Mary Shelley
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| Mary Shelley | |
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Portrait de Mary Shelley par Richard Rothwell.
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| Nom de naissance | Mary Wollstonecraft Godwin |
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| Activité(s) | Romancière, nouvelliste, essayiste, dramaturge, biographe, auteur de récits de voyage |
| Naissance | 30 août 1797 Londres |
| Décès | 1er février 1851 Londres |
| Langue d'écriture | Anglais |
| Genre(s) | fantastique, tragique, sublime |
Mary Shelley (née Mary Wollstonecraft Godwin) est une femme de lettres anglaise, romancière, nouvelliste, dramaturge, essayiste, biographe et auteur de récits de voyage. Née le 30 août 1797 à Somers Town, petit faubourg londonien situé au sud de Camden Town, elle est surtout connue pour son roman Frankenstein ou le Prométhée moderne, publié en 1818, alors qu'elle n'a que 21 ans.
Fille de la philosophe féministe Mary Wollstonecraft et de l'essayiste et écrivain politique William Godwin, elle épouse en 1816 le poète Percy Bysshe Shelley, dont la première femme venait de se suicider. Elle collabore avec lui et fait beaucoup pour faire connaître son œuvre.
Sa mère meurt alors qu'elle-même n'est âgée que de onze jours ; par la suite, sa demi-sœur, Fanny Imlay, et elle sont élevées par son père. Lorsque Mary atteint quatre ans, Godwin épouse sa voisine, Mary Jane Clairmont. Godwin offre à sa fille une éducation riche, bien qu'irrégulière, et l'encourage à adhérer à ses théories politiques libérales. En 1814, Mary Godwin entame une relation romanesque avec un des partisans de son père, Percy Bysshe Shelley, alors marié. Avec la belle-sœur de Mary, Claire Clairmont, ils partent pour la France et voyagent à travers l'Europe ; lorsqu'ils reviennent en Angleterre, Mary est enceinte de Shelley. Au cours des deux années qui suivent, ils affrontent tous les deux l'ostracisme, un endettement permanent et la mort de leur fille, née prématurée. Ils se marient à la fin de 1816, après le suicide d'Harriet, la première épouse de Shelley.
En 1816, le couple passe un été — resté dans les annales — avec Lord Byron, John William Polidori, et Claire Clairmont près de Genève, en Suisse ; c'est là que vient à Mary Shelley l'idée de son roman Frankenstein. En 1818, les Shelley quittent la Grande-Bretagne pour l'Italie, où meurent leur deuxième et leur troisième enfants, avant que Mary Shelley ne donne naissance à son fils, Percy Florence Shelley, qui seul survivra, En 1822, son mari se noie dans le golfe de la Spezia, lorsque son voilier sombre pendant une tempête. Un an plus tard, Mary Shelley retourne en Angleterre et, dès lors, se consacre entièrement à l'éducation de son fils et à sa carrière d'auteur. Les dix dernières années de sa vie sont marquées par la maladie, probablement causée par la tumeur du cerveau qui l'emportera à l'âge de 53 ans.
Jusqu'aux années 1970, Mary Shelley est surtout connue pour les efforts qu'elle a mis à faire publier les œuvres de son mari et pour son propre roman Frankenstein, qui continue à attirer les lecteurs et a inspiré de nombreuses adaptations, tant au théâtre qu'au cinéma. Les études récentes ont permis une vision plus complète de son œuvre. Les spécialistes ont montré un intérêt croissant pour sa production littéraire, en particulier ses romans, au rang desquels on compte les romans historiques Valperga (1823) et The Fortunes of Perkin Warbeck (La destinée de Perkin Warbeck) (1830), son roman apocalyptique The Last Man (Le dernier homme) (1826) et ses deux derniers romans, Lodore (1835) et Falkner (1837). L'étude de ses œuvres moins connues, comme le carnet de voyage Rambles in Germany and Italy (Errances en Allemagne et en Italie) (1844) et les articles biographiques pour le Cabinet Cyclopaedia de Dionysius Lardner (1829–1846) justifie l'idée croissante que Mary Shelley est restée toute sa vie une radicale sur le plan politique. Ses livres soutiennent souvent que la coopération et la solidarité — comme les pratiquent tout naturellement les femmes au sein de leur famille — sont la voie qui permet de réformer la société civile. Cette idée est une remise en cause directe de l'approche individualiste et romantique prônée par Percy Shelley et des théories politiques du siècle des Lumières explicitées par son père, William Godwin.
Mary Shelley est décédée d'une tumeur du cerveau le 1er février 1851 à Belgravia, à Londres. Elle repose auprès de ses parents, au cimetière de Saint Peters à Bournemouth, sur la côte sud de l'Angleterre.
Sommaire |
[modifier] Biographie
[modifier] Enfance
Marie Shelley est née Mary Wollstonecraft Godwin à Somers Town, Londres, en 1797. Elle est le deuxième enfant de la philosophe féministe, éducatrice et femme de lettres Mary Wollstonecraft, et le premier enfant du philosophe, romancier et journaliste William Godwin. Mary Wollstonecraft meurt de fièvre puerpérale onze jours après la naissance de l'enfant et Godwin se retrouve seul à élever Mary et sa demi-sœur, Fanny Imlay, née hors mariage de l'union de Mary Wollstonecraft avec le spéculateur Gilbert Imlay [1]. Un an après la mort de sa femme, Godwin lui rend un hommage sincère en publiant Mémoires de l'auteur de Défense des droits de la femme (1798). Ces mémoires provoqueront le scandale en révélant les liaisons de Mary Wollstonecraft et son enfant illégitime[2].
D'après la correspondance de Louisa Jones, nurse et femme de charge de William Godwin, l'enfance de Mary est heureuse[3]. Mais Godwin, souvent très endetté, et pressentant qu'il ne peut élever seul ses enfants, décide de se remarier[4]. En décembre 1801, il épouse Mary Jane Clairmont, femme instruite, déjà mère de deux enfants – Charles et Claire.[N 1] La plupart des amis de Godwin n'apprécient pas sa nouvelle femme, la trouvant querelleuse et irascible[5][N 2] mais Godwin lui est dévoué et le mariage est heureux.[6] Mary Godwin déteste sa belle-mère, probablement, comme le suggère C. Kegan Paul, biographe de William Godwin au XIXe siècle, parce que cette dernière préfère ses propres enfants[7].
Les époux Godwin ouvrent une maison d'édition nommée M.J. Godwin, qui vend des livres pour enfant, ainsi que de la papeterie, des cartes et des jeux. Les affaires ne sont pas florissantes et Godwin est obligé d'emprunter des sommes conséquentes pour se maintenir à flot[8]. Il emprunte également pour rembourser d'anciens emprunts, ce qui aggrave encore ses ennuis. En 1809, l'affaire de Godwin est proche de la faillite, et lui est « proche du désespoir »[9]. Il est sauvé de la prison pour dettes par des admirateurs de sa philosophie tels que Francis Place, qui lui prête de l'argent[10].
Même si Mary Godwin ne reçoit pas une éducation suivie, son père lui enseigne les sujets les plus divers. Il emmène souvent ses enfants dans des sorties éducatives, et ils ont accès à sa bibliothèque, et côtoient les nombreux intellectuels qui lui rendent visite, comme Samuel Taylor Coleridge, le poète romantique, ou Aaron Burr[11], ancien vice-président des Etats-Unis. Si Godwin reconnait ne pas élever ses enfants en accord avec la philosophie de Mary Wollstonecraft, telle qu'elle l'avait décrite dans des ouvrages comme Défense des droits de la femme (1792), Mary reçoit cependant une éducation poussée et rare pour une fille de son époque. Elle a une gouvernante, un professeur particulier, et lit les manuscrits de son père portant sur l'histoire grecque et romaine pour les enfants.[12] En 1811, et durant 6 mois, elle est mise en pension à Ramsgate.[13] A quinze ans, son père la décrit comme « particulièrement audacieuse, quelque peu tyrannique et ayant l'esprit vif. Sa soif de connaissances est sans limite et la persévérance qu'elle met dans chacune de ses entreprises, quasiment inébranlable »[14].
En juin 1812, son père envoie Mary faire un séjour dans la famille dissidente du radical William Baxter, près de Dundee en Écosse[15]. Il écrit à Baxter : « Je tiens à ce qu'elle soit élevée... comme une philosophe, voire comme une cynique. »[16] Les historiens spéculeront sur les raisons de son éloignement : sa santé, l'aspect sordide du commerce, ou l'initiation à la politique radicale[17]. Mais Mary Godwin se plait dans le vaste cadre de la maison des Baxter et dans la compagnie de ses quatre filles, et elle y retournera, à l'été 1813, pour un séjour de dix mois[18]. En 1831, dans l'introduction de Frankenstein, elle se souvient : « J'écrivais alors – mais avec un style très quelconque. Ce fut sous les arbres du domaine de notre maison, ou sur les flancs désolés des montagnes toutes proches, que mes œuvres véritables, le vol aérien de mon imagination, naquirent et furent nourris »[19].
[modifier] Percy Bysshe Shelley
Mary Godwin semble avoir rencontré pour la première fois le poète et philosophe Percy Bysshe Shelley entre ses deux séjours en Écosse[20]. À son second retour chez elle, le 30 mars 1814, Percy Shelley s’est brouillé avec sa femme et rencontre régulièrement Godwin, dont il avait accepté de renflouer les dettes[21]. Le radicalisme de Shelley, et notamment ses visions de l’économie, qui lui avaient été inspirées par le Justice politique (1793) de Godwin, l’avait éloigné de sa riche famille aristocrate : celle-ci voulait qu’il poursuive le modèle traditionnel de l’aristocratie terrienne alors que lui voulait faire don de grandes parts de la fortune familiale à des projets visant à aider les défavorisés. D'ailleurs, Percy Shelley aura de grandes difficultés financières jusqu’au jour où il touchera son héritage, sa famille craignant qu’il ne dilapide son argent dans des projets de « justice politique ». De ce fait, et après plusieurs mois de promesses, Shelley annonça qu’il ne pouvait, ou ne voulait, pas payer toutes les dettes de Godwin. Ce dernier, furieux, se sentit trahi[22].
