Albert Speer (père)

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne l'architecte et ministre du Troisième Reich. Pour son fils aîné, voir Albert Speer (fils). Pour les autres personnes du même nom, voir Speer.
Albert Speer
Albert Speer durant le procès de Nuremberg, en 1946.
Albert Speer durant le procès de Nuremberg, en 1946.
Fonctions
Ministre des Armements de la production de guerre
8 février 194223 mai 1945
Gouvernement Cabinet Hitler
Cabinet Goebbels
Cabinet Schwerin von Krosigk
Prédécesseur Fritz Todt
Successeur Poste supprimé
Biographie
Nom de naissance Berthold Konrad Hermann Albert Speer
Date de naissance 19 mars 1905
Lieu de naissance Mannheim, Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand
Date de décès 1er septembre 1981 (à 76 ans)
Lieu de décès Londres, Royaume-Uni
Nationalité Allemande
Parti politique Parti national-socialiste des travailleurs allemands
Conjoint Margarete Weber (1928-1981)
Enfant(s) Albert Speer, Hilde Schramm, Fritz Speer, Margret Nissen, Arnold Speer, Ernst Speer
Diplômé de Université technique de Berlin
Université technique de Munich
Institut de technologie de Karlsruhe
Profession Architecte, auteur

Signature

Albert Speer (né Berthold Konrad Hermann Albert Speer[1]; 19 mars 1905 - 1er septembre 1981) était un architecte allemand qui, durant une partie de la Seconde Guerre mondiale, fut ministre des Armements de la production de guerre au sein du Troisième Reich. Speer était l'architecte en chef du Parti nazi avant de prendre des fonctions ministérielles. Il fit son autocritique et assuma ses responsabilités pour les crimes du régime nazi lors du procès de Nuremberg et dans ses mémoires. Son niveau d'implication dans la persécution des juifs et l'étendue de sa connaissance de la Shoah restent sujets à débats.

Speer rejoignit le Parti nazi en 1931 et entama une carrière politique et gouvernementale qui dura 14 ans. Ses qualités d'architecte le rendirent influent dans le parti et il devint membre du cercle rapproché de Hitler. Ce dernier lui demanda de concevoir et de réaliser plusieurs structures dont la chancellerie du Reich et le Zeppelinfeld de Nuremberg où se tenaient les rassemblements du Parti. Speer prépara également des plans pour reconstruire Berlin avec d'immenses bâtiments, de larges avenues et un nouveau réseau de transport.

En tant que ministre des Armements de la production de guerre, Speer parvint à accroître la production malgré les intenses bombardements alliés. Après la guerre, il fut jugé à Nuremberg et condamné à 20 ans de prison pour son rôle dans l'administration nazie et pour l'emploi de main-d’œuvre concentrationnaire. Il purgea l'ensemble de sa peine, essentiellement à la prison de Spandau à Berlin-Ouest.

Après sa libération en 1966, Speer publia deux autobiographies qui connurent un grand succès, Au cœur du Troisième Reich et Journal de Spandau, dans lesquelles il détaillait sa relation étroite avec Hitler et fournissait un grand nombre de détails sur le fonctionnement du régime nazi. Il mourut d'une crise cardiaque en 1981 lors d'une visite à Londres[2].

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Speer est né en 1905 à Mannheim (alors dans le Grand-duché de Bade, aujourd'hui dans le Bade-Wurtemberg) dans une famille aisée de la classe moyenne. Il était le benjamin des trois fils d'Albert et de Luise Speer. En 1918, la famille s'installa de façon permanente dans sa résidence d'été à Heidelberg[3]. Selon Henry T. King, procureur à Nuremberg qui écrivit par la suite un ouvrage sur Speer, « l'amour et l'affection manquaient dans le foyer du jeune Speer[4] ». Speer était sportif et pratiquait le ski et l'alpinisme. Il rejoignit l'équipe de rugby de son école d'Heidelberg, ce qui était une activité rare en Allemagne[5]. Speer voulait devenir mathématicien, mais son père dit que s'il choisissait cette voie, il « mènerait une vie sans argent, sans influence et sans futur[6] ». Speer suivit donc les pas de son père et de son grand-père et étudia l'architecture[7].

Il commença ses études d'architecture à l'institut de technologie de Karlsruhe, car l'hyperinflation de 1923 empêcha ses parents de l'inscrire à une université plus prestigieuse[8]. En 1924, lorsque la crise s'apaisa, il rejoignit l'université technique de Munich « bien plus réputée »[9]. En 1925, il s'inscrivit à l'université technique de Berlin où il étudia sous la direction d'Heinrich Tessenow que Speer admirait[10]. Après avoir passé ses examens en 1927, il devint l'assistant de Tessenow, un honneur pour un homme de 22 ans[11]. À ce poste, Speer remplaça parfois Tessenow lors des cours et poursuivit ses études universitaires[12]. À Munich, puis à Berlin, Speer entama une amitié étroite qui dura plus de 50 ans avec un autre étudiant de Tessenow, Rudolf Wolters[13].

Au milieu de l'année 1922, Speer commença à courtiser Margarete Weber (1905-1987). Cette relation était mal vue par la mère de Speer qui considérait que les Weber étaient socialement inférieurs (le père de Weber était un artisan prospère qui employait 50 ouvriers). Malgré cette opposition, les deux se marièrent à Berlin le 28 août 1928 ; Margarete dut attendre sept ans avant d'être invitée chez sa belle-famille[14].

Architecte[modifier | modifier le code]

Ascension dans le Parti (1930-1934)[modifier | modifier le code]

Speer en 1933.

Speer avança qu'il était un jeune homme peu politisé et qu'il assista à un défilé nazi à Berlin en décembre 1930 à l'invitation de certains de ses étudiants[15]. Il fut surpris de voir Hitler porter un élégant costume bleu plutôt que l'uniforme brun représenté sur les affiches du Parti nazi et fut subjugué, non seulement par les propositions de Hitler, mais également et surtout par l'homme. Plusieurs semaines plus tard, il assista à un autre défilé présidé par Joseph Goebbels. Speer fut cependant décontenancé par la manière dont Goebbels haranguait la foule, mais malgré ce malaise, il n'oublia pas la bonne impression que Hitler avait eue sur lui. Le 1er mars 1931, il rejoignit le Parti nazi et devint le membre n°474 481[16],[17].

La première fonction de Speer au sein du Parti fut la direction de l'association automobile du Parti pour la banlieue berlinoise de Wannsee ; il était le seul nazi de la ville avec une voiture[18]. Speer dépendait du chef du Parti pour l'ouest de Berlin, Karl Hanke, qui l'engagea pour redécorer, gratuitement, la villa qu'il venait d'acquérir. Hanke fut enthousiasmé par le résultat[19].

En 1931, Speer quitta son poste d'assistant de Tessenow du fait des baisses de salaires et déménagea à Mannheim dans l'espoir d'obtenir du travail auprès des relations de son père. Le résultat fut décevant et son père lui confia la gestion des propriétés de son frère aîné. En juillet 1932, Speer visita Berlin pour aider le Parti à la veille des élections au Reichstag. Alors qu'il se trouvait sur place, Hanke recommanda le jeune architecte à Goebbels pour participer à la rénovation du quartier-général du Parti à Berlin. Speer, qui se préparait à partir en vacances en Prusse-Orientale avec sa femme, accepta l'offre. À la fin des travaux, Speer retourna à Mannheim où il resta jusqu'à ce que Hitler devienne chancelier en janvier 1933[20],[21].

