Rudolf Hess

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Rudolf Hess
Rudolf Hess, en 1935.
Rudolf Hess, en 1935.
Fonctions
Stellvertreter des Führers
Élection 21 avril 1933 - 12 mai 1941
Gouvernement Cabinet Hitler
Successeur Martin Bormann
Biographie
Nom de naissance Rudolf Walter Richard Hess
Date de naissance 26 avril 1894
Lieu de naissance Alexandrie (Égypte)
Date de décès 17 août 1987 (à 93 ans)
Lieu de décès prison de Spandau, Berlin (Allemagne)
Nationalité Allemagne
Parti politique NSDAP
Conjoint Ilse Pröhl (1900-1995)
Enfant(s) Wolf Rüdiger Hess
Diplômé de Université de Munich
Profession Chef de la chancellerie du NSDAP

Signature

Rudolf Walter Richard Hess (en allemand Heß, API : [hɛs]), né le 26 avril 1894 à Alexandrie (Égypte) et mort le 17 août 1987 à la prison de Spandau à Berlin (République fédérale d'Allemagne) est une personnalité majeure du Troisième Reich.

Après avoir été le compagnon influent d'Adolf Hitler dès ses débuts politiques, il en devient le représentant officiel auprès du parti nazi (chef de la chancellerie du NSDAP) et participe activement en 1935 à la rédaction des lois de Nuremberg.

En Mai 1941, il s'envole secrètement pour l'Écosse afin d'informer la Grande-Bretagne de la prochaine entrée en guerre contre URSS, et de proposer un traité de paix entre l'Allemagne le Royaume-Uni[1][réf. insuffisante]. À son arrivée, il est arrêté et emprisonné jusqu'à la fin de la guerre par les autorités britanniques.

Lors du procès de Nuremberg, il est condamné pour complot et crime contre la paix à l'emprisonnement à perpétuité, peine qu'il purge dans la prison de Spandau à Berlin-Ouest. En 1987, après quarante-six années de détention, il est retrouvé pendu dans le cabanon de jardin situé dans l'enceinte de la prison.

Biographie[modifier | modifier le code]

1894-1914 : Origines[modifier | modifier le code]

Fritz Hess, le père de Rudolf Hess.

Rudolf Hess naquit le 26 avril 1894 à Alexandrie en Égypte. Son père, Fritz Hess, était un commerçant allemand puritain et strict tandis que sa mère était indulgente et pieuse[2]. Sa famille comptait trois enfants, dont il était l'aîné, et habitait une villa de trois étages située dans la banlieue d'Ibrahimieh[3]. Bien que le père de Rudolf fût assez aisé pour employer du personnel de maison, la mère se chargea seule de l'éducation de Rudolf jusqu'à l'âge de six ans[3]. Rudolf Hess entra alors à l'école allemande protestante, qui ne disposait que d'une seule pièce en raison du faible nombre de familles allemandes vivant à Alexandrie[4]. Cependant, Fritz le retira rapidement, jugeant l'école insuffisante, et le fit éduquer à la maison en embauchant des précepteurs. Par la suite, il l'envoya alors dans un pensionnat allemand[4]. À l'âge de quatorze ans, il quitta l'Égypte pour l'Allemagne afin d'étudier à Bad Godesberg, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie dans une école protestante[2],[5].

En Allemagne, Rudolf fut choqué de constater que ses condisciples le considéraient comme un étranger[5]. Il voulait devenir ingénieur ou scientifique, mais son père, qui gérait sa propre entreprise, avait prévu qu'il prendrait sa succession[6]. Après trois ans, il obtint son certificat d'études intermédiaires et s'inscrivit à l'« École supérieure de Commerce », un pensionnat situé à Neuchâtel, en Suisse[7]. La perspective de devenir un homme d'affaires répugnait à Rudolf, qui n'osait toutefois pas en parler ouvertement à son père. Néanmoins, il s'efforça sans succès de le faire changer d'avis. N'osant pas se rebeller ouvertement, il se plia à la volonté paternelle. En compensation, son père lui offrit de l'envoyer à Oxford lorsqu'il aurait terminé ses études commerciales[7]. Après avoir réussi de justesse, Rudolf suivit une formation commerciale complémentaire à Hambourg[8].

