La Bohème

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La Bohème
Image décrite ci-après
Nbre d'actes 4
Musique Giacomo Puccini
Livret Giacosa et Illica
Langue
originale
Italien
Sources
littéraires
Scènes de la vie de bohème, roman d’Henri Murger, et son adaptation théâtrale La Vie de bohème.
Dates de
composition
entre 1892 et 1895
Création 1er février 1896
Teatro Regio de Turin Drapeau de l'Italie Italie
Personnages
  • Rodolfo, poète (ténor)
  • Mimì, couturière (soprano)
  • Marcello, peintre (baryton)
  • Schaunard, musicien (baryton)
  • Colline, philosophe (basse)
  • Musetta, chanteuse (soprano)
  • Benoît, propriétaire (basse)
  • Alcindoro, conseiller d'État (basse)
  • Parpignol, vendeur de jouets (ténor)
  • Un sergent des douanes (basse)
  • Étudiants, ouvrières, vendeurs de rue, soldats, serveurs, enfants
Airs

La Bohème est un opéra en quatre tableaux[1] de Giacomo Puccini, sur un livret en italien de Giacosa et Illica, d’après le roman d’Henri Murger, Scènes de la vie de bohème, et son adaptation théâtrale La Vie de bohème. Composé entre 1892 et 1895, il fut créé le 1er février 1896 au Teatro Regio de Turin, sous la direction d'Arturo Toscanini.

L'œuvre ne doit pas être confondue avec l'opéra-homonyme de Ruggero Leoncavallo, créé l'année suivante et qui demeure rarement représenté.

Argument[modifier | modifier le code]

La Bohème ne comporte que quelques mesures d'ouverture. L'action se déroule à Paris en 1830 et 1831.

Premier tableau[modifier | modifier le code]

Dans une mansarde parisienne.

Rodolfo, Marcello, Schaunard et Colline, quatre artistes de la « bohème », partagent une mansarde insalubre. Rodolfo est poète tandis que Marcello, artiste peintre, entretient une liaison avec la belle et riche Musetta. Ils doivent payer le loyer mais ils n'ont plus un sou.

Marcello est en train de peindre tandis que Rodolfo regarde par la fenêtre. Afin de se réchauffer, ils brûlent le drame de Rodolfo, encore à l'état de manuscrit. Colline, le philosophe, entre, en colère. Il n'a pas réussi à mettre en gage ses livres. Schaunard, le musicien arrive dans la pièce avec nourriture, cigares, argent, fruits d'un travail avec un excentrique gentleman anglais. En train de se jeter sur la nourriture, les autres l'écoutent difficilement raconter son histoire. Schaunard les interrompt. Il repousse le repas en déclarant qu'ils vont plutôt aller fêter leur bonne fortune en dînant au Café Momus.

Alors qu'ils boivent, le propriétaire, Benoît, fait son apparition avec l'intention de collecter le loyer. Ils le saoulent. Benoît en vient à raconter ses amours et à révéler l'existence d'une maîtresse, alors qu'il est marié. Feignant une grande indignation, les locataires le mettent dehors.

Rodolfo reste seul pour finir un article qu'il doit rendre sous peu. Ses trois amis sont descendus et l'attendent. Une femme frappe à la porte. C'est une voisine. Elle demande de l'aide car sa bougie s'est éteinte et qu'elle n'a pas d'allumettes. Sa chandelle rallumée, elle se rend compte qu'elle vient de perdre sa clé. Les deux bougies s'éteignent. Les voisins se retrouvent plongés dans l'obscurité. Rodolfo empoche la clé car il désire passer plus de temps avec cette femme. Il se saisit de la main glacée de sa voisine, se présente et déclare son amour (« Che gelida manina »). Mimì, c'est en fait le surnom de cette femme, lui répond sur le même mode (« Mi chiamano Mimì »). En bas, les amis de Rodolfo s'impatientent. Rodolfo suggère de rester dans la mansarde mais Mimi décide de l'accompagner. L'acte se clôt par la sortie du couple de l'appartement dans un duo d'amour (« O soave fanciulla »).

Deuxième tableau[modifier | modifier le code]

Dans le quartier Latin.

Une grande foule s'est pressée, des vendeurs de rue essaient de retenir l'attention (Chœur « Aranci, datteri! Caldi i marroni »[2]). Les amis apparaissent, pleins de gaieté. Rodolfo achète à Mimì un bonnet. Des Parisiens bavardent avec des amis et marchandent avec les vendeurs, des enfants s'exclament devant les jouets de Parpignol. Les amis entrent au Café Momus.