Après la prise de pouvoir des nazis, Hanke rappela Speer à Berlin. Goebbels, le nouveau ministre de la propagande, le chargea de rénover le bâtiment de son ministère sur la Wilhelmplatz[22]. Speer conçut également la préparation du 1er mai à Berlin. Dans Au cœur du Troisième Reich, il écrivit que, voyant la proposition initiale du défilé de Berlin sur le bureau de Hanke, il fit remarquer que le site ressemblerait à une Schützenfest (de), le rassemblement d'un club de tir[23]. Hanke, maintenant l'assistant de Goebbels[24], le mit au défi de créer un meilleur projet. Comme Speer l'apprit plus tard, Hitler fut ravi du concept de Speer (qui employait d'immenses bannières) même si Goebbels récolta les lauriers. Tessenow était cependant dédaigneux : « Vous pensez avoir créé quelque chose ? C'est tape-à-l'oeil, voilà tout[23] ».

Les organisateurs du congrès de Nuremberg de 1933 demandèrent à Speer de proposer des idées pour le rassemblement, ce qui le mit en contact avec Hitler pour la première fois. Ni les organisateurs, ni Rudolf Hess ne souhaitaient décider d'accepter ou non les plans et Hess envoya Speer à l'appartement munichois de Hitler pour obtenir son approbation[25]. Lorsque Speer entra, le nouveau chancelier était en train de nettoyer un pistolet qu'il posa brièvement, le temps de jeter un coup d'œil rapide aux plans qu'il approuva sans même regarder le jeune architecte[26]. Ce travail valut à Speer son premier poste national en tant que « délégué pour la présentation artistique et technique des rassemblements et des défilés du Parti[27] ».

La fonction suivante de Speer fut de servir d'assistant à Paul Troost qui rénovait la Chancellerie. En tant que chancelier, Hitler était informé chaque jour de l'avancée des travaux par Speer et le responsable du bâtiment. Après l'une de ces réunions, Hitler invita Speer à déjeuner à la grande joie de ce dernier[28]. Hitler manifesta un grand intérêt pour Speer durant le repas et lui dit plus tard qu'il cherchait un jeune architecte capable de réaliser ses rêves architecturaux pour la nouvelle Allemagne. Speer entra rapidement dans le cercle rapproché de Hitler ; il s'entretenait fréquemment avec le chancelier sur des sujets architecturaux ou sur d'autres domaines et était fréquemment invité à dîner[29].

Les deux hommes se trouvèrent de nombreux points communs : Hitler parlait de Speer comme d'un « esprit apparenté » pour lequel il maintenait « les sentiments humains les plus chaleureux[30] ». Le jeune architecte ambitieux était ébloui par son ascension rapide et par sa proximité avec Hitler qui lui garantissait de nombreux projets émanant du gouvernement ou des plus hauts responsables du Parti[31]. Speer témoigna à Nuremberg : « J'ai appartenu à un cercle composé d'autres artistes et de son cabinet personnel. Si Hitler avait eu quelque ami que ce soit, j'aurais certainement été l'un de ses amis les plus proches[Note 1]. ».

Premier architecte du Troisième Reich (1934-1939)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Architecture nazie.
La « cathédrale de lumière » au-dessus de la Zeppelintribune.

Lorsque Troost mourut le 21 janvier 1934, Speer le remplaça en tant qu'architecte en chef du Parti. Hitler nomma Speer à la tête du Bureau central de la construction, lequel se trouva sous la supervision nominale de Hess[32].

L'un des premiers contrats de Speer après la mort de Troost fut le stade du Zeppelinfeld de Nuremberg, le Reichsparteitagsgelände, champ de parade immortalisé dans le film Le Triomphe de la volonté de Leni Riefenstahl. Cette immense structure pouvait accueillir 340 000 personnes[33]. Le dessin de la tribune reprenait celui du grand autel de Pergame, mais à une échelle gigantesque[34]. Speer insista pour que le plus grand nombre possible d'événements se déroulât de nuit afin de renforcer l'importance des jeux de lumière[35]. Speer entoura le site de 130 projecteurs militaires pour créer une « cathédrale de lumière » ou comme cela fut décrit par l'ambassadeur britannique, Nevile Henderson, une « cathédrale de glace[36] ». Speer la décrivit comme sa plus belle réalisation et comme la seule ayant passé l'épreuve du temps[36].

Nuremberg devait être le site de nombreux autres bâtiments officiels nazis dont la plupart ne furent jamais construits comme le Deutsches Stadion pouvant accueillir 400 000 spectateurs[33]. Tout en planifiant ces structures, Speer théorisa le concept de « valeur des ruines ». Selon ce raisonnement, soutenu avec enthousiasme par Hitler, tous les nouveaux bâtiments doivent pouvoir laisser de belles ruines mille ans après leur construction. De tels vestiges seraient le témoignage de la grandeur du Troisième Reich tout comme celles de la Grèce et de la Rome antique sont des symboles de la puissance de ces civilisations[37].

Le pavillon allemand (à gauche) face au pavillon soviétique (à droite). Exposition internationale de Paris en 1937.

Speer fut rapidement témoin des excès brutaux du régime nazi. Peu après la consolidation de son pouvoir lors de la Nuit des Longs Couteaux le 30 juin 1934, Hitler ordonna à Speer d'emmener des ouvriers dans le bâtiment abritant les bureaux du vice-chancelier Franz von Papen pour le transformer en un quartier-général de la sécurité ; alors qu'ils étaient toujours occupés par les fonctionnaires de von Papen. Speer et ses hommes entrèrent dans le bâtiment et trouvèrent une flaque de sang appartenant probablement à Herbert von Bose, l'assistant de von Papen, qui venait d'être assassiné. Speer raconta que la vue du sang n'eut pas d'autre effet sur lui que de le pousser à quitter la pièce[38].

Lorsque Hitler considéra que les plans du stade olympique de Berlin en vue des jeux olympiques d'été de 1936 proposés par Werner March étaient trop modernes, Speer modifia le dessin en ajoutant une façade de pierre[39]. Speer conçut le pavillon allemand pour l'exposition internationale de 1937 à Paris qui faisait face à celui de l'Union soviétique. Apprenant, grâce à l'espionnage, que le bâtiment soviétique incluait deux statues colossales semblant sur le point de submerger le pavillon allemand, Speer modifia son dessin pour inclure une imposante masse cubique devant stopper leur avancée surmontée d'un aigle surplombant les personnages soviétiques[40]. Les deux pavillons furent récompensés pour leur esthétique[41]. Speer reçut également, des mains du chef des Jeunesses hitlériennes et futur compagnon de cellule à Spandau, Baldur von Schirach, la médaille honneur avec feuilles de chêne des Jeunesses hitlériennes[42].

