Pléiade (XVIe siècle)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Pléiade.
Jean Dorat, le « père spirituel » de la Pléiade.

La Pléiade est un groupe de sept poètes français du XVIe siècle rassemblés avec Pierre de Ronsard et Joachim Du Bellay.

Historique[modifier | modifier le code]

Ce mouvement littéraire émane d'un groupe de poètes d’abord connus sous l'appellation de « Brigade »[1],[2]. Le souci majeur de la Brigade, élevée sous l'égide de l'helléniste Jean Dorat, est de faire reculer le « Monstre Ignorance » par la diffusion de la culture antique. Le nom de « Pléiade » est emprunté par Ronsard en 1553 à un groupe de sept poètes d’Alexandrie qui avaient choisi, au IIIe siècle, le nom de cet amas astronomique pour se distinguer (voir Pléiade poétique (IIIe siècle av. J.-C.)) ; cette appellation sera adoptée par la postérité[3]. Outre le « meneur » Pierre de Ronsard, la Pléiade regroupe alors selon lui les poètes Joachim du Bellay, Jacques Peletier du Mans, Rémy Belleau, Antoine de Baïf, Pontus de Tyard et Étienne Jodelle. À la mort de Jacques Peletier du Mans, Jean Dorat le remplacera au sein de la Pléiade, et d'autres poètes comme Guillaume des Autels et Nicolas Denisot y seront aussi parfois comptés.

On considère souvent la Défense et illustration de la langue française, publié en avril 1549 par Joachim Du Bellay, comme le manifeste des idées de la Pléiade. Son contenu vise à mener une réflexion sur les moyens d’enrichir la langue et la littérature française par des emprunts, la fabrication de néologismes, le rappel de mots disparus, et plus globalement enrichir la culture française par la redécouverte de la culture antique, de ses arts et de son savoir.

Les membres de la Pléiade entrent ainsi dans une logique de rupture avec leurs prédécesseurs, décidés qu'ils sont à rompre avec la poésie médiévale, et cherchent notamment à exercer leur art en français (« la poésie doit parler la langue du poète »[4]). Ils constatent cependant que la langue française est souvent pauvre comparée au latin ou à l'italien renaissant, imprécise et peu adaptée à l’expression poétique. Ils décident donc de l’« enrichir » par la création de néologismes issus du latin, du grec et des langues régionales. Ils défendent en même temps l’imitation des genres et des auteurs gréco-latins dans le but de s’en inspirer pour mieux les dépasser, et vont pour ce faire jusqu'à singer leurs rituels, notamment à l'occasion de la cérémonie qu'ils appelèrent la Pompe du bouc en 1553. Ils imposent l’alexandrin, l’ode et le sonnet comme des formes poétiques majeures et abordent les quatre principaux thèmes de la poésie élégiaque : l’amour, la mort, la fuite du temps et la nature. La Pléiade participe ainsi au développement ainsi qu'à la standardisation du français et joue un rôle majeur dans l’œuvre d'« illustration de la langue française », dans la renaissance littéraire.

Pertinence du terme[modifier | modifier le code]

Selon Raymond Lebègue[5], le terme canonique de « Pléiade », utilisé presque exclusivement (et assez rarement) par Ronsard, ne peut pas être employé pour désigner un groupe d’auteurs vu qu’aucun ne s’en est jamais réclamé, et que Ronsard a fait varier sa composition de ce « groupe », aux appellations variables, tout au long de sa vie.

Cependant, ce terme demeure usité par la plupart des critiques depuis le XIXe siècle faute de formule plus satisfaisante, tout en conservant en tête sa réalité problématique. Les poètes rangés sous l'appellation de Pléiade ont surtout en commun d’avoir tous été au moins à un moment proches de ce qui est considéré comme le « noyau dur » de la « brigade » des poètes des années 1550-1570, Pierre de Ronsard et Joachim du Bellay. Dans ses nombreux catalogues d’élite poétique successifs (qui contiennent souvent sept poètes, parfois plus ou moins), Ronsard cite par exemple Baïf et Étienne Jodelle dans son Elégie à La Péruse de 1553 et il y ajoute Rémy Belleau à la fin de son Hymne à Henri II de 1555 (participation confirmée en 1556 à l’occasion de la première utilisation par Ronsard du terme Pléiade : « Belleau, qui vint en la brigade / Des bons pour accomplir la septième Pléiade »). L’argument ronsardien étant évidemment trop faible pour fonder la légitimité de ce groupe, on peut prendre comme critère déterminant l’interaction entre un groupe de poètes dans le cadre d'une démarche commune de renouvellement poétique et linguistique.