À cause du chauvinisme pro-allemand de son père, Rudolf Hess n'a jamais vraiment pu connaître l'Égypte : son monde se résumait à une éducation allemande prodiguée dans un milieu d'expatriés allemands[9]. Cependant, le seul enseignant qui marqua vraiment Rudolf fut l'un de ses précepteurs à Alexandrie, Abdul-Aziz Effendi, un Égyptien qui lui donnait des leçons d'arabe[9].

Dans les années 1900, la famille Hess commença à se rendre plus souvent en Allemagne, car Fritz avait acheté un terrain dans le Fichtelgebirge, à l'est de Bayreuth et avait fait bâtir une maison à Reicholdsgrün, un petit village à dix kilomètres environ au nord-ouest de Wunsiedel[9]. Durant les vacances, Rudolf ne pouvait pas voyager beaucoup, même durant le trajet entre Alexandrie et Reicholdsgrün[10]. Pendant qu'il était à l'école en Allemagne, Rudolf passait Noël chez un oncle qui vivait à Mainkur (de), près de Francfort-sur-le-Main. Celui-ci l'emmenait souvent assister à des opéras à Francfort, ce qui développa chez Rudolf un intérêt pour la musique, notamment pour Ludwig van Beethoven ou Eugen d'Albert[11].

1914-1920 : Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Au début de la Première Guerre mondiale en 1914, et pour la première fois de sa vie, Rudolf Hess, alors âgé de vingt et un ans, se rebella contre son père, après une altercation avec celui-ci alors qu'ils étaient à la villa de Reicholdsgrün. Il refusa de retourner à son stage commercial à Hambourg[12]. Dans un élan de nationalisme et de patriotisme, Hess se rendit à Munich et s'enrôla dans le 7e régiment bavarois d'artillerie de campagne[13]. Le 18 septembre 1914, il fut transféré à la 1re compagnie du 1er régiment d'infanterie (König), un des régiments bavarois les plus prestigieux[14].

Le 4 novembre 1914, Rudolf fut envoyé au front, à ce moment stabilisé dans ce qui allait devenir la guerre des tranchées, alors que seuls 25 % des membres de sa compagnie étaient des soldats expérimentés[14]. Hess connut son baptême du feu lors de la bataille qui avait pour but de percer les lignes ennemies à Ypres[15]. Il passa l'hiver de 1914-1915 en Somme et en Artois autour d'Arras[15]. Le 21 avril 1915, il fut promu lance-caporal (de) et reçut la Croix de fer de seconde classe pour bravoure en défendant sa position contre une attaque ennemie[15]. Un mois plus tard, il fut promu caporal[16]. Rudolf Hess se portait toujours volontaire pour les patrouilles de reconnaissance et les raids et il conservait son sang-froid de manière exemplaire lors des attaques ennemies[17]. En juin 1916, son unité fut transférée de la Somme à Verdun en renfort[17]. Rudolf fut confronté à toutes les horreurs de la guerre durant la bataille de Verdun qui débuta pour lui le 12 juin 1916[17]. Il écrivit à un cousin qu'il avait dû subir des barrages d'artillerie ennemis pendant plusieurs jours et qu'il avait dû dormir dans une tranchée où gisait la moitié du corps d'un soldat français[17]. Le 21 septembre 1916, il fut gravement blessé près du Fort de Douaumont par des éclats qui l'atteignirent au dos et aux jambes[17].

Pendant sa convalescence à l'hôpital, il lisait beaucoup, surtout des récits des exploits des aviateurs tels que Max Immelmann, Oswald Boelcke et Manfred von Richthofen[17]. L'esprit chevaleresque des combats aériens attira Rudolf Hess au point de déposer une demande de transfert à la Luftstreitkräfte, le corps aérien impérial ; elle fut refusée[18]. Alors qu'il était en congé de convalescence à Reicholdsgrün, il envoya une seconde demande qui fut elle aussi refusée[19]. En fait, il fut promu vice-sergent (de) le 4 décembre 1916 et reçu l'ordre de se rendre en Roumanie en tant que commandant de peloton dans la 10e compagnie de la Réserve bavaroise d'infanterie, Régiment no 18[19]. Son unité combattait dans les montagnes bordant la Transylvanie lorsqu'il fut blessé de nouveau le 25 juillet 1917 par des éclats dans le haut du bras[19]. Cependant, Rudolf ne considéra pas ces blessures sérieuses et fut de retour au combat quelques jours plus tard[19]. Il fut blessé plus gravement à Focşani, durant la dernière offensive contre les Roumains, lorsqu'il fut atteint d'une balle au poumon[19]. Il saignait à profusion tout en étant inconscient ; il survécut de justesse à cette blessure après avoir été transporté à un point d'évacuation sanitaire à Kézdivásárhely[19]. Il demeura plusieurs mois en convalescence à l'hôpital militaire et à Reicholdsgrün[20]. Le 8 octobre 1917, il reçut sa promotion au grade de lieutenant par la poste[20].