En 1937, Hitler nomma Speer au poste d'« inspecteur général de la construction chargé de la transformation de la capitale du Reich (de)[Note 2],[43] avec le rang de sous-secrétaire d'état dans le gouvernement. La fonction lui donnait une très forte influence sur le gouvernement de la ville de Berlin et il ne dépendait que de Hitler[44]. Cela faisait également de lui un membre du Reichstag même si ce dernier n'avait plus vraiment de pouvoirs[45]. Hitler ordonna à Speer de réaliser des plans pour reconstruire Berlin, rebaptisée Germania. Ces plans étaient centrés sur un long boulevard de 5 km orienté du nord au sud que Speer appelait la Prachtstrasse (« Avenue de la Splendeur »)[46] ou « Axe nord-sud »[47]. Au nord de l'avenue, Speer envisageait de construire la Volkshalle, un immense espace de 100 000 m²[48], conçu pour les rassemblements du NSDAP, surmonté d'un dôme de 290 m de haut et suffisamment vaste pour accueillir 180 000 personnes. L'extrémité sud de l'avenue serait marquée par une arc de triomphe de 117 m de haut dont l'ouverture pourrait abriter l'Arc de triomphe de Paris, qui lui a servi de modèle[48]. Une partie des terrains nécessaires à la réalisation de la Grande Avenue devait être obtenue en détruisant certaines gares et en redessinant le réseau de transport ferroviaire[49]. Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en 1939 entraîna l'ajournement du projet et finalement son abandon[50]. Speer engagea Wolters dans son équipe et lui confia la responsabilité de la Prachtstrasse[51]. Son père, lorsqu'il vit la maquette du nouveau Berlin, lui aurait dit : « tu es devenu completement fou[52] ».

Galerie des marbres de la nouvelle chancellerie du Reich.

En janvier 1938, Hitler demanda à Speer de construire une nouvelle Chancellerie sur le même site que le bâtiment existant et lui dit qu'il en avait besoin impérativement pour la réception du Nouvel-An pour les diplomates le 10 janvier 1939. Cela représentait une tâche colossale, car la Chancellerie existante continuait de fonctionner. Il consulta ses assistants et accepta le projet. Même si l'ancien bâtiment ne fut pas rasé avant avril, Speer parvint à achever la nouvelle Chancellerie en neuf mois grâce à des milliers d'ouvriers travaillant jour et nuit. L'édifice comprenait la « galerie des marbres » de 146 m de long, presque deux fois plus que la galerie des Glaces du Château de Versailles. Hitler, qui était resté à l'écart du projet, fut ébloui lors de son inauguration deux jours avant la date prévue[53]. En récompense de son travail sur la Chancellerie, Speer reçut le Symbole d'or du Parti nazi des mains de Hitler[54]. Tessenow fut moins impressionné et suggéra que Speer aurait dû consacrer neuf ans au projet[55]. La nouvelle chancellerie proposait au visiteur le programme du Reich : les matériaux employés, marbre et mosaïque, étaient destinés à évoquer le lien entre l'Empire romain et le Reich[56]. Dans le même ordre d'idées, les représentations assuraient aussi le lien entre la Rome d'Auguste et le Reich de Hitler : Speer, en représentant des couronnes de fleurs, proposait une évocation des honneurs décernés à Auguste, en les représentant au sein de la résidence de Hitler, nouveau Pater Patriae[57]. Endommagée par la bataille de Berlin en 1945[58], la seconde Chancellerie fut finalement démantelée par les Soviétiques ; une partie des matériaux fut utilisée pour construire un mémorial de guerre[59].

Le pogrom de la Nuit de Cristal eut lieu lors des travaux de la Chancellerie. Speer n'en fit aucune mention dans la première version de Au cœur du Troisième Reich et c'est uniquement sous les conseils pressants de son éditeur qu'il ajouta un passage dans lequel il décrivait la vision des ruines de la synagogue centrale de Berlin depuis sa voiture[60].

Speer était soumis à une intense pression psychologique à cette période de sa vie. Il écrivit plus tard :

« Peu après que Hitler m'eut confié mes premiers grands projets architecturaux, j'ai commencé à souffrir d'anxiété dans les longs tunnels, les avions ou les petites pièces. Mon cœur s'emballait, je perdais le souffle, le diaphragme semblait devenir de plus en plus lourd et j'avais l'impression que ma pression sanguine explosait… De l'anxiété au milieu de toute ma liberté et de mon pouvoir[Note 3] ! »

Durant la guerre (1939-1942)[modifier | modifier le code]

Speer examine des plans avec Hitler dans sa résidence du Berghof.

Speer défendit l'invasion de la Pologne et le conflit qui suivit même s'il convenait que cela repousserait la réalisation de ses rêves architecturaux[61]. À la fin de sa vie, Speer, échangeant avec sa future biographe Gitta Sereny, expliqua comment il se sentait en 1939 : « Bien sûr que j'étais conscient que Hitler cherchait à obtenir la domination mondiale… À ce moment, je ne demandais rien de mieux. C'était le but central de tous mes bâtiments. Ils auraient été grotesques si Hitler était resté immobile en Allemagne. Tout ce que je voulais pour ce grand homme était de dominer le globe[62] ».

Speer plaça son département d'architecture à la disposition de la Wehrmacht. Lorsque Hitler protesta et dit que ce n'était pas à lui de décider de la manière dont ses ouvriers travailleraient, Speer l'ignora simplement[63]. Parmi les innovations de Speer figuraient des équipes rapides chargées de construire des routes et de dégager les obstacles ; ces unités furent par la suite chargées de nettoyer les dégâts causés par les bombardements alliés[61]. Alors que la guerre se poursuivait, initialement à l'avantage des Allemands, Speer continua ses travaux sur les projets architecturaux à Berlin et à Nuremberg, mais il ne parvint pas à convaincre Hitler du besoin de suspendre les constructions entamées en temps de paix[64],[65]. Speer supervisa également la construction de bâtiments pour la Wehrmacht et la Luftwaffe et développa une organisation importante pour gérer ces travaux[66].

En 1940, Joseph Staline proposa à Speer de lui rendre visite à Moscou. Staline avait été particulièrement impressionné par le travail de Speer à Paris et souhaitait rencontrer l'« architecte du Reich ». Hitler, partagé entre l'amusement et la colère, ne l'autorisa pas à se rendre en Union soviétique de peur que Staline le mette dans un « trou de rat » jusqu'à ce qu'un nouveau Moscou émerge[67]. Lorsque l'Allemagne envahit l'Union soviétique en 1941, Speer commença à douter, malgré les garanties de Hitler, que ses projets pour Berlin ne soient jamais réalisés[68].

Ministre de l'Armement[modifier | modifier le code]

Nomination et actions[modifier | modifier le code]

Le 8 février 1942, le ministre de l'Armement Fritz Todt mourut accidentellement dans le crash de son avion peu après avoir décollé du quartier-général oriental de Hitler à Rastenburg. Speer, qui était arrivé à Rastenburg la veille dans la soirée, avait accepté l'offre de Todt de retourner à Berlin avec lui, mais avait annulé quelques heures avant le décollage ; il indiqua dans ses mémoires que l'annulation était liée à la fatigue du voyage et à une réunion tardive avec Hitler. Plus tard dans la journée, Hitler nomma Speer à la place de Todt. Dans Au cœur du Troisième Reich, Speer relata sa rencontre avec Hitler et sa réticence à prendre un poste ministériel qu'il n'accepta que sur l'ordre de Hitler. Speer avança également qu'Hermann Göring s'était précipité dans le quartier-général après avoir appris la mort de Todt et espérait obtenir ses prérogatives, mais Hitler l'accueillit en lui annonçant le choix de Speer[69].

Speer (à droite) reçoit l'anneau de l'art allemand des mains de Hitler en mai 1943.

Au moment de la prise de fonction de Speer, l'économie allemande, à la différence de celle du Royaume-Uni, n'était pas entièrement consacrée à la production de guerre. Des biens de consommation étaient toujours produits à un niveau comparable à celui d'avant-guerre. Pas moins de cinq « Autorités suprêmes » étaient responsables de la production d'armement et l'une d'elles avait annoncé en novembre 1941 que les conditions ne permettaient pas un accroissement de la production. Peu de femmes étaient employées dans les usines qui ne travaillaient pas par équipes. Peu après sa nomination, Speer se rendit en soirée dans une usine d'armement de Berlin, mais celle-ci était déserte[70].

