Théophile Alexandre Steinlen

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Steinlen dans son atelier, photographie de l'agence de presse Meurisse (1913), Bibliothèque nationale de France.

Théophile-Alexandre Steinlen, né à Lausanne le 20 novembre 1859 et mort à Paris le 14 décembre 1923, est un artiste anarchiste[1],[2], peintre, graveur, illustrateur, affichiste et sculpteur suisse, naturalisé français en 1901.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Il est le fils de Samuel Steinlen, un employé des Postes de Lausanne. Originaire d'Allemagne, la famille Steinlen avait été admise à la bourgeoisie de Vevey en 1831. Le père de Samuel, Théophile-Christian (Gottlieb) (1779-1847), enseignait le dessin à Vevey, et l'un de ses frères, Marius Steinlen (1826-1866), était peintre, élève de Charles Gleyre.

Théophile-Alexandre Steinlen étudie la théologie à l'Université de Lausanne pendant deux années, puis, en 1879, se tourne vers l'art, suivant une formation au dessin d'ornement industriel à Mulhouse, chez Schoenhaupt[3], avant de s'installer à Paris avec sa femme Émilie en 1881.

Hommage[modifier | modifier le code]

Un monument lui est dédié dans le square Constantin-Pecqueur (18e arrondissement de Paris), qui fut aménagé en cette occasion en 1935 en hommage à l’artiste, ce monument en pierre est dû au sculpteur Paul Vannier[4],[5].

Un artiste montmartrois[modifier | modifier le code]

Logeant depuis 1883 sur la butte Montmartre, Steinlen fait rapidement connaissance avec les personnalités artistiques qui y gravitent. Il entre en relation avec Adolphe Willette, avec lequel il fréquente à partir de 1884 le Chat noir, le cabaret tenu par Rodolphe Salis, devenant notamment l'ami d'Henri de Toulouse-Lautrec. Il y connaît naturellement Aristide Bruant. Il expose initialement au Salon des indépendants, en 1893, puis, régulièrement, au Salon des humoristes.

Adversaire de l’injustice, compatissant envers les déshérités, qui alors ne manquaient pas à Montmartre, il dépeint des scènes de la rue, des usines, de la mine, mettant en scène les malheureux de toute espèce, mendiants, ouvriers dans la misère, gamins dépenaillés et prostituées. Ces personnages semblent plus souvent écrasés par leur triste condition que révoltés. Il est par ailleurs le spécialiste des chats, qu’il dessine sans se lasser, dans toute leur fantaisie, joueurs, endormis ou en colère. Il dessine aussi des nus féminins.

Steinlein pratique de préférence le dessin et le pastel pour dépeindre la vie quotidienne de la rue et ses petits métiers. Le réalisme de ses dessins a inspiré certaines œuvres de Jean Peské, ou les débuts de Pablo Picasso. Il développe également un œuvre gravé, reprenant les mêmes thèmes que ses dessins, ou en y mêlant la politique, comme dans les lithographies par lesquelles il illustre les malheurs de la Belgique et de la Serbie en 1914-1918. Mais ce sont surtout ses affiches qui, comme celle de la Tournée du Chat noir, sont à l’origine de sa popularité. Il pratique aussi la sculpture sur le thème ses chats (Chat angora assis). Il illustre également des ouvrages littéraires et collabore à divers journaux humoristiques tels que Gil Bas illustré, Les Humoristes, qu’il fonde en 1911 avec Jean-Louis Forain et Charles Léandre, l'Assiette au Beurre et Le Rire.

Steinlen est inhumé au cimetière Saint-Vincent à Paris.

Engagements libertaires[modifier | modifier le code]

Théophile Alexandre Steinlen, gravure de Pieter Dupont, 1901.

En 1897, il devient le principal illustrateur de La feuille de Zo d’Axa et s'engage durant l’Affaire Dreyfus en dénonçant les machinations militaires et les mensonges de l’état-major, renvoyant dos à dos la justice et l'armée[6].

La même année, il se lie d’amitié avec Jean Grave et, quand ce dernier lance Les Temps Nouveaux en 1902, il est parmi les illustrateurs comme Maximilien Luce, Jules Grandjouan, Félix Vallotton, Paul Signac et Camille Pissarro. Il fournit également en soutien des estampes pour des tombolas ou pour des ventes au profit des Temps Nouveaux auxquels il participe jusqu’à la Première Guerre mondiale et à la reprise jusqu’en 1920. Il fait des portraits de Jean Grave (gouache et estampe), illustre de nombreux livres et brochures liés au mouvement anarchiste ainsi que Guerre et militarisme de Jean Grave (1909), L’État, son rôle historique de Pierre Kropotkine, La Question sociale de Sébastien Faure ou encore Évolution et Révolution d’Élisée Reclus. Entre 1901 et 1912, il dessine dans l’Assiette au beurre où il dénonce les iniquités sociales et affirme ses aspirations et sa démarche libertaires[6].