Après un examen médical qui le déclara inapte au métier de fantassin, il fut finalement transféré dans l'armée de l'air en tant que pilote[6],[19]. Son entraînement de pilote était supposé débuter au printemps 1918[20]. Cependant, avant de se présenter à sa nouvelle affectation, il dut accomplir une dernière tâche en tant que fantassin : escorter une compagnie d'infanterie au front ouest[20]. Alors qu'il exécutait cette mission sous les ordres du premier lieutenant, le baron, von Tubeuf, il remarqua un caporal autrichien qui se tenait à côté de lui et qui portait la Croix de fer de première classe, et dont la tâche était de livrer les messages aux différentes unités quand le téléphone de campagne devenait inopérationnel. Il s'agissait en fait d'Adolf Hitler[20]. Peu après, il rejoignit l'école de pilotage du Camp Lechfeld près d'Augsbourg[21]. C'est à cette école de pilotage que Rudolf Hess se fit l'un de ses premiers vrais amis, le lieutenant Max E. Hofweber, qui devint plus tard le directeur de la Heinrich Lanz AG à Mannheim[21]. Rudolf Hess apprit à piloter durant le printemps et l'été 1918 et effectua son premier vol en solo à Ried à bord d'un Fokker D.VII[21]. En essayant d'impressionner ses cousins qui vivaient par là, Rudolf écrasa accidentellement son avion dans un pré près de Ried ; il s'en sortit indemne[21]. Son entraînement se termina en octobre 1918 et il fut transféré à l'escadron de chasse 35 sur le front ouest[21]. Son engagement au front ne dura qu'une seule semaine et se limita à quelques missions de vol sans incident, lors de la bataille aérienne finale au-dessus de Valenciennes[21]. La guerre s'acheva avant qu'il n'abatte un seul avion ennemi[21]. L'armistice signé le 11 novembre 1918 entraîna la dissolution de l'escadron 35. Hess partit donc en congé à Reicholdsgrün[22] et fut officiellement démis de ses fonctions militaires le 13 décembre 1918[23].

Pendant ce temps, en Égypte, la firme Hess & Co. avait été expropriée par les Britanniques victorieux[21]. Fritz Hess effectua un voyage en Égypte afin de négocier et de reconstruire son entreprise ; il n'avait toutefois plus les moyens d'envoyer son fils à l'université[21]. De plus, Rudolf Hess n'avait pas les pré-requis nécessaires[21]. Cependant, dans l'État libre de Bavière, tous les militaires retraités disposaient d'une dérogation gouvernementale leur permettant de s'inscrire dans une université bavaroise avec seulement un diplôme d'études intermédiaires[21]. Rudolf s'y rendit en février 1919 et étudia l'économie politique dans une université de Munich[6],[21]. Ses études furent vite interrompues par la Révolution allemande, à laquelle il s'opposa en s'engageant dans le Corps franc de Franz von Epp. Après quoi, il retourna de nouveau aux études pour étudier l'économie[6]. C'est à cette époque qu'il rencontra sa future épouse, alors âgée de dix-neuf ans[24].

1920-1939 : Ascension dans l'ombre d'Hitler[modifier | modifier le code]

Heinrich Himmler et Rudolf Heß à Dachau en 1936.

Il adhère au NSDAP dès sa création en 1920. Il rencontre Adolf Hitler en 1921 et tombe rapidement sous son influence. Lorsque Adolf Hitler prend la direction du NSDAP, il devient alors son secrétaire particulier[24]. Contrairement à une idée répandue, ce n'est pas lui mais Karl Haushofer qui est l'inventeur du concept de Lebensraum (espace vital). Il est cependant possible que ce soit Hess qui ait introduit l'idée auprès d'Hitler comme l'un des éléments majeurs de la politique nazie. Cette idée sera développée ultérieurement par d'autres personnes dans la revue qu'il dirige, Zeitschrift für Geopolitik (de) (Cahiers pour la géopolitique).

Cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'hiver de 1936 avec Adolf Hitler.

Rudolf Hess participe en 1923 au putsch de la Brasserie à Munich. Après l'échec de la tentative de coup d'État, il est emprisonné avec Hitler dans la prison de Landsberg et l'aide à la rédaction de Mein Kampf.

Le 20 décembre 1927, Rudolf Hess épousa Ilse Pröhl, une femme de vingt-sept ans originaire de Hanovre.

À sa sortie de prison, Rudolf Hess occupe une position privilégiée en tant qu'adjoint d'Hitler lors des premières années du mouvement nazi. En 1933, Hitler le considère publiquement comme son dauphin, puis comme le troisième homme du régime après Göring. Rudolf Hess engage comme secrétaire personnel Martin Bormann et représente le Führer dans des manifestations mineures. En 1935, il participe activement à la rédaction des lois de Nuremberg. Qualifié de « conscience du Parti », il dispose d'une grande influence de par sa position, bien que celle-ci s'ancre dans l'objectif de servir Hitler et en aucun cas ses ambitions personnelles : il se place de ce fait à distance des intrigues des pontes du régime et limite son rôle politique effectif à « [prononcer] chaque année l’allocution de Noël, [recevoir] les délégations de l'Association des Allemands de l'étranger, [prendre] le café en compagnie de mères de famille nombreuses et assumer, outre quelques tâches charitables, le patronage de congrès de second ordre. De même avait-il le privilège d'annoncer de la tribune, lors des cérémonies solennelles, l'arrivée du Führer »[25].

Le 18 novembre 1937, naît son unique fils nommé Wolf Rüdiger Hess[26] qui a Hitler pour parrain.

1939-1945 : Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

La marginalisation de son rôle politique s'accroît lors des premières années de la Seconde Guerre mondiale[27], qui focalise toute la primauté politique sur les stratèges d'Hitler : Hermann Göring, Joseph Goebbels et Heinrich Himmler. Il est cependant nommé membre du Conseil de la défense du Reich dès 1939 et assiste Hitler lors de la signature de l'armistice français de 1940 à Rethondes.

Les débris du Messerschmitt Bf 110 de Hess.

Le 10 mai 1941, Rudolf Hess pilote un Messerschmitt Bf 110 jusqu'au Nord du Royaume-Uni, il subit des tirs de DCA et saute en parachute dans l'Ayrshire en Écosse. Il se casse la cheville à son atterrissage et est fait prisonnier par les autorités britanniques.

Il demande alors à rencontrer le duc d'Hamilton qu'il dit connaître depuis une visite officielle du prince de Galles en Allemagne avant la guerre. Il pense que le duc serait un bon médiateur, au service de lord Halifax, opposant et successeur potentiel de Winston Churchill. La motivation de Hess est la suivante : entamer un processus de paix, laissant à l'Allemagne sa politique d'expansion vers l’Est sur le continent européen, en échange de l'intégrité de l'Empire britannique[28]. Selon Martin Allen[29], mais également le livre de l'historien Peter Padfield paru en 2013[30], Rudolf Hess serait parti à la demande d'Hitler avec mission d'informer la Grande-Bretagne de la prochaine entrée en guerre avec l'Union soviétique et de proposer un traité de paix[25].

Les services secrets avaient encouragé le Premier ministre britannique à accepter d'ouvrir des discussions avec des représentants de l'Allemagne nazie pour laisser penser qu'une paix était envisageable. Pour rendre crédible cette opération, la stratégie consistait à laisser croire qu'une fois que Winston Churchill serait mis en opposition à la Chambre des Lords, Lord Halifax – son successeur le plus crédible – accepterait de négocier un arrêt des hostilités. À cette époque, l'Empire britannique supportait seul l'effort de guerre et la politique de Churchill était mise en doute par une minorité. Une petite partie de la classe politique souhaitait l'arrêt des hostilités afin de préserver l'Empire. Les bombardements de Londres lors de l'automne 1940 avaient en réalité soudé le peuple britannique contre l'ennemi.