Speer voyageant en avion, 1943

Speer surmonta ces difficultés en centralisant la gestion de la production de guerre dans son ministère. Les usines reçurent une plus grande autonomie et chacune d'elles se concentra sur un produit unique[71]. Fermement soutenu par Hitler qui affirma « Speer, je signerai tout ce qui vient de vous[72] », il divisa le secteur de l'armement suivant le système d'arme avec des experts plutôt que des fonctionnaires pour superviser chaque département de production. Aucun directeur de département ne pouvait avoir plus de 55 ans pour éviter la « routine et l'arrogance »[73] ou moins de 40. Le comité central de planification dirigeant ces départements était présidé par Speer et ce dernier prit de plus en plus de responsabilités sur la production de guerre puis, au fil du temps, sur l'ensemble de l'économie allemande. Selon le compte-rendu d'une conférence au commandement suprême de la Wehrmacht en mars 1942, « seule, la parole de Speer compte aujourd'hui. Il peut intervenir dans tous les départements. Il surpasse déjà tous les départements…[74] » Goebbels écrivit dans son journal en juin 1943, « Speer est toujours en phase avec le Führer. Il est véritablement un génie de l'organisation[75] ». Speer était tellement efficace à ce poste qu'à la fin de l'année 1943, il était largement considéré dans l'élite nazie comme un possible successeur à Hitler[76].

Même si Speer avait un pouvoir immense, il restait soumis à Hitler. Les fonctionnaires nazis contournaient parfois Speer pour obtenir des ordres directs du dictateur. Lorsque Speer ordonna l'arrêt des constructions d'avant-guerre, les gauleiters (chefs territoriaux nazis) obtinrent une exemption pour leurs bâtiments préférés. De même Speer aurait voulu que Hanke devienne responsable de la main d'œuvre pour optimiser l'emploi des travailleurs allemands, mais Hitler, sous l'influence de Martin Bormann nomma plutôt Fritz Sauckel. Au lieu d'accroître le travail féminin et de prendre d'autres mesures pour mieux organiser le travail allemand comme le souhaitait Speer, Sauckel défendit la déportation et l'exploitation des travailleurs d'Europe occupée avec des méthodes souvent brutales[77].

Le 10 décembre 1943, Speer visita le complexe souterrain de Mittelwerk fabriquant des fusées V2 avec de la main-d’œuvre concentrationnaire. Choqué par les conditions de travail (5,7 % des travailleurs mouraient chaque mois) et préoccupé par les malfaçons pouvant être causées par l'état désastreux des ouvriers[78], Speer ordonna l'amélioration des conditions de travail et la construction d'un camp en surface. La moitié des ouvriers succomba néanmoins avant la fin de la guerre. Speer commenta plus tard, « les conditions de travail de ces ouvriers étaient véritablement barbares et une profonde culpabilité personnelle s'empare de moi dès que j'y pense[79] ».

Speer inspecte un T-34 soviétique capturé en juin 1943.

En 1943, les Alliés avaient obtenu la suprématie aérienne au-dessus de l'Allemagne, et le bombardement des villes et des industries allemandes devint de plus en plus intense. La campagne de bombardement stratégique alliée ne se concentra cependant pas sur l'industrie et Speer parvint à surmonter les pertes. Malgré les destructions, la production de chars fit plus que doubler en 1943, celle des avions augmenta de 80 % et le temps de construction des sous-marins de la Kriegsmarine passa d'un an à deux mois. La production continua d'augmenter jusque dans la seconde moitié de l'année 1944 ; à ce moment, le matériel fabriqué permettait d'équiper 270 divisions même si la Wehrmacht n'en comptait plus que 150[80].

En janvier 1944, Speer fut victime de complications causées par un genou enflammé et resta à l'écart de ses fonctions durant trois mois. En son absence, ses rivaux politiques (essentiellement Hermann Göring et Martin Bormann) tentèrent de récupérer de manière permanente certaines de ses prérogatives. Selon Speer, le chef de la SS Heinrich Himmler, essaya de l'éliminer en chargeant son médecin personnel, Karl Gebhardt, de le « soigner ». L'épouse et les amis de Speer parvinrent à le faire transférer chez Karl Brandt et il récupéra lentement[81]. En avril, ses rivaux étaient parvenus à le priver de ses responsabilités dans la construction et Speer envoya immédiatement une lettre acerbe à Hitler dans laquelle il présentait sa démission. Jugeant Speer indispensable à l'effort de guerre, le maréchal Erhard Milch persuada Hitler d'essayer de faire changer d'avis son ministre. Hitler envoya Milch chez Speer avec un message ne réglant pas le problème, mais affirmant qu'il considérait toujours Speer avec la même estime. Selon Milch, après avoir écouté le message, Speer explosa « le Führer peut embrasser mon cul[82] ! ». Après un long échange, Milch persuada Speer de retirer sa démission à la condition que ses pouvoirs soient restaurés[83]. Le 23 avril 1944, Speer rencontra Hitler qui accepta que « tout resterait comme avant et que Speer resterait à la tête de toute la construction allemande[84] ». Selon Speer, même s'il avait remporté ce débat, Hitler avait également gagné « car il me voulait et avait besoin de moi dans son camp et il m'a eu[85] ».

Chute du Reich[modifier | modifier le code]

Le Reichsminister Speer se reposant sur le pas d'une porte

Le nom de Speer est inscrit sur la liste des membres d'un gouvernement non-hitlérien rédigée par les conspirateurs cherchant à assassiner Hitler. Son nom est cependant accompagné d'un point d'interrogation et du commentaire « à convaincre » et cela lui sauve vraisemblablement la vie lors des larges purges qui suivent l'échec de l'attentat[86]. Cependant, suspect aux yeux des Gauleiter qui tiennent leur congrès annuel à Posen en aout 1944, son discours de 2 heures se limite à un tableau exhaustif de la production de guerre du Reich; cependant, lors de ce congrès, il ne rencontre pas l'adhésion du NSDAP, sous l'influence grandissante de Bormann, de Goebbels et de Himmler[87].

Dans les mois qui suivent, jusqu'au mois de novembre, il doit défendre le potentiel productif de l'industrie de l'armement face à la politique de ratissage d'effectifs humains de Goebbels, nommé plénipotentiaire pour la guerre totale, une lutte d'influence entre les deux ministres faisant rage autour des affectations des ouvriers qualifiés[87]. Cette lutte d'influence avec le ministre de la propagande, dont les positions se nouent dans les jours qui précèdent l'attentat du 20 juillet, a pour enjeu le contrôle de l'ensemble des actions mises en place pour mener la guerre totale[88], conflit dont il sort largement perdant dès la réunion du cabinet du 22 juillet[89], malgré ses évaluations objectives des besoins de l'industrie de guerre[90]. Le mois de septembre, après une accalmie en août, renforce les rivalités entre les deux responsables nazis : Goebbels reprend, après les échecs de l'été, sa politique de ratissage des hommes pour les envoyer au front, et compte, dans le conflit qui l'oppose à Speer, sur le soutien des cadres du NSDAP, Himmler, Ley, Bormann et les responsables territoriaux, les Gauleiter[91]. Il tente de défendre ses prérogatives devant Hitler, mais, preuve de la baisse de son influence, se voit explicitement subordonné à Goebbels, dans le cadre de la guerre totale[91]. Cependant, durant l'automne, il regagne le terrain perdu, gain manifesté par le refus de Hitler de trancher systématiquement en faveur de Goebbels[92].

