Camp de concentration de Dora

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Camp de concentration de Dora
Mittelbau Dora.jpg
Photo prise à l'occasion de l'inspection de militaires américains de l'armée de l'air dans le complexe souterrain de Dora Mittelwerk, après la libération du camp en 1945.
Présentation
Nom local Dora-Mittelbau (commune de Nordhausen)
Type Camp de concentration
Gestion
Date de création Août 1943
Géré par SS
Dirigé par Nazi Swastika.svg Karl Otto Koch et Hermann Pister
Date de fermeture 11 avril 1945
Victimes
Nombre de détenus 60 000 prisonniers de vingt-et-un pays différents
Morts 29 350 morts
Géographie
Pays Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Commune d'Allemagne Nordhausen
Coordonnées 51° 32′ 07″ N 10° 44′ 55″ E / 51.5353, 10.7486 ()51° 32′ 07″ Nord 10° 44′ 55″ Est / 51.5353, 10.7486 ()  

Géolocalisation sur la carte : Allemagne

(Voir situation sur carte : Allemagne)
Camp de concentration de Dora

Le camp de Dora, également appelé Nordhausen-Dora, est un camp de concentration nazi créé en août 1943 comme dépendance du camp de Buchenwald et destiné à la fabrication de missiles V2. Il devient un camp de concentration autonome en octobre 1944 sous le nom de Dora-Mittelbau.

Environ 60 000 prisonniers de vingt-et-un pays y sont passés et on estime que plus de 20 000 y sont morts.

« C'est là que la conquête spatiale a commencé » (Robert Carrière, résistant toulousain, rescapé de Dora[1]).

Histoire[modifier | modifier le code]

Les origines[modifier | modifier le code]

Depuis que l'Allemagne est menacée, en particulier après Stalingrad (début 1943), le ministère de l'armement et la SS collaborent étroitement afin de mobiliser toute la main-d'œuvre disponible pour la « guerre totale ». Les détenus des camps de concentration et les travailleurs forcés doivent eux aussi être employés dans l'industrie d'armement.

Les 17 et 18 août 1943, le centre de recherche sur les fusées (« armes de représailles » (armes V) prônées par Goebbels) de Peenemünde sur la Baltique est bombardé ; aussi, la décision est prise de placer l'usine d'assemblage des fusées dans un lieu protégé souterrain. Dès la fin du mois, un site est choisi près de Nordhausen, sur la colline du Kohnstein (en), non loin du camp de Buchenwald sous la dépendance duquel le camp de Dora est placé. Un vaste réseau de tunnels existe déjà dans la colline, qui est un gisement d'anhydrite.

Chaîne de montage souterraine des V1.
Chaîne de montage de V2 dans le complexe Mittelwerk de Dora.

Le camp[modifier | modifier le code]

Les travaux d'aménagement (août 1943-janvier 1944)

La SS est responsable des travaux d'aménagement. L'« État-major Kammler », dirigé par Hans Kammler, est compétent pour l'ensemble du « Sperrgebiet Mittelbau » (« zone interdite Mittellbau »), qui s'étend au nord jusqu'à Göttingen, au sud jusqu'à Bad Langensalza et à l'est presque jusqu'à Eisleben.

Des détenus de Buchenwald sont affectés à Dora pour aménager les lieux afin d'y installer une usine. Ces hommes sont enfermés jour et nuit dans les tunnels, et, à cause des conditions atroces de vie et de travail, beaucoup meurent au bout de quelques semaines.

L'usine (janvier-octobre 1944)

L'usine, dite Mittelwerk (« usine du centre »), appartient à la SARL Mittelwerk, propriété du ministère de l'armement du Reich.

La production commence en janvier 1944.

C'est seulement au printemps 1944 qu'un camp de baraques est construit à la surface.

Entre septembre 1944 et février 1945, un total de 5.300 V-2 sont fabriqués à Mittelwerk (en), 2.800 sont lancés dont la moitié environ atteignent leur cible : 1.050 tombent sur l’Angleterre, tuant 2.754 personnes et blessant 6.523 autres, détruisant 400.000 maisons, en endommageant plus de 4.000.000. La Belgique connaît le même sort. En octobre 1944, Londres reçoit 25 fusées V-2 par jour et Anvers 10. Le tir le plus meurtrier tombe sur Anvers le 16 décembre 1944 : 561 personnes sont tuées dans un cinéma[2].

Le camp autonome (octobre 1944-avril 1945)

En octobre 1944, le camp de Dora obtient, sous le nom de Dora-Mittelbau, son autonomie. Il se développe en tant que centre d'un vaste complexe avec plus de quarante camps extérieurs et kommandos de travail (Ellrich, Harzungen...), dans presque tous les lieux de la région, réseau de camps et d'installations souterraines renforcé en permanence jusque dans les dernières semaines de la guerre.

Seulement un dixième des prisonniers de Dora sont employés dans l'usine souterraine, où, sous la direction de l'équipe des spécialistes des fusées (Wernher von Braun, Arthur Rudolph), ils travaillent avec des ingénieurs et des travailleurs civils allemands.