Tandis qu'ils dînent au Café, Musetta, autrefois la maîtresse de Marcello, arrive avec un riche et vieux conseiller d'État, Alcindoro. Elle parle à ce dernier comme à un petit animal. Il est évident qu'elle est lassée de lui. À la joie des Parisiens et, pour le plonger dans l'embarras, elle entonne une chanson osée « Quando me'n vo ». Elle espère retenir l'attention de Marcello et y réussit pleinement : Marcello n'en peut plus de jalousie. Afin d'être débarrassée d'Alcindoro pour un moment, Musetta prétend souffrir d'un pied et l'envoie chez le cordonnier. Durant l'ensemble qui suit, Musetta et Marcello tombent dans les bras l'un de l'autre et se réconcilient.

L'addition est présentée aux protagonistes. À leur consternation, ils se rendent compte que l'argent de Schaunard ne suffit pas. Musetta, rusée, met l'addition complète sur le compte d'Alcindoro. Un bruit de soldats se fait entendre. Marcello et Colline s'emparent de Musetta et la portent sur leurs épaules alors que la foule applaudit. Lorsque tous ont disparu, Alcindoro est de retour avec la chaussure réparée, tout en cherchant Musetta. Le serveur lui présente la facture. Alcindoro, devant la somme réclamée, s'effondre dans un fauteuil.

Troisième tableau[modifier | modifier le code]

À la Barrière d'Enfer.

Des camelots franchissent les barrières et entrent dans la ville. Parmi eux se trouve Mimì, toussant violemment. Elle est à la recherche de Marcello, qui vit dans une petite taverne. Il peint pour le propriétaire des lieux. Mimì lui raconte ses difficultés avec Rodolfo, qui l'a quittée cette nuit (« O buon Marcello, aiuto! »). Marcello lui révèle que Rodolfo est endormi à l'intérieur. Cependant celui-ci vient juste de se lever et cherche son ami. Mimì se cache et écoute Rodolfo raconter à Marcello qu'il est parti parce que Mimì n'arrête pas de jouer les coquettes. Mais, finalement, il avoue la véritable raison : il craint que sa compagne ne soit atteinte d'une maladie la dévastant lentement (sûrement la tuberculose). Rodolfo, trop pauvre, ne peut se révéler d'aucun secours pour elle. Il espère que sa rudesse va amener Mimì à chercher un autre homme, plus fortuné. Mimì, qui a tout entendu, ne peut s'empêcher, en toussant, de révéler sa présence. Rodolfo et Mimì chantent leur amour perdu. Ils élaborent des projets pour se séparer amicalement (Mimì : « Donde lieta uscì »), mais leur amour est trop fort. Ils en arrivent à un compromis : ils se sépareront au printemps, à la saison des fleurs. Pendant ce temps, Marcello a rejoint Musetta, et le couple se dispute avec férocité (Quatuor Mimì, Rodolfo, Musetta, Marcello : « Addio dolce svegliare alla mattina! »).

Quatrième tableau[modifier | modifier le code]

De retour dans la mansarde.

Marcello et Rodolfo sont apparemment en train de travailler. En fait, ils ressassent la perte de leurs amours (Duo: "O Mimì, tu più non torni"). Schaunard et Colline arrivent avec un dîner frugal et tous font semblant d'être attablés à un mirifique banquet. Ils dansent et chantent. Musetta arrive et apporte des nouvelles : Mimì, qui avait pris un riche protecteur, vient de le quitter. Musetta l'a trouvée errant par les rues, sévèrement affaiblie par sa maladie. Elle la ramène dans la mansarde. Mimì est installée dans un fauteuil. Marcello et Musetta partent céder les boucles d'oreille de cette dernière pour acheter un remède. Colline va lui aussi mettre son pardessus en gage (Colline: "Vecchia zimarra"). Schaunard, pressé par Colline, quitte lui aussi la pièce en silence pour laisser Mimì et Rodolfo ensemble. Seuls, ils se rappellent leur bonheur passé. (Duo, Mimì et Rodolfo: "Sono andati ?"). Ils revivent leur première rencontre - les bougies, la perte de la clé... Pour la plus grande joie de Mimì, Rodolfo lui montre le petit chapeau qu'il lui avait acheté. Il l'avait gardé en souvenir. Les autres reviennent avec un manchon pour réchauffer ses mains et des médicaments. Ils avertissent Rodolfo qu'ils ont appelé un médecin, mais Mimì est déjà évanouie. Alors que Musetta prie, Mimì meurt. Schaunard découvre le décès. Rodolfo devine ce qui vient d'arriver. Il crie avec désespoir le prénom de son amour.

