Haras

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Un haras est un établissement dans lequel sont entretenus les reproducteurs pour la multiplication et l’amélioration des races de chevaux.

Étymologie[modifier | modifier le code]

L'origine du terme haras est mal éclaircie. Sa première attestation dans un texte en français remonte aux alentours de 1160 sous la forme haraz au sens de « troupe d'étalons et de juments réunis dans un lieu en vue de la reproduction »[1]. Le texte dans lequel ce mot apparaît est le Roman d'Énéas, dont on ne connaît ni l'auteur, ni la provenance.

Anciennement, les philologues ont pensé à un emprunt à l'arabe faras (فرس) « jument »[2].
Cette étymologie se justifiait par le fait qu’historiquement, les races chevalines ont été notamment améliorées par des apports orientaux qui ont souvent eu lieu à partir de l'Europe du Sud, notamment de l'Italie du sud et de la Sicile à l'époque où ses régions, après avoir été conquises par les Arabes, sont passées sous la domination des Normands. Cependant, ce mot n'est ni attesté en italien, ni en latin médiéval, ni dans aucune autre langue romane (sauf en portugais brésilien, mais c'est un emprunt au français). Ce qui n'est pas le cas des autres mots d'origine arabe qui ont aussi été introduits dans le lexique de l'italien, du latin médiéval et de l'espagnol. En outre, le passage de [f] à [h] fait difficulté sur le plan phonétique. Cette hypothèse a donc été rejetée[3],[2].

Un terme bas latin non attesté *haricius a aussi été proposé[4]. Ce vocable hypothétique serait dérivé du latin classique hara « abri pour les animaux (porc, oie) » qui se perpétue dans l'italien ara « abri pour les chevaux »[5]. Cependant, la plupart des linguistes proposent une étymologie scandinave via l'ancien normand, la Normandie étant réputée historiquement pour ses haras. Effectivement, il existe en dialecte normand de nombreux mots qui présentent ce radical har- , notamment l'expression monter à har « monter à cru », le terme hár signifiant « poil » en vieux norrois. Ce terme est confondu avec hárr « gris, vieux, chenu », d'où pour certains « au poil gris », suivi du suffixe -as[6],[2], « d'après la couleur la plus fréquente de la robe des chevaux »[2], car haras a « désigné d'abord l'ensemble des étalons et des juments réunis pour la production de jeune, avant de définir le lieu lui-même. »[7]. Cette étymologie est soutenue par toute une famille de mots comme les dérivés français haridelle « mauvais cheval maigre » et dialectaux harique « mauvais cheval », harin « mauvais petit cheval » et harousse « mauvaise jument » ou « vieux cheval ».
Cette dernière explication ne va cependant pas forcément de soi, notamment sur le plan sémantique[8], mais conserve l'avantage de se baser sur des étymons réellement attestés et d'expliquer le h aspiré, jadis articulé.

Les haras à travers l'histoire[modifier | modifier le code]

Pur sang arabe du haras Kabyuks près de Choumen. Créé par les Turcs pour les besoins de l'armée, ce haras élevait 1 300 chevaux par an

Au XVIIe siècle, la France ne dispose plus de suffisamment de chevaux et doit en importer. Le cheval étant un animal de première importance pour l'armée à cette époque, Louis XIV s'inquiète de cette situation et charge Colbert d'organiser des haras, et c'est en 1665 que l'institution voit le jour avec l'objectif de répondre aux besoins de l’armée.

Après la Révolution française, le décret de 1790 abolit l'institution des haras, symbole de privilèges, et supprime toute la réglementation concernant l'élevage des chevaux.

En 1806, Napoléon restaure l'institution des haras et la place sous la tutelle du ministère de l'Intérieur. En 1870, l'institution est rattachée au ministère de l'Agriculture.

Les haras aujourd'hui[modifier | modifier le code]

En France, les Haras nationaux sont des établissements publics présents sur l'ensemble du territoire, dont le plus ancien est le Haras du Pin en Normandie, surnommé le Versailles du Cheval. Il existe aussi un Haras national en Suisse.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Site du CNRTL : étymologie de haras
  2. a, b, c et d CNRTL
  3. Walther von Wartburg et Oscar Bloch, Dictionnaire étymologique de la langue française, puf, 2008.
  4. Elisabeth Ridel, les Vikings et les mots : L'apport de l'ancien scandinave à la langue française, éditions Errance, Paris, 2009, p. 306-307.
  5. ibidem
  6. Albert Dauzat, Jean Dubois, Henri Mitterand, Nouveau dictionnaire étymologique et historique, Éditions Larousse 1974. ISBN 2-03-029303-2, p. 365a.
  7. Albert Dauzat, Jean Dubois, Henri Mitterand, op. cit.
  8. Élisabeth Ridel, op. cit.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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