Rudolf Hess est emprisonné quelque temps à la tour de Londres. Hitler prétend alors que Hess est devenu fou, et qu'il a agi de sa seule initiative ; le Führer n'en est pas moins grandement affecté pour ce qu'il considère comme une évasion « plus grave que la désertion d'un corps d'armée »[28]. Toutefois, le colonel SS Otto Skorzeny affirme dans son livre La Guerre inconnue qu'Hitler était parfaitement au courant du projet de Rudolf Hess de partir négocier en Grande-Bretagne[réf. nécessaire]. Les seuls témoignages contemporains en ce sens sont ceux du général Karl-Heinrich Bodenschatz, officier de liaison de Göring auprès d'Hitler, de l'ordonnance de ce dernier, Heinz Linge, du Gauleiter Ernst Wilhelm Bohle (en) (auquel Hess avait demandé de traduire en anglais des brouillons de lettres) et des deux aides de camp de Hess, Leitgen et Pintsch[31]. Certains y voient plutôt un esprit romantique cherchant à obtenir une paix séparée avec les Britanniques. De l’avis de l'historien Joachim Fest et des spécialistes qu'il invoque, il s'agirait davantage de la conséquence d'une neurasthénie, de la désacralisation de la personne d'Hitler, d'une volonté de « désobéissance constructive » ou de la volonté de surmonter la dépréciation dont il faisait l'objet[32].

Martin Bormann lui succède au poste d'adjoint et Hess passe le reste de la guerre au Royaume-Uni, à Maryhill Barracks (en) au nord de Glasgow en Écosse, puis à Mytchett (en) dans le Surrey. Les médecins qui l'y soignent relèvent sa « folie de la persécution » et des tendances hypocondriaques l'amenant à penser qu'on tente de l'empoisonner. Cela est également perceptible dans les Mémoires qu'il a rédigées pendant sa captivité[33]. À partir de l'automne 1943, il commence à manifester des symptômes d'amnésie, jusqu'au 4 février 1945 où il revient à ses esprits en entretenant des délires antisémites et tente de se suicider avant d'entamer une grève de la faim[34]. Il déclarera par la suite avoir feint la maladie ; Joachim Fest note à ce sujet : « Sa foi intacte dans le Führer, le mépris qu'on lui témoignait sous prétexte qu'il était un traître et un fou, la découverte des crimes commis par le régime, l'effondrement du Reich, la rencontre avec les partenaires de naguère — autant de contradictions et de tensions qu'il n'était plus en mesure d'assumer »[35].

1946-1987 : Procès de Nuremberg et emprisonnement[modifier | modifier le code]

Rudolf Hess au procès de Nuremberg (au premier rang, deuxième depuis la gauche).
Rudolf Hess prisonnier à la prison de Nuremberg en 1945.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Rudolf Hess est jugé au procès de Nuremberg pour complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Au cours du procès, il ne se reconnaît coupable d'aucun de ces crimes et se dit même fier d'avoir servi son maître, Adolf Hitler, et le peuple allemand. Il va jusqu'à invoquer son action en Écosse où il avait tenté, selon lui, de mettre fin à la guerre entre l'Allemagne et le Royaume-Uni au péril de sa vie. Il est alors persuadé qu'à sa place, Hitler aurait observé les mêmes réactions et la même réserve par rapport au tribunal, à l'inverse d'un Göring versé dans les « manifestations grandiloquentes »[36]. Des quatre chefs d'accusation, seuls sont finalement retenus le complot et les crimes contre la paix. Il est condamné à la prison à perpétuité, sanction qui sera appliquée sans remise de peine. Le 27 mai 1948, un psychiatre rédige un certificat soulignant qu'« à l'heure actuelle, Hess ne souffre d'aucun dérangement mental »[37]. Jean Delay qui l'a examiné durant le procès avec le psychiatre britannique Donald Ewen Cameron avaient conclus à une « amnésie hystérique ».

Pendant les années qui suivent, il est le prisonnier « numéro 7 », étant donné qu'il occupe la cellule portant ce numéro[38]. Après les libérations de Baldur von Schirach et d'Albert Speer, qui ont purgé leurs peines de vingt ans en octobre 1966, il reste le dernier et unique prisonnier de la prison de Spandau de 1966 à 1987[38]. Après le départ de ces deux derniers prisonniers, la cellule numéro 7, qui ne mesurait que deux mètres par trois, devint le logement à un seul lit le plus dispendieux du monde, avec son coût journalier de deux mille huit cents Marks, entièrement financé par l'Allemagne de l'Ouest[39].

