Georges Bizet

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Georges Bizet

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Portrait par Étienne Carjat

Nom de naissance Alexandre-César-Léopold Bizet
Naissance
Paris, Drapeau français Royaume de France
Décès (à 36 ans)
Bougival, Drapeau français France
Style Musique romantique
Formation Conservatoire de Paris
Maîtres Antonin Marmontel
Ascendants Adolphe Amand Bizet et Aimée Léopoldine Joséphine Delsarte (parents)
Conjoint Geneviève Halévy, François Benoist, Jacques Fromental Halévy

Œuvres principales

Carmen, Les Pêcheurs de perles, L’Arlésienne

Alexandre-César-Léopold Bizet, dit Georges Bizet, est un compositeur français né le à Paris et mort le à Bougival. Il est le compositeur de Carmen, l'un des opéras les plus connus et plus joués.

Biographie[modifier | modifier le code]

Un musicien surdoué[modifier | modifier le code]

Acte de baptême de Georges Bizet en date du en l'église Notre-Dame-de-Lorette à Paris.

Alexandre César Léopold Bizet est né le au 26 rue de La Tour-d'Auvergne à Paris (ancien 2e arrondissement)[1]. Son père, Adolphe Amand Bizet, d'abord installé comme coiffeur et perruquier, s'est reconverti dans l'enseignement du chant en 1837. Sa mère, Aimée Léopoldine Joséphine Delsarte, pianiste, lui enseigne les premiers rudiments de l'instrument. Son oncle François Delsarte, professeur de chant, spécialiste de Gluck, est célèbre dans l'Europe entière. L'opéra et le piano marquent donc d'emblée de leur empreinte le destin du jeune homme.

L'enfant est rebaptisé Georges le lors de son baptême en l'église Notre-Dame-de-Lorette à Paris : son parrain est Philippe Louis Brulley de la Brunière et sa marraine est Hyppolite Sidonie Daspres[2].

Georges montre très tôt des dons pour la musique et entre au Conservatoire de Paris à l'âge de neuf ans, dans la classe de piano de Marmontel. Il y obtiendra un second prix de piano en 1851, puis un premier prix en 1852[3]. La même année, il entre dans la classe d'orgue de Benoist. En 1853, il entre dans la classe de composition de Jacques Fromental Halévy, auteur de nombreux opéras dont La Juive et qui a compté Charles Gounod parmi ses élèves. Le jeune Bizet obtient un second prix d'orgue et de fugue en 1854, puis un premier prix en 1855. Il travaille également avec Pierre Zimmermann, le prédécesseur de Marmontel au Conservatoire.

À l'automne 1855, âgé d'à peine dix-sept ans, il compose en un mois sa première symphonie, en ut majeur, œuvre d'une grande vivacité, inspirée par la Première Symphonie de Gounod, dont il vient de publier une version pour piano à quatre mains. Sa symphonie en ut n'a été redécouverte qu'en 1933 dans les archives du Conservatoire de Paris et n'a été créée que deux ans plus tard à Bâle. En 1856, son opérette Le Docteur Miracle (créée le ) remporte le premier prix du concours d'opérette.

En 1857, à l'âge de 19 ans, il remporte avec sa cantate Clovis et Clotilde le Grand Prix de Rome de composition musicale, prestigieux tremplin à cette époque pour une carrière de compositeur et dont la récompense est un séjour de trois ans à la Villa Médicis. L'Académie de France à Rome que Napoléon Bonaparte avait transférée à la Villa Médicis accueillait de jeunes artistes pour leur permettre de se perfectionner dans leur art et leur demandait en retour de réaliser des travaux annuels envoyés et jugés à Paris. Ces travaux étaient appelés les « envois de Rome ». Ce séjour en Italie loin de sa famille a une importance considérable dans la vie du jeune musicien qui découvre le bonheur d'être libre, la beauté de Rome et de la nature qui l'entoure. Ce séjour heureux l'aide à grandir et à s'affranchir des règles strictes imposées par l'école et par sa mère. « Le Bizet de Carmen est né en Italie » (Biographie de Bizet, Les Amis de Georges Bizet).

