Vassili Joukovski

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Vassili Joukovski

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Vassili Joukovski, par Karl Brioullov (1837)

Activités écrivain
Naissance
Michenskoïe, actuel oblast de Toula
Décès (à 69 ans)
Baden-Baden, en Allemagne
Langue d'écriture russe
Mouvement Romantisme

Vassili Andreïevitch Joukovski (en russe : Василий Андреевич Жуковский ; ISO 9 : Vasilij Andreevič Žukovskij), né le à Michenskoïe (actuel oblast de Toula), mort le à Baden-Baden en Allemagne, fut un poète, critique et académicien russe. Il est considéré comme l'importateur du romantisme dans la poésie russe, influençant des écrivains comme Lermontov et Pouchkine.

Origines[modifier | modifier le code]

Seul fils survivant, mais adultérin, d'Athanase Ivanovitch Bounine (Bélievsky) (17161791), issu d'une ancienne famille noble des régions de Toula, Kalouga et Orel, de lointaine origine polonaise, et d'une domestique serve[1], Élisabeth Dementievna Tourtchaninova[2], née (?) esclave turque sous le nom de Saliha (+ 1811).

On ne sait rien de la jeunesse ni des origines[3] de la mère du poète, fors qu'elle fut capturée par les Russes avec sa sœur Fatima († 1771) lors de la première prise de la forteresse de Bendery, où elle était, avec sa sœur, esclave attachée au harem du gouverneur turc de la ville. Les deux filles (elles avaient alors respectivement 16 et 11 ans) furent attribuées comme prise de guerre à un major allemand, lequel, en affaire avec le père de Joukowsky à Kalouga, les remit en 1770 en règlement de ses dettes à Athanase Ivanovitch Bounine qui les fit baptiser et les affecta au service de son épouse, Marie Grigorievna (née Bezobrazova).

Fasciné par la beauté orientale[4] d'Élisabeth, Bounine n'hésita pas à quitter le foyer familial[5] pour s'installer dans la maison d'en face, avec sa nouvelle conquête. C'est dans ce contexte familial, assez surprenant et qui fit scandale à l'époque, que naquit le futur fondateur du romantisme russe.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Né bâtard, Vassili fut adopté, comme c'était la règle à l'époque[6], par un protégé de son père, un noble désargenté du nom d'André Grigoriévitch Joukowsky[7], qui, moyennant finances, lui donna son nom, sans pouvoir, aux termes de la loi, lui transmettre sa qualité. Le jeune garçon fut rapidement séparé de sa mère naturelle et élevé par Marie Grigorievna Bounine comme son fils[8].

La situation particulière de Vassili Andréïévitch, seul fils du noble Bounine, quoique né bâtard, émut finalement les autorités qui tolérèrent l'inscription en 1785 du jeune roturier en tant qu'enseigne au 8e régiment de hussards d'Astrakhan, grade qui lui conférait la noblesse viagère, qualité qui lui permit d'être enregistré dans la noblesse de la province de Toula et, en conséquence, de poursuivre des études au lycée et à l'université.

Inscrit au Lycée de Toula, il en est finalement renvoyé à cause de ses échecs scolaires, et mis en pension chez sa demi-sœur et marraine[9] Barbara Afanassieva, épouse Youchkoff, où il est éduqué avec les enfants de sa sœur, recevant un enseignement de haut niveau, dispensé notamment par l'écrivain et ami de la famille, Théophilacte Gavrilovitch Paprowsky.

C'est dans ce contexte familial - son beau-frère Pierre Nicolaïévitch Youchkoff se piquait de littérature, et soutenait financièrement avec sa femme le théâtre de Toula, dont les acteurs répétaient souvent à la maison - que le jeune Vassili assista à de nombreuses répétitions et décida de devenir écrivain (1794).

Admis en 1797 à la Pension pour gentilshommes de l'Université de Moscou, il y reçut l'influence de mouvements romantiques étrangers, notamment du Sturm und Drang allemand, mais surtout de Nikolaï Karamzine, introducteur du sentimentalisme en Russie et directeur de la revue Le Messager Européen, où Joukovski publie sa première œuvre en 1802, une traduction libre d'Elegy Written in a Country Churchyard de Thomas Gray qui propagea définitivement le style sentimentaliste en Russie et fut de ce fait le point de départ du romantisme russe. Il s'y lia durablement avec le futur homme d'état et critique littéraire Dmitri Vassiliévitch Dachkoff (1784-1839) et le futur écrivain Alexandre Ivanovitch Tourguénieff (1784-1846).