Les forces alliées, les États-Unis, l'URSS, la France et le Royaume-Uni, trouvaient important de garder Rudolf Hess dans la prison de Spandau, notamment en tant que dernier symbole de leur alliance, qui commençait à s'effriter[38]. À lui seul, Rudolf Hess avait trois gardes armés, vingt fonctionnaires de pénitencier, dix-sept civils, quatre médecins, un aumônier et quatre directeurs de prison[39]. Ses aumôniers (Charles Gabel de 1977 à 1986, Michel Roehrig de 1986 à 1987) affirment que, contrairement aux idées reçues, Hess n'avait rien d'un fou, ou d'une personne psychologiquement fragile. Une pratique initiée en 1947 consistait à retirer les articles concernant le nazisme ou les personnalités du troisième Reich des journaux qui était remis aux prisonniers afin d'éviter qu'ils ne puissent se considérer comme étant des figures ayant marqué l'histoire[40]. Durant tout le temps de son emprisonnement, Rudolf Hess ne fut pas autorisé à parler avec la presse et n'eut droit qu'à une seule visite par mois, d'une durée maximale de trente minutes, le visiteur devait être un membre de sa famille immédiate[41]. De plus, les quatre directeurs de la prison devaient être présents lors de ces visites[41]. Rudolf Hess avait le droit de recevoir des cahiers en prison, mais seulement pour écrire des lettres ou des notes ; une fois remplis, ces cahiers étaient détruits par les gardiens afin d'éviter qu'il puisse écrire ses mémoires, et de ne pas risquer qu'il soit glorifié par la suite[42].

1987 : Décès et conséquences[modifier | modifier le code]

« Les martyrs ne meurent jamais ! » Manifestation néonazie en mémoire de Rudolf Hess à Wunsiedel (2004).

Le 17 août 1987, âgé de quatre-vingt-treize ans, il est retrouvé pendu à un fil électrique. Sa mort est classée comme un suicide, bien que son fils Wolf Rüdiger Hess ait toujours défendu la thèse d'un assassinat perpétré par les SAS ou la CIA[43]. L'un des brancardiers de la prison de 1982 à 1987, Abdallah Melaouhi, défend la thèse de l'assassinat dans son livre Ich sah seinen Mördern in die Augen[44]. La thèse de l'assassinat est défendue par la famille de la victime, ainsi que par les néonazis qui voient à travers cette mort un martyr. Les médecins légistes britanniques confirment néanmoins la thèse du suicide.

Un article du quotidien britannique The Independent du 10 septembre 2013 relance le débat sur la thèse de l'assassinat par deux membres du SAS. Âgé de 93 ans et rongé par l'arthrite, Hess, selon son fils Wolf, aurait eu du mal à se hisser seul et se pendre[45].

L'épitaphe « Ich habs gewagt » (« J'ai osé ») ornait la tombe de Rudolf Hess. Cette phrase énigmatique alimente une controverse. Les hypothèses sur ce qu'il aurait « osé » sont diverses : se supprimer, avoir agi comme il le fit au cours de la Seconde Guerre mondiale, avoir essayé de faire la paix avec le Royaume-Uni, etc.

Après la mort de Hess, la prison de Spandau fut détruite sur décision des forces d'occupation de Berlin, les Soviétiques voulant notamment éviter d'en faire un lieu de « pèlerinage ». Cependant, des Allemands et d'autres Européens se retrouvèrent à Wunsiedel, ville d'origine de sa famille paternelle où il était enterré, pour une « marche de la mémoire ». Ces manifestations se renouvelaient chaque année, le jour anniversaire de la mort de Hess. Elles furent interdites de 1991 à 2000, mais les marches eurent quand même lieu dans différentes villes des alentours. En 2002, les marches furent de nouveau autorisées. Celles de 2002 et de 2003 rassemblèrent plus de cinq cents personnes[46].

Le 17 août 2010, le conseil municipal de Karlsruhe interdit une manifestation organisée par une association néo-nazie et prévue pour le 21 août en mémoire de Hess[47].

Le 21 juillet 2011, le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung rapporte que les restes de Hess ont été exhumés et sa tombe détruite, notamment pour empêcher d'éventuels rassemblements néo-nazis. Ses restes devraient être incinérés puis ses cendres dispersées, selon la volonté de ses héritiers[48].