Pendant son séjour à l'Académie de France à Rome, il effectue les « envois » ordinaires :

Une vie matérielle et familiale difficile[modifier | modifier le code]

Caricature par Henri Meyer publiée dans Diogène[4] (1867)

De retour en France, il se consacre à l'enseignement et à la composition. Il a à peine 25 ans quand en 1863, Léon Carvalho lui commande Les Pêcheurs de perles, sur un livret de Carré et Cormon, pour le Théâtre-Lyrique. Berlioz en donnera une critique positive dans le Journal des Débats du 8 octobre 1863 ayant apprécié « un nombre considérable de beaux morceaux expressifs pleins de feux et d'un riche coloris ». Cette œuvre est donc un succès encourageant pour le jeune compositeur et connaîtra dix-huit représentations. Sur commande et sur un médiocre livret de J.H.V. de Saint-Georges et de J. Adenis librement adapté du roman de Walter Scott, La Jolie Fille de Perth, il compose en 1866 et fait jouer en 1867 La Jolie Fille de Perth, opéra en 4 actes.

Il épouse le 3 juin 1869 Geneviève Halévy, fille de son professeur de composition, Jacques Fromental Halévy, mort sept ans plus tôt, et de Léonie Rodrigues-Henriques. Le jeune compositeur a 30 ans et la jeune fille 20 ans. Il entre ainsi par son mariage dans la famille Halévy, une grande famille juive qui compte à cette époque dans la société française. Son beau-père était membre de l'Institut et secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts et Ludovic Halévy, le librettiste de talent qui composera le livret de Carmen avec Henri Meilhac, est le cousin germain de Geneviève. Sa jeune épouse lui donne un fils, Jacques (1872-1922), qui sera le grand ami de l'adolescence de Proust.

Il réalise de nombreuses transcriptions pour piano d'œuvres lyriques à la mode pour le compte des éditeurs Choudens et Heugel. Pendant la guerre de 1870, il s'engage dans la Garde Nationale, puis part pour Libourne. Il revient au Vésinet auprès de son père, puis en 1871 à Paris après la Commune. La même année, il tire une Petite suite d’orchestre, de ses Jeux d'enfants, pour piano à quatre mains. Elle sera créée le 2 mars 1873, au théâtre de l'Odéon, par Édouard Colonne. Djamileh est jouée la même année à l'Opéra-Comique.

Pour la pièce de théâtre L'Arlésienne d'Alphonse Daudet, il compose une musique de scène ; mais l'œuvre, jouée au théâtre du Vaudeville le 1er octobre 1872, est retirée de l'affiche après vingt représentations. Bizet extrait de sa musique une suite orchestrale créée le mois suivant aux Concerts Pasdeloup qui remportera un succès jamais démenti. Il l'adapte également pour piano à quatre mains. Patrie, pour orchestre est jouée fin 1872, par les Concerts Pasdeloup au cirque d'Hiver.

À l'image d'un Rossini, Bizet imaginait une vie matérielle confortable, une « vie de rentier », grâce à quelques succès rapides à l'Opéra Comique qui ne se produisirent jamais. Les Pêcheurs de perles, La Jolie Fille de Perth, Djamileh, L'Arlésienne n'ont pas été de grands succès couronnés de nombreuses représentations. Sa vie a été dévorée par les travaux alimentaires pour les éditeurs et par les leçons de piano. « Je travaille à me crever… » - « Je mène une existence insensée… », écrit-il dans ses lettres. Sa vie familiale n'est pas plus heureuse. Il ne peut pas partager ses difficultés et ses soucis avec sa jeune épouse Geneviève, coquette et nerveusement fragile. Il doit même les lui cacher. Leurs six années de mariage ne leur feront pas connaître le bonheur conjugal.

Carmen, son chef-d'œuvre[modifier | modifier le code]

La maison de Bizet à Bougival (1900)

En 1875, il s'installe dans le petit village de Bougival pour terminer l'orchestration de Carmen et honorer cette nouvelle commande de l'Opéra-Comique qui voulait « une petite chose facile et gaie, dans le goût de notre public avec, surtout, une fin heureuse » (cité par les Amis de Georges Bizet). Le musicien appréciait le calme du site au bord de la Seine. Il faudra toute la ténacité de Bizet et de Ludovic Halévy, son librettiste, pour convaincre le directeur de l'Opéra Comique d'accepter cet opéra si différent de ses aspirations ! Après trois mois de travail sans répit et 1 200 pages de partition, Carmen, son chef d'œuvre, est prêt et son superbe livret est de Henri Meilhac et de Ludovic Halévy qui ont écrit les livrets des plus célèbres opérettes de Jacques Offenbach, La Belle Hélène, La Vie parisienne, La Périchole. Bizet assiste à toutes les répétitions qui se révèlent épuisantes : il se heurte aux chanteurs qui n'ont pas l'habitude de bouger en scène et de jouer leurs personnages avec le naturel que Bizet attend d'eux, aux musiciens qui trouvent cet opéra trop difficile et toujours à la mauvaise humeur du directeur exaspéré par le thème de la pièce qu'il trouve indécent.