Mary et Percy commencent à se rencontrer secrètement au cimetière St Pancras, sur la tombe de Mary Wollstonecraft, et ils tombent amoureux - elle a presque dix-sept ans, lui près de vingt-deux[23]. Au grand dam de Mary, son père désapprouve cette relation, essaye de la combattre et de sauver la « réputation sans tâche » de sa fille. Au même moment, Godwin apprend l’incapacité de Shelley de rembourser ses dettes pour lui[24]. Mary, qui écrivit plus tard « son attachement excessif et romantique pour (son) père »[25], est désorientée. Elle voit en Percy Shelley la personnalisation des idées libérales et réformistes de son père durant les années 1790, et notamment celle que le mariage est un monopole tyrannique, idée qu’il argumenta dans l’édition de 1793 de Justice politique mais désavoua plus tard[26]. Le 28 juillet 1814, le couple s’enfuit en France, emmenant Claire Clairmont, la demi-sœur de Mary[27], mais laissant derrière eux la femme enceinte de Percy.
Après avoir convaincu Mary Jane Godwin, qui les avait poursuivis jusqu’à Calais, qu’ils ne voulaient pas revenir, le trio voyagea jusqu’à Paris, puis jusqu’en Suisse, sur un âne, une mule ou en carriole, à travers une France récemment ravagée par la guerre. « C’était comme vivre dans un roman, incarner la romance » se rappelle Mary Shelley en 1862[28]. Durant leur voyage, Mary et Percy lisent des ouvrages de Mary Wollstonecraft et d’autres auteurs, tiennent un journal commun, et continuent leurs propres écrits[29]. A Lucerne, le manque d’argent les oblige à rentrer. Ils voyagent alors le long du Rhin jusqu’au port danois de Marluys, arrivant à Gravesend (Angleterre), dans le Kent, le 13 septembre 1814[30].
La situation qui attend Mary Godwin en Angleterre s’avère semée de difficultés qu’elle n’avait pas toutes prévues. Avant ou pendant le voyage, elle est tombée enceinte. Elle se retrouve avec un Percy sans argent, et, à la grande surprise de Mary, son père ne veut plus entendre parler d’elle[31]. Le couple et Claire emménagent dans divers meublés à Somer Town, puis à Nelson Square. Leur programme de lecture et d’écriture est toujours aussi intense et ils invitent des amis de Percy Shelley comme Thomas Jefferson Hogg et l’écrivain Thomas Love Peacock[32]. Pour éviter les créanciers, Percy Shelley quitte leur maison durant de courtes périodes[33]. Les lettres éperdues du couple révèleront la douleur de ses séparations[34].
Enceinte et souvent malade, Mary Godwin doit faire face à la joie de Percy à la naissance de son fils et de celui d’Harriet Shelley à la fin de 1814 et à ses fréquentes sorties avec Claire Clairmont[N 3]. Elle est partiellement réconfortée par les visites de Hogg, qu’elle n’appréciait guère au départ mais qu’elle considérera bien vite comme un ami proche[35]. Percy Shelley semble avoir voulu que Mary Godwin et Hogg deviennent amant[36]. Mary ne rejette pas l’idée puisqu’elle est censée être adepte de l’amour libre[37]. En pratique cependant, elle est amoureuse de Percy Shelley et ne s’aventurera pas plus loin que le flirt avec Hogg[38][N 4]. Le 22 février 1815, elle donne naissance à une prématurée de 2 mois, qui a peu de chance de survie. Le 6 mars, elle écrit à Hogg :
« Mon cher Hogg, mon bébé est mort – Viendrez-vous me voir dès que possible. J’ai envie de vous voir – Il allait très bien quand je me suis couchée – je me suis réveillée pour le faire téter et il semblait dormir si calmement que je n’ai pas voulu le réveiller. Il était alors déjà mort, mais nous ne nous en sommes rendu compte qu’au matin - d’après son aspect, il était mort de convulsions – Viendrez-vous – vous êtes une créature si calme et Shelley a peur de la fièvre provoquée par le lait – car je ne suis plus mère à présent.» [39]
La perte de son enfant provoque une sévère dépression chez Mary Godwin, hantée par des visions du bébé, mais elle tombe enceinte à nouveau et, à l’été, elle est guérie[40]. Avec l’amélioration des finances de Percy Shelley suite au décès de son père, Sir Bysshe Shelley, le couple part en vacances à Torquay puis loue un cottage à deux étages à Bishopsgate, aux abords du parc de Windsor[41]. On connaît peu de choses de cette période de la vie de Mary Godwin, son journal intime, entre mai 1815 et juillet 1816, ayant été perdu. A Bishopsgate, Percy écrit son poème Alastor, et le 24 janvier 1816, Mary donne naissance à un deuxième enfant, nommé William, comme son père, et qui fut rapidement surnommé « Willmouse ». Dans son roman, le dernier homme, elle décrira Windsor comme un Jardin d’Eden[42].
[modifier] Lac de Genève et Frankenstein
En Mai 1816, Mary Godwin, Percy Shelley, leur fils et Claire Clairmont partent pour Genève. Ils ont prévu de passer l'été avec le poète Lord Byron, dont Claire est enceinte[43]. Le groupe arrive à Genève le 14 mai 1816, et Mary se fait appeler « Mme Shelley». Byron les rejoint le 25 mai, avec un jeune médecin, John William Polidori[44] , et loue la Villa Diodati, dans le village de Cologny, près du lac de Genève. Percy Shelley loue une maison plus modeste appelée Maison Chapuis sur les bords du lac[45]. Ils passent leur temps à écrire, faire du bateau sur le lac, et à discuter jusqu'au cœur de la nuit[46].
« Ce fut un été humide et rigoureux, se rappelle Mary Shelley en 1831, et la pluie incessante nous confinait des jours entiers à l'intérieur de la maison »[47][N 5] Entre autres sujets, la conversation tourne autour des expériences du poète et philosophe naturaliste Erasmus Darwin, au XVIIIème siècle, dont on prétendait qu'il avait ranimé de la matière morte, et autour du galvanisme et de la possibilité de ramener à la vie un cadavre ou une partie du corps[48]. Autour du foyer de la villa de Byron, la société s'amuse également à lire des histoires allemandes de fantôme, amenant Byron à suggérer que chacun écrive sa propre histoire fantastique. Peu après, rêvant éveillée, Mary Godwin conçoit l'idée de Frankenstein :
« Je vis l'étudiant blafard des arts profanes s'agenouiller à côté de la chose qu'il avait créée. Je vis le fantasme hideux d'un homme se lever, puis, par le travail de quelque machine puissante, montrer des signes de vie, et bouger en un mouvement malaisé et à moitié vivant. Cela doit être effrayant, car l'effet de toute entreprise humaine se moquant du mécanise admirable du Créateur du monde ne saurait qu'être extrêmement effrayant[49] [N 6] »
Elle commence à écrire ce qu'elle croyait être une nouvelle. Avec les encouragements de Percy Shelley, elle développe cette histoire en ce qui deviendra son premier roman : Frankenstein ou le Prométhée moderne, publié en 1818[50]. Elle décrira plus tard cet été en Suisse comme le moment « où je sortis de l'enfance vers la vie ».[44].
[modifier] Bath et Marlow
À leur retour en Angleterre, en septembre, Mary et Percy déménagent à Bath avec Claire Clairmont qui s'installe près d'eux et où ils espèrent tenir secrète la grossesse de Claire[51]. À Cologny, Mary Godwin a reçu deux lettres de sa demi-sœur, Fanny Imlay, faisant allusion à sa « vie malheureuse ». Le 9 octobre, Fanny écrit une « lettre alarmante » de Bristol qui envoya Percy Shelley à sa recherche, sans succès. Au matin du 10 octobre, Fanny Imlay est retrouvée morte dans une chambre d'hôtel à Swansea, à ses côtés une lettre de suicide et une bouteille de laudanum. Le 10 décembre, la femme de Percy, Harriet, est découverte noyée dans le lac Serpentine, à Hyde park, Londres[52]. Les deux suicides sont étouffés. La famille d'Harriet contrecarre les efforts de Percy, pleinement soutenu par Mary Godwin, d'obtenir la garde de ses enfants. Son avocat lui conseille de se marier pour améliorer sa cause. Mary et lui se marient donc le 30 décembre 1816 en l'église St Mildred, dans le quartier de Bread Street, à Londres[53]. M. et Mme Godwin sont présents et le mariage permet de clore la querelle familiale[54].
Claire Clairmont donne naissance à une petite fille le 13 janvier, qui est nommée Alba dans un premier temps, puis Allegra[55][N 7]. En mars de la même année, la Cour de Chancery déclare Percy Shelley moralement inapte à assumer la garde de ses enfants et les place dans la famille d'un pasteur[56]. Le même mois, les Shelley déménagent, avec Claire et Alba, à Albion House, un grand immeuble humide sur la Tamise, à Marlow, dans le Buckinghamshire. Là, Mary Shelley donne naissance à son troisième enfant, Clara, le 2 septembre. À Marlow, ils divertissent leurs nouveaux amis Marianne et Leigh Hunt, travaillent d'arrache-pied à leurs écrits et discutent souvent de politique[57].