Décorations[modifier | modifier le code]

Croix de fer, seconde classe, de 1914.

Rudolf Hess a reçu la Croix de fer, seconde classe, le 21 avril 1915 pour un acte de bravoure accompli alors qu'il était simple soldat d'infanterie au front de l'ouest de la Somme durant la Première Guerre mondiale[15]. Il l'a reçue en défendant sa position contre une attaque ennemie[15].

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

  • La tentative de paix séparée avec l'Angleterre initiée par Hess est au centre du roman de Christopher Priest, La Séparation.
  • Hess est présent dans les tomes 2 (Défaite éclair, coll. « Sale caractère », 1987) et 3 (Requiem pour un Pimpf, coll. « Sale caractère », 1988) de La Patrouille des libellules par Yann le Pennetier (scénario) et Marc Hardy (dessin).
  • Hess apparait dans les deux derniers tomes de la trilogie de Jean d'Ormesson (Tous les hommes en sont fous et Le bonheur à San Miniato). Il y donne une version romantique de son saut en parachute sur l'Angleterre

Cinéma[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Peter Padfield, Hess, Hitler & Churchill, 2013.
  2. a et b Rudolf Hess The Last Nazi, p. 14
  3. a et b Rudolf Hess The Last Nazi, p. 46
  4. a et b Rudolf Hess The Last Nazi, p. 48
  5. a et b Rudolf Hess The Last Nazi, p. 51
  6. a, b, c et d Rudolf Hess The Last Nazi, p. 15
  7. a et b Rudolf Hess The Last Nazi, p. 53
  8. Rudolf Hess The Last Nazi, p. 54
  9. a, b et c Rudolf Hess The Last Nazi, p. 49
  10. Rudolf Hess The Last Nazi, p. 50.
  11. Rudolf Hess The Last Nazi, p. 52.
  12. Rudolf Hess The Last Nazi, pp. 54-55
  13. Rudolf Hess The Last Nazi, p. 55
  14. a et b Rudolf Hess The Last Nazi, p. 58.
  15. a, b, c, d et e Rudolf Hess The Last Nazi, p. 59.
  16. Rudolf Hess The Last Nazi, pp. 59-60.
  17. a, b, c, d, e et f Rudolf Hess The Last Nazi, p. 60.
  18. Rudolf Hess The Last Nazi, pp. 60-61
  19. a, b, c, d, e, f et g Rudolf Hess The Last Nazi, p. 61
  20. a, b, c, d et e Rudolf Hess The Last Nazi, p. 62
  21. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Rudolf Hess The Last Nazi, p. 63
  22. Rudolf Hess The Last Nazi, pp. 63-64
  23. Rudolf Hess The Last Nazi, p. 64.
  24. a et b Rudolf Hess The Last Nazi, p. 16
  25. a et b Joachim Fest, Les Maîtres du IIIe Reich, Grasset, Collection Le Livre de Poche Référence, 1965 [rééd. 2011], pages 363-364.
  26. Rüdiger vient de la La Chanson des Nibelungen, le conte préféré de son père.
  27. Joachim Fest, Les Maîtres du IIIe Reich, Grasset, Collection Le Livre de Poche Référence, 1965 [rééd. 2011], page 365.
  28. a et b Joachim Fest, Les Maîtres du IIIe Reich, Grasset, Collection Le Livre de Poche Référence, 1965 [rééd. 2011], page 366.
  29. Martin Allen, The Hitler/Hess Deception : British Intelligence's Best-Kept Secret of the Second World War, HarperCollins UK,‎ 2004, 324 p.
  30. Peter Padfield, Hess, Hitler & Churchill, 2013.
  31. François Kersaudy, Les secrets du IIIe Reich, Perrin, 2013 (ISBN 978-2262037529), [EPUB] (ISBN 9782262041694), emplacements 2460 et suiv. sur 6948.
  32. Joachim Fest, Les Maîtres du IIIe Reich, Grasset, Collection Le Livre de Poche Référence, 1965 [rééd. 2011], page 368.
  33. Joachim Fest, Les Maîtres du IIIe Reich, Grasset, Collection Le Livre de Poche Référence, 1965 [rééd. 2011], page 369.
  34. Joachim Fest, Les Maîtres du IIIe Reich, Grasset, Collection Le Livre de Poche Référence, 1965 [rééd. 2011], pages 370-371.
  35. Joachim Fest, Les Maîtres du IIIe Reich, Grasset, Collection Le Livre de Poche Référence, 1965 [rééd. 2011], pages 371-372.
  36. Joachim Fest, Les Maîtres du IIIe Reich, Grasset, Collection Le Livre de Poche Référence, 1965 [rééd. 2011], page 372.
  37. Joachim Fest, Les Maîtres du IIIe Reich, Grasset, Collection Le Livre de Poche Référence, 1965 [rééd. 2011], pages 374-375.
  38. a, b et c Rudolf Hess The Last Nazi, p. 13.
  39. a et b Rudolf Hess The Last Nazi, p. 13-14.
  40. Rudolf Hess The Last Nazi, p. 18.
  41. a et b Rudolf Hess The Last Nazi, p. 20.
  42. Rudolf Hess The Last Nazi, p. 33.
  43. Crime through time, Par Stephen Richards, p.253
  44. Abdallah Melaouhi, Ich sah seinen Mördern in die Augen, Kopp Verlag
  45. « his son, Wolf, had previously insisted that the height was insufficient for his father, crippled by arthritis, to hang himself » in http://www.independent.co.uk//news/uk/crime/adolf-hitlers-nazi-deputy-rudolf-hess-murdered-by-british-agents-to-stop-him-spilling-wartime-secrets-8802603.html
  46. (de) Thomas Dörfler, Andreas Klärner, Der „Rudolf-Heß-Gedenkmarsch” in Wunsiedel. Rekonstruktion eines nationalistischen Phantasmas, Mittelweg 36, Heft 4/2004, S. 74-91.
  47. (de) Karlsruhe verbietet Heß-Marsch.
  48. (fr) La tombe du bras droit d'Hitler a été détruite

