Ossian

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Le Rêve d’Ossian, par Ingres, 1813
Ossian, par le baron Gérard.
Peinture d'Anne-Louis Girodet de Roucy où Ossian reçoit les Héros français morts pour la patrie, 1805.

Ossian (ou Oisín, signifiant « petit faon » en irlandais), barde écossais du IIIe siècle, fils de Fingal et Sadhbh, serait l’auteur d’une série de poèmes dits « gaéliques » traduits et publiés en anglais entre 1760 et 1763 par le poète James Macpherson, qui eurent un énorme retentissement dans toute l'Europe. Il s'agit en fait d'une supercherie littéraire de Macpherson, qui s'est inspiré de textes anciens et folkloriques.

Débat sur l’authenticité[modifier | modifier le code]

Les poèmes, dont le plus connu est Fingal (1762), furent publiés entre 1760 et 1765. Le débat concernant leur authenticité démarra rapidement en Angleterre qui veut placer les sources de sa nation dans le monde gréco-romain et non chez les celtes. Charles O'Conor, rejete la totalité en relevant des erreurs techniques dans la chronologie et la formation des noms gaeliques. Macpherson n'a pas été en mesure de justifier ces "erreurs".Samuel Johnson, qui par ailleurs n’était pas impressionné par la qualité des poèmes, après plusieurs enquêtes locales, affirme [1] que Macpherson a trouvé des fragments d'anciens poèmes et histoires de diverses sources irlandaises, galloises et anglaises [2]. Il pense que Macpherson a organisé le tout ensuite dans une romance de sa propre composition. Hugh Blair, par contre, affirma dans A Critical Dissertation on the Poems of Ossian (1763) l'opinion qu’il s’agissait bien de la traduction de sources en écossais.Ceci eut pour conséquence qu'en outre du débat de la véracité de la traduction s'y ajouta un débat de plus entre ceux qui soutenaient qu'ils appartenaient à la culture écossaise, alors que d'autres proposaient l'Irlande comme origine, Fingal étant un héros de cette région.

Au XXe siècle, des recherches entreprises par Derick Thomson (1952) confirmèrent que des originaux de plusieurs poèmes gaéliques se rattachant au cycle ossianique avaient été retrouvés chez Macpherson après sa mort. Le poète les aurait adaptés, parfois en suivant l’original de très près, parfois en prenant beaucoup de libertés, comme il était courant au XVIIIe siècle[3]. Il est donc permis de penser que Macpherson a certainement inventé une partie de sa matière, mais pas l’intégralité.

Influence[modifier | modifier le code]

Les poèmes d’Ossian eurent rapidement une grande audience. C'était, par exemple, une des lectures favorites de Napoléon comme des "Barbus", groupe de jeune artistes français issus de l'atelier de David qui cherchaient une alternative au néo-classicisme[4]. Une véritable « celtomanie » s'empara de nombreux milieux littéraires, couvrant aussi bien les langues et cultures que les monuments mégalithiques, lesquels n'ont pourtant de commun avec les Celtes que d'être situés sur les lieux d'implantation de certaines de leurs tribus.

Encensés comme un genre de littérature nord-européenne soutenant la comparaison avec l’œuvre d’Homère, ils stimulèrent l’intérêt pour l’histoire ancienne et la mythologie celtique, non seulement au Royaume-Uni, mais également en France, en Allemagne et jusqu’en Hongrie. Ils sont à l'origine de l'ossianisme, mouvement poétique pré-romantique qui prend tout son sens dans le contexte de « l’éveil des nationalités » : les guerres napoléoniennes ont pour conséquence chez les nations vaincues une volonté d’affirmer leur indépendance culturelle et de rechercher leurs racines populaires le plus loin possible. L'ossianisme forge des épopées nationales qui trouvent leur apogée dans le nationalisme romantique[5].

Ainsi, sans les Poèmes d'Ossian, Wagner n'aurait sans doute jamais écrit sa Tétralogie. Walter Scott s’en inspira, J.W. von Goethe inséra une traduction partielle en allemand dans une scène des Souffrances du jeune Werther [6]. Johann Gottfried Herder écrivit Extrait d’une correspondance sur Ossian et les chants des peuples anciens au début du mouvement Sturm und Drang. En Hongrie, de nombreux écrivains furent influencés par les poèmes, dont Baróti Szabó, Mihály Csokonai, Sándor Kisfaludy, Ferenc Kazinczy, Ferenc Kölcsey, Ferenc Toldy et Ágost Greguss. János Arany, père de László, composa Homère et Ossian[7]. Les poèmes exercèrent aussi une influence sur la musique romantique. Franz Schubert, en particulier, en transforma plusieurs en lieders. En France, Baour-Lormian traduisit McPherson, Jean-François Lesueur composa un opéra Ossian ou Les Bardes créé en 1804. Chateaubriand et Musset, entre autres, y trouvèrent une inspiration lorsqu'ils introduisirent le modèle du poème en prose en français.