La « génération de la Pléiade » (ou plutôt de la « brigade », terme plus large mais plus précis[2]), c’est aussi une génération scolaire, celle des élèves du groupe des grands enseignants humanistes (par ailleurs traducteurs du grec et du latin, d'expression généralement latine) composé de Marc-Antoine Muret, George Buchanan, Jean Dorat et dans une moindre mesure Charles Estienne, aux collèges parisiens de Boncourt (où Grévin, Jodelle et La Taille et La Péruse reçurent les cours de Muret et Buchanan) et de Coqueret (où Ronsard, Du Bellay, Baïf et Belleau reçurent les cours de Muret et Dorat[6]). Ces deux collèges étaient animés par une même démarche éducative, érudite et créative, et leurs élèves et professeurs se réunirent à plusieurs occasions, notamment pour la représentation de l'Eugène et de la Cléopâtre captive de Jodelle en 1552 et 1553 à Boncourt en présence du roi et de la cour, deux pièces dans lesquelles la plupart de ces jeunes poètes tinrent des rôles (Belleau, Jodelle, Grévin, La Péruse…), ce qui contribua à les souder. La petite troupe d’apprentis dramaturges se retrouva d’ailleurs peu après à l’occasion d’une étonnante cérémonie elle aussi d’inspiration théâtrale, qui nous est restée grâce aux récits de Ronsard et Baïf sous le nom de Pompe du bouc. Outre les professeurs, les poètes de la Pléiade partageaient aussi certains protecteurs influents, tels le cardinal Jean du Bellay, Jean Dorat ou Lazare de Baïf.

À partir du milieu des années 1550, tous ces poètes, qui se connaissent bien et s’estiment malgré leurs querelles passagères (notamment avec Ronsard, fervent anti-protestant) demeureront en contact quasi-permanent au moins jusque dans les années 1570 (décennie pendant laquelle Jodelle, Grévin puis Belleau suivront Du Bellay dans le tombeau), avec comme « centre de gravité » le riche et talentueux Jean-Antoine de Baïf, Ronsard étant plus solitaire et surtout lunatique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. «  Crée en 1456 Ses amis et lui préféraient se nommer “la Brigade”. Ce n'est guère que depuis le XIXe siècle qu'on a pris l'habitude de parler de la Pléiade pour désigner Ronsard et ses amis, sans tenir un compte rigoureux du nombre sept. » (Yvonne Bellenger, La poésie. Premier et second cycles universitaires, p. 104).
  2. a et b La différence, concentrique, est exposée par Raymond Lebègue (cf. supra) : la « Pléiade » serait l’élite de la « brigade » après 1555, terme plus précis, employé à l’époque par Ronsard et plusieurs autres poètes pour désigner leur génération (le terme brigade signifiant à l’époque « Réunion de personnes, troupe (sans idée militaire) » selon le Dictionnaire de la Langue Française du XVIe siècle, dir. E. Huguet, t. 1, Paris, Champion, 1925).
  3. Voir cet article sur la Pléiade de Madeleine Lazard.
  4. (fr) « Les membres de la Pléiade », sur noireetoile.over-blog.com (consulté le 29 août 2010)
  5. Raymond Lebègue, « De la Brigade à la Pléiade », dans Lumières de la Pléiade, actes du 9° stage international d’études humanistes de Tours (1965), Paris, Vrin, 1966, repris et amplifié par Emmanuel Buron dans son article « Pléiade » du Dictionnaire des Lettres Françaises, volume du XVIe siècle, dir. Michel Simonin, Paris, Fayard, « livre de poche », 2001.
  6. Dorat, qui dispense également des cours chez lui, sera même considéré comme un « père » par Baïf, Ronsard et Du Bellay, tous trois orphelins (cf. J.A. de Baïf, Œuvres Complètes, tome 1 « Euvres en rime », dir. Jean Vignes, Paris, H. Champion, 2002, chapitre « Biographie », notamment p. 17).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Grahame Castor, La Poétique de la Pléiade : étude sur la pensée et la terminologie du XVIe siècle, Paris, Champion, 1998. (ISBN 2-85203-831-5)
  • Claude Faisant, Mort et résurrection de la Pléiade, Publ. par Josiane Rieu, Paris, Champion, 1998 (ISBN 2-85203-842-0)
  • Henri Franchet, Le Poète et son œuvre d’après Ronsard, Paris, Champion, 1923.
  • Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des littératures, Paris, Hachette, 1876, 1614 p. 

Liens externes[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]