En 1902, il milite pour la constitution d’un syndicat des artistes peintres et dessinateurs dont il prononce le discours d’adhésion à la Confédération générale du travail en juillet 1905. En 1904, il adhère à la Société des dessinateurs et humoristes dont, en 1911, il est un des présidents d’honneur. En 1905, il adhère ainsi que Zola, Charles Andler, Séverine ou encore Octave Mirbeau, à la Société des Amis du Peuple Russe et des Peuples annexés dont le président est Anatole France. En 1907, il figure parmi un comité constitué pour ériger une statue à Louise Michel. Il est également signataire de diverses pétitions, contre la condamnation mort du cordonnier Jean-Jacques Liabeuf en 1910[6].

Œuvres[modifier | modifier le code]

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Peintures
  • Chat sur un coussin ;
  • Les éléments. Formes et couleurs, 1900 ;
  • L'application à la décoration des brodeuses au métier et à l'aiguille, 1900 ;
  • Fête de nuit, 1900 ;
  • Poilu, 1917, Musée d'Orsay ;
  • Café à Léon, 1921, collection privée ;
  • Belmont-sur-Lausanne, 1923 ;
  • Couple d’amoureux ;
  • La détente ;
  • La belle rousse ;
  • L'assiette au beurre.
Dessins
  • L’omnibus
  • Retraité allumant sa pipe
  • Anatole France
  • Jeune femme au buste découvert
  • Les bouquetières
  • Le violoniste
  • Personnages au turban bleu
  • Études de femmes debout
Lithographies
  • Les deux chats
  • Tournée du Chat noir, lithographie en couleurs (1896)
  • Clinique Chéron, lithographie en couleurs et affiche (1905).
Affiches
Illustrations

Musées[modifier | modifier le code]

Expositions[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Emmanuel Bénézit, Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, Tome VIII, pp.  211 et 212.
  • Ernest de Crauzat, Steinlen peintre, graveur, lithographe, Paris, Ch. Meunier, 1902.
  • Claude Aveline, Steinlen, l'homme et l'œuvre, Paris, les Écrivains réunis, 1926.
  • Fr. Jourdain, Un grand imagier : Alexandre Steinlen, Éditions du Cercle d'Art, 1954.
  • L. Contat-Mercanton, Théophile Alexandre Steinlen, Bâle, Musée Gutenberg, 1960.
  • Réjane Bargiel et Christophe Zagrodski, Steinlen affichiste, catalogue raisonné, Lausanne, Éditions du Grand-Pont, 1986.
  • Nicole Lamothe, Steinlen, peintre et illustrateur, Petites affiches, 4 février 2005, p. 13.
  • Jacques Christophe, Steinlen, l’œuvre de guerre (1914-1920), 2 tomes, Lyon, Aléas, 1999.
  • Jacques Christophe , Steinlen, partitions musicales, chansons et monologues d'Aristide Bruant, Lyon, Aléas, 2003.

Travaux universitaires[modifier | modifier le code]

  • Manon Tertrain, La conception anarchiste de l'art social dans l'œuvre politique de Théophile-Alexandre Steinlen, , mémoire de master 1re année en histoire de l'art contemporain, sous la dir. de Pierre Arnauld, Paris-I, 2009[11].
  • Xavier Bodu, Bestiaire et Société : l'Animal dans l'œuvre de Théophile-Alexandre Steinlen (1859-1923), Mémoire de Master 1 en Histoire de l'Art Contemporain, sous la direction d'Emmanuel Pernoud, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2012[12].

Articles[modifier | modifier le code]

  • Sonya Mermoud, Entre caresses et coups de griffes, Téophile-Alexandre Steinlen laisse derrière lui une œuvre éclectique et engagée, Lausanne, L'événement syndical, texte intégral.

Notices[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Vittorio Frigerio, Émile Zola au pays de l'Anarchie, Éditions littéraires et linguistiques de l’Université de Grenoble (ELLUG), 2006, page 40.
  2. Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, « Le Maitron » : notice biographique.
  3. Lausanne honore Catherine et Gabriel de Rumine, Théophile Alexandre Steinlen et Serge Lifar, ville de Lausanne, 2004.
  4. http://www.roussard.com/artistes/nouveaux/steinlen.html
  5. http://www.montmartre-secret.com/article-place-constantin-pecqueur-square-joel-le-tac-monument-a-steinlen-montmartre-114365361.html
  6. a, b et c Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : notice biographique.
  7. Disponible sur Gallica.
  8. Dans la vie est le titre d'un recueil de textes et de chansons que Steinlen a illustré pour son ami le chansonnier Aristide Bruant.
  9. Catalogue, sous la direction de Gérard Bonnin, éd. Ville de Clermont-Ferrand, 1998.
  10. « Steinlen, l'œil de la rue », Université de Lausanne (consulté le 1er novembre 2008)
  11. Sudoc : notice.
  12. « Base TRHAA », sur INHA (consulté le 11 juillet 2014)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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