Roger II de Sicile

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Roger II de Sicile
Image illustrative de l'article Roger II de Sicile
Titre
Comte de Sicile
1105
Prédécesseur Simon de Sicile
Roi de Sicile
Couronnement en la cathédrale de Palerme
Prédécesseur création
Successeur Guillaume Ier
Biographie
Dynastie Hauteville
Nom de naissance Roger de Hauteville
Date de naissance
Lieu de naissance Mileto
Date de décès
Lieu de décès Palerme
Père Roger de Hauteville
Mère Adélaïde de Montferrat
Conjoint Elvire de Castille
Sibylle de Bourgogne
Beatrix de Rethel
Enfant(s) Roger d'Apulie
Tancrède de Bari
Alphonse de Capoue
Guillaume de Sicile
Simon de Tarente
Constance de Hauteville
Héritier Guillaume de Sicile
(1154)

Roger II de Sicile
Rois de Sicile

Roger II de Sicile ( - ) est le second fils du Grand Comte Roger de Hauteville, premier comte normand de Sicile, et d’Adélaïde de Montferrat. Fondateur du royaume de Sicile (1130), il unifie toutes les conquêtes des Normands en Italie sous une seule couronne. Avec les Assises d'Ariano (1140), il jette les bases d'un royaume centralisé, investissant le roi et sa bureaucratie d'une autorité absolue. Roger II de Sicile fait preuve d'une politique extérieure énergique, menant plusieurs expéditions guerrières en direction de l'Afrique du Nord et de l'Orient byzantin. Son union avec Béatrice de Rethel donnera une fille, Constance, qui enfantera Frédéric II, roi de Sicile et empereur germanique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Régence de la comtesse Adélaïde[modifier | modifier le code]

L’Italie du Sud en 1112, à la majorité de Roger II.
Roger II, Liber ad honorem Augusti de Petrus de Ebulo, 1196.
Ducat d'argent de Roger II (1140)

Roger de Hauteville nait le 22 décembre 1095[1]. Il est le second fils du comte Roger de Hauteville et d’Adélaïde de Montferrat. Lorsque le Grand Comte meurt en 1101, son successeur Simon est encore un enfant. À la mort de Simon le 28 septembre 1105, Adélaïde prend la régence du comté de Sicile au nom de Roger II[2]. Pendant sa régence, la capitale est transférée de Mileto à Palerme[3]. En 1112, Roger est fait chevalier dans la ville de Palerme[4]. Dans un acte de la même année, il est nommé « comte de Sicile et de Calabre[5]. » L'année suivante, il donne son accord au remariage de sa mère avec le roi Baudouin Ier de Jérusalem. Ce dernier trouvera dans ce mariage le moyen de s'accaparer les richesses immenses d'Adélaïde, avant de la répudier en 1117. Roger II n'oubliera jamais cet affront[6].

« [Le retour d'Adélaïde en Sicile] plongea son fils dans la plus grande consternation, et lui inspira pour jamais une violente haine contre le royaume de Jérusalem et ses habitants. Tandis que tous les autres princes chrétiens de l'univers n'ont cessé de faire les plus grands efforts [...] pour protéger et faire prospérer notre royaume, comme une plante récemment sortie de terre, ce prince et ses successeurs n'ont pas même cherché jusqu'à ce jour à nous adresser une parole d'amitié [...]. Ils paraissent avoir conservé à jamais le souvenir de cette offense, et font injustement peser sur tout un peuple la peine d'une faute qu'ils ne devraient imputer qu'à un seul homme. »

— Guillaume de Tyr, Chronique, XI, 29.

Comte de Sicile et de Calabre[modifier | modifier le code]

Dès le début de son règne, Roger II entame une politique d'expansion en Afrique du Nord. En avril 1118, une flotte normande de vingt-quatre vaisseaux débarque à Gabès en Tunisie afin de soutenir un sujet indocile de la dynastie ziride, mais l'expédition échoue. En 1118-1119, la flotte normande attaque les côtes tunisiennes et s'empare de plusieurs vaisseaux. En 1121, une flotte musulmane dirigée par un prince almoravide attaque les côtes de Calabre et pille la ville de Nicotera. Une expédition punitive, forte de trois cent vaisseaux, et commandée par Georges d'Antioche et Christodoulos, quitte Marsala en juillet 1123. Une partie des troupes débarque près de Mahdia et parvient à s'emparer du château de Ras Dimas. Les soldats musulmans font une sortie durant la nuit et isolent la garnison normande. Malgré plusieurs tentatives afin de libérer la garnison, le mauvais temps force la flotte normande à s'éloigner sans pouvoir porter secours à la garnison. Ce désastre de la Mahdia a un grand retentissement dans le monde musulman[7],[8].