Au début de l'été 1817, Mary Shelley termine Frankenstein, qui est publié anonymement en janvier 1818. Critiques et lecteurs supposent que Percy Shelley en est l'auteur, puisque le livre est publié avec sa préface et dédié à son héros politique, William Godwin[58]. À Marlow, Mary rédige le journal de leur voyage continental de 1814, ajoutant des documents écrits en Suisse en 1816, ainsi que le poème de Percy Mont Blanc. Le résultat est Histoire d'un circuit de six semaines, publié en novembre 1817. Cet automne là, Percy Shelley vit souvent loin de la maison à Londres pour éviter les créanciers. La menace de la prison pour dette, leur mauvaise santé et la peur de perdre la garde de leurs enfants contribuent à la décision du couple de quitter l'Angleterre pour l'Italie le 12 mars 1818, emmenant Claire et Alba avec eux[59].
Ils n'ont pas l'intention de revenir[60].
[modifier] Italie
La première chose que fait la compagnie en arrivant en Italie est de remettre Alba à Byron, qui vit à Venise. Il a convenu de l'élever à condition que Claire renonce à ses droits sur elle[61]. Les Shelley se lancent alors dans une existence itinérante, ne s'arrêtant nulle part bien longtemps[62][N 8]. Sur la route, ils attirent un cercle d'amis et de connaissance qui va souvent se déplacer avec eux. Le couple consacre son temps à l'écriture, la lecture, l'apprentissage, le tourisme et la socialisation. L'aventure italienne est cependant gâchée pour Mary Shelley par la mort de ses deux enfants – Clara, en septembre 1818 à Venise, et William, en juin 1819 à Rome[63][N 9]. Ces pertes la laissent dans une profonde dépression et l'isolent de son mari, qui écrit dans son journal :
- Ma chère Mary, pourquoi t'en es-tu allée,
- Et dans ce triste monde seul m'as laissé?
- Ton corps est bien ici – si charmant –
- Mais tu as fui, partie sur une triste route
- Qui conduit à la demeure la plus obscure du Chagrin
- Pour ton propre bien je ne peux pas te suivre
- Reviendras-tu pour le mien[64].
Pendant quelque temps, Mary Shelley ne trouve de réconfort que dans l'écriture[65]. La naissance de son quatrième enfant Percy Florence, le 12 novembre 1819, lui remonte le moral[66], même si elle pleurera la mémoire de ses enfants perdus jusqu'à la fin de sa vie[67].
L'Italie offre aux Shelley, à Byron et autres exilés, une liberté politique inaccessible chez eux. Malgré le lien avec ses deuils personnels, l'Italie devient pour Mary Shelley « un pays que le souvenir peindra comme un paradis »[68]. Leurs années italiennes sont une période d'activité intellectuelle et créative intense pour les deux Shelley. Pendant que Percy compose une série de poèmes majeurs, Mary écrit le roman autobiographique Matilda, le roman historique Valperga et les pièces Proserpine et Midas. Mary écrit Valperga pour alléger les difficultés financières de son père, Percy refusant désormais de l'aider[69]. Elle est souvent malade et sujette à la dépression. Elle doit aussi faire face à l'intérêt que porte Percy aux autres femmes, telles Sophia Stacey, Emilia Viviani et Jane Williams[70]. Partageant sa foi dans un mariage non exclusif, Mary noue ses propres liens affectifs parmi les hommes et les femmes de son entourage. Elle est particulièrement proche du révolutionnaire grec Prince Alexander Mavrocordato et de Jane et Edward Williams[71][N 10].
En décembre 1818, les Shelley, Claire et leurs domestiques descendent vers le sud à Naples, où ils demeurent 3 mois, recevant un seul visiteur, un médecin[72] . En 1820, ils sont accusés et menacés par Paolo et Elise Foggi, d'anciens domestiques congédiés par Percy Shelley peu après leur mariage[73]. Le couple révèle que, le 27 février 1819, à Naples, Percy Shelley a enregistré comme sa fille et celle de Mary Shelley un bébé de 2 mois nommé Elena Adélaïde Shelley[74]. Les Foggi prétendent que la mère de l'enfant est Claire Clairmont[75]. Les biographes interprètent ces évènements de façons très variées : que Percy Shelley avait décidé d'adopter un enfant de la région, que l'enfant était le sien et celui d'Elise, de Claire ou d'une femme inconnue, ou que c'était l'enfant d'Elise et Lord Byron[76][N 11]. Mary Shelley déclare qu'elle se serait aperçue si Claire avait été enceinte, mais on ignore ce qu'elle savait vraiment[77]. Les évènements de Naples, ville que Mary qualifiera plus tard de paradis habité par des diables[78], resteront enveloppés de mystère[N 12]. La seule certitude est qu'elle même n'est pas la mère de l'enfant. Elena Adélaïde Shelley mourra à Naples le 9 juin 1820[79].
En l'été 1822, Mary, enceinte, emménage avec Percy, Claire, Edward et Jane Williams dans la Villa Magny, isolée au bord de la mer près du hameau de San Terenzo dans la baie de Lerici. Une fois installé, Percy révèle à Claire que sa fille Allegra est morte du typhus au couvent de Bagnacavallo[80]. Mary est distraite et malheureuse dans la petite et lointaine Villa Magni, qu'elle finit par comparer à un donjon[81]. Le 16 juin, elle fait une fausse-couche, perdant tellement de sang qu'elle frôle la mort. En attendant l'arrivée du médecin, Percy plonge sa femme dans un bain d'eau glacé pour stopper l'hémorragie, ceci lui sauvera la vie[82]. Cependant tout ne va pas bien dans leur couple cet été là et Percy passe plus de temps avec Jane Williams qu'avec sa femme déprimée et faible[83]. La plupart des courts poèmes qu'écrit Shelley à San Terenzo sont adressés à Jane au lieu de Mary.
Le bord de mer permet à Percy Shelley et Edward Williams de profiter de leur « jouet d'été », un nouveau voilier[84]. Le bateau a été dessiné par Daniel Roberts et Edward Trelawny, un admirateur de Byron qui a rejoint la compagnie en janvier 1822[85] . Le 1er juillet 1822, Percy Shelley, Edward Williams, et le capitaine Daniel Roberts naviguent vers le sud le long de la côte jusqu'à Livourne. Percy y discute avec Byron et Leigh Hugh du lancement d'un nouveau magazine « The Liberal »[86] . Le 8 juillet, accompagné d'Edward Williams, il reprend le chemin du retour avec un jeune matelot de 18 ans, Charles Vivian[87]. Ils n'atteindront jamais leur destination.
Une lettre de Hunt, datée du 8 juillet et destinée à Percy Shelley, arriva à la Villa Magni. Hunt y écrit : « Je vous en prie, dites-nous comment vous êtes rentrés chez vous, on dit que vous avez eu très mauvais temps après votre départ lundi et nous sommes inquiets »[88]. « Le papier me tomba des mains », racontera plus tard Mary à une amie. « Je tremblais de tout mon corps »[88]. Mary et Jane Williams se précipitent à Livourne puis à Pise dans l'espoir de retrouver leurs maris vivants. Dix jours après la tempête, trois corps sont rejetés sur le rivage près de Viareggio, à mi-chemin entre Livourne et Lerici. Trelawny, Byron et Hunt incinèreront le corps de Shelley sur la plage de Viareggio[89].
[modifier] Retour en Angleterre et carrière d'écrivain
« Frankenstein est l’œuvre la plus merveilleuse jamais écrite à vingt ans dont j’ai entendu parler. Vous avez à présent vingt-cinq ans. Et, fort heureusement, vous avez poursuivi un parcours de lectrice et cultivé votre esprit de la plus admirable manière pour faire de vous un grand écrivain à succès. Si vous ne pouvez pas être indépendante, qui pourrait l’être ? »
— William Godwin à Mary Shelley, Valperga[90]
Après la mort de son époux, Mary Shelley vit durant une année avec Leigh Hunt et sa famille à Gênes, où elle rencontre fréquemment Lord Byron et transcrit ses poèmes. Elle a décidé de vivre de sa plume et pour son fils, mais sa situation financière est précaire. Le 23 juillet 1823, elle quitte Gênes pour l’Angleterre et s’installe avec son père et sa belle-mère à Strand (Londres) jusqu’à ce qu’une petite avance de son beau-père lui permette de se loger à côté[91]. Sir Timothy Shelley convient d’assurer la subsistance de son petit-fils à condition qu’il soit placé auprès d’un tuteur désigné. Mary Shelley rejette cette idée[92]. Elle parvient à soutirer à Sir Timothy une allocation annuelle (qu’elle devra rembourser lorsque Percy Florence héritera). Jusqu’à la fin de ses jours, ce dernier refusera de la rencontrer et ne traitera avec elle que par avocat interposé. Mary Shelley s’occupe de publier, entre autres, les poèmes de son mari mais elle doit se retreindre pour le bien de son fils. En effet, Sir Timothy menace de ne plus verser d’allocation si la moindre biographie du poète est publiée[93]. En 1826, après le décès de Charles Shelley, fils de Percy Shelley et d’Harriet Shelley, Percy Florence devient l’héritier de la fortune des Shelley. Sit Timothy augmente alors l’allocation annuelle de Mary de 100 à 250 £, mais demeure toujours aussi difficile[94]. Alors qu’elle apprécie la compagnie stimulante de l’entourage de William Godwin, la pauvreté empêche Mary de sortir autant qu’elle le voudrait. Elle se sent également rejetée par ceux qui, comme Sir Timothy, désapprouvent encore sa liaison avec Percy Bysshe Shelley[95].
