Orientalisme

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L'orientalisme est un courant littéraire et artistique occidental du XIXe siècle.

Il existe cependant un orientalisme humaniste et classique qui remonte à la fin du Moyen Âge et au début de la Renaissance, lorsque les explorations commencèrent, avec par exemple Marco Polo, et qui atteint son apogée avec les turqueries et le goût oriental du XVIIIe siècle baroque puis rococo. Ce goût oriental hérite aussi du contact de l'époque des Croisades avec le monde islamique. Cet article traite donc plutôt de l'orientalisme à partir du XIXe siècle. C'est un mouvement qui marque l'intérêt de cette époque pour les cultures d'Afrique du Nord, turque et arabe, et toutes les régions dominées par l'Empire ottoman, jusqu'au Caucase. Inspiré par le Moyen-Orient, l'art orientaliste ne correspond en France à aucun style particulier et rassemble des artistes aux œuvres et aux personnalités aussi différentes et opposées qu'Ingres, Eugène Delacroix, Alexandre-Gabriel Decamps, Horace Vernet, Théodore Chassériau, Jean-Léon Gérôme, Eugène Fromentin, Félix Ziem, Alexandre Roubtzoff, jusqu'à Auguste Renoir (avec son Odalisque de 1884) ou même Matisse et Picasso au tout début du XXe siècle. C'est donc plutôt un thème vaste qui parcourt les différents mouvements picturaux de cette période.


Cet attrait pour l'ailleurs, la recherche de l'exotisme, influença donc la société. Les salons de la bourgeoisie et de la noblesse donnèrent réceptions et bals costumés sur le modèle fantastique et coloré des cours d'Orient. Certains personnages fortunés prirent la pose, pour faire leur portrait, revêtus des habits soyeux seyants à un émir.

L'« orientalisme moderne », en peinture, est le prolongement de l'orientalisme dit classique, et prend sa source vers les années 1905/1910 avec la création de la villa Abd-el-Tif, et de son prix dès 1907. Il trouve son plein épanouissement après la Première Guerre mondiale pour se prolonger jusqu'en 1960. Outre cette école, des peintres contemporains des années 1910-1970 ont brillamment repris et continué le motif orientaliste, paysages, nature, scènes de genre, tels Henri Pontoy (1888-1968), Jacques Majorelle (1886-1962), Paul Elie Dubois (1886-1949), Edy Legrand (1892-1970) jusque Gustave Hervigo (1896-1993). Après le démantèlement de l'Empire français et l'indépendance de l'Algérie, il n'y a plus à proprement parler d'École orientaliste, mais des peintres d'inspiration orientaliste, tels que les Français Jean-François Arrigoni-Neri (né en 1937), Roman Lazarev, (né en 1938), ou Patrice Laurioz né en 1959, et l'Algérien Hocine Ziani (né en 1953) tout comme les Marocains Ahmed Balili (né en 1955) ou Abdelkrim Belamine (né en 1964). L'orientalisme du XXIe siècle « appartient » désormais à ses inspirateurs, artistes en majorité originaires du Maghreb et plus précisément du Maroc.

Quelques thèmes[modifier | modifier le code]

La Mort de Sardanapale par Eugène Delacroix, Musée du Louvre, Paris

Le harem fantasmé[modifier | modifier le code]

À cette époque, la représentation picturale de la nudité est choquante si elle n’est pas justifiée. Or, le harem se veut être l'expression d'un ailleurs inconnu. Les mœurs y sont différentes et certaines pratiques tolérées (telles que l'esclavage, la polygamie, le bain public, etc.). Cette tolérance entraîne en Europe un phénomène de fascination/répulsion pour le harem (ou sérail), lieu de despotisme (sexuel) par excellence du sultan. En effet, le harem, si éloigné des mœurs et de la culture européennes de l'époque fait l'objet de nombreuses interrogations, mais aussi de nombreux fantasmes. Les harems rêvés/fantasmés/imaginés sont souvent peuplés d'odalisques lascivement alanguies, offertes, dans les vapeurs du bain... un thème très prisé notamment par Jean-Léon Gérôme.

Le rêve d'ailleurs, l'Orient exotique[modifier | modifier le code]

La plupart de ces peintures nous dépeignent un orient entre réalité et imaginaire. Tous les artistes ayant, à cette époque, représenté l'Orient n'ont pas obligatoirement voyagé dans les pays du Moyen-Orient. Cependant, la majorité des peintres dits orientalistes tels que Delacroix et d'autres ont entrepris de longs voyages dans les pays du Maghreb pour en rapporter de nombreux carnets de croquis. Croquis dont ils se servirent pour la composition de leurs peintures une fois revenus au pays.

