Prora

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54° 26′ 20″ N 13° 34′ 30″ E / 54.4389, 13.575

Prora est une station balnéaire allemande, construite sous le régime nazi. Situé sur l’île de Rügen à 300 km au nord de Berlin, le complexe monumental, construit en béton de 1936 à 1939 pour l’organisation de loisirs Kraft durch Freude[1] est un bon exemple d'architecture nationale-socialiste.

Contexte[modifier | modifier le code]

« Prora » se situe sur une large baie entre les régions de Sassnitz et de Binz, près de Prorer Wiek, sur la bande étroite couverte de bruyère, appelée le Prora, qui sépare le Jasmunder Bodden de la mer Baltique. Les bâtiments s’étendent sur plus de 4,5 kilomètres et sont situés à environ 150 m de la plage. La côte offre une plage plate de sable, longue de 10 km, qui s’étend de Binz au Fährhafen, le port des ferrys. Cette plage est donc un endroit idéal pour y ériger un bâtiment en bord de mer. Ce complexe massif, surnommé « colosse de Rügen », « colosse de Prora », ou « cité balnéaire du IIIe Reich », devait devenir la plus grande station balnéaire du monde, avec une capacité d'accueil, devant s'élever à plusieurs millions de vacanciers par an.

Vue panoramique

Construction et aménagements[modifier | modifier le code]

Ce complexe balnéaire répond à un double objectif. D'une part, il doit satisfaire la demande naissante de lieux de villégiature pour les travailleurs en vacances. D'autre part, en répondant à cet objectif social, il doit canaliser cette demande vers des structures agréées par le pouvoir. « Prora » est donc conçu pour loger 20 000 vacanciers. Chaque travailleur du pays devant pouvoir passer des vacances à la plage, le projet est colossal.

Conformément aux plans de l'architecte Clemens Klotz (1886-1969), le projet compte huit bâtiments identiques. Le projet initial prévoyait aussi deux piscines, un théâtre, un cinéma et une salle de festival de 25 000 places assises. Un large quai pour bateaux transportant des passagers était également prévu[2]. Mais ces programmes ne seront pas mis en œuvre. Dans les bâtiments, les chambres donnent sur l’océan. De 5 mètres sur 2 5 mètres, ces pièces devait comporter deux lits, une armoire ou un placard et un évier. Les toilettes et les douches étaient communes. À l’exposition universelle de Paris de 1937, l’ensemble des plans pour le complexe balnéaire « Prora » reçoit le Grand Prix de l’Architecture.

Wilhelm Heidrich, qui a déjà travaillé avec Klotz sur d'autres projets, est nommé Baudirektor und Oberbauleiter, directeur des travaux et chef de chantier. Il restera sur le chantier jusqu'à la fin de la guerre[3]. Pendant la construction, de 1936 à 1939, presque toutes les entreprises importantes de construction du Reich furent engagées d’une façon ou d’une autre dans le chantier. Près de 9 000 ouvriers y travaillèrent.

Inauguré trois mois avant le début de la Seconde Guerre mondiale, le site n’a jamais ouvert au public. La guerre en 1939 interrompit les travaux, Hitler voulant faire du site un hôpital militaire. Les huit immeubles d’habitation, le théâtre et le cinéma restèrent des coquilles vides, alors que les piscines et la salle de spectacles n’étaient pas encore bâties.

Affectations successives[modifier | modifier le code]

Les bombardements alliés poussèrent beaucoup d’habitants de Hambourg à trouver refuge à « Prora ». À la fin de la guerre, les bâtiments servirent de logement à la Luftwaffe. En 1945, l’Armée rouge prit le contrôle de la région et établit une base à « Prora ».

Après 1945, « Prora » fut décrété zone militaire par les soviétiques, puis par l’armée est-allemande, qui l’utilisa comme caserne pour ses parachutistes, de ce fait il ne figurait plus sur aucune carte.

En 2010, des pans entiers du « Colosse de Rügen », aux fenêtres éventrées, menaçaient de tomber en ruine. Classé au patrimoine national allemand depuis 1993, il n’est pas question de le faire sauter. Le coût d'un simple ravalement d’un des huit blocs est estimé à plusieurs dizaines de millions d’euros.

En 2011, une auberge de jeunesse de 400 lits y a été ouverte, sur une portion de 150 mètres, après deux ans de travaux pour 27 millions d'euros. Elle est aussi désormais connectée à Internet.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Kraft durch Freude, siglé KdF, en français : « la force par la joie ».
  2. Hasso Spode, « Fordism, Mass Tourism and the Third Reich : the Strength through Joy Seaside Resort as an Index Fossil », in Journal of Social History 38(2004), pp. 127-155.
  3. Jürgen Rostock: Paradiesruinen: Das KdF-Seebad der Zwanzigtausend auf Rügen, Ch. Links Verlag, 2006 (p58, 70, 75,78, 80, 85, 92, 149)

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