L’été 1824, Mary Shelley déménage à Kentish Town, dans le nord de Londres, pour se rapprocher de Jane Williams. Elle est peut-être, selon les mots de son biographe Muriel Spark, « un peu amoureuse » de Jane. Mais Jane la décevra en propageant des rumeurs alléguant que Percy la préférait à Mary et qu’elle ne lui suffisait pas[96]. A la même époque, Mary écrit son roman Le Dernier Homme (1826) et collabore avec des amis à l’écriture des mémoires de Lord Byron et Percy Shelley – c’est le début de ses tentatives d’immortaliser son époux[97]. Elle rencontre également l’acteur américain John Howard Payne et l’écrivain américain Washington Irving. Payne tombe amoureux d’elle et la demande en mariage en 1826. Elle refuse, expliquant qu’après avoir épousé un génie elle ne peut se marier qu’à un autre génie[98]. Payne accepte son refus et essaie, mais sans succès, de pousser son ami Irving à faire sa demande. Mary Shelley était au courant du plan de Payne, mais on ignore jusqu’à quel point elle le prenait au sérieux[99].
En 1827, Mary Shelley participe à un projet visant à permettre à son ami Isabel Robinson et à son amoureuse, Mary Diana Dods, qui écrit sous le pseudonyme de David Lyndsay, de s’engager dans une vie commune en France comme mari et femme[101][N 13]. Avec l’aide de Payne, auquel elle ne donne pas tous les détails, Mary obtient de faux passeport pour le couple[102]. En 1828, en leur rendant visite à Paris, elle contracte la petite vérole. Elle guérira des semaines plus tard, sans cicatrice, mais la fraîcheur de sa beauté envolée[103].
Entre 1827 et 1840, Mary Shelley est écrivain et éditeur. Elle écrit Perkin Warbeck (1830), Lodore (1835) et Falkner (1837). Elle participe à cinq volumes de Lives par Dionysius Lardner, l’encyclopédie des auteurs italiens, espagnols, portugais et français. Elle écrit également des histoires pour des magasines féminins. Elle aide toujours son père financièrement et ils collaborent en se cherchant mutuellement des éditeurs[104]. En 1830, pour 60£, elle vend les droits d’une nouvelle édition de Frankenstein à Henry Colburn et Richard Bentley, pour leur nouvelle série de romans classiques[105]. Après la mort de son père, en 1836, à l’âge de 80 ans, elle rassemble ses lettres et un mémoire pour les publier, comme il l’a demandé dans son testament, mais après deux ans de travail, elle abandonne le projet[106]. Durant cette période, elle défend la poésie de Percy Shelley, incitant sa publication et le citant dans ses écrits. En 1837, la travail de Percy était connu et de plus en plus admiré[107]. En été 1838, Edward Moxon, éditeur de Tennyson et beau-fils de Charles Lamb, propose de publier un recueil des travaux de Percy Shelley. Mary le paie 500£ pour publier Poetical Works (1838). Sir Timothy insiste pour que le recueil ne comporte pas de biographie. Mary trouvera tout de même un moyen de raconter l’histoire de Percy : elle inclut d’importantes notes biographiques liées aux poèmes[108].
Mary traite ses soupirants avec précaution. En 1828, elle rencontre et flirte avec l’écrivain français Prosper Mérimée, mais la seule lettre encore existante qu’elle lui ait adressé est une lettre de rejet de sa déclaration d’amour[109]. Elle se réjouit du retour en Angleterre de son ancien ami d’Italie Edward Trelawny, ils plaisantent même sur leur mariage dans leurs lettres[110]. Mais leur amitié est altérée d’abord par le refus de Mary de participer à la biographie de Percy Shelley proposée par Edward, puis par la colère d’Edward suite à son omission de la partie athée de Queen Mab (recueil de poèmes de Percy Shelley)[111]. Dans son journal intime, entre les années 1830 et 1840, des références détournées suggèrent que Mary Shelley a eu des sentiments pour le politicien radical Aubrey Beauclerk, mais celui-ci l’a probablement déçue en se mariant deux fois à d’autres[112][N 14].
Durant ces années, la première préoccupation de Mary est le bien être de Percy Florence. Selon le vœu de son mari, son fils fréquente l’école publique puis, avec l’aide de Sir Timothy, Harrow School. Pour éviter les frais de pension, elle déménage à Harrow on the Hill afin que Perry puisse suivre les cours en tant qu’externe[113]. Même s’il poursuivit ses études jusqu’à Trinity Collège à Cambridge, et touchera à la politique et au droit, il ne montrera pas signe des dons de ses parents[114]. Il fut dévoué à sa mère et, après avoir quitté l’université en 1841, il retournera vivre avec elle.
[modifier] Dernières années et mort
En 1840 et 1842, mère et fils voyagent ensemble sur le continent. Mary Shelley racontera ces voyages dans Errances en Allemagne et en Italie en 1840, 1842 et 1843 (1844)[115]. En 1844, Sir Timothy Shelley meurt à l’âge de nonante ans, « tombant de sa tige comme une fleur trop épanouie »[116]. Pour la première fois, Mary et son fils sont financièrement indépendants, même si l'héritage se révèle plus modeste qu’espéré[117].
Au milieu des années 1840, Mary Shelley est la victime de trois maîtres chanteurs. En 1845, un exilé politique italien, Gatteschi, qu’elle a rencontré à Paris, la menace de publier des lettres qu’elle lui a écrites. Un ami de son fils paie un chef de la police pour saisir les papiers de Gatteschi, les lettres sont incluses et détruites[119]. Peu après, Mary achète des lettres, écrites par Percy Shelley et elle-même, à un homme se faisant appeler G. Byron et prétendant être le fils illégitime de feu Lord Byron[120]. La même année, Thomas Medwin, cousin de Percy Bysshe Shelley, prétend avoir écrit une biographie préjudiciable de Percy. Il demande 250£ pour la détruire, mais Mary refuse[121][N 15].
En 1848, Percy Florence épouse Jane Gibson St John. Le mariage est heureux et Mary et Jane s’apprécient[122]. Mary habite avec son fils et sa belle-fille à Field Place, dans le Sussex, berceau ancestral des Shelley, et à Chester Square, à Londres, et les accompagne durant leurs voyages à l’étranger.
Les dernières années de Mary Shelley sont altérées par la maladie. Dès 1839, elle souffre de migraines et de paralysie de certaines parties du corps, ce qui l’empêche parfois de lire et d’écrire[123]. Elle meurt à l’âge de cinquante trois ans, le 1er février 1851, à Chester Square. Son médecin soupçonne une tumeur cérébrale. D’après Jane Shelley, Mary Shelley a demandé à se faire enterrer avec sa mère et son père. Mais Percy et Jane, jugeant la tombe de St Pancras « épouvantable », choisissent de les enterrer à l’église St Peter, à Bournemouth, près de leur nouvelle maison de Boscombe[124]. Pour le premier anniversaire de la mort de Mary Shelley, les Shelley ouvrent son bureau. Ils trouvent à l’intérieur des boucles de cheveux de ses enfants décédés, un cahier de notes qu’elle partageait avec Percy Byshhe Shelley et une copie de son poème Adonaïs dont une page entoure un tissu en soie contenant un peu de ses cendres et les restes de son cœur[67].
[modifier] Thèmes littéraires et style
Mary Shelley vécu une vie de lettrée. Son père l’encourage dans l’apprentissage de l’écriture par la composition de lettres[125] et son occupation préférée de petite fille est l’écriture d’histoires[126]. Malheureusement, tous les écrits de la jeune Mary furent perdus lors de sa fuite avec Percy en 1814 et aucun de ses manuscrits encore existants ne peut être datés d’avant cette année[127]. On pensa longtemps que sa première publication fut Mounseer Nongtongpaw[128], des vers comiques écrits alors qu’elle avait 10 ans pour « Juvenile Library » (Bibliothèque des mineurs), mais ces poèmes furent attribués à un autre écrivain dans de plus récents recueils de ses travaux[129]. Percy Shelley encourage chaleureusement Mary Shelley à écrire : « Dès le début, mon mari s’inquiétait pour que je me montre digne de ma filiation et que j’inscrive mon nom sur la page de la renommée. Il m’incitait en tout temps à obtenir une réputation littéraire »[130].
[modifier] Romans
[modifier] Éléments autobiographiques
Certaines parties des romans de Mary Shelley sont souvent interprétées comme des réécritures masquées de sa vie. La récurrence du thème père-fille en particulier conforte les critiques littéraires dans leur interprétation de ce style autobiographique[131]. Par exemple, ils analysent souvent Mathilda (1820) comme une autobiographie, reconnaissant dans les personnages principaux Mary Shelley, William Godwin et Percy Shelley[132]. Mary Shelley a révélé que les personnages centraux de The Last Man sont basés sur son cercle d’intimes, en Italie. Lord Raymond, qui quitte l’Angleterre pour se battre contre les grecs et meurt à Constantinople, est inspiré de Lord Byron ; et Adrian, l’utopique Comte de Windsor qui mène ses disciples à la recherche d’un paradis naturel et meurt lors une tempête en mer, est un portrait fictif de Percy Bysshe Shelley[133]. Cependant, comme elle l’écrit dans sa critique du roman de Godwin Cloudesley (1830), elle ne croit pas que les auteurs « reproduisent simplement (leur) propre cœur »[134]. William Godwin considère les personnages de sa fille comme des archétypes plutôt que comme des portraits de personnes réelles[135]. Certains critiques modernes, comme Patricia Clemit et Jane Blumberg, partagent cette vision, résistant à la lecture autobiographique de l’œuvre de Mary Shelley[136].
[modifier] Styles romanesques
Mary Shelley emploie les techniques de nombreux genres romanesques, notamment ceux des romans « godwiniens », des romans historiques de Walter Scott et des romans gothiques. Le roman « godwinien » fut populaire dans les années 1790 avec des travaux comme Caleb Williams (1794) de Godwin et emploie une forme de confession à la Rousseau pour explorer les relations contradictoires entre soi-même et la société[137]. Frankenstein présente de nombreux thèmes et procédés littéraires présents dans les romans de Godwin[138]. Cependant, Shelley critique ces idéaux des Lumières que Godwin promeut dans son œuvre[139]. Dans Le Dernier Homme, elle utilise la forme philosophique « godwinienne » pour démontrer l’insignifiance ultime du monde[140] . Alors que des romans « godwiniens » antérieurs montraient comment des individus rationnels pouvaient lentement améliorer la société, The Last Man et Frankenstein démontrent le manque de contrôle de l’individu sur l’histoire[141].
