tyr et des Ibelins. Un projet qui consistait à marier Sibylle à Hugues III de Bourgogne ayant avorté, Raymond de Tripoli fut suspecté de vouloir la marier à Baudouin d'Ibelin dans le but de renforcer ses appuis politiques. Cependant une alliance avec un dignitaire étranger était essentielle au royaume s'il voulait espérer une quelconque aide étrangère. Avec le roi de France Philippe II encore mineur, le statut de Guy en tant que vassal du cousin du roi Henri II d'Angleterre- qui devait au Pape un pèlerinage en guise de pénitence-, était utile tant son aura était grande. Baudouin fiança également sa demi-sœur Isabelle à Onfroy IV de Toron, réglant ainsi ses dettes avec le grand-père d'Onfroy, qui s'était sacrifié pour lui à Banias, tout en ôtant Isabelle du champ de pouvoir de sa mère et des Ibelins.

Guy s'allia auparavant à Renaud, qui profitait maintenant de sa position avantageuse à Kerak pour harceler les caravanes empruntant la route qu'il gardait reliant l'Égypte à Damas. Après que Saladin se soit remis de sa campagne et de la Bataille de Belvoir en 1182, Baudouin, désormais aveugle et incapable de marcher, désigna Guy comme régent du Royaume.

Néanmoins, en 1183, le roi fut offensé par la politique de Guy en tant que régent. Guy assista aux festivités célébrant le mariage d'Isabelle et d'Onfroy, à Kerak, cependant, les festivités furent interrompues lorsque Saladin vint assiéger la forteresse. Baudouin regroupa les forces qu'il lui restait et leva le siège, mais Guy refusa d'affronter Saladin, qui se retira dans le calme et l'ordre. Baudouin, excédé, allégea Guy de sa fonction de régent. Disgracié, il se retira à Ascalon avec sa femme Sibylle.

Règne commun avec Baudouin V et mort[modifier | modifier le code]

Mort de Baudouin IV et couronnement de Baudouin V
Guillaume de Tyr, Historia et continuation, Acre, XIIIe siècle (BNF, Mss.fr. 2628)

Malgré le fait que Baudouin ne semble pas avoir de différend avec sa sœur Sibylle, il nomma son neveu âgé de 5 ans Baudouin V héritier et successeur, avec le soutien d'Agnès et de son mari, de Raymond et d'autres nobles et barons. Raymond était censé être gardien de l'infant, et éventuellement devenir régent si le roi venait à expirer avant la majorité de son neveu. Baudouin continuait cependant à régner, et l'infant fut couronné "co-roi" le 20 novembre 1183.

Les premiers mois de l'année 1184 virent le roi tentant d'annuler le mariage de Guy et de Sibylle. Le couple fit échouer ces tentatives en restant uni autour de ses possessions d'Ascalon.

L'expédition qui permit de libérer Kerak et les conflits dynastiques affaiblirent considérablement Baudouin. Il meurt à Jérusalem au printemps 1185, quelques mois après la mort de sa mère Agnès à Acre en 1184. Malgré le fait qu'il ait souvent souffert des effets de sa maladie et qu'il ait souvent dû être épaulé par des régents, Baudouin put se maintenir sur le trône bien plus longtemps que prévu. Comme convenu, Baudouin V succéda à son oncle, Raymond de Tripoli assurant la régence.

Ascendance[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.thepeerage.com/p823.htm#i8228
  2. http://priory.com/history_of_medicine/leprosy.htm
  3. Le Chapitre V du second livre des Rois raconte que Naaman, général du roi de Syrie Ben-Hadad II fut guéri de la lèpre de cette manière sur les conseils du prophète Elisée.
  4. Grousset 1949, p. 231-7.
  5. Ibn Jubair

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Fortune littéraire, musicale et cinématographique[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

  • Zofia Kossak, Król trędowaty (1937) (le livre a été traduit en anglais sous le titre: The leper king)
  • Georges Bordonove, Les lances de Jérusalem (R.Laffont, 1966), (Pygmalion, 1994)
  • Serge Dalens, L'Etoile de Pourpre, Fleurus, coll. « Signe de Piste » :
    Deux tomes (1 - Les Prisonniers ; 2 - Les Lépreux),
    également adaptée en Bandes Dessinées.
  • Dominique Baudis, La Conjuration (Grasset, 2001)
  • Juliette Benzoni, Thibaut ou la croix perdue, Plon,‎ 2002.
  • Laurence Walbrou-Mercier, Baudouin IV de Jérusalem « ...C'est pourquoi je ne faiblirai pas », Téqui, 2008, 206 p. (ISBN 978-2-7403-1424-1) Roman historique.

Chansons[modifier | modifier le code]

  • Le groupe Death in June lui dédie une chanson intitulée "Leper Lord" dans son album Nada! sorti en 1985.
  • Le groupe iconoclaste Mayhem compose une chanson intitulée "Impious Devious Leper Lord" dans son album Chimera, en 2004. Si ce n'est pour le titre, cette chanson ne semble pas se référer à Baudouin IV.

Film[modifier | modifier le code]

À l'origine, le réalisateur voulait engager un inconnu dont la voix serait doublée par un acteur célèbre. Cependant Edward Norton qui avait entendu parler du projet de Ridley Scott a insisté pour avoir le rôle et pour le jouer en entier. Dans le film, les marques de la lèpre sur la figure sont cachées par un masque métallique. Cette idée a été retenue car cela permettait, avec le jeu des lumières, de faire paraître le visage plus expressif. Par ailleurs, et à l'initiative de l'acteur lui-même, le nom d'Edward Norton (apprécié des cinéphiles) n'a pas été crédité sur l'affiche du film. Il voulait ainsi laisser aux spectateurs la possibilité de découvrir et de s'attacher au personnage de Baudouin IV pour lui-même et non pour son interprète.

Articles connexes[modifier | modifier le code]