Airs principaux[modifier | modifier le code]

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Mi chiamano Mimi (info)
Mi chiamano Mimi interprétée par Claudia Muzio

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O soave fanciulla (info)
O soave fanciulla interprété par Enrico Caruso et Nellie Melba

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O Mimì, tu più non torni (info)
O soave fanciulla interprété par Enrico Caruso et Antonio Scotti

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Vecchia zimarra (info)
Vecchia zimarra interprété par Fédor Chaliapine

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Distribution[modifier | modifier le code]

Personnages Tessitures Création, 1er février 1896
(Chef d'orchestre: Arturo Toscanini)
Rodolfo, poète ténor Evan Gorga
Mimì, fleuriste soprano Cesira Ferrani
Marcello, peintre baryton Tieste Wilmant
Schaunard, musicien baryton Antonio Pini-Corsi
Colline, philosophe basse Michele Mazzara
Musetta, chanteuse soprano Camilla Pasini
Benoît, propriétaire basse Alessandro Polonini
Alcindoro, conseiller d'État basse Alessandro Polonini
Parpignol, vendeur de jouets ténor Dante Zucchi
Un sergent des douanes basse Felice Fogli
Étudiants, ouvrières, vendeurs de rue, soldats, serveurs, enfants (chœur)

Orchestration[modifier | modifier le code]

Instrumentation de La Bohème
Cordes
Violons I, II, Altos, Violoncelles, Contrebasse, 1 Harpe
Bois
2 flûtes traversières, piccolo, 2 hautbois, 1 cor Anglais, 2 clarinettes, 1 clarinette basse, 2 bassons
Cuivres
4 cors d'harmonie, 3 trompettes, 3 trombones, 1 trombone basse
Percussions
timbales (musique classique), tambour, Triangle, cymbale, grosse caisse, xylophone, glockenspiel, Cloches, Verres[3]

Analyse[modifier | modifier le code]

Cette œuvre de Puccini donne à voir la bohème, mode de vie des artistes à Paris, au XIXe siècle. Alors que les artistes vivent pauvrement, à plusieurs dans une mansarde, avec peu pour se chauffer mais sachant toutefois y trouver leur bonheur, la bourgeoisie parisienne (au deuxième tableau) donne à voir une insatisfaction perpétuelle. Entre ces deux modes de vie, le petit peuple ouvrier incarné par Mimi. Dans son air Mi chiamano Mimì, Mimi exprime la joie simple de broder des fleurs, de laisser les premiers rayons du soleil caresser sa joue en avril, d'assister à l'éclosion d'une fleur...

L'histoire d'amour entre Mimi et Rodolfo montre le parallèle entre l'artiste sensible à la beauté, qu'il essaie de capter pour son œuvre, et la petite ouvrière qui, sans prétention et sans en avoir pleinement conscience, incarne le romantisme et la joie d'une vie simple. De la même façon que Rodolfo essaie de composer des poèmes sans être toujours satisfait de son œuvre, Mimi se désole que les fleurs qu'elle brode n'aient pas le parfum des vraies fleurs. C'est cet amour des joies simples qu'offre la nature qui font de Mimi un personnage attachant et qui séduit Rodolfo.

Malheureusement, cet amour est perturbé par la maladie de Mimi. La jalousie de Rodolfo n'est en fait qu'un subterfuge pour tenter de sauver Mimi. Par cette péripétie, Puccini revient à une description plus réaliste des conditions de vie des ouvriers parisiens. Même s'ils sont heureux avec peu, ils souffrent de la pauvreté jusqu'à être malades à cause de cette pauvreté même, et à en mourir. Ils demeurent néanmoins solidaires dans cette vie pauvre, se partageant les vivres ou essayant de soigner ceux qui sont malades. En cela, ils sont diamétralement opposés aux bourgeois qui ne cherchent que le plaisir éphémère de la consommation et ne cessent alors de se disputer.

Le destin tragique de Mimi est donc tout à la fois un appel à une vie simple (se réjouir des cadeaux délicats de la nature, exprimer ses sentiments) et le tableau tragique de la condition ouvrière et artiste de Paris. On peut trouver dans cette dualité toute l'actualité de cette œuvre.

Discographie sélective[modifier | modifier le code]

Adaptations[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • 1996 : Rent, comédie musicale de Jonathan Larson qui transpose l'action dans les quartiers pauvres de New York.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Carollina Fabinger, La Bohème. Una piccola storia sull'immortalità dell'amore e dell'amicizia, Nuages, Milano 2009 (ISBN 9788886178891) - Adaptation pour enfants

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Puccini utilise le terme de « tableaux » (« quadri ») plutôt que « actes ».
  2. « Oranges, dattes, marrons chauds ! »
  3. Comme indiqué par Puccini dans la partition, c'est le chœur qui frappe sur les verres en accompagnant son chant.
  4. En raison d'une leucémie, José Carreras ne put tourner le film dont la bande-son avait déjà été enregistrée.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]