En juin 1127, Guillaume, duc d'Apulie, meurt sans laisser d'enfant. Roger II en profite pour réclamer la succession du duché. Mais le pape Honorius II s'oppose à l'union du comté de Sicile au duché d'Apulie. En décembre 1127, le pape prêche la croisade et monte Robert II d'Aversa et Rainolf d'Alife, le beau-frère de Roger, contre lui. La coalition échoue cependant et en août 1128, Honorius se voit contraint de conférer à Roger II le titre de duc d'Apulie à Bénévent[9]. Après s'être emparé de Malte en 1127[10], Roger II lance une campagne de pacification qui met fin à la résistance des barons. En septembre 1129 à Melfi, une assemblée d'évêques et de barons prête serment de fidélité au duc et à ses fils, Roger et Tancrède, et reconnaît la souveraineté du Normand sur l'ensemble de l'Apulie. Le duc interdit les guerres privées, ordonne aux barons de soumettre les criminels à la justice ducale, et exige que l'on respecte les biens des marchands, des pèlerins et des voyageurs[11].

Révolte des barons et guerre contre l'Empire[modifier | modifier le code]

La mort du pape Honorius II en février 1130 est suivie d'une double élection. Les deux papes sont consacrés le même jour, le premier, Innocent II, à Santa Maria Nuova; le deuxième, Anaclet II, à la basilique Saint-Pierre[12]. Innocent trouve refuge dans le nord de l'Italie et en France, où il est soutenu par Bernard de Clairvaux et l'ensemble des États européens[13]. De son côté, Roger prête hommage au pape Anaclet II et soumet le clergé de son royaume à ce dernier. Le 27 septembre 1130, une bulle pontificale crée Roger II roi de Sicile, de Calabre et d'Apulie. Naples lui appartient en titre. Enfin, le 25 décembre 1130, Roger II est couronné à Palerme[14].

Pendant dix années, Roger II entreprend une longue campagne contre les barons qui profitent du schisme de l'Église afin de tenter de retrouver leurs anciennes libertés[13]. En 1131, le roi de Sicile annexe la ville d'Amalfi[15]. Sous Rainolf d'Alife, les rebelles infligent une sévère défaite aux forces de Roger II à Nocera le 24 juillet 1132[9].

Article détaillé : Bataille de Nocera.

En juillet 1134, sa formidable énergie et la sauvagerie de ses contingents musulmans forcent Rainolf d'Alife et Sergius, duc de Naples, à la soumission. Roger II soumet définitivement la ville de Capoue. Il expulse Robert II d'Aversa, et place à la tête de la ville son fils cadet Alphonse[15]. En France, Bernard de Clairvaux forme une coalition composée des rois Louis VI de France, Henri Ier d'Angleterre, des empereurs Lothaire III, Jean II Comnène, et des Républiques de Gênes, Pise et de Venise, contre Roger II[9]. En février 1137, Lothaire descend en Italie, se joint aux forces de Rainolf d'Alife, et prend la ville de Bari en juin. À San Severino, après une campagne victorieuse, l'empereur et le pape investissent Rainolf en tant que duc d'Apulie, avant de se retirer en Allemagne. Roger II, débarrassé des forces impériales, reprend du terrain, pille la ville de Capoue, et force Sergius à reconnaître sa souveraineté sur Naples[9].

Le 30 octobre 1137, Rainolf d'Alife inflige une nouvelle défaite aux forces de Roger à Rignano. La mort du pape Anaclet II le 25 janvier 1138 détermine Roger à demander la confirmation de son titre à Innocent II. La mort de Rainolf d'Alife le 30 avril 1139 et la défaite des forces pontificales le 22 juillet 1139 à Galluccio sur le Garigliano forcent la main du pape. Fait prisonnier, ce dernier signe le 25 juillet à Mignano, un traité reconnaissant à Roger II le titre de roi de Sicile, duc d'Apulie, et prince de Capoue[9],[13],[16].

Consolidation du royaume[modifier | modifier le code]

Manteau de couronnement de Roger II.
Article détaillé : Assises d'Ariano.

Cette trêve donne l'occasion à Roger de doter son royaume d'institutions stables. Il est épaulé par son bras droit Georges d'Antioche, un Grec de Syrie, qui demeure pendant quarante ans son « amiral », ou émirs des émirs, une distinction d'origine sarrasine. En septembre 1140, Roger II convoque tous ses vassaux à Ariano afin de promulguer les fameuses Assises, un ensemble de lois traitant du droit ecclésiastique, des finances, du commerce, de la monnaie, du droit privé, du droit pénal, et enfin du droit public et du pouvoir royal. Il fonde une administration strictement dépendante du souverain, faisant du royaume de Sicile un État bureaucratique et centralisé[13],[17]. Roger II ordonne l'émission d'un standard de monnaie de basse qualité pour le royaume : le ducat d'argent[18].