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • * Lord James Douglas-Hamilton (trad. Frank Straschitz, préf. Sir Alan Bullock K.B.), Histoire secrète de la mission Rudof Hess [« The truth about Rudolf Hess »], Paris, Laffont, coll. « Histoire que nous vivons »,‎ 1972
  • Eugene K. Bird, Rudolf Hess dévoile son mystère, Paris, L'Air du Temps, Gallimard, 1975
  • Charles A. Gabel, Conversations interdites avec Rudolf Hess : 1977-1986, Paris, Plon,‎ 1988 (ISBN 978-2-259-01834-0) (épuisé). Nouvelle édition à compte d'auteur sous le titre Rudolf Hess - détenu solitaire de la Prison de Spandau - (Entretiens avec le Numéro 7 de 1977 à 1986), mai 2012. Le texte initial a été revu, augmenté et actualisé en 2012.
  • Wolf Rüdiger Hess (trad. Ilse Meenen, préf. Eric Delcroix, post. Alfred Seidl), La mort de Rudolf Hess, un meurtre exemplaire, Paris, Ed. du Camelot et de la Joyeuse garde,‎ 1996, 268 p. (ISBN 978-2-878-98006-6)
  • Yves Lacoste, Géopolitique : la longue histoire d'aujourd'hui, Paris, Larousse,‎ 2006 (ISBN 978-2-035-05421-0).
  • Roger Mannvel et Heinrich Fraenkel, L'affaire Rudolf Hess, Paris, Stock, 1971
  • William Shirer, Grandeur et décadence du Troisième Reich, Stock, Paris
  • Christopher Priest (trad. Mi­chelle Char­rier), La Séparation, Paris, Denoël,‎ 2008 (1re éd. 2005) (ISBN 978-2-070-35698-0)
  • (en) William Hobart Royce, The Behest of Hess's (Aux ordres de Hess), (en) Philip Rees (éditeur), Biographical dictionary of the extreme right since 1890, New York, Simon & Schuster,‎ 1990 (ISBN 0-130-89301-3).
  • (en) Wulf Schwarzwäller, Rudolf Hess The Last Nazi, États-Unis, National Press Inc. and Star Agency,‎ 1988, 314 p. (ISBN 0-915-76552-7) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Martin Allen, The Hitler/Hess deception : British intelligence's best-kept secret of the Second World War, London, HarperCollins,‎ 2004 (ISBN 978-0-007-14119-7)
  • Peter Padfield, Hess, Hitler & Churchill, 2013.

Articles connexes[modifier | modifier le code]