En 1808, il prend la tête de la revue sur la demande de Karamzine (très occupé par la rédaction des 12 volumes de l'Histoire de l'État russe) et continue à répandre le romantisme mystique dans tout le pays. En 1815, il créa le Cercle Arzamas ayant pour but la promotion du style romantique européen en Russie, dans la foulée de Karamzine. Ce club avait d'ailleurs pour membre un certain adolescent nommé Alexandre Pouchkine qui devint l'ami turbulent de Joukowsky ; bien des choses les rapprochaient, ne serait-ce que des origines similaires, peu communes en Russie. Cette amitié resta indéfectible jusqu'à la mort de Pouchkine.

Œuvres majeures[modifier | modifier le code]

Joukovski est considéré comme le poète russe de référence pendant la décennie 1810-1820, avant l'avènement de Pouchkine. En 1812, lors de l'invasion de Napoléon, il se fit connaître par ses chants patriotiques écrits au front, notamment Un Barde dans le camp des Guerriers russes. Il composa aussi les paroles de l'hymne de la Russie impériale, « Que Dieu sauve le Tsar » inspiré de ses influences anglo-saxonnes.

En 1820, au moment de la parution de sa première œuvre majeure Rouslan et Ludmila, Pouchkine reçut l'adoubement de Joukovski qui lui offrit un portrait dédicacé comme suit : « Au disciple victorieux, de la part du tuteur vaincu ». Il continua néanmoins à traduire des ballades anglaises et allemandes, comme Lenore de Gottfried August Bürger à laquelle il procura un mètre nouveau, l'hexamètre dactylique. Il fut aussi un grand amateur de Schiller et s'essaya à quelques adaptations de ses ballades et un drame, Jungfrau von Orleans, basée sur la vie de Jeanne d'Arc. L'herméneutique russe eut donc pour précurseur Joukovski, qui par ce biais influença notamment Dostoïevski par l'étude approfondies des sentiments et de la psychologie des personnages des œuvres qu'il adaptait.

En 1826, il devint le tuteur du tsarévitch Alexandre et il toucha à la politique en défendant des mouvements comme celui des décembristes. En 1833, il rédige les paroles du chant Molitva rousskikh (La Prière des Russes) qui devient ensuite l'hymne russe.

À la mort de Pouchkine, en 1837, il fut le publicateur de ses œuvres inachevées et les sauva de la censure. Il contribua à l'ascension du jeune Nicolas Gogol dans les années 1840, instaurant définitivement ce qui fut appelé le « romantisme russe ».

Il voyagea ensuite à travers toute l'Europe, comme le fit Karamzine en son temps. Correspondant avec les héritiers du Sturm und Drang, dont Goethe, il continua à adapter librement des œuvres et fut le précurseur du ballet russe lorsqu'il utilisa un hexamètre original dans la traduction d'Undine de Friedrich de La Motte-Fouqué.

Il mourut à l'âge de 69 ans en Allemagne et fut enterré à la Nécropole des artistes, un des carrés du cimetière attenant à la Laure Saint-Alexandre-Nevski de Saint-Pétersbourg.

Une partie des fonds de sa bibliothèque se trouve aujourd'hui à la bibliothèque de l'université de Tomsk.

Traductions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Elle ne sera affranchie qu'en 1786, trois ans après la naissance du poète; néanmoins, la loi russe d'alors rendait l'affranchissement rétroactif.
  2. Littéralement, « descendante d'un Turc ».
  3. Rien ne laisse penser qu'elle ait été d'origine servile.
  4. Le poète avait hérité du teint mat et des cheveux sombres de sa mère.
  5. Il avait déjà eu onze enfants, dont quatre avaient survécu...
  6. Cf art. 93 du Code civil russe.
  7. Vivant totalement aux crochets du père du poète, il se révéla ensuite un excellent père d'adoption ; il fut son premier maître (d'école), lui enseignant les rudiments des mathématiques et la langue russe.
  8. Il semble que la vraie raison de l'« inconduite » apparente de Bounine était l'impossibilité d'obtenir un fils viable de son épouse légitime ; en effet, leur seul fils Ivan Afanassiévitch (1762-1781) était mort peu avant la conception du futur poète…
  9. Son père était décédé en mars 1791. Homme d'honneur, il avait réparti ses biens entre ses quatre filles légitimes, sans rien laisser à son bâtard, mais en le recommandant à sa femme. Et Vassili Andréïévitch/Afanassiévitch était si apprécié par sa belle-mère et ses demi-sœurs que celles-ci se cotisèrent pour lui remettre une partie conséquente de l'héritage paternel.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Sources[modifier | modifier le code]

L'écrivain Henri Troyat a retracé dans son roman Le chant des insensés, paru en 1993, la destinée de ce poète déchiré entre sa proximité avec le pouvoir impérial et ses amitiés pour les écrivains russes libéraux de l'époque.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]