Carmen et Don José

Le , il est fait chevalier de la Légion d'honneur, le jour de la première de Carmen qui se révèle être un désastre. Les musiciens et les choristes sont médiocres, les changements de décor prennent un temps considérable si bien que la salle se vide peu à peu. Le public et la critique sont scandalisés par cette histoire sulfureuse que la presse du lendemain condamne au nom de la morale. Bizet en est bouleversé. Il contracte une angine mais décide contre tous les avis de se réfugier dans sa maison de Bougival. Le 29 mai 1875, il se baigne dans l'eau glacée de la Seine et est pris dès le lendemain d'une crise aiguë de rhumatisme articulaire. Lors d'une représentation, Bizet a une rupture d’anévrisme au moment où Célestine Galli-Marié, chantant avec le "trio des cartes" au troisième acte, retournait « (...) la carte impitoyable qui dit toujours: la mort! »[5]. Il décède d'un infarctus, dans la nuit du 2 au 3 juin, à l'âge de 36 ans.

Son opéra Carmen, adapté de la nouvelle de Prosper Mérimée, est l'une des œuvres du répertoire les plus jouées dans le monde. L'échec de l'œuvre lors de ses premières représentations tient principalement au rejet du sujet par un public heurté dans sa morale bienséante et dans son conformisme bourgeois. Carmen est une femme sulfureuse, sans attaches, sans respect pour l'ordre établi, passant d'amant en amant, ayant pour seule morale et pour seules règles sa liberté et son bon plaisir. Le public de cette fin du XIXe siècle ne pouvait qu'être choqué par cette femme insoumise.

La critique musicale n'est pas tendre non plus à l'époque. Le journal Le Gaulois dira: « Monsieur Bizet appartient à l'école du civet sans lièvre ; il remplace par un talent énorme et une érudition complète, la sève mélodique ! » Pour Camille du Locle, directeur de l'Opéra-Comique, « C'est de la musique cochinchinoise ; on n'y comprend rien! » (Alexis Payne, Grands opéras du répertoire, Fayard, 1979, p. 73")

Mais en Europe, après la mort de Bizet, la carrière éblouissante de Carmen sera rapide. Le premier triomphe de cette œuvre lumineuse a lieu à Vienne dès le mois d'octobre 1875. Brahms, enthousiaste, assiste à vingt représentations. Richard Wagner et Nietzsche furent, entre autres, des admirateurs de l'œuvre dont Tchaïkovski disait que «d'ici dix ans, Carmen serait l'opéra le plus célèbre de toute la planète » (cité par Les Amis de Georges Bizet). Il a fallu que Carmen connaisse le succès dans le monde entier et notamment aux États-Unis et en Russie pour que l'Opéra Comique mette à nouveau à son répertoire cette œuvre fiévreuse et généreuse, « Une histoire pure et limpide comme celle d'une tragédie antique, qui commence dans la naïveté d'une carte postale et s'achève dans le sang. » (J-F Sivadier, metteur en scène).

Tombe de Bizet au cimetière du Père-Lachaise

Le succès extraordinaire de cette œuvre tient aussi à sa musique, « archétype de ce qui caractérise l'esprit et le style si particulier de la musique française : clarté, sonorités limpides, élégance diaphane, suggestion, articulation, lisibilité … » (J-C Casadesus, C'est un fait, Carmen est devenue un mythe). Il tient également à la très grande unité entre le livret et la musique, entre la dramaturgie et le chant. « Le premier coup de cymbales de l'ouverture contient toute la fulgurance d'un rayon de soleil acéré mais il fait luire aussi la pointe menaçante d'un couteau brandi. Le ton est donné. L'urgence est là. Elle conduit d'une façon implacable à la finalité de l'ouvrage, la fatalité de la mort. » (J-C Casadesus, idem).

Georges Bizet est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 68).

Œuvre[modifier | modifier le code]

Son nom reste associé pour la postérité à Carmen, l'un des piliers du répertoire lyrique français, et à L'Arlésienne, connue pour le thème de La Marche des rois.