« On n’entendit plus jamais parler d’Euthanasia, même son nom disparu… Les chroniques personnelles, d’où est tiré le récit qui précède, se terminent avec la mort d’Euthanasia. C’est donc dans les annales publiques seulement que l’on trouve un compte rendu des dernières années de Castruccio. »
— Mary Shelley, Valperga[142]
Mary Shelley utilise le roman historique pour commenter les relations entre les sexes. Valperga, par exemple, est une version féministe du genre masculin de Walter Scott[143]. En intégrant dans l’histoire des femmes qui ne font pas partie de la réalité historique, Shelley utilise le récit pour s’interroger sur les institutions théologiques et politiques établies[144]. Elle oppose la cupidité compulsive de conquête du protagoniste masculin à une alternative féminine : raison et sensibilité[145]. Dans Percy Warbeck, un autre de ses romans historiques, Lady Gordon représente les valeurs de l’amitié, de la domesticité et de l’égalité. A travers elle, Shelley offre une alternative féminine au pouvoir politique masculin qui détruit le caractère masculin. Le roman propose un récit historique plus large s’opposant au genre qui rapporte habituellement uniquement des événements masculin[146].
[modifier] L'œuvre d'une femme
Avec la naissance de la critique littéraire féministe dans les années 70, les travaux de Mary Shelley, et notamment Frankenstein, commencent à attirer plus d’attention de la part des chercheurs. C’est grâce aux critiques féministes et psychanalytiques que Mary Shelley en tant qu’écrivain fut tirée de l’oubli[147]. Ellen Moers est l’une des premières à soutenir que la perte d’un bébé a eu une influence cruciale sur l’écriture de Frankenstein[148]. Elle pense que le roman est un « mythe de la renaissance » dans lequel Shelley se démet tant de sa culpabilité d’avoir causé la mort de sa mère que de celle d’avoir échoué en tant que parent[149]. D’après Moers, c’est l’histoire « d’un homme qui essaie d’avoir un enfant sans une femme… Frankenstein est profondément préoccupé par l’opposition entre reproduction naturelle et artificielle »[150]. Dans le roman, l’échec de Victor Frankenstein en tant que « parent » est traduit comme l’expression de l’anxiété qui accompagne la grossesse, l’accouchement et en particulier la maternité[151].
Sandra Gilbert et Susan Gubar argumentent dans leur ouvrage capital The Madwoman in the Attic (1979) que, dans Frankenstein en particulier, Mary Shelley répond à la tradition littéraire masculine représentée par le le Paradis perdu de John Milton. Dans leur interprétation, elle réaffirme cette tradition masculine, et sa misogynie inhérente, mais en même temps elle « cache des fantasmes d’égalité qui éclatent parfois dans des images monstrueuses de rage »[152]. Mary Poovey décrypte la première édition de Frankenstein comme faisant partie d’un schéma plus large de l’oeuvre de Mary Shelley, qui commence par une auto-affirmation littéraire et se termine dans un féminisme conventionnel[153]. Poovey suggère que les multiples récits de Frankenstein permettent à Mary Shelley de diviser sa personnalité artistique : elle peut « s’exprimer et s’effacer en même temps »[154]. Sa crainte de l’auto-affirmation se reflète dans le destin de Frankenstein dont l’égoïsme est puni par la perte de ses liens familiaux[155].
Les critiques féministes se concentrent souvent sur la représentation du créateur, et plus particulièrement du créateur féminin, dans et à travers les romans de Shelley[156]. Anne K. Mellor explique que Mary Shelley utilise le style gothique non seulement pour explorer le désir sexuel féminin refoulé[157] mais également comme moyen « d’autocensure dans Frankenstein »[158]. D’après Poovey et Mellor, elle ne veut pas mettre en avant sa personnalité d’auteur. Elle se sent profondément incompétente en tant qu’auteur et « cette honte contribue à sa production d’images d’anormalité, de perversion et de destruction »[159].
Les écrits de Mary Shelley sont centrés sur le rôle de la famille dans la société et le rôle de la femme au sein de cette famille[160] . Elle glorifie la « compassion et l’affection féminine » associées à la famille et suggère que la société civile ferait faillite sans elles[161]. Elle est « profondément engagée dans une éthique coopérative, de dépendance mutuelle et d’autosacrifice ». Dans Lodore, par exemple, l’histoire centrale suit le destin de la femme et de la fille du personnage-titre, Lord Lodore, et les obstacles familiaux que doivent négocier les deux « héroïnes ». Le roman est politiquement et idéologiquement engagé, notamment sur l’éducation et le rôle social des femmes[162]. Il dissèque une culture patriarcale qui sépare les sexes et oblige les femmes à être dépendantes des hommes. D’après Betty T. Bennett, qui étudie Mary Shelley, « le roman propose des paradigmes d’éducation égalitaire pour hommes et femmes qui apporteraient la justice sociale et les moyens spirituels et intellectuels pour affronter les épreuves de la vie »[163]. Cependant, Faulkner est le seul roman de Mary Shelley dans lequel l’héroïne triomphe[164]. Le roman avance l'idée que lorsque les valeurs féminines l'emporteront sur la violence et la destruction masculines, les hommes seront libres d’exprimer « la compassion, l’empathie et la générosité » de leur tempérament[165].
[modifier] Les Lumières et le Romantisme
Comme de nombreux romans gothiques de la période, Frankenstein mélange un sujet viscéral et aliénant à des thèmes spéculatifs et provoquant[166]. Au lieu de se centrer sur les tours et détours du scénario, le roman met en avant les luttes mentales et morales du protagoniste, Victor Frankenstein, et Shelley imprègne le texte de sa propre marque de Romantisme politisé, qui critique l’individualisme et l’égoïsme du Romantisme traditionnel[167]. Victor Frankenstein est comme Satan dans Paradis perdu et comme Prométhée : il se rebelle contre la tradition, il crée sa vie et construit son propre destin. Ces traits ne sont pas décrits de manière positive. Comme l’écrit Blumberg, « son ambition sans relâche est une auto-illusion travestie en une quête de la vérité »[168]. Il doit abandonner sa famille pour satisfaire son ambition[169].
Mary Shelley croit en l’idée des Lumières que l’homme peut améliorer la société à travers l’exercice responsable du pouvoir politique, mais elle craint que l’exercice irresponsable du pouvoir ne mène au chaos[171]. En pratique, son œuvre critique largement la manière dont les penseurs du 18ème siècle, comme ses parents, croyaient pouvoir amener ces changements. Par exemple, la créature de Frankenstein lit des livres de pensées radicales mais la connaissance qu’il en tire est finalement inutile[172] . Le travail de Shelley la montre moins optimiste que Godwin ou Wollstonecraft, elle n’a pas foi dans la théorie de Godwin qui postule que l’humanité peut être améliorée[173].
Kari Lokke, spécialiste de littérature, écrit que The Last Man, plus que Frankenstein, « dans son refus de placer l’humanité au centre de l’univers, son questionnement sur notre position privilégiée par rapport à la nature […] constitue un tragique et prophétique défi pour l’humanité »[174]. Plus spécifiquement, les allusions de Mary Shelley, à ce que les radicaux considèrent comme une révolution ratée en France et les réponses à la Godwin, Wollstonecraft ou Burke à celle-ci, challenge « la foi des Lumières dans le progrès inévitable à travers l’effort commun »[175]. Comme dans Frankenstein, Shelley « offre un commentaire profondément désenchanté sur l’âge de la révolution, qui se termine par un rejet total des idées progressistes de sa propre génération »[176]. Elle rejette non seulement les idées politiques des Lumières mais également la notion romantique que l’imagination poétique ou littéraire pourrait offrir une alternative[177].
[modifier] Opinions politiques
Jusqu’à très récemment, les critiques citaient Lodore et Falkner comme la preuve du conservatisme croissant de Mary Shelley. En 1984, Mary Poovey identifie le transfert du réformisme politique de Mary Shelley vers la sphère domestique[178]. Elle suggère que Mary Shelley écrivit Falkner afin de résoudre sa réponse conflictuelle à la combinaison paternelle d’un radicalisme libertaire et d’une bienséance sociale rigoureuse[179]. Mellor partage cette opinion, arguant que « Mary Shelley base son idéologie politique alternative sur une métaphore de la famille paisible, aimante et bourgeoise. Elle souscrit ainsi implicitement à une vision conservatrice de la réforme de l’évolution progressive »[180] . Cette vision permet aux femmes de participer à la sphère publique mais hérite des inégalités inhérentes à la famille bourgeoise[181].
Toutefois, ces dernières années, cette vision a été contestée. Bennett, par exemple, montre que le travail de Mary Shelley est un engagement constant dans l’idéalisme romantique et dans les réformes politiques[182] et l’étude de Jane Blumberg des premiers romans de Shelley soutient qu’il n’est pas possible de simplement diviser sa carrière en une partie radicale et une partie conservatrice. Elle soutient que « Mary Shelley n’a jamais été une radicale passionnée comme son mari et son train de vie, plus tard, n’est pas un tournant brusque ni une trahison. En fait, dans son premier ouvrage, elle contestait les influences politiques et littéraires de son entourage[183]. A travers cette analyse, les premières œuvres de Shelley sont interprétées comme un défi au radicalisme de Godwin et Percy Bysshe Shelley. Le « rejet inconsidéré de la famille » de Victor Frankenstein est considéré comme la preuve de la préoccupation constante de Mary Shelley pour la famille[184].
