Les Poètes maudits

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Première édition de 1884.

Les Poètes maudits est un ouvrage de Paul Verlaine qui fut publié une première fois en 1884 et une seconde fois, dans une version augmentée, en 1888.

Ouvrage[modifier | modifier le code]

Le poète y rend hommage au Parnasse français « décadent » qui marqua la fin du Second Empire et les débuts de la Troisième République.

Dans la première édition, parue en 1884, trois poètes font l'objet de longues notices : Tristan Corbière, Arthur Rimbaud et Stéphane Mallarmé.
Dans la seconde édition, parue en 1888, trois autres poètes s'ajoutent à la sélection précédente : Marceline Desbordes-Valmore, Villiers de l'Isle-Adam et Pauvre Lelian (anagramme de Paul Verlaine).
Les commentaires éclairés de Paul Verlaine, qui fréquentait personnellement ces auteurs, se ponctuent d'anecdotes de première main.

La notion romantique de malédiction du poète apparaît déjà en 1832 dans l'ouvrage d'Alfred de Vigny, Stello qui expose le problème des rapports entre poètes et société, anticipant la pièce Chatterton[1]: « (...) du jour où il sut lire il fut Poète, et dès lors il appartint à la race toujours maudite par les puissances de la terre... ». Figure tragique poussée à l'extrême, versant à l'occasion dans la démence, l'image du poète maudit constitue, en quelque sorte, le sommet indépassable de la pensée romantique. Elle domine une conception de la poésie caractéristique de la seconde moitié du XIXe siècle.

L'expression « poète maudit » ayant fait florès (la notoriété d'Arthur Rimbaud et la « rimbaldite » n'y étant pas pour rien), elle peut aujourd'hui qualifier d'autres auteurs que les amis de Verlaine[2]. Elle désigne en général un poète qui, incompris dès sa jeunesse, rejette les valeurs de la société, se conduit de manière provocante, dangereuse, asociale ou autodestructrice (en particulier avec la consommation d'alcool et de drogues), rédige des textes d'une lecture difficile et, en général, meurt avant que son génie ne soit reconnu à sa juste valeur[3]. Ont ainsi pu recevoir ce qualificatif Verlaine lui-même, mais aussi des auteurs comme François Villon, Thomas Chatterton, Aloysius Bertrand, Gérard de Nerval, Charles Baudelaire, Lautréamont, Petrus Borel, Charles Cros, Germain Nouveau, Léon Deubel, Émile Nelligan, Antonin Artaud, Olivier Larronde, James Douglas Morrison ou Serge Gainsbourg.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alfred de Vigny, Consultations du Docteur Noir : Stello ou les Diables bleus, texte consultable sur le site de Gallica
  2. Pierre Seghers, Poètes maudits d'aujourd'hui: 1946-1970, éd. Seghers, Paris, 1973
  3. Myriam Bendhif-Syllas, Une histoire de l’écrivain maudit, in Acta Fabula, vol. 6, no 2, 2005 article en ligne

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Etiemble, Le mythe de Rimbaud, éd. Gallimard, Paris, 1952 - La figure du poète maudit renforcée par les mythes autour d'Arthur Rimbaud.
  • Pierre Seghers, Poètes maudits d'aujourd'hui: 1946-1970, éd. Seghers, Paris, 1972
  • Diana Festa-McCormick, « The Myth of the Poètes Maudits », in v (dir.), Pre-text/Text/Context : Essays on Nineteenth-Century French Literature, éd. Ohio State University Press, 1980, p. 199-215
  • Jean-Luc Steinmetz, « Du poète malheureux au poète maudit (réflexion sur la constitution d’un mythe) », in Œuvres & Critiques, vol. VII, no 1, 1982, p. 75-86
  • Anthologie des poètes maudits du XXe siècle, éd. Belfond, Paris, 1985
  • Pascal Brissette, La Malédiction littéraire. Du poète crotté au génie malheureux, éd. Presses de l'Université de Montréal, coll. « Socius », Montréal, 2005
  • Till R. Kuhnle, « Portrait du poète en voyou, maudit, crapaud… Aspects d’une poétique de la modernité », in Cahiers Benjamin Fondane, no 9, 2006, 59-72
  • Pascal Brissette, « Poète malheureux, poète maudit, malédiction littéraire. Hypothèses de recherche sur les origines d’un mythe », in Contextes, mai 2008, article en ligne

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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