Cependant, Étienne Dinet abandonne le registre de ses premiers thèmes, en particulier le nu, pour se consacrer à explorer la condition humaine des Bédouins. Sa peinture traduit à la fois l'âme de son modèle et les couleurs locales vibrant sous la lumière saharienne. Il en résulte une œuvre esthétique et humaine.

Le désert[modifier | modifier le code]

Celui du Sahara a été largement représenté par les orientalistes français, à tel point que Théophile Gautier affirme en 1859 qu'il y'a « autant de parasols que de paysagistes qu'autrefois, dans la forêt de Fontainebleau »[1] . Il sert de décor à des scènes historiques, à la représentation de longues caravanes (Pèlerins allant à la Mecque, Léon Belly[2], ou en est le motif principal (comme dans Le Sahara de Gustave Guillaumet[3]. La représentation des tempêtes de sable en fait un motif dramatique(Ludwig Hans Fischer, Bédouins dans une tempête de sable, vers 1891 ou Jean-François Portaels, Le simoun, 1847[4])

Les conséquences de la chaleur dans le désert ont été dépeintes par Eugène Fromentin vers 1869 dans Au pays de la soif[5],[6].

Liste d'artistes orientalistes[modifier | modifier le code]

Peinture[modifier | modifier le code]

Par ordre alphabétique


Article détaillé : Peinture orientaliste.

Littérature[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Collectif, L'orientalisme en Europe de Delacroix à Kandinsky, Hazan, 2010, 312 p. (ISBN 9782754105064)
  • Urs App, The Birth of Orientalism. Philadelphia: University of Pennsylvania Press, 2010 (ISBN 978-0-8122-4261-4)
  • Irini Apostolou, L'Orientalisme des voyageurs français au XVIIIe siècle. Une iconographie de l'Orient méditerranéen, Paris, PUPS, coll. « Imago mundi », 2009
  • Martin Bernal, Black Athena. Les racines afro-asiatiques de la civilisation classique, Paris, PUF, 1996, 612 p.
  • Thomas Brisson, « La Critique arabe de l’orientalisme en France et aux États-Unis », Revue d'anthropologie des connaissances (2007-), vol. 2, n° 3, p. 505 à 521
  • La Danse de l'âme, choix de textes issus du Journal asiatique sur les poètes persans et arabes vus par les orientalistes du XIXe siècle, éditions InTexte, Toulouse, 2006 (ISBN 2-9514986-7-5).
  • Karimi, Kian-Harald, Au temps où ils taillaient leurs idoles – Die Wiederkehr des Gleichen im spätantiken Pastiche von Anatole Frances Thaïs. Ds: Michael Bernsen (Ed.): Orientalismus in der französischen Literatur des XIX. Jahrhunderts. Tübingen (Niemeyer) 2006, p. 223-253 (exemples pour la fonction de l'orientalisme).
  • Rémi Labrusse, Islamophilies. L'Europe moderne et les arts de l'Islam, Musée des Beaux Arts de Lyon / Somogy, éditions d'art, Paris 2011. 400 pages (ISBN 978-2-7572-0438-2) Exposition Lyon 2011.
  • Régis Poulet, L'Orient : généalogie d'une illusion, Presses universitaires du Septentrion, 2002, 754 p. (ISBN 2-284-03387-3)
  • Edward W. Saïd, L'Orientalisme. L'Orient créé par l'Occident, éditions du Seuil, collection « La Couleur des idées », 1978 (ISBN 2-02-079293-1)
  • Pierre Singaravélou, L'École française d'Extrême-Orient ou l'institution des marges. Essai d'histoire sociale et politique de la science coloniale (1898-1956), Paris, L'Harmattan, 1999, 282 p.
  • Olivier Weber, Le Grand Festin de l’Orient, Robert Laffont, 2004

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. cité par Pinchon P, Le désert, l'épreuve de l'immensité, Dossier de l'art n° 185, mai 2011, p37-41
  2. Notice de Pélerins allant à la Mecque de Léon Belly, Musée d'Orsay
  3. Notice du Sahara, Gustave Guillaumet, Musée d'Orsay
  4. FRANCOIS .2.137&SearchT1=&Index1=Index18&SearchMethod=Find_1&ItemNr=2 Notice du Simoun de Jean-François Portaels, Musées Royaux des beaux-arts de Belgique
  5. Notice d'Au pays de la soif, d'Eugène Fromentin, Musée d'Orsay
  6. Pierre Pinchon, Arrêt sur une œuvre, « L'orientalisme, de Delacroix à Matisse », Dossier de l'Art, no 185, Catalogue de l'exposition du Centre de La Vieille Charité de Marseille, Marseille, 2011