L'historien français Ernest Renan imagina la conversation entre Ossian et Saint Patrick[8] :

« Ossian regrette les aventures, les chasses, le son du cor et les vieux rois. "S'ils étaient là, dit-il à saint Patrice, tu ne parcourrais par les campagnes avec ton troupeau psalmodiant." Patrice cherche à le calmer par de douces paroles, et quelquefois pousse la condescendance jusqu'à écouter ses longues histoires, qui paraissent médiocrement l'intéresser. "Voilà mon récit, dit le vieux barde en terminant ; quoique ma mémoire s'affaiblisse et que le souci ronge mon être, je veux continuer à chanter les actions du passé et à vivre de l'ancienne gloire. Maintenant je suis vieux ; ma vie se glace et toutes mes joies disparaissent. Ma main ne peut plus tenir l'épée, ni mon bras manier la lance. Parmi les clercs se prolonge ma triste dernière heure, et ce sont des psaumes qui tiennent maintenant la place des chants de victoire." "Laisse là ces chants, dit Patrice, et n'ose plus comparer ton Finn au Roi des rois, dont la puissance est sans bornes ; courbe devant lui les genoux, et reconnais-le pour ton maître." Il fallut céder, en effet, et la légende veut que le vieux barde ait fini sa vie dans le cloître, parmi les clercs qu'il avait tant de fois rudoyés, au milieu de ces chants qu'il ne connaissait pas. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Un Voyage aux Îles occidentales d'Écosse (1775)
  2. Lord Auchinleck's Fingal
  3. Ce siècle est encore l'époque des "belles infidèles", comme on peut s'en convaincre en comparant le texte anglais de Macpherson à sa traduction par Diderot
  4. Gilles Soubigou, "Ossian et les Barbus : primitivisme et retirement du monde sous le Directoire", Renoncer à l'art. Figures du romantisme et des années 1970 (sous la direction de Julie Ramos), Paris, Roven, 2014, p. 85-105.
  5. Paul-Désiré Van Tieghem, Ossian et l'ossianisme dans la littérature européenne au XVIIIe siècle, Groningen, 1920
  6. Beresford Ellis, Peter: "A Dictionary of Irish Mythology", page 159. Constable, London, 1987. ISBN 0-09-467540-6
  7. Elek Oszkár. "Ossian-kultusz Magyarországon," Egyetemes Philologiai Közlöny, LVII (1933), 66-76.
  8. (fr) Ernest Renan - Essais de morale et de critique, Calmann Lévy, 1859.

Sources[modifier | modifier le code]

  • George F. Black, Macpherson's Ossian and the Ossianic Controversy, New York, (1926).
  • Patrick MacGregor, M.A., The Genuine Remains of Ossian, Literally Translated, Highland Society of London, 1841.
  • Derick Thomson, The Gaelic Sources of Macpherson's "Ossian" (1952).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • James Macpherson, Œuvres complètes d'Ossian. Barde écossais du IIIe siècle, Transatlantiques (18 septembre 2002) (ISBN 2922941337) (ISBN 978-2922941333)
  • James Macpherson The Poems of Ossian and Related Works, Howard Gaskill, introduction de Fiona Stafford, Edinburgh Univ. Press, 1996.
  • Howard Gaskill (dir.), The Reception of Ossian in Europe, Londres, Continuum, 2004.
  • Saskia Hanselaar, Ossian ou l'Esthétique des Ombres : une génération d'artistes français à la veille du Romantisme (1793-1833), thèse de doctorat, dir. S. Le Men, Université de Paris Ouest Nanterre la Défense, 2008.
  • Saskia Hanselaar, « Un résultat contrasté : les éditions françaises illustrées d’Ossian de la Révolution à la Monarchie de Juillet », Cahiers d’Histoire de l’Art, 2009, numéro 7, p. 61-71.
  • Saskia Hanselaar, « Un dessin d’Auguste Couder au musée des Beaux-arts de Nancy à réattribuer à Augustin Vafflard », Cahiers d’Histoire de l’Art, 2010, n°8, p. 136-137.
  • Saskia Hanselaar, « Ossian à l’origine de la figure du Gaulois dans la peinture française autour de 1800 », dans Ludivine Péchoux (dir.), Les Gaulois et leurs Représentations, Paris, Éditions Errance, 2011, ch.III, pp.51-68.
  • Saskia Hanselaar,« La Mort de Malvina du musée Auguste Grasset à Varzy : une œuvre de jeunesse réattribuée à Ary Scheffer », La Revue des musées de France - Revue du Louvre, LXIe année, octobre 2011, n°4, p. 87-96.
  • Saskia Hanselaar, « De la diffusion à la transformation de l’image par la littérature et la gravure ossianiques : le « cas » Balzac », collectif sous la direction de Nathalie Preiss et de Michel Lichtlé, l’Année Balzacienne – Balzac et les Arts en Regard, Cinquantenaire de la revue, 2011/1, n°12, Paris, PUF, p. 21-43.
  • Saskia Hanselaar, « Le Songe d’Ossian : une représentation du sommeil autour de 1800 », collectif sous la direction de Véronique Dalmasso, Façons d’Endormis, le sommeil entre inspiration et création, Paris, Editions le Manuscrit, 2012, p. 95-109.
  • Gilles Soubigou, Ossian dans la peinture et les arts graphiques en France (1777-1827). Un mythe littéraire entre illustration et interprétation, Mémoire de maîtrise sous la dir. d'Eric Darragon, Université Paris I Panthéon-Sorbonne, 2001.
  • Gilles Soubigou, "Ossian et les Barbus : primitivisme et retirement du monde sous le Directoire", Renoncer à l'art. Figures du romantisme et des années 1970 (sous la direction de Julie Ramos), Paris, Roven, 2014, p. 85-105.
  • Paul van Tieghem, Ossian en France, Paris, 1917, 2 tomes.
  • Paul van Tieghem, Ossian et l'ossianisme dans la littérature européenne au XVIIIe siècle, Paris, Wolters, 1920.

Liens externes[modifier | modifier le code]