Lyrique[modifier | modifier le code]

Musique pour orchestre[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative sur la maison de Bizet à Bougival
  • Symphonie en ut majeur (1855)
  • Ouverture (c.1855)
  • Scherzo et Marche funèbre (1860-1)
  • Six Chants du Rhin (1865)
  • Marche funèbre (1868-9)
  • Symphonie « Roma » (1860-8 rev. 1871)
  • Jeux d'enfants, suite orchestrale tirée des no 2, 3, 6, 11 et 12 de la Suite pour piano à quatre mains (1872)
  • L'Arlésienne, suite no 1 (1872) — La suite no 2 a été orchestrée après la mort du compositeur par Ernest Guiraud.
  • Patrie, ouverture symphonique (1873)

Musique pour piano[modifier | modifier le code]

  • Grande Valse de concert en mi bémol (1854)
  • Nocturne en fa majeur (1854)
  • 3 Esquisses musicales (1858)
  • Chants du Rhin (1865)
  • Variations chromatiques de concert (1868)
  • Nocturne en ré majeur (1868)
  • Jeux d'enfants. 12 pièces pour duo ou piano à quatre mains (1871)

Musique chorale[modifier | modifier le code]

  • Valse en sol majeur, pour chœur mixte et orchestre (1855)
  • La Chanson du Rouet, pour voix solo et chœur mixte (1857)
  • Clovis et Clotilde, cantate (1857)
  • Te Deum, pour soprano, ténor, chœur mixte et orchestre (1858)
  • Vasco de Gama, ode-symphonie (1859-60)
  • La mort s'avance, pour chœur mixte et orchestre (1869)

Mélodies[modifier | modifier le code]

Manuscrit de Sérénade de Georges Bizet, 1874
  • Vieille Chanson (1865)
  • Après l'hiver (1866)
  • Feuilles d'album, six chansons (1866)
  • Chants des Pyrénées, six chansons folkloriques (1867)
  • Berceuse (1868)
  • La Coccinelle (1868)
  • Sérénade : Ô, quand je dors (1870)
  • Absence (1872)
  • Chant d'amour (1872)

Écrits[modifier | modifier le code]

Adaptations au cinéma[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Discographie sélective[modifier | modifier le code]

Œuvres pour piano[modifier | modifier le code]

  • Intégrale de l'œuvre pour piano - Setrak (1996, Harmonia Mundi HMA 1905223-24)
  • Chants du Rhin - Luisada (1999, RCA + Fauré : Nocturne)

Opéras[modifier | modifier le code]

Suites & Symphonie[modifier | modifier le code]

Les disques regroupent en général les suites de Carmen et de l'Arlésienne, parfois la petite suite (Jeux d'enfants) et dans certains cas, la symphonie en ut.

  • Suites Carmen no 1 & 2, Suites de l'Arlésienne no 1 & 2 - Orchestre des Concerts Lamoureux, Dir. Igor Markevitch (décembre 1959, Philips "Silver Line" 420 863-2)
  • Suites de l'Arlésienne no 1 & 2, Symphonie en ut - Royal Symphonic Orchestra, Orchestre National de la Radiodiffusion Française (Symphonie), Dir. Sir Thomas Beecham (1956 & 1959, Emi 5 67231 2)
  • Suite de Carmen, Petite Suite d'orchestre, Suites de l'Arlésienne no 1 & 2 - Orchestre de la Bastille, Dir. Myung-Whun Chung (mars 1991, DG 471 736-2)
  • Symphonie en ut, Petite Suite d'orchestre, Suite de la Jolie Fille de Perth - Orchestre de la Suisse romande, Dir. Ernest Ansermet (Decca 433 721-2)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Partitions gratuites[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. État civil reconstitué de Paris, Archives de Paris.
  2. Acte de baptême n° 37 de l'année 1840, registre paroissial de l'église Notre-Dame-de-Lorette.
  3. Frédéric Robert, Georges Bizet: l'homme et son œuvre : liste complète des œuvres, discographie, Paris, Éditions Slatkine,‎ 1981, 190 p. (ISBN 2-05-000195-9, lire en ligne), p. 21, consulté le 8 mai 2011]
  4. Hebdomadaire français publié en 1867-1868
  5. Alexis Payne, Grands opéras du répertoire, Fayard, 1979, p. 73
  6. Enregistrement paru en 1998 chez BMG, sous la direction de Jacques Mercier, avec le Chœur Vittoria