À ce titre, Roger II peut être considéré comme le promoteur d’un nouveau modèle politique. Synthèse d’éléments féodaux normands, italo-lombards et arabes, le pouvoir de Roger II s’inspire de formes orientales et plus particulièrement de la monarchie et de l’administration byzantine. Roger II puise aussi dans les traditions fatimides qui prévalaient alors en Sicile. Ce royaume a un centre décentré, la Sicile qui est à la fois une île de refuge et de commandement, qualifiée dans les sources de « jardin secret des rois ».

Expéditions en Méditerranée et en Afrique[modifier | modifier le code]

Roger couronné roi par le Christ
(Église de la Martorana, Palerme).

Roger II mène une série de conquêtes en Ifriqiya, alors en pleine anarchie, conquêtes que facilite la politique de bon voisinage entretenue avec les Fatimides d’Égypte. Une relation épistolaire entre le souverain normand et le calife Al-Hafiz, en 1135, prouve cette entente de fait. Roger II s'empare de Djerba en 1134, avec le soutien du calife[19], puis de nombreux points d'appui sur la côte africaine : Tripoli en 1146, puis Gabès, Sfax, Sousse, et enfin Mahdia en 1147. Il s'empare également de Bône en 1153, mais à partir de là, son expansion s'arrête, et les conquêtes sont perdues progressivement sous la pression des Almohades[20]. Tenu un temps en échec, il est conduit à s’allier avec le comte de Barcelone contre les Almoravides, alliance qui inaugure une politique méditerranéenne, renforcée par des alliances matrimoniales, qui devait permettre au roi d’Aragon de prendre possession de la Sicile à la fin du XIIIe siècle[21].

En 1147, Roger II profite de la deuxième croisade pour mener plusieurs raids contre l'Empire byzantin. Georges d'Antioche est envoyé à Corinthe à la fin de l'année 1147. Il s'empare de Corfou et ravage les côtes de la Grèce, provoquant l'incendie d'Athènes et le sac de Thèbes. Il apparaît en juin 1149 devant Constantinople et défie Manuel Commène en lançant plusieurs flèches à travers les fenêtres de son palais. Cette attaque contre l'Empire byzantin n'aura cependant aucun résultat[9],[20].

Le royaume de Sicile peut être considéré à juste titre comme un « état de conquête »[22]. En témoigne, le motif de la cape de couronnement du souverain, image d’un impérialisme certain vis-à-vis du sud de la Méditerranée.

Lutte contre le Saint-Siège[modifier | modifier le code]

Depuis la mort d'Anaclet II, l'élection des prélats du royaume de Sicile demeure une pomme de discorde entre le pape et Roger II. Le royaume de Sicile comprend une quinzaine d'évêques nommés par Roger II avec l'accord d'Anaclet. Cependant, Innocent II refuse obstinément de reconnaître les actes de son prédécesseur. D'autre part, Innocent II, de retour à Rome, éprouve des difficultés à gagner les faveurs des citoyens romains. En 1143, une assemblée de citoyens s'empare du Capitole et restaure le Sénat[23].

La mort d'Innocent II le 24 septembre est suivie de l'élection du pape Célestin II. Le nouveau pape fait appel à l'empereur Conrad III de Hohenstaufen afin de lutter contre Roger II. Ce dernier lance par représailles ses troupes contre la ville de Bénévent et s'empare des trésors de Monte Cassino. La mort de Célestin II et l'élection d'un nouveau pape en la personne de Lucius II laisse espérer un rapprochement entre les deux parties. Roger II rencontre effectivement le pape à Ceprano mais le pontife exige la rétrocession de Capoue, ce que le Normand juge inacceptable. Une nouvelle campagne, au cours de laquelle les fils de Roger ravagent les États pontificaux, aboutit à une trêve de sept ans en octobre 1144. Selon un accord conclu en 1149, Roger II fournit au nouveau pape Eugène III des troupes et de l'argent en vue de s'emparer de Rome. Enfin, la rencontre du pape Eugène III avec le Normand en juillet 1150 à Ceprano aboutit à un accord diplomatique entièrement favorable au Saint-Siège[24].

Roger II meurt à Palerme le 26 février 1154[13]. Son quatrième fils Guillaume lui succède à la tête du royaume de Sicile.