[modifier] Nouvelles
Durant les années 1820 et 1830, Mary Shelley écrit fréquemment des nouvelles pour des almanachs. Entre autres, elle écrit seize nouvelles pour The Keepsake, destiné aux femmes de la classe moyenne, relié en soie et doré sur tranche.[186]. Dans ce genre, le travail de Mary Shelley est décrit comme celui d’un « écrivain médiocre, verbeux et pédant »[187]. Cependant, la critique Charlotte Sussman note que d’autres grands écrivains, comme les poètes romantiques William Wordsworth et Samuel Taylor Coleridge, ont tiré avantage de ce marché profitable. Elle explique que « les almanachs étaient une type de production littéraire majeur dans les années 1820 et 1830 », The Keepsake rencontrant le plus grand succès[188].
Beaucoup d’histoires écrites par Shelley se passent dans des lieux ou à des époques bien éloignées du début du 19ème siècle, comme la Grèce ou le règne d’Henri IV. Shelley s’intéresse tout particulièrement à « la fragilité de l’identité individuelle » et décrit souvent « la façon dont le rôle d’une personne dans le monde peut être modifié de manière cataclysmique par des bouleversements émotionnels internes ou par quelque évènement surnaturel qui reflète une scission interne »[189]. Dans ses histoires, l’identité de la femme est liée à sa valeur sur le marché du mariage alors que celle de l’homme peut être améliorée et transformée par l’argent[190]. Même si Marie Shelley a écrit vingt et une nouvelles entre les années 1823 et 1839, elle s’est toujours perçue comme une romancière avant tout. Elle écrit à Leigh Hunt, « j’écris de mauvais article ce qui me rend misérable – mais je vais me plonger dans un roman et j’espère que ses eaux claires nettoieront la boue de ces magazines »[191].
[modifier] Récits de voyages
Lors de leur fuite en France à l’été 1814, Mary Godwin et Percy Shelley commencent un journal commun[192]. Ce journal plus quatre lettres basées sur leur visite de Genève en 1816 ainsi que le poème de Percy Shelley Mont Blanc sont publiés en 1817 sous le titre d ’Histoire d’un circuit de six semaines. Cette œuvre célèbre l’amour de jeunesse, l’idéalisme politique et suit l’exemple de Mary Wollstonecraft et d'autres, qui ont associé voyage et écriture[193]. Plus qu’un récit de voyage conventionnel, le livre est philosophique et réformiste ; il aborde, en particulier, les effets de la politique et de la guerre en France[194]. Les lettres qu’écrit le couple durant leur deuxième voyage considèrent les « grands et extraordinaires évènements » de la défaite finale de Napoléon à Waterloo après son retour des « Cent jours » en 1815. Ils explorent également le sublime lac de Genève et le Mont Blanc ainsi que l’héritage révolutionnaire du philosophe et romancier Jean-Jacques Rousseau[195].
Le dernier livre de Mary Shelley, écrit sous forme de lettres et publié en 1844, est Errances en Allemagne et en Italie en 1840, 1842 et 1843, qui relate ses voyages avec son fils Percy Florence et ses camarades d’université. Dans cet ouvrage, elle suit la tradition des Lettres écrites en Suède, Norvège et Danemark de Mary Wollstonecraft et de son propre Histoire d’un circuit de six semaines en cartographiant son paysage personnel et politique à travers un discours de sensibilité et d'amitiés[196]. Pour Mary Shelley, nouer des liens d’amitié entre les personnes est le moyen de construire la société civile et d’augmenter le savoir : « la connaissance, pour éclairer et libérer l’esprit des préjugés – un plus large cercle d'amitiés avec nos semblables – tel est l’utilité du voyage »[197].
Entre l’observation des paysages, de la culture et « des personnes, plus spécifiquement du point de vue politique »[198], elle utilise le carnet de voyage pour explorer son rôle de veuve et de mère et pour réfléchir sur le nationalisme révolutionnaire en Italie[199][N 16]. Elle note également son « pèlerinage » en des lieux associés à Percy Shelley[200]. Selon la critique Clarissa Orr, l’adoption par Mary Shelley d’une personnification de la maternité philosophique donne à Errances l’unité d’un poème en prose, avec « la mort et la mémoire comme thèmes centraux »[201]. En même temps, Shelley fait le procès de la monarchie, des différences de classes, de l’esclavage et de la guerre[202].
[modifier] Biographies
Entre 1832 et 1839, Mary Shelley écrit de nombreuses biographies d’hommes renommés italiens, espagnols, portugais et français et de quelques femmes pour les Vies des plus éminents auteurs et scientifiques de Dionysius Lardner. Elles formeront une partie du Cabinet Cyclopaedia de Lardner, une des meilleures séries de la sorte publiée durant les années 1820 et 1830 en réponse à la demande croissante de la classe moyenne pour l’auto-éducation[203]. Jusqu’à la republication de ces essais en 2002, leur importance dans l’ensemble de son œuvre n’était pas reconnue[204][N 17]. D’après Greg Kucich, expert en littérature, ils révèlent les « extraordinaires recherches de Mary Shelley à travers plusieurs siècles et plusieurs langues », son don pour la narration biographique et son intérêt pour « la forme émergente du féminisme historiographique »[205]. Shelley écrit dans un style biographique popularisé par Samuel Johnson, critique au XVIIIe siècle, dans son Vies des poètes (1779-81), combinant sources secondaires, mémoire et anecdote, et évaluation de l’auteur[206]. Elle note les détails de la vie et du caractère de chaque écrivain, cite leurs écrits sous forme originale ou traduite et termine avec une évaluation critique de leurs réalisations[207].
Pour Mary Shelley, la narration biographique est supposée, et ce sont ses propres mots, « former comme si c’était une école dans laquelle étudier la philosophie de l’histoire »[208] et enseigner des « leçons ». Le plus souvent, ces leçons consistent en une critique des institutions à domination masculine, telle que le droit d’aînesse[209]. Shelley souligne l’intériorité, la romance, la famille, les sympathies et la compassion dans la vie de ses sujets. Sa certitude que de telles forces peuvent améliorer la société relie son approche biographique avec celles d’autres historiennes féministes comme Mary Hays et Anna Jameson[210]. Contrairement à ses romans, dont la plupart fut imprimé à quelques centaines d’exemplaires, chaque volume des Vies fut imprimé à 4 000 exemplaires faisant, selon Kucich, « de son usage de la biographie comme outil de transmission de l’agenda social de l’historiographie féminine, l’une de ses plus influente interventions politiques »[211].
[modifier] Travaux d’édition
- « Les qualités qui frappaient toute personne nouvellement présentée à Shelley, étaient, tout d’abord, la douce et chaleureuse bonté qui animait ses rapports humains d’une chaude affection et d’une prévenante gentillesse. C’était ensuite l’empressement et l’ardeur avec laquelle il était attaché à la cause du bonheur humain et à son amélioration. »
- Mary Shelley, « Preface », Œuvres poétiques de Percy Bysshe Shelley[212].
Peu après la mort de Percy Shelley, Mary se décide à écrire sa biographie. Dans une lettre du 17 novembre 1822, elle annonce : « Je vais écrire sa vie – et m’occuper ainsi de la seule manière propre à en tirer consolation »[213]. Cependant, son beau-père, Sir Timothy Shelley, lui interdit, avec succès, de le faire[214][N 18]. Marie commence la promotion de la réputation poétique de Percy en 1824, avec la publication de Poèmes Posthumes. En 1839, tout en travaillant sur Lives, elle prépare une nouvelle édition de sa poésie, qui deviendra, selon les propres mots de la spécialiste littéraire Susan J. Wolfson, « l’évènement de canonisation » dans l’histoire de la renommée de son époux[215]. L’année suivante, Mary Shelley publie un volume de lettres, essais, traduction et extraits de son époux et durant les années 1830, elle présente sa poésie à un public plus large en publiant des œuvres choisies dans la publication annuelle The Keepsake[216].
Elle réussit à esquiver l’interdiction de Sir Timothy en incluant dans ces éditions ses propres annotations et réflexions sur le travail et la vie de son mari[217]. Elle déclare en 1824 : « Je dois justifier ses choix. Je dois le faire aimer par la postérité »[218]. C’est cet objectif, argumente Blumberg, qui la pousse à présenter au public le travail de Percy Shelley « de la manière la plus populaire possible »[219]. Pour adapter son travail à un publique victorien, elle présente Percy Shelley comme un poète lyrique et non comme un poète politique[220]. Comme l’écrit Mary Favret : « Percy désincarné personnifie la poésie elle-même »[221]. Mary maquille le radicalisme politique de Percy en une forme de sentimentalisme, argumentant que son républicanisme provient d’une empathie avec ceux qui souffre[222]. Elle insère des anecdotes romantiques de sa bienveillance, de son attachement à la vie de famille et de son amour de la nature[223]. Se décrivant comme la « muse pratique » de Percy, elle fait également remarquer qu’elle lui suggérait des améliorations quand il écrivait[224].
