Le Charivari

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Le Charivari
Image illustrative de l'article Le Charivari

Pays Drapeau de la France France
Langue Français
Périodicité Quotidien
Genre Presse satirique
Date de fondation 1832
Date du dernier numéro 1937
Ville d’édition Paris

Le Charivari est un journal illustré satirique français, qui parut de 1832 à 1937.En 1936, le charivari participa comme les autres périodiques d'extrême-droite, à la campagne de calomnies à l'encontre de Roger Salengro, alors Ministre de l'Intérieur du Front Populaire. Roger Salengro était accusé à tort d'avoir déserté en 1916 et la campagne calomnieuse menée à son encontre le fragilisa et le conduisit au suicide en novembre 1936. Le Charivari disparut en 1937.

Historique[modifier | modifier le code]

Charles Philipon caricature Louis-Philippe en poire.

Fondé en 1832, sous le règne de Louis-Philippe, par le journaliste républicain Charles Philipon, il devient rapidement un moyen de communication de l’opposition, dans le même mouvement railleur que l’hebdomadaire La Caricature créé en 1830. Il ridiculise avec entrain la monarchie de Juillet et la bourgeoisie et fut souvent condamné par les tribunaux.

Les lois de septembre 1835, faisant suite aux grèves et aux émeutes de 1833 et 1834, condamneront plusieurs journaux dont La Gazette, La Quotidienne, La Tribune, Le Réformateur et Le Charivari, qui est astreint à un cautionnement de 100 000 francs et doit soumettre ses dessins à l’examen de la censure. Armand Dutacq, directeur-fondateur du journal Le Siècle, rachète Le Droit et Le Charivari. Ces lois entraînent de lourdes peines d’emprisonnement et de fortes amendes pour les gérants des journaux, ainsi Massy subit-il les conséquences de ces lois, alors que la direction du journal revient à Agénor Altaroche, qui fait appel à Eugène Guinot, H. Lucas, Albéric Second, Alphonse Esquiros, Émile de La Bédollière, et les poètes Hegesippe Moreau et L.-A. Berthaud. En 1838 de nouvelles modifications sont apportées à la direction du journal, Altaroche reste rédacteur en chef et s’adjoint comme collaborateurs Albert Cler, Taxile Delord, Clément Caraguel, Laurent-Jan, F. Pyat, Philibert Audebrand et Moléri.

Sous le règne de Louis-Philippe le Charivari soutiendra 20 procès, en août 1847 le gouvernement de Guizot saisit plusieurs journaux, avec parmi eux Le Charivari, La Réforme et La Gazette de France. La loi du 2 juillet 1861 abroge le 1er paragraphe de l’article 32 du décret du 17 février 1852, qui supprimait tout journal ayant eu dans un délai de deux ans deux condamnations ou contraventions, tandis que le senatus-consulte du 18 juillet 1866 interdit toute remise en cause de la constitution ainsi que la publication de pétitions ayant pour objet sa modification. En mai, Le Charivari comme bien d’autres journaux est averti, subissant ainsi les sanctions du gouvernement : l’Empereur ne voulant entendre parler d’une possible liberté de la presse.

Tirage[modifier | modifier le code]

En 1846, le tirage moyen du Charivari est de 2 740 exemplaires, contre les 32 885 du journal le Siècle, et son nombre présumé d’abonnés en province est de 1 985, tandis que le Siècle en compte 21 500. En juillet 1858, le Charivari tire à 2 090, et en août 1861, il se place dans la majorité d’opposition aux côtés de l’Opinion nationale, de la Presse, de la Revue nationale et de le Siècle, avec 2 250 exemplaires sur un total de 91292 pour l’opposition progressiste, alors que la presse officielle impérialiste tire à 52 832 exemplaires. Son tirage, loin d’égaler celui du Siècle, ne dépasse pas les 3000 exemplaires, en 1866, il est de 2875 exemplaires, en fait donc un quotidien mineur dans le paysage de la presse parisienne.

Collaborateurs[modifier | modifier le code]

