Herbert Backe

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Herbert Backe
Herbert Backe, le 2 juin 1942.
Herbert Backe, le 2 juin 1942.
Fonctions
Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation
194223 mai 1945
Gouvernement Cabinet Hitler
Cabinet Goebbels
Cabinet Schwerin von Krosigk
Prédécesseur Richard Walther Darré
Successeur Conseil de contrôle allié
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Batumi (Empire russe)
Date de décès (à 51 ans)
Lieu de décès Nuremberg (Allemagne occupée)

Herbert Backe, né le 1er mai 1896, est un homme politique allemand nazi, secrétaire d'État à l'agriculture, puis ministre de l'alimentation entre 1933 et 1945. Il est considéré comme l'un des auteurs du « plan de la faim ». Capturé par les alliés à la fin de la guerre, il se suicide le 6 avril 1947 en se pendant dans sa cellule à Nuremberg.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est né à Batoumi en Géorgie. Il occupe d'importantes responsabilités sous le Troisième Reich ; dans les années 1930, il compte parmi les rares ministres membres du NSDAP[1]. Il est nommé ministre de l'Alimentation en mai 1942, et ministre de l'Agriculture en avril 1944, succédant à ce poste à Walther Darré lors de la crise du ravitaillement de l'hiver 1941-1942. Adam Tooze le juge comme le fer de lance des membres les plus radicaux du régime nazi décidés à assurer le ravitaillement du IIIe Reich à n'importe quel prix[2]. Il conserve ce portefeuille dans l'éphémère gouvernement de Flensbourg dirigé par l'amiral Dönitz dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale, de fin avril à mai 1945.

Un technicien nazi de la politique agraire et alimentaire[modifier | modifier le code]

Fervent défenseur de la vision agrarienne du Blut und Boden, Backe, proche de Darré, participe de près à la politique agraire menée par le régime mis en place à partir du 30 janvier 1933.

Acteur de la politique agraire du Reich[modifier | modifier le code]

Ainsi, proche de Richard Darré (qui lui confie, à partir de 1937, les sentiments que lui inspirent sa disgrâce[3]), intime de Heydrich[4], il est un acteur essentiel de la modification du régime de propriété agraire du Reich à l'automne 1933[5] : il propose ainsi la mise en place d'une nouvelle forme de propriété agraire, l'Herbhof, destinée à mettre les paysans à l'abri de l'endettement (en les rendant collectivement responsables des dettes des possesseurs de ces propriétés), mais aussi à éviter le morcellement de la propriété foncière[6].

De même, il participe à la mise en place d'une structure de contrôle des prix et de la production des denrées alimentaires, le Reichsnährstand (RNS), dont il pilote la politique depuis Berlin[7], comme secrétaire d'État à l'alimentation auprès de Richard Darré, son ministre de tutelle[8]. Extrêmement fier de cette structure, proche dans son organisation interne du Front du Travail, il est un propagandiste actif de celle-ci auprès des responsables économiques du Reich, souhaitant non seulement placer sous son contrôle l'industrie des machines agricoles[9], mais aussi, à la suite de la décevante moisson de 1934, être un acteur incontournable dans le volet alimentaire de la politique autarcique du régime[10].

Responsable de l'approvisionnement alimentaire du Reich et de son armée[modifier | modifier le code]

Acteur depuis 1936 de la constitution de réserves de céréales dans le Reich, de plus en plus proche de Göring[11], il est nommé en 1938 mandataire spécial pour la construction d'entrepôts de céréales. À ce titre, il poursuit la politique de construction de silos et de hangars de dimensions importantes, stockant 5,5 millions de tonnes de céréales en juin 1939[12]. La baisse constante de ces stocks à partir de la fin 1940 l'incite à mettre en place une politique de contrôle strict de la consommation de ces denrées par la suite, aussi bien dans le Reich, que dans les territoires qu'il contrôle à partir de 1939[13]. Il devient ainsi l'un des principaux acteurs de la politique d'extermination par les faim des populations polonaises et russes peuplant les territoires occupés par le Reich[14] : au début du mois de mai 1941, il quantifie à 30 millions d'individus la nombre de personnes parmi la population soviétique à faire mourir de faim pour permettre la satisfaction des besoins alimentaires du Reich et de ses armées, ses estimations sont reprises dans les mois qui suivent par Himmler et Göring dans l'élaboration de leurs projets respectifs[15].