À partir du mois de septembre, il n'hésite pas avec ses subordonnés à se rendre dans les régions les plus directement menacées par l'avance alliée : il inspecte ainsi les Gaue rhénans durant sa tournée d'inspection qui se déroule du 10 au 14 septembre 1944, revenant à Berlin avec un rapport objectif sur la situation politique et militaire dans la région[93]. Sa présence dans les régions les plus menacées l'incite à ordonner le maintien de la production jusqu'au tout dernier moment[94].

En février 1945, Speer, qui a depuis longtemps réalisé que la guerre est perdue, travaille à approvisionner les zones qui vont être occupées avec de la nourriture et du ravitaillement en prévision des temps difficiles à venir [95]. Depuis des mois, Speer tente de prendre ses distances avec Hitler[96] : opposé dès le départ à la politique de terre brûlée, il s'oppose depuis les premières incursions alliées dans le Reich à la destruction des usines, pour permettre à la fois à la production de continuer le plus tard possible, puis de reprendre lors de la reconquête des territoires perdus[97]. Le 15 mars, pour motiver son opposition au décret de terre brûlée alors en préparation, il expose à Hitler la situation de l'économie de guerre allemande, annonçant son effondrement dans les deux mois qui suivent[98], et définit ce qu'il considère comme des objectifs militaires de nature à permettre au Reich de poursuivre la guerre : défendre le territoire allemand sur les rives de l'Oder et du Rhin, rapatrier les unités isolées dans les poches de la Baltique[98].

Le 19 mars 1945, Hitler ordonne la mise en place d'une politique de la terre brûlée dans les zones occupées et en Allemagne[99]. L'ordre de Hitler empêche Speer d'intervenir et ce dernier se rend à Berlin pour rencontrer Hitler et lui dire que la guerre est perdue[100]. Hitler lui donne 24 heures pour reconsidérer sa position et lorsque les deux hommes se revoient le lendemain, Speer répond : « je suis entièrement derrière vous[101] ». Il obtient cependant que la politique de terre brûlée soit placée sous la responsabilité de son ministère[102], ce que Hitler accepte, signant un ordre en ce sens. Dans les semaines qui suivent, Speer parvient à convaincre les généraux et les gauleiters des Gaue occidentaux du Reich[103] d'éviter les destructions inutiles d'installations et d'industries nécessaires après la guerre[104].

Soutenu par les industriels avec qui, grâce à sa position, il a tissé des liens étroits[105], il défend l'idée de sauvegarder une infrastructure économique pour la reconstruction[97] et s'oppose au sabotage des moyens de transport. Il obtient l'assentiment de Hitler à cette politique, en lui faisant espérer une reconquête des bassins industriels de la Ruhr et de la Silésie[106]. Au mois de mars 1945, lors d'une rencontre avec Goebbels, il lui annonce la perte de la guerre du point de vue économique, conséquence de la chute progressive de la production, qu'il anticipe pour la seconde moitié du mois d'avril[106].

Dans le même temps, il applique les consignes de Hitler relatives à l'évacuation des régions envahies, fixant les priorités dans les évacuations : d'abord les troupes, puis les approvisionnements, et enfin, si la chose est encore possible, les réfugiés[106].

Speer parvient à se rendre dans une zone relativement sûre près de Hambourg alors que le régime nazi s'effondre, mais il décide de rendre une dernière visite à Hitler à Berlin malgré les risques[107]. Au procès de Nuremberg il dira : « j'ai senti que c'était mon devoir de ne pas m'enfuir comme un lâche, mais de me tenir à nouveau devant lui[108] ». Speer arrive au Führerbunker le 22 avril. Hitler semble calme et quelque peu détaché et les deux hommes ont une longue conversation où le dictateur, se montrant plutôt incohérent, défend ses actions, et informe Speer de son intention de se suicider et de son souhait que son corps soit incinéré. Dans la version publiée de Au cœur du Troisième Reich, Speer affirme avoir confié à Hitler qu'il avait désobéi à son ordre de terre brûlée avant d'assurer le Führer de sa loyauté ce qui fait monter les larmes aux yeux du dictateur[107]. La biographe de Speer, Gitta Sereny considère quant à elle : « Psychologiquement, il est possible que cela soit la manière dont il se souvienne de cette rencontre, car c'est ainsi qu'il aurait aimé se comporter et ainsi qu'il aurait aimé que Hitler réagisse. Mais le fait est que rien de cela ne s'est passé[109] ». Elle poursuit en notant que le brouillon original de ses mémoires ne contient pas la réaction larmoyante de Hitler et nie catégoriquement toute confession ou échange émotionnel comme cela avait été avancé par un magazine français[110].

Le lendemain, Speer quitte le Führerbunker Hitler se montrant distant avec lui. Speer visite la Chancellerie endommagée une dernière fois avant de quitter Berlin pour retourner à Hambourg[107]. Le 29 avril, la veille de son suicide, Hitler dicte son testament politique dans lequel Speer est remplacé à son poste de ministre de l'Armement par son subordonné, Karl-Otto Saur[111].

Procès de Nuremberg[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Procès de Nuremberg.
Membres du gouvernement de Flensbourg après leur arrestation. Karl Dönitz (au centre, avec un long manteau noir) est suivi par Speer (tête nue) et Alfred Jodl (à gauche de Speer).

Après la mort de Hitler, Speer offrit ses services au gouvernement de Flensburg dirigé par le successeur de Hitler, Karl Dönitz et joua un rôle significatif dans cet éphémère régime. Le 15 mai, les Américains capturèrent Speer et lui demandèrent s'il voulait coopérer et fournir des informations sur les effets de la guerre aérienne. Speer accepta et au cours des jours qui suivirent il donna des informations sur un grand nombre de sujets. Le 23 mai, deux semaines après la capitulation des troupes allemandes, les Alliés arrêtèrent les membres du gouvernement de Flensburg et mirent un terme à l'existence de l'Allemagne nazie[112].

Speer fut d'abord interné avec d'autres officiels nazis à l'hôtel Palace à Mondorf-les-Bains[113] au Luxembourg puis il fut transféré au château du Chesnay où avaient été regroupés des responsables et ingénieurs de l'armement allemand[113]. Il y fut alors interrogé par des officiers américains du quartier-général allié installé à proximité, au Trianon Palace, à Versailles[113]. Lors de l'installation du quartier-général allié à Francfort, tous les prisonniers du Chesnay dont Speer furent transférés au château de Kransberg (en)[113]. En septembre 1945, il apprit qu'il serait jugé pour crimes de guerre et quelques jours plus tard, il fut transféré et incarcéré à Nuremberg[114]. Speer fut inculpé pour les quatre chefs d'accusation possibles : participation à un complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l'humanité[115].

Speer dans sa cellule en novembre 1945
Les accusés de Nuremberg écoutent le procès. Speer est le cinquième en partant de la droite assis au rang supérieur.