Clément Caraguel par Disdéri

Les auteurs Taxile Delord, Old Nick; Agenor Altaroche, Albert Cler, Louis A. Berthaud, Louis Huart, Clément Caraguel, qui passera aux Débats, y écrivent sous la direction de Louis Desnoyers, alors le rédacteur en chef, ainsi que vers la fin du Second Empire, Henry Maret, Philibert Audebrand et Charles Bataille. Mais dans l’optique du journal, les caricaturistes tels que Valère Morland, Gaspard-Félix Tournachon dit « Nadar », célèbre photographe qui y fut aussi caricaturiste, Grandville, avec ses animaux anthropomorphes, Eugène Forest, Charles Vernier, Gustave Doré, Alexandre-Gabriel Decamps, Achille Devéria, André Gill, Alfred Le Petit, Alfred Grévin, Henri Monnier, Pruche, Travies, Maurice Loutreuil, Louis Touchagues, Henri Maigrot dit Henriot, Jules Renard dit Draner, Trimolet, Paul Gavarni, qui caricature la vie parisienne, Cham, qui railla, entre autres, les impressionnistes, et Honoré Daumier, qui y représente son personnage de Robert Macaire, font la part belle aux journalistes. Cham et Daumier, qualifiés de « Michel-Ange de la caricature » par Théodore de Banville dans La Revue de Paris en octobre 1851 ; néanmoins, la présence d’Amédée de Noé, fils du marquis de Noé, dit Cham, aristocrate paraissait insolite, Daumier dans ce journal d’extrême-gauche. En 1858, le changement de format du quotidien amène de nouveaux journalistes et illustrateurs à y collaborer, tels Pierre Veron, Henri Rochefort, Albert Wolff, Louis Leroy, Louis Adrien Huart, G. Naquet, P. Gigard, J. Denizet, Zabban, Pilotell, ainsi que quatre caricaturistes issus du Journal amusant, Vernier, Darjou, Paul Hadol et Pelcoq.

Ligne politique[modifier | modifier le code]

Page couverture du Charivari du 27 février 1834 annonçant le verdict (en forme de poire) d'un procès contre lui

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Le journal Le Charivari apparaît à première vue comme un journal républicain dans la même veine que Le Siècle, donc un journal politique ; or de par sa présentation, largement illustrée et son ton léger, il s’apparente plus à la presse à vocation purement distractive. Les débuts du journal sont marqués par le raillant du fondateur Philippon qui s’estompe avec le changement entraîné par le rachat du journal par Dutacq. Le 24 février 1848, le Charivari s’engage dans une nouvelle voie d’attaque contre les révolutionnaires, les chefs de club, et tournant en dérision les excentricités de l’époque, dans un dessein « Conservateur, mais sincèrement libéral ». L’élection de Louis-Napoléon Bonaparte met un frein, pendant un court moment, au mordant du journal, qui reparait sous la rédaction nouvelle de Louis Huart, Delord, Caraguel et Arnaud Fremy ; le Second Empire marqua une période moins politique pour le journal, dans une veine plus distractive. À la fin du Second Empire, le Charivari s’illustre dans ses positions anticléricales et républicaines, dirigé par Henry Haret, Leroy, Philibert Audebrand, Charles Bataille, avec comme principaux caricaturistes Cham, Daumier, Darjour, Paul Hadol et Valère Morland. Veron s’attaquera à Haussmann dans le Charivari du 18 juillet 1867, comparant son projet de translation des cimetières parisiens à une « expropriation de la mort », et le 14 octobre 1869 le journal publie une caricature de Stop représentant des ecclésiastiques armés de fouets menaçants afin de dénoncer les sévices perpétrés par les Frères de la Doctrine Chrétienne à Lyon. Léon Bienvenu, journaliste au Charivari, definira le concile du Vatican comme une « Réunion de hauts ecclésiastiques convoqués en toutes les parties du monde par le pape pour essayer de remettre en vigueur quelques vieilles rengaines bien vermoulues ». Ainsi, la fin du Second Empire marque un tournant dans la ligne d’édition du Charivari qui délaisse la presse anodine et distrayante, pour une ligne plus politique marquée par la caricature de Daumier du 12 octobre 1868 qui représente la rentrée au pensionnat international, où la Paix attend les élèves et ne voit revenir que l’Allemand et l’Italien : « C’est drôle, dit-elle, je ne vois pas revenir la petite Confiance. »

La postérité[modifier | modifier le code]

Pendant l’occupation de Paris par les Allemands en 1870, certains journaux tels que Le Charivari, La Gazette de France, Le Mot d’ordre et La Mercuriale des Halles et Marchés cessent de paraître en raison de leur patriotisme. Et lors de la Commune de Paris, le Charivari s’illustre dans le mouvement de réprobation du Comité central, ainsi l’ensemble de la presse condamne les élections que le Comité central organise et enjoint ses lecteurs à obéir aux décrets de l’Assemblée Nationale. Bien que le journal perdît lentement son audience, il survécut jusqu’en 1937. Il apporta à Jean Sennep sa renommée de caricaturiste, et le journal anglais Punch prit pour sous-titre « The London Charivari ».

Le journal reparut dans les années 50 sous la direction de Noel Jacquemart. Le dessin y tint une grande place, notamment avec le caricaturiste Pinatel qui y publia, entre autres, trois numéros spéciaux en forme d'album.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude Bellanger, Jacques Godechot, Pierre Guiral et Fernand Terrou, Histoire générale de la presse française, Paris, Presses universitaires de France, 1972.
  • Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, Paris, Administration du Grand Dictionnaire universel, 1900.

Liens externes[modifier | modifier le code]