Église Notre-Dame du Phare

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L'église Notre-Dame du Phare (Pharos) (en grec : Θεοτόκος τοῦ Φάρου, Theotokos tou Pharou) est une chapelle byzantine construite dans la partie sud du Grand Palais de Constantinople et nommée ainsi en référence au phare (pharos) qui se trouvait à proximité[1]. Elle abritait l'une des plus importantes collections de reliques chrétiennes de la ville et était la principale chapelle palatine des empereurs byzantins.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'église est probablement bâtie au cours du VIIIe siècle et est attestée pour la première fois dans la chronique de Théophane le Confesseur pour l'année 769 : c'est là que le futur empereur Léon VI se marie avec Irène l'Athénienne[2]. L'église est située à proximité du cœur cérémoniel du palais, de la salle du trône du Chrysotriklinos et des appartements impériaux adjacents[3]. Après la fin de l'iconoclasme, elle est largement reconstruite et redécorée par l'empereur Michel III[2]. Le bâtiment restauré était d'une taille relativement petite et comprenait un dôme nervuré, trois absides, un narthex et un atrium « magnifiquement façonné »[4]. À l'occasion de sa nouvelle dédication, probablement en 864, le patriarche Photios livre l'une de ses plus fameuses homélies où il loue la décoration de l'église[5]. En effet, Photios décide de critiquer l'église de façon subtile, en dénonçant son faste excessif comparativement à sa petite taille[6].

Avec les églises de Saint-Étienne dans le palais de Daphné et la Nea Ekklesia, l'église Notre-Dame du Phare abrite l'une des collections les plus importantes de reliques chrétiennes. De ce fait et en raison de sa proximité avec les quartiers impériaux, elle devient l'un des principaux lieux cérémoniel du palais impérial[7]. Selon Cyril Mango, elle devient la « chapelle palatine par excellence ».

Dès 940, sa collection de reliques comprend la Sainte Lance et une partie de la Vraie Croix. Au cours des deux décennies suivantes, les différents empereurs ajoutent d'autres reliques : le Mandylion en 944, le bras droit de Jean Le Baptiste en 945, les sandales du Christ et la Sainte Tuile (le keramion) dans les années 960, la lettre du Christ au roi d'Édesse Abgar V en 1032. À la fin du XIIe siècle, selon les récits de Nicolas Mésaritès, le skeuophylax de l'église et des voyageurs comme Antoine de Novgorod, la collection s'est agrandie pour comprendre d'autres reliques concernant principalement la Passion du Christ, comme la Sainte Couronne, un clou ayant servi à crucifier le Christ, les vêtements du Christ (un manteau violet et une canne de roseau) et même une partie de sa pierre tombale[8],[9].

Dans son récit du sac de Constantinople par la Quatrième croisade en 1204, le croisé français Robert de Clari appelle l'église Notre-Dame du Phare la « Sainte Chapelle »[4]. Elle est épargnée par le sac grâce à l'intervention de Boniface de Montferrat qui occupe rapidement la zone du palais de Boucoléon. Les reliques sont donc préservées et transmise au nouvel empereur latin Baudouin Ier. Toutefois, dans les décennies qui suivent, la plupart sont dispersées au travers de l'Europe occidentale car elles sont données en cadeaux à de puissants et influents royaumes ou alors vendues pour de l'argent ou des provisions ; l'Empire latin étant fragile et en manque continuel d'argent[10]. La plupart des reliques, notamment celles concernant la Passion, sont acquises par le roi Louis IX de France. Pour entreposer ces reliques, il construit une église palatiale, la Sainte-Chapelle, par analogie avec l'église Notre-Dame du Phare[11],[3]. L'idée est reprise par l'empereur du Saint Empire Romain Germanique Charles IV qui fait construire une chapelle au sein du château de Karlštejn pour y abriter des reliques. Quant à l'église Notre-Dame du Phare, elle ne survit pas à l'occupation latine de Constantinople[12].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Klein 2006, p. 79-80
  2. a et b Maguire 2004, p. 55
  3. a et b Klein 2006, p. 80
  4. a et b Maguire 2004, p. 56
  5. Mango 1986, p. 185-186
  6. Necipoğlu 2001, p. 171-172
  7. Klein 2006, p. 93
  8. Maguire 2004, p. 56, 67-68
  9. Klein 2006, p. 91-92
  10. Angold 2003, p. 236-239
  11. Angold 2003, p. 239
  12. Maguire 2004, p. 57

Sources[modifier | modifier le code]

  • (en) Michael Angold, The Fourth Crusade: Event and Context, Michael Angold, Pearson Education,‎ 2003 (ISBN 978-0-582-35610-8)
  • Henry Maguire, Byzantine court culture from 829 to 1204, Dumbarton Oaks,‎ 2004 (ISBN 978-0-88402-308-1)
  • (en) Cyril Mango, The Art of the Byzantine Empire 312–1453: Sources and Documents, University of Toronto Press,‎ 1986
  • (en) Nevra Necipoğlu, Byzantine Constantinople: Monuments, Topography and Everyday Life, Istanbul, Brill,‎ 2001 (ISBN 90-04-11625-7)
  • (en) Holger A. Klein, « Sacred Relics and Imperial Ceremonies at the Great Palace of Constantinople », BYZAS, Bauer F.A., vol. 5,‎ 2006, p. 79-99