Le juge Robert Jackson de la Cour suprême des États-Unis qui fut procureur en chef américain à Nuremberg avança que « Speer participa à la planification et à l'application du programme de déportation des prisonniers de guerre et des travailleurs étrangers vers les industries de guerre allemandes et cela entraîna une augmentation de la production alors que les ouvriers mouraient de faim[116] ». L'avocat de Speer, Hans Flächsner, présenta Speer comme un artiste projeté dans la vie politique qui était toujours resté à l'écart de l'idéologie et à qui Hitler avait promis qu'il pourrait revenir à l'architecture après la guerre[117]. Durant sa déposition, Speer accepta la responsabilité des crimes du régime nazi :

« Dans la vie politique, il y a une responsabilité de l'homme dans son propre secteur. Pour celle-là il est évidemment entièrement responsable. Mais au-delà de cela, il y a une responsabilité collective lorsqu'il a été l'un des dirigeants. Qui tenir pour responsable du cours des événements si ce ne sont les assistants les plus proches du chef de l'État[118]? »

Spectateur du procès, le journaliste et auteur William L. Shirer, écrivit que, comparé aux autres accusés, Speer « a fait l'impression la plus franche de tous et … durant le long procès parla honnêtement sans essayer d'esquiver sa responsabilité et sa culpabilité[119] ». Speer témoigna également qu'il avait envisagé de tuer Hitler au début de l'année 1945 en lâchant une bouteille de gaz toxique dans un tuyau de ventilation du bunker[120], mais qu'il en fut empêché par la présence d'un haut mur autour de l'entrée d'air[121]. Speer affirma que sa motivation était le désespoir quand il se rendit compte que Hitler voulait entraîner le peuple allemand dans sa chute[120]. Ce prétendu plan d'assassinat fut par la suite accueilli avec un certain scepticisme et l'architecte rival de Speer, Hermann Giesler, se moqua du fait que « le second homme le plus puissant de l'État n'avait pas d'échelle[122] ».

Speer fut reconnu coupable de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, mais il fut acquitté pour les deux autres chefs d'accusation. Le 1er octobre 1946, il fut condamné à 20 ans de prison[123]. Alors que trois des huit juges (deux Soviétiques et un Américain) avaient initialement demandé la peine de mort, les autres juges étaient plus modérés et un compromis fut trouvé « après deux jours de discussion et un marchandage féroce[124] ».

Le jugement du tribunal indiquait que :

« … dans la phase finale de la guerre, Speer fut l'une des seules personnes a avoir eu le courage de dire à Hitler que la guerre était perdue et à avoir pris des mesures pour éviter la destruction impitoyable des usines dans les territoires occupés et en Allemagne. Il appliqua son opposition au programme de terre brûlée de Hitler… en le sabotant délibérément malgré les risques considérables qu'il prenait[125]. »

Douze des 24 accusés furent condamnés à mort (par contumace pour Bormann), trois furent acquittés et sept furent condamnés à des peines de prison[123]. Ils restèrent dans leurs cellules à Nuremberg le temps que les Alliés décident où et dans quelles conditions ils seraient incarcérés[126].

Emprisonnement[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Prison de Spandau.
Entrée de la prison de Spandau en 1951, où Speer purgea sa peine.

Le 18 juillet 1947, Speer et six autres prisonniers, tous anciens hauts responsables nazis, furent emmenés à Berlin sous bonne garde[127]. Les détenus furent transférés à la prison de Spandau se trouvant dans le secteur britannique de ce qui devint par la suite Berlin-Ouest où ils reçurent un numéro ; Speer était le numéro 5[128]. Les prisonniers étaient initialement gardés à l'isolement sauf durant une heure par jour et n'avaient pas le droit de parler entre-eux ou avec les gardes[129]. Au fil du temps, ce régime strict fut assoupli particulièrement lors des trois mois sur quatre où les puissances occidentales étaient chargées de la prison[130]. Speer se considérait comme un exclu parmi les autres prisonniers du fait de sa prise de responsabilité à Nuremberg[131].

Speer essaya de rendre sa détention aussi productive que possible. Il écrivit « Je suis obsédé par l'idée d'utiliser cette période de confinement pour écrire un livre d'une importance majeure… Cela pourrait signifier transformer la cellule de prison en l'antre d'un intellectuel[132] ». Les prisonniers n'avaient pas le droit d'écrire leurs mémoires et le courrier était limité et sévèrement censuré. Néanmoins, grâce à l'offre d'un aide-soignant compréhensif, Speer parvint à envoyer ses écrits, qui finirent par représenter 20 000 feuilles, à Wolters. En 1954, Speer avait terminé de rédiger ses mémoires qui devinrent la base d'Au cœur du Troisième Reich et Wolters les organisa sous la forme de 1 100 pages dactylographiées[133]. Il fut également capable d'envoyer des lettres et des instructions financières et à obtenir du papier et des lettres de l'extérieur[134]. Ses nombreuses lettres à ses enfants, toutes transmises secrètement, formèrent finalement la base du Journal de Spandau[135].

Une fois le brouillon de ses mémoires transmis clandestinement, Speer chercha un nouveau projet. Il en trouva un en réalisant ses exercices quotidiens consistant à marcher en cercles dans la cour de la prison. Mesurant son parcours avec soin, Speer entreprit de parcourir la distance entre Berlin et Heidelberg (dans le sud-ouest de l'Allemagne). Il poursuivit ensuite son idée à l'échelle du monde en visualisant les endroits qu'il « traversait » dans la cour de la prison. Speer commanda des livres de voyage et des ouvrages sur les pays qu'il imaginait traverser pour se représenter l'image la plus précise possible[136]. Mesurant méticuleusement chaque mètre parcouru et reportant les distances sur une carte du monde, il commença son parcours dans le nord de l'Allemagne, continua vers l'est en Sibérie, traversa le détroit de Béring avant de poursuivre vers le sud ; il acheva sa peine à 35 km au sud de Guadalajara au Mexique[137].

Speer consacra beaucoup de son temps et de son énergie à la lecture. Même si les prisonniers avaient quelques livres dans leurs affaires personnelles, la prison de Spandau n'avait pas de bibliothèque donc les ouvrages étaient prêtés par la bibliothèque municipale de la ville[138]. À partir de 1952, les détenus furent également capables de commander des livres à la bibliothèque centrale de Berlin à Wilmersdorf[139]. Speer était un lecteur vorace et il lut 500 livres durant ses trois premières années de détention à Spandau[140]. Il lisait des romans, des journaux de voyage, des livres sur l'Égypte antique et des biographies de personnages historiques comme Lucas Cranach l'Ancien, Édouard Manet et Genghis Khan[139]. Speer appréciait également le jardin de la prison où il pouvait travailler lorsqu'il souffrait de l'angoisse de la page blanche[141]. Il fut autorisé à construire un jardin ambitieux et transforma ce qu'il décrivit initialement comme une « étendue sauvage[142] » en ce que le commandant américain de la prison qualifia de « jardin d'Éden de Speer[143] ».

Les défenseurs de Speer firent continuellement campagne pour sa libération. Parmi ces partisans figuraient Charles de Gaulle[144], le diplomate américain George Ball[144], l'ancien haut-commissaire américain John McCloy[145] et l'ancien procureur britannique à Nuremberg, Hartley Shawcross[145]. Willy Brandt était un fervent défenseur de Speer[146]; il envoya des fleurs à sa fille le jour de sa libération[147] et mit un terme aux procédures de dénazification contre Speer[148] qui auraient pu entraîner la confiscation de ses biens[149]. Une réduction de peine nécessitait le consentement des quatre puissances occupantes et les Soviétiques s'opposèrent fermement à tout mouvement en ce sens[145]. Speer réalisa donc l'ensemble de sa peine et fut libéré à minuit sonnant le matin du 1er octobre 1966[150].

Libération et fin de vie[modifier | modifier le code]

Entrée de la villa Speer à Heidelberg en décembre 2011.
Tombe familiale à Heidelberg.