Malgré les émotions provoquées par cette tâche, Mary Shelley prouve sans aucun doute qu’elle est un éditeur professionnel et érudit[225]. Travaillant à partir des carnets de note désordonnés et parfois illisibles de Percy, elle essaie de classer des écrits par ordre chronologique et elle inclut des poèmes comme Epipsychidion, destiné à Emilia Viviani, qu’elle aurait préféré laisser de côté[226]. Cependant, elle fut obligée de faire plusieurs compromis et, comme le fait remarquer Blumberg, « les critiques modernes ont trouvé des fautes dans les éditions et affirment qu’elle a mal recopié, mal interprété, volontairement occulté et tenté de montrer le poète comme quelqu’un qu’il n’était pas »[227]. D’après Wolfson, Donald Reiman, un éditeur moderne des travaux de Percy Bysshe Shelley, se réfère encore aux éditions de Mary Shelley, même s’il reconnaît que son style appartient « à une époque où l’objectif de l’édition n’était pas d’établir des textes précis et critiques, mais de présenter un exposé complet de la carrière de l’écrivain pour le lecteur moyen »[228]. En principe, Mary croit dans la publication de chacun des mots de l’œuvre de son mari[229], mais elle doit supprimer certains passages, soit sous la pression de son éditeur, Edward Moxon, soit par respect pour les convenances[230]. Pour la première édition, elle supprime par exemple le passage athée de Queen Mab. Après qu’elle les ait réintroduits dans la deuxième édition, Moxon est poursuivi et condamné pour diffamation blasphématoire, mais il échappera au châtiment[231]. Les omissions de Mary Shelley provoquent des critiques, souvent des invectives, de la part des anciens proches de Percy Shelley[232], et les critiques l’accusent, entre autres, d’inclusions malvenues[233]. Ses notes restent cependant une source essentielle pour l’étude des travaux de Percy Shelley. Comme l’explique Bennett, « biographes et critiques s’accordent à penser que l’engagement de Mary Shelley à fournir à l’œuvre de Shelley la visibilité qu’elle pense qu’il mérite est la seule et principale force qui a établit la renommée de Shelley durant une période où il aurait certainement disparu de la vue du publique »[234].
[modifier] Notoriété
De son vivant, Mary Shelley est prise au sérieux en tant qu’écrivain, même si souvent les critiques ignorent le côté politisé de ses écrits. Après sa mort, on se souvient d’elle principalement en tant qu’épouse de Percy Bysshe Shelley et comme l’auteur de Frankenstein[235]. L’éditeur Frederick Jones écrit même, dans l’introduction du recueil de lettres publié en 1945 : « un recueil de cette taille n’est pas justifié par la qualité des lettres de Mary Shelley ou par son importance en tant qu’écrivain. C’est comme épouse de Percy Bysshe Shelley qu’elle attise notre intérêt »[236]. Cette attitude perdure en 1980 quand Betty T. Bennett publie le premier volume du texte intégral des lettres de Mary Shelley. Elle explique: « le fait est que, jusqu’il y a quelques années, les chercheurs n’ont considéré Mary Wollstonecraft Shelley que comme un produit : la fille de William Godwin et Mary Wollstonecraft qui devint le pygmalion de Shelley »[237]. Il faut attendre Mary Shelley : Romance et Réalité d’Emily Sunstein en 1989 pour qu’une biographie universitaire lui soit entièrement consacrée[238].
Les tentatives du fils et de la belle-fille de Mary Shelley de rendre sa mémoire plus « Victorienne » en censurant des documents biographiques contribuèrent à créer une image plus conventionnelle et moins réformiste que son travail ne le suggère. Cette impression est renforcée par ses propres timides omissions des travaux de Percy Shelley et sa fuite devant la controverse publique durant ses dernières années. Les critiques Hogg, Trelawny et d’autres admirateurs de Percy Shelley ont aussi eu tendance à minimiser le radicalisme de Mary Shelley. Dans Souvenirs de Shelley, Byron et de l’Auteur (1878), rend hommage à Percy Shelley au détriment de Mary, mettant en doute son intelligence et sa paternité de Frankenstein[239]. Lady Shelley, épouse de Percy Florence, répondit partiellement à cette attaque en publiant à compte d’auteur une collection de lettres dont elle avait hérité : Shelley et Mary en 1882[240].
Depuis la première adaptation au théâtre de Frankenstein, en 1823, aux adaptations cinématographiques du vingtième siècle, telle que la première version de 1910 ou les versions plus célèbres du Frankenstein de James Wales en 1931, le jeune Frankenstein de Mel Brooks en 1974 et le Frankenstein de Mary Shelley de Kenneth Brannagh en 1994, une grande partie du public rencontre Mary Shelley pour la première fois à travers une adaptation[241]. Durant le dix neuvième siècle, Mary Shelley est perçue au mieux, comme l’auteur d’un seul roman, plutôt que comme l’écrivain professionnel qu’elle était. Un grande partie de ses travaux est restée épuisée jusqu’aux trente dernières années, empêchant une vue plus globale de son œuvre[242]. Au cours des dernières décennies, la republication de presque l’intégralité de ses écrits a stimulé une nouvelle reconnaissance de sa valeur. Son habitude de lire et étudier intensément, révélé dans son journal et ses lettres et reflété dans ses travaux, est ainsi mieux appréciée[243]. On reconnait également sa perception d’elle-même en tant qu’auteur. Après la mort de Percy, elle écrit sur ses ambitions d’auteur : « Je pense que je peux me maintenir ainsi, et il y a quelque chose de stimulant dans cette idée »[244]. Les chercheurs considèrent à présent Mary Shelley comme une figure romantique majeure, importante tant pour son œuvre littéraire que pour sa voix politique de femme et de libérale[240].
[modifier] Sélection d'ouvrages
- Romans
- Frankenstein ou le Prométhée moderne, 1818
- Valperga, ou, La vie et les aventures de Castruccio Castracani, prince de Lucques, 1823
- Le Dernier Homme, 1823
- The Fortunes of Perkin Warbeck, A Romance, 1830
- Lodore, 1835
- Falkner, A Novel, 1837
- Mathilda, 1819
- Récits de voyages
- Histoire d’un circuit de six semaines à travers une partie de la France, de l'Allemagne et de la Hollande, avec des lettres décrivant un tour sur le lac de Genève et des glaciers de Chamonix, 1817
- Errances en Allemagne et en Italie en 1840, 1842 et 1843, 1844
- Histoires pour enfants
- Proserpine et Midas, 1820
- Maurice ou le cabanon du pêcheur, 1820
- Nouvelles
- Une histoire de passions, 1822
- L'Endeuillée et autres récits, 1829
- La Jeune Fille invisible, 1832
- The Mortal Immortal: A Tale, 1833
- Édition
- Poèmes posthumes de Percy Bysshe Shelley, 1824
- Œuvres poétiques de Percy Bysshe Shelley, 1839
[modifier] Annexes
[modifier] Notes
- ↑ Le premier prénom de Claire est « Jane », mais elle préfère se faire appeler « Claire » (son deuxième prénom est « Clara »), et c'est avec ce prénom qu'elle est restée dans l'histoire. Pour éviter toute confusion, cet article l'appellera « Claire »
- ↑ Dans sa biographie des Godwin et des Shelley, William St Clair remarque « qu'il est facile en lisant ces crises (de la vie des Godwin et des Shelley) d'oublier que les références des documents encore existants peuvent ne pas être représentatifs. Il est aisé pour le biographe de donner trop de poids aux opinions des personnes qui les ont écrits ». (246)
- ↑ Journal 6 décembre - « Me sens vraiment mal. Shelley et Clary sont partis, comme d'habitude, dans des tas d'endroits... Une lettre de Hookman pour nous dire qu'Harriet avait accouché d'un garçon, d'un héritier. Shelley écrit de nombreuses lettres sur cet événement, qui devrait être annoncé par le son des cloches, etc. puisque c'est le fils de sa « femme ». » (Cité dans Muriel Spark 1987, p. 39)
- ↑ Sunstein suppose que Mary Shelley et Jefferson Hogg ont fait l'amour en avril 1815(Emily W Sunstein 1991, p. 98–99)
- ↑ On sait à présent que les violents orages étaient une conséquence de l'éruption volcanique du Mont Tombora en Indonésie l'année précédente (Emily W Sunstein 1991, p. 118). Voir aussi L'année sans été.
- ↑ Seymour fait valoir cependant que des preuves extraites du journal de Polidori sont en contradiction avec ce que dit Mary Shelley sur le moment où lui vint cette idée (157).
- ↑ Alba fut renommée « Allegra » en 1818. (Miranda Seymour 2000, p. 177)
- ↑ Les Shelleys vivent à Livourne, Bagni di Lucca, Venise, Este, Naples, Rome, Florence, Pise, Bagni di Pisa et San Terenzo.
- ↑ Clara meurt de dysenterie à l'âge d'un an, et William de malaria à trois ans et demi. (Miranda Seymour 2000, p. 214,231)
- ↑ Les Williams ne sont pas vraiment mariés; Jane est encore la femme d'un officier de l'armée nommé John.
- ↑ Elise était employée par Lord Byron comme nourrice pour Allegra. Mary Shelley écrit dans une lettre qu'Elise était enceinte de Paolo, raison pour laquelle ils se sont mariés, mais elle ne dit pas si elle a eu un enfant à Naples. Elise semble n'avoir rencontré Paolo pour la première fois en septembre. Voir la lettre de Mary Shelley à Isabella Hoppner, le 10 août 1821, Lettres choisies, 75–79.
- ↑ « Établir la filiation d'Elena Adélaïde est une de plus grandes difficultés laissée par Shelley à ses biographes »(James Bieri 2005, p. 106)
- ↑ Dods, qui a une petite fille, porte le nom de Walter Sholto Douglas et est accepté en France en tant qu'homme.
- ↑ Beauclerk épouse Ida Goring en 1838 puis, après sa mort, l'amie de Mary Shelley Rosa Robinson en 1841. On ne possède pas de matériel suffisant pour avoir une idée claire de la relation entre Mary et Beauclerck.(Miranda Seymour 2000, p. 425–26)
- ↑ Selon Bieri, Medwin affirmait avoir des preuves concernant Naples. Medwin est à l'origine de la théorie selon laquelle l'enfant enregistré par Percy Shelley à Naples était le sien et celui d'une mystérieuse femme. Voir aussi « Journal » 249–50 n3.
- ↑ Mary Shelley donnera les 60£ touchés pour Errances au révolutionnaire exilé Ferdinand Gatteschi dont elle incluera l'essai sur les rebelles Carbonari dans son livre. (Orr, "Mary Shelley's Rambles ")
- ↑ Cependant, « l'attribution précise de tous les essais biographiques » de ces volumes « est très difficile », selon Kucich.