En 1941, lors de phase de préparation de l'invasion de l'Union Soviétique, les services de Backe, alors secrétaire d'État à l'agriculture, préparent, une fois l'accord de Göring et Hitler obtenu en janvier 1941 et en lien avec les services économiques de la Wehrmacht[16], les "Directives de politique économique pour l'organisation économique Est", rendues publiques le 23 mai 1941[17]. Dans ces consignes, les conditions d'alimentation des territoires à conquérir en Union Soviétique sont précisément étudiées, afin de dégager des excédents alimentaires pour les armées du Reich en campagne à l'Est[18] : ainsi, conscient de la faiblesse des surplus dégagés par l'exploitation de Ukraine[14], il ordonne la rédactions d'instruction dont l'application doit entraîner une famine sans précédent dans les villes soviétiques[19], ces dernières se retrouvant exclues des zones à approvisionner[14]. Mettant ces principes en application, il refuse, en septembre 1941, aux services économiques de la Wehrmacht, la livraison massive de denrées alimentaires, exigeant l'application des directives prises six mois plus tôt[20].

Ainsi, planifié par Konrad Meyer-Hetling, le concepteur du Schéma Général de l'Est, non en fonction des besoins de la population autochtone, mais des besoins alimentaires du Reich, le « plan de la faim » doit non seulement détourner en faveur du Troisième Reich les ressources alimentaires des territoires conquis à l'est quitte à en affamer leurs populations. Il est l'un des responsables de la famine qui fit, selon l'historien de l'université Yale Timothy Snider, 4,2 millions de morts en Union soviétique pendant l'occupation allemande[21], mais aussi faciliter, après le conflit, les projets planifiés d'aménagement de l'Est de l'Europe[22]

Au cours de l'été 1942, ses exigences en matières de denrées alimentaires poussent certains responsables allemands dans les territoires occupés à accélérer la politique d'extermination des Juifs, notamment en Pologne[23].

Acteur de la politique économique du Reich en guerre, il prend part à l'ensemble des décisions économiques jusqu'à la fin du conflit : ainsi, en octobre 1944, il approuve l'augmentation massive des retraites dans le Reich aux abois[24]. Enfin, dans les derniers jours du conflit, au début du printemps 1945, il tente de parer au plus pressé, et essaie d'approvisionner Berlin afin d'éviter à la capitale du Reich une crise alimentaire tout en planifiant un programme d'urgence de production de matériel agricole[25]

Après la fin des hostilités[modifier | modifier le code]

Membre important de la SS, mais jugé peu « compromis » par les dirigeants du Reich qui s'installent à la suite du suicide de Hitler[26], il conserve néanmoins ses fonctions, alors purement décoratives[27], de ministre de l'alimentation dans le gouvernement mis en place à partir du 2 mai 1945. Dönitz non seulement le maintient dans ses fonctions, mais aussi le mandate pour conseiller les autorités d'occupation américaines après la capitulation[28].

Mis en accusation devant le tribunal de Nuremberg dans le cadre du procès des Ministères, il se suicide en se pendant dans sa cellule le 6 mai 1947.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Götz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands. : Une dictature au service du Peuple, Paris, Flammarion,‎ 2005 (édition utilisée : champs histoire 2008) (ISBN 978-2-0812-1809-3)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Chistian Baechler, Guerre et extermination à l'Est : Hitler et la conquête de l'espace vital. 1933-1945, Paris, Tallandier,‎ , 524 p. (ISBN 978-2-84734-906-1) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Martin Broszat, L'État hitlérien : L'origine et l'évolution des structures du troisième Reich, Paris, Fayard,‎ 1985 (édition utilisée), 625 p. (ISBN 978-2-213-01402-9) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Christopher R. Browning, Les origines de la Solution finale : L'évolution de la politique antijuive des nazis septembre 1939 - mars 1942, Paris, Les Belles Lettres (édition utilisées : Point Collection Histoire),‎ , 1023 p. (ISBN 978-2-251-38086-5) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Saul Friedländer, Les Années d'extermination : L'Allemagne nazie et les Juifs. 1939-1945, Paris, Seuil,‎ , 1032 p. (ISBN 978-2-7578-2630-0)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Christian Ingrao, Croire et détruire : Les intellectuels dans la machine de guerre SS, Paris, Fayard (ed.utilisée : Pluriel),‎ , 703 p. (ISBN 978-2-8185-0168-9)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Ian Kershaw, La Fin : Allemagne, 1944-1945, Paris, Seuil,‎ , 665 p. (ISBN 978-2-02-080301-4) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Peter Longerich, Himmler : L'éclosion quotidienne d'un monstre ordinaire [« Heinrich Himmler. Biographie »], Paris, éditions Héloise d'Ormesson,‎ , 917 p. (ISBN 978-2-35087-137-0)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Timothy Snyder: Bloodlands: Europa zwischen Hitler und Stalin. C.H. Beck, München 2011, ISBN 978-3-406-62184-0
  • Adam Tooze, Le salaire de la destruction : Formation et ruine de l'économie nazie, Paris, Les Belles Lettres,‎ , 806 p. (ISBN 978-2-251-38116-9) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Notes et références[modifier | modifier le code]