La libération de Speer fut un événement médiatique mondial et les journalistes se rassemblèrent dans les rues et dans le hall de l'hôtel de Berlin où Speer passa ses premières heures de liberté après 20 ans de détention[151]. Il parla peu et réserva ses commentaires pour un entretien avec le magazine Der Spiegel publié en novembre 1966 dans lequel il assuma à nouveau sa responsabilité personnelle dans les crimes du Troisième Reich[152]. Abandonnant son idée de revenir à l'architecture (deux associées possibles moururent peu avant sa libération[153]), il rassembla ses écrits rédigés à Spandau en deux livres autobiographiques et publia par la suite un troisième ouvrage sur Himmler et la SS. Ses livres fournissent un point de vue unique et personnel sur les personnalités de la période nazie et sont des témoignages importants pour les historiens. Speer fut aidé dans la mise en forme de son travail par Joachim Fest et Wolf Jobst Siedler de la maison d'édition Ullstein[154]. Speer fut incapable de renouer des liens avec ses enfants, même avec son fils aîné Albert, qui était également devenu architecte. Selon sa fille, Hilde, « un par un mes frères et sœurs ont abandonné. Il n'y avait pas de communication[155] ».

À la suite de la publication de ses livres à succès, Speer donna d'importantes sommes d'argent à des organisations caritatives juives. Selon Siedler, ces dons représentaient jusqu'à 80 % de ses droits d'auteur. Speer resta un donateur anonyme par crainte de rejet et par peur d'être qualifié d'hypocrite[156].

Dès 1953, lorsque Wolters s'opposa fermement à ce que Speer qualifie Hitler de criminel dans ses mémoires, Speer avait prédit qu'il perdrait un « bon nombre d'amis[133] » lorsque ses écrits seraient publiés. C'est ce qui se passa, car à la suite de la publication d'Au cœur du Troisième Reich, des amis proches comme Wolters et le sculpteur Arno Breker, se distancèrent de lui. Hans Baur, le pilote personnel de Hitler, suggéra que « Speer a dû prendre congé de sa raison[157] ». Wolters se demanda si Speer ne « marchait pas à présent dans la vie dans un cilice, distribuant sa fortune aux victimes du national-socialisme, renonçant à toutes les vanités et les plaisirs de la vie et vivant de sauterelles et de miel sauvage[158] ».

Speer se rendit facilement accessible aux historiens et aux autres questionneurs[159]. Il réalisa un long entretien pour le magazine Playboy de juin 1971 dans lequel il affirma « si je ne l'ai pas vu alors c'est parce que je ne voulais pas le voir[160] ». En octobre 1973, Speer réalisa son premier voyage en Grande-Bretagne sous un faux nom[159] pour être interviewé sur le programme Midweek de la BBC présenté par Ludovic Kennedy. À son arrivée, il fut détenu durant près de huit heures à l'aéroport de Londres lorsque les services d'immigration découvrirent sa véritable identité. Le secrétaire d'État à l'Intérieur Robert Carr autorisa Speer à rester dans le pays pendant 48 heures[161]. Huit ans plus tard, alors qu'il se trouvait à nouveau à Londres pour participer au programme Newsnight de la BBC, Speer fut victime d'une crise cardiaque et mourut le 1er septembre 1981[2]. Speer s'était rapproché d'une Anglaise d'origine allemande et il était avec elle au moment de sa mort[162].

Même à la fin de sa vie, Speer continua de s'interroger sur ses actions sous Hitler. Dans son dernier livre, L'Immoralité du pouvoir, il se demandait, « Que se serait-il passé si Hitler m'avait demandé de prendre des décisions requérant la plus grande dureté ? …Jusqu'où serais-je allé ? … Si j'avais occupé une position différente, jusqu'à quel point j'aurais ordonné des atrocités si Hitler m'avait demandé de le faire [163]? ». Speer laisse ces questions sans réponses[163].

Héritage et controverses[modifier | modifier le code]

La vision de Speer comme un « homme providentiel » non politisé est critiquée par l'historien britannique Adam Tooze de l'université Yale[164]. Dans son livre Le salaire de la destruction publié en 2006, Tooze, poursuivant le travail de Gitta Sereny, avance que l'engagement de Speer dans la cause nazie est bien plus important que ce qu'il a rapporté[165]. Tooze affirme de plus que la « mythologie » de Speer[Note 4] (en partie nourrie par Speer[166]) n'a pas été assez critiquée et qu'elle a poussé de nombreux historiens à attribuer beaucoup de crédits à Speer pour l'accroissement de la production et à ne pas évaluer à son juste niveau la fonction « hautement politique » du miracle de l'armement[Note 5].

Héritage architectural[modifier | modifier le code]

Le Mémorial soviétique de Berlin a été construit avec du marbre de la Chancellerie dessinée par Speer.

Il ne reste pas grand-chose des travaux architecturaux de Speer en dehors des plans et des photographies. Il n'existe plus aucun des bâtiments berlinois dessinés par Speer durant la période nazie ; une rangée de lampadaires doubles conçus par Speer existe encore le long de la Straße des 17. Juni[167]. La tribune du Zeppelinfeld à Nuremberg, bien qu'en partie démolie, peut toujours être visitée[168]. Le travail de Speer peut également être vu à Londres où il a redessiné l'ambassade allemande au Royaume-Uni alors située au 7-9 Carlton House Terrace. Depuis 1967, elle accueille les bureaux de la Royal Society. Son travail, dépouillé de ses décorations nazies, existe encore en partie[169].

Un autre héritage est l'Arbeitsstab für den Wiederaufbau bombenzerstörter Städte (de) (« Groupe de travail sur la reconstruction des villes détruites »), créé par Speer en décembre 1943 pour reconstruire les villes allemandes bombardées afin de les rendre plus vivables à l'ère automobile[170]. Présidé par Wolters, le groupe de travail prit en compte une possible défaite militaire dans ses travaux[170]. Les recommandations de l'Arbeitsstab servirent de base à aux projets de redéveloppement d'après-guerre et plusieurs membres du groupe devinrent des figures majeures de la reconstruction[170].

Actions envers les juifs[modifier | modifier le code]

En tant qu'inspecteur général des bâtiments, Speer était responsable du Département central de la réimplantation[171]. À partir de 1939, le Département appliqua les lois de Nuremberg pour expulser les juifs de leurs propriétés à Berlin afin de reloger les non-juifs déplacés par les bombardements ou les reconstructions[171]. Au total 75 000 juifs furent expulsés par ces mesures[172]. Speer était au courant de ces activités et suivait leur progression[173]. Au moins un mémo original de Speer à ce sujet existe encore[173] de même que la Chronique des activités du Département tenue par Wolters[174].

À la suite de sa libération de Spandau, Speer présenta aux Archives fédérales allemandes une version éditée de la Chronique purgée par Wolters de toute mention relative aux juifs[175]. Lorsque David Irving découvrit les incohérences entre la Chronique éditée et d'autres documents, Wolters exposa la situation à Speer qui répondit en suggérant que les pages en rapport de la Chronique originale devraient « cesser d'exister[176] ». Wolters ne détruisit pas le document original et, à la suite de la détérioration de son amitié avec Speer, autorisa son accès au doctorant en histoire Matthias Schmidt (de) (qui, après avoir obtenu son doctorat, développa sa thèse dans un livre, Albert Speer : la fin d'un mythe)[177]. Speer considéra les actions de Wolters comme une « trahison » et un « coup de poignard dans le dos[178] ». La version originale de la Chronique arriva aux Archives en 1983 après la mort de Wolters et de Speer[174].