- ↑ Sir Timothy Shelley conditionna le paiement de la pension de Percy Florence à son interdiction de publier le nom de Shelley
[modifier] Références
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 28-29; William St Clair 1989, p. 176–78
- ↑ William St Clair 1989, p. 179–188; Miranda Seymour 2000, p. 31-34; Clemit, « Legacies of Godwin and Wollstonecraft » (CC), 27–28.
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 38,49; William St Clair 1989, p. 255–300
- ↑ William St Clair 1989, p. 199–207
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 47-49; William St Clair 1989, p. 238–54
- ↑ William St Clair 1989, p. 243–44, 334; Miranda Seymour 2000, p. 48
- ↑ Letter to Percy Shelley, 28 October 1814. Selected Letters, 3; William St Clair 1989, p. 295; Miranda Seymour 2000, p. 61
- ↑ William St Clair 1989, p. 283–87
- ↑ William St Clair 1989, p. 306
- ↑ William St Clair 1989, p. 308–9
- ↑ Betty T. Bennett 1998, p. 16–17
- ↑ Emily W Sunstein 1991, p. 38–40; Miranda Seymour 2000, p. 53; see also Clemit, « Legacies of Godwin and Wollstonecraft » (CC), 29.
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 61
- ↑ Emily W Sunstein 1991, p. 58; Muriel Spark 1987, p. 15
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 74-75
- ↑ Quoted in Miranda Seymour 2000, p. 72
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 71-74
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 17–18; Miranda Seymour 2000, p. 73-86
- ↑ Cité in Muriel Spark 1987, p. 17
- ↑ Betty T. Bennett 1998, p. 17; William St Clair 1989, p. 357; Miranda Seymour 2000, p. 89
- ↑ Emily W Sunstein 1991, p. 70–75; Miranda Seymour 2000, p. 88; William St Clair 1989, p. 329–35
- ↑ William St Clair 1989, p. 355
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 19–22; William St Clair 1989, p. 358.
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 94,100; Muriel Spark 1987, p. 22–23; William St Clair 1989, p. 355
- ↑ Lettres à Maria Gisborne, 30 octobre–17 novembre, 1824. Miranda Seymour 2000, p. 49
- ↑ William St Clair 1989, p. 373; Miranda Seymour 2000, p. 89,94-96; Muriel Spark 1987, p. 23n2.
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 24; Miranda Seymour 2000, p. 98-99
- ↑ Cité dans Emily W Sunstein 1991, p. 84
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 26–30
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 30; Miranda Seymour 2000, p. 109,113
- ↑ Betty T. Bennett 1998, p. 20; William St Clair 1989, p. 373; Emily W Sunstein 1991, p. 88–89; Miranda Seymour 2000, p. 115-116
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 31–32
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 36–37; William St Clair 1989, p. 374.
- ↑ Emily W Sunstein 1991, p. 91–92; Miranda Seymour 2000, p. 122-123
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 38–44
- ↑ William St Clair 1989, p. 375
- ↑ Emily W Sunstein 1991, p. 94–97; Miranda Seymour 2000, p. 127
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 41–46; Miranda Seymour 2000, p. 126-127; Emily W Sunstein 1991, p. 98–99
- ↑ Quoted in Muriel Spark 1987, p. 45
- ↑ William St Clair 1989, p. 375; Muriel Spark 1987, p. 45, 48
- ↑ Emily W Sunstein 1991, p. 93–94, 101; Miranda Seymour 2000, p. 127-128,130
- ↑ Emily W Sunstein 1991, p. 101–103
- ↑ Robert Gittings, Jo Manton 1992, p. 28–31.
- Emily W Sunstein 1991, p. 117.
- ↑ Robert Gittings, Jo Manton 1992, p. 31; Miranda Seymour 2000, p. 152. Parfois épelé « Chappuis »; Wolfson, Introduction àFrankenstein, 273.
- ↑ Emily W Sunstein 1991, p. 118
- ↑ Preface de l'édition de 1831 de Frankenstein; Emily W Sunstein 1991, p. 118.
- ↑ Richard Holmes 2003, p. 328; see also Mary Shelley’s introduction to the 1831 edition of Frankenstein.
- ↑ Cité par Muriel Spark 1987, p. 157, dans l'introduction de Mary Shelley de l'édition de 1831 de Frankenstein.
- ↑ Betty T. Bennett 1998, p. 30–31; Emily W Sunstein 1991, p. 124.
- ↑ Emily W Sunstein 1991, p. 124–25; Miranda Seymour 2000, p. 165
- ↑ William St Clair 1989, p. 413; Miranda Seymour 2000, p. 175
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- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 185; Emily W Sunstein 1991, p. 136–37.
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- ↑ Muriel Spark 1987, p. 60–62; William St Clair 1989, p. 443; Emily W Sunstein 1991, p. 143–49; Miranda Seymour 2000, p. 191-192
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- ↑ Robert Gittings, Jo Manton 1992, p. 39–42; Muriel Spark 1987, p. 62–63; Miranda Seymour 2000, p. 205-206
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- ↑ Quoted in Miranda Seymour 2000, p. 233
- ↑ Betty T. Bennett 1998, p. 47, 53
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 72
- Emily W Sunstein 1991, p. 384–85.
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- ↑ Robert Gittings, Jo Manton 1992, p. 46; Miranda Seymour 2000, p. 221-222.
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 73; Miranda Seymour 2000, p. 224; Richard Holmes 2003, p. 469–70.
- ↑ Journal, 249–50 n3; Miranda Seymour 2000, p. 221; Richard Holmes 2003, p. 460–74; James Bieri 2005, p. 103–12.
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 221; Muriel Spark 1987, p. 86; lettre à Isabella Hoppner, le 10 août 1821, Lettres choisies, 75–79.
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 221
- ↑ Richard Holmes 2003, p. 466; James Bieri 2005, p. 105.
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 79; Miranda Seymour 2000, p. 292
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 301; Richard Holmes 2003, p. 717; Emily W Sunstein 1991, p. 216.
- ↑ Robert Gittings, Jo Manton 1992, p. 71.
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- ↑ Robert Gittings, Jo Manton 1992, p. 71; Richard Holmes 2003, p. 715.
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 283-284,298
- ↑ Richard Holmes 2003, p. 728.
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 298
- Lettre à Maria Gisborne, 15 août 1815, Lettres choisies, 99.
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 302-307
- ↑ Shelley, Valperga, 376–78.
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 100–104
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 102–3; Miranda Seymour 2000, p. 321–22
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 106–7; Miranda Seymour 2000, p. 336–37; Betty T. Bennett 1998, p. 65
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 362
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 108
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 116, 119
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 341, 363–65
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 111
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 111–13; Miranda Seymour 2000, p. 370–71
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 543
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 117–19
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 384–85
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 389–90
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 404, 433–35, 438
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 406
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 450, 455
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 453
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 465
- ↑ Voir Bennett, Introduction à Lettres choisies et lettre de Mary Shelley du 24 mai 1828. 198–99.
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 122
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 401–2, 467–68
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 133–34; Miranda Seymour 2000, p. 425–26; Bennett, Introduction à lettres choisies
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 124; Miranda Seymour 2000, p. 424
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 127; Miranda Seymour 2000, p. 429, 500–501
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 489
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 138
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 495
- ↑ Emily W Sunstein 1991, p. 383–84.
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 140; Miranda Seymour et 2000 506–7
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 141–42; Miranda Seymour 2000, p. 508–10
- ↑ Miranda Seymour 2000, p. 515–16; James Bieri 2005, p. 112.
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 143; Miranda Seymour 2000, p. 528
- ↑ Muriel Spark 1987, p. 144; Bennett, Introduction àlettres choisies, xxvii.
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- ↑ Cité dans Wolfson, Introduction àFrankenstein, xvii.
- ↑ Anne K Mellor 1990, p. 184.
- ↑ Voir Nitchie, Introduction àMathilda, et Anne K Mellor 1990, p. 143.
- ↑ Betty T. Bennett 1998, p. 74; Lokke, "Le dernier homme" (CC), 119.
- ↑ Cité dans Pamela Clemit 1993, p. 190.
- ↑ Pamela Clemit 1993, p. 191.
- ↑ Voir, par exemple, Pamela Clemit 1993, p. 190–92; Clemit, "From The Fields of Fancy to Matilda", 64–75; Jane Blumberg 1993, p. 84–85.
- ↑ Pamela Clemit 1993, p. 140–41, 176; Clemit, "Héritages de Godwin et de Wollstonecraft" (CC), 31.
- ↑ Pamela Clemit 1993, p. 143–44; Jane Blumberg 1993, p. 38–40.
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- ↑ Pamela Clemit 1993, p. 187.
- ↑ Pamela Clemit 1993, p. 187, 196.
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- ↑ Esther Schor, Diane Long Hoeveler 2003; Anne K Mellor 1990, p. 46-47
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- ↑ Esther Schor, Susan J. Wolfson 2003, p. 193
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- ↑ Esther Schor, Susan J. Wolfson 2003, p. 194; Fraistat, "Shelley Left and Right", Shelley's Prose and Poetry, 647, Favret, "Sympathy and Irony" (OMS), 18, 29.
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[modifier] Bibliographie
[modifier] Sources primaires
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[modifier] Sources secondaires
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[modifier] Articles connexes
[modifier] Liens externes
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- (en) My Hideous Progeny: Mary Shelley's Frankenstein sur home-1.worldonline.nl. Consulté le 18 décembre 2009
- (fr) Mary Shelley en lecture numérique sur livropolis. Consulté le 18 décembre 2009
- (fr) Marc Nadaux, « Mary Shelley » sur 19e.org. Consulté le 18 décembre 2009