Descendance[modifier | modifier le code]

Le premier mariage de Roger II avec Elvire de Castille, fille de Alphonse VI de Castille, vers 1118, donnera cinq fils : Roger d'Apulie, Tancrède de Bari, Alphonse de Capoue, Guillaume de Sicile, Henri de Sicile, et une fille. Elvire meurt en 1139 et Roger II se marie dix ans plus tard avec Sibylle, fille de Hugues II, duc de Bourgogne. Cette dernière meurt en 1151 et Roger se marie avec Béatrice de Rethel, fille du comte de Rethel, avec laquelle il espère avoir d'autres fils. Sa dernière femme lui donne une fille posthume, Constance de Hauteville destinée, après l'extinction de la lignée des Hauteville, à transmettre le royaume à la maison de Hohenstaufen[25].

Héritage[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Culture arabo-normande.

À la cour de Palerme, Roger II attire auprès de lui plusieurs personnages de grand renom, comme le cartographe arabe Al Idrissi. Ce dernier s'installe à Palerme en 1139, et entreprend à la requête de Roger II, une enquête qui durera dix-huit ans. Cette œuvre, le Livre du roi Roger (al-Kîtab al-Rudjâri) est rédigée en arabe, à la gloire du roi normand, et achevée probablement à la mi-janvier 1154[13],[27]. Roger II fait preuve d'une tolérance absolue envers les diverses croyances, races et langues de son royaume[9]. L'architecture religieuse sous le règne de Roger II est un exemple frappant de ce remarquable métissage[28] : Église de la Vierge couronnée (1130), Chapelle Palatine (1131), Église de la Martorana (1140), construite par Georges d'Antioche, Église Saint-Jean des Ermites (1143) à Palerme, Cathédrale de Cefalù (1131).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Houben 2002, p. 31
  2. Houben 2002, p. 24
  3. Curtis 1912, p. 101
  4. Chalandon 1907, p. 360
  5. Houben 2002, p. 30
  6. Houben 2002, p. 29
  7. Chalandon 1907, p. 370-377
  8. Curtis 1912, p. 113-116
  9. a, b, c, d, e, f et g (en) « Roger II », Encyclopaedia Britannica, Eleventh edition, 1911.
  10. Chalandon 1907, p. 377
  11. Curtis 1912, p. 126-130
  12. Curtis 1912, p. 132-134
  13. a, b, c, d, e et f Pierre Aubé, « Roger II de Sicile. Un normand en Méditerranée », La pensée de midi, 2/ 2002 (no 8), p. 115-119. [lire en ligne]
  14. Curtis 1912, p. 135-136
  15. a et b « Les Normands en Méditerranée », 7, 1. [lire en ligne]
  16. Curtis 1912, p. 199
  17. « Les Normands en Méditerranée », 7, 2. [lire en ligne]
  18. Martin J.-M.. Lucia Travaini, La monetazione nell'Italia normanna, Revue numismatique, 1996, vol. 6, no 151, p. 362. [lire en ligne]
  19. C. Cahen, Orient et Occident au temps des croisades, Aubier, 1983, p. 97–98.
  20. a et b « Les Normands en Méditerranée », 7, 3. [lire en ligne]
  21. Aubé 2006, p. 127
  22. H. Bresc, États, sociétés et cultures…, op. cit., p. 190.
  23. Curtis 1912, p. 274-277
  24. Curtis 1912, p. 277-287
  25. Curtis 1912, p. 193-294
  26. « Les grandes dynasties de l'histoire normande » [lire en ligne]
  27. BNF : « Al-Idrisi, la Méditerranée au XIIe siècle » [lire en ligne]
  28. « Architecture religieuse sous le règne de Roger II (1130-1154) » [lire en ligne]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ferdinand Chalandon, Histoire de la domination normande en Italie et en Sicile, Paris, A. Picard,‎ (lire en ligne).
  • (en) Edmund Curtis, Roger II, King of Sicily : Normans in Italy, New York, London, G. P. Putnam's Sons,‎ (lire en ligne).
  • (en) John Julius Norwich, The Normans in the South, 1016-1130, Londres, Longmans,‎ .
  • (en) John Julius Norwich, The Kingdom in the Sun, 1130-1194, Londres, Longmans,‎ .
  • Pierre Aubé, Les Empires normands d’Orient, Perrin (Collection Tempus),‎ (ISBN 2262022976)
  • Pierre Aubé, Roger II de Sicile,‎ .
  • (en) Hubert Houben, Roger II of Sicily, Cambridge University Press,‎ .
  • (en) William Tronzo, The Cultures of his Kingdom : Roger II and the Cappella Palatina in Palermo, Princeton (New Jersey), Princeton University Press,‎ .
  • Jean-Pierre Delumeau et Isabelle Heullant-Donat, L’Italie au Moyen Âge, Paris, Hachette,‎ .

Liens externes[modifier | modifier le code]