Connaissance de la Shoah[modifier | modifier le code]

Speer affirma à Nuremberg et dans ses mémoires qu'il n'avait rien su de la Shoah. Dans Au cœur du Troisième Reich, il écrivit qu'au milieu de l'année 1944, Hanke (alors gauleiter de Basse-Silésie) lui aurait dit de ne jamais accepter une invitation à visiter un camp de concentration dans le gau voisin de Haute-Silésie, car il « y avait vu un spectacle qu'il n'avait pas le droit de décrire et qu'il n'était pas non plus capable de décrire[179] ». Speer conclut par la suite que Hanke devait parler d'Auschwitz et il se reprocha de ne pas avoir enquêté auprès de Hanke ou demandé des informations à Himmler ou Hitler :

« Ces secondes [quand Hanke en parla à Speer et ce dernier ne s'interrogea pas] étaient au premier plan de mes pensées lorsque j'ai affirmé devant le tribunal de Nuremberg que, en tant que membre important de la direction du Reich, je devais partager la responsabilité complète de tout ce qui s'était passé. À partir de ce moment, j'étais irrémédiablement moralement contaminé ; de peur de découvrir quelque chose qui aurait pu me détourner de mon chemin, j'ai fermé les yeux… Parce que j'ai échoué à ce moment, je continue de me sentir, encore à ce jour, responsable au plus profond de moi d'Auschwitz[180]. »

L'essentiel de la controverse autour de la connaissance de Speer de la Shoah est centré sur sa présence à la conférence de Posen le 6 octobre 1943 au cours de laquelle Himmler prononça un discours détaillant la Shoah en cours aux dirigeants nazis. Himmler déclara, « Il a fallu prendre la grave décision de faire disparaître ce peuple de la terre… Dans les territoires que nous occupons, la question juive sera réglée à la fin de l'année[181] ». Speer est mentionné plusieurs fois dans le discours et Himmler semble s'adresser à lui directement[182]. Dans Au cœur du Troisième Reich, Speer évoque son propre discours aux dirigeants nazis (qui eut lieu plus tôt dans la journée), mais ne mentionne pas le discours d'Himmler[183],[184].

Aigle en bronze de la Chancellerie dessinée par Speer exposée à l'Imperial War Museum de Londres.

En 1971, l'historien américain Erich Goldhagen (de), survivant de l'Holocauste, publia un article soutenant que Speer était présent lors du discours d'Himmler. Selon Fest, dans sa biographie de Speer, « l'accusation de Goldhagen aurait certainement été plus convaincante[185] » s'il n'avait pas placé les supposées déclarations liant Speer à la Shoah entre guillemets, attribuées à Himmler, qu'il avait simplement inventées[185]. En réponse, après d'intenses recherches dans les Archives fédérales à Coblence, Speer dit qu'il avait quitté Posen vers midi (bien avant le discours d'Himmler) pour rejoindre le quartier-général de Hitler à Rastenburg[185]. Mais dans Au cœur du Troisième Reich, publié avant l'article de Goldhagen, Speer se souvenait que dans la soirée après la conférence, de nombreux dirigeants nazis étaient tellement ivres qu'il avait fallu les aider à monter dans le train spécial devant les emmener à une réunion avec Hitler[186]. L'un de ses biographes, Dan van der Vat, suggère que cela implique nécessairement qu'il était resté à Posen et qu'il avait donc entendu le discours d'Himmler[187]. En réponse à l'article de Goldhagen, Speer avança qu'en écrivant son livre, il avait commis une erreur en rapportant cet incident qui avait eu lieu après une autre conférence à Posen une année plus tard, à la conférence de 1943[188].

En 2005, le Daily Telegraph rapporta que des documents avaient été découverts montrant que Speer avait approuvé la fourniture de matériaux de construction pour l'agrandissement d'Auschwitz après que deux de ses assistants eurent visité le camp un jour où près d'un millier de juifs avaient été assassinés. Les documents portaient des annotations manuscrites attribuées à Speer. Sa biographe Gitta Sereny avance que, du fait de sa charge de travail, Speer n'était pas personnellement au courant de telles activités[189].

Le débat sur la connaissance ou la complicité de Speer dans la Shoah en a fait un symbole pour ceux qui furent impliqués dans le régime nazi, mais n'ont pas pris (ou affirmèrent ne pas avoir pris) part activement aux atrocités du régime. Comme le réalisateur Heinrich Breloer l'a remarqué : « [Speer a offert] une opportunité à ceux qui ont pu dire : 'Croyez-moi, je ne savais rien de la Shoah. Regardez l'ami du Führer, il n'en savait rien non plus'[189] ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Fest 1999, p. 296 ; « Wenn Hitler überhaupt Freunde gehabt hätte, wäre ich bestimmt einer seiner engen Freunde gewesen. »
  2. Speer 2011 Speer note dans ses mémoires que « [Hitler] chercha longuement un titre qui sonnât bien et inspirât le respect. Ce fut Funk qui le trouva. »
  3. Speer 1975, p. 217 ; Entrée de son journal le 20 novembre 1949.
  4. Tooze 2007, p. 577 ; « L'histoire simple présentée par Speer selon laquelle l'économie de guerre allemande de 1941 faisait un usage inefficace des hommes et des matières premières et que c'est seulement après Seconde Guerre mondiale : décembre 1941, grâce aux décrets du Führer et de la direction éclairée de Speer, qu'elle a pris conscience du besoin d'efficacité, est clairement un mythe et les statistiques usuellement invoquées pour défendre cette description de la période d'avant Speer ne résistent pas une étude minutieuse ».
  5. Tooze 2007, p. 556 ; « Étant donné la fonction hautement politique du « miracle de l'armement », il faut approcher le dossier historique de Speer avec méfiance. Trop d'historiens ont été bien trop peu critiques dans l'acceptation de la rhétorique de rationalisation, d'efficacité et de productivisme de Speer… Et cette critique est bien plus que du chipotage. Elle s'attaque au cœur même de la vision idéologique de l'économie de guerre de Speer comme un flux illimité de production libéré par une direction énergique et le génie technologique. »

Références[modifier | modifier le code]

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  5. van der Vat 1997, p. 23
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  11. van der Vat 1997, p. 34-36
  12. Sereny 1995, p. 71-73
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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Écrits d'Albert Speer[modifier | modifier le code]

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(Édition allemande originale: (de) Albert Speer, Spandauer Tagebücher [Spandau Diaries], Berlin and Frankfurt am Main, Propyläen/Ullstein Verlag,‎ septembre 1975 (ISBN 9783549173169, OCLC 185306869))
  • (en) Albert Speer, Infiltration: How Heinrich Himmler Schemed to Build an SS Industrial Empire, Macmillan,‎ 1er juillet 1981 (ISBN 9780026128001)
(Édition allemande originale: (de) Albert Speer, Der Sklavenstaat : meine Auseinandersetzungen mit der SS [The Slave State: My Battles with the SS], Deutsche Verlags-Anstalt,‎ 1981 (ISBN 9783421060594, OCLC 7610230))
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  • (en) Dan van der Vat, The Good Nazi: The Life and Lies of Albert Speer, George Weidenfeld & Nicolson,‎ 1er janvier 1997 (ISBN 9780297817215)
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Ouvrages[modifier | modifier le code]

Sources en ligne[modifier | modifier le code]

Autre[modifier | modifier le code]

  • Divers extraits d'une interview d'Albert Speer apparaissent dans une série de la BBC de 1976. Cette série s'intitule The Secret War (épisodes 2 sur les radars et épisode 3 sur les V1/V2).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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