Les brutalités sur les prisonniers, les exécutions des saboteurs réels ou présumés et l'assassinat des détenus mal vus en particulier politiquement sont chose courante dans la phase finale.

Bilan humain

Parmi les 60 000 détenus du camp de concentration Mittelbau-Dora, 20 000 trouvèrent la mort, la plupart d'entre eux dans les kommandos de construction : 9 000 d'épuisement au travail, 350 pendus (dont 200 pour sabotage), d'autres abattus ou battus à mort, d'autres enfin sont morts de maladie ou de famine[3].

La libération[modifier | modifier le code]

Amoncellements de cadavres dans la cour du camp de Dora-Nordhausen lors de sa libération par les Alliés le 12 avril 1945.

Le 11 avril 1945, des unités de la IIIe armée américaine libèrent le camp. Ils trouvent quelques centaines de prisonniers que les SS n'avaient pas évacués ainsi que 1 200 morts et mourants dans la Boelcke Kaserne de Nordhausen, où les SS avaient ouvert un camp pour les « inaptes au travail ».

Dans son livre, intitulé The War Time Journal of Charles A, Lindberg, Charles Lindbergh raconte sa visite, le 11 juin 1945, du camp de Dora et des installations souterraines destinées à la production des fusées V1 et V2. Des centaines de V2 sont sur les chaînes d'assemblages. Charles Linbergh est choqué des traitements infligés aux prisonniers. Il lui semble impossible que des hommes civilisés puissent s'abaisser ainsi.

Après la guerre[modifier | modifier le code]

Le devenir des lieux[modifier | modifier le code]

Jusqu'à la fin du mois de juin 1945, des ingénieurs américains sauvegardent les installations de production souterraines et récupèrent documents, machines et fusées complètes, qu'ils transfèrent avec les principaux ingénieurs aux États-Unis.

En juillet 1945, suite au accords de Potsdam, l'administration militaire soviétique responsable de la zone d'occupation orientale, prend en charge les installations encore existantes.

L'ancien camp de baraques sert jusqu'en 1946 de camp pour les réfugiés et est ensuite presque complètement rasé. Les tunnels sont détruits en 1949

Mémorial de Jürgen von Woyski.

En 1946, l'administration militaire soviétique érige un premier monument commémoratif dans la zone du crématoire. En 1949, celui-ci est transféré aux autorités de la ville de Nordhausen.

En 1954, est inauguré un « Monument aux morts du camp de concentration de Dora », transformé dans les années 1960 en « Lieu de mémoire et de commémoration antifascistes » : en 1966 « Lieu de mémoire et de commémoration du camp de concentration de Dora », et en 1975 « Lieu de mémoire et de commémoration Mittelbau ») ; il est actuellement sous la responsabilité de l'arrondissement (Landkreis) de Nordhausen.

Le devenir des scientifiques[modifier | modifier le code]

Plusieurs des scientifiques nazis qui ont travaillé à Dora (sachant comment étaient traités les prisonniers), ont ensuite été « récupérés » par les Américains et les Soviétiques et ont contribué à l'élaboration de la filière balitistique, puis à la conquête spatiale pendant la guerre froide (opération Paperclip du côté américain, département 7 côté soviétique).

Un des plus connus est Wernher von Braun, ingénieur et dirigeant du camp de Dora. Il n'a jamais admis sa responsabilité dans son livre autobiographique, minimisant sa position dans le camp et ne reconnaissant pas les crimes commis sous ses yeux[réf. souhaitée].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Interview sur France-inter le 28 février 2013
  2. Cf. Les V2
  3. (en) Linda Hunt, Secret Agenda: The United States Government, Nazi Scientists, and Project Paperclip, 1945 to 1990, New York, St. Martin's Press,‎ 1991, pages 45, 53, 72-74, 279 et 281 p. (ISBN 0-3120-5510-2)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Michel, Dora, dans l'enfer des camps de concentration, Le Livre de poche, 1960
  • James Mc Govern (trad. Michel Deutsch), La Chasse aux armes secrètes allemandes [« Crossbow and overcast »],‎ 1965 [détail de l’édition]
  • Walter Dornberger, L'arme secrète de Peenemünde : les fusées V2 et la conquête de l'espace, Paris, Arthaud, 1954 (J'ai lu, 1966)
  • Jean Michel, De l'enfer aux étoiles : Dora, le temps de la nuit, Paris, Plon, 1986
  • Charles Sadron, A l'usine de Dora, De l'Université aux Camps de Concentration, Presses universitaires de Strasbourg, 1947
  • P. André Lobstein, Le Bloc 39A du Revier de Dora, De l'Université aux Camps de Concentration, Presses universitaires de Strasbourg, 1947
  • Eugène Greff, A Ellrich, près de Dora, De l'Université aux Camps de Concentration, Presses universitaires de Strasbourg, 1947
  • P. Hagenmuller, L'évacuation de Dora, De l'Université aux Camps de Concentration, Presses universitaires de Strasbourg, 1947
  • M. Petit, Contrainte par corps, Empreinte éditions, 2009
  • Maurice de la Pintière, Dora la mangeuse d'hommes, Paris, Presse d'aujourd'hui, 1993.
Articles
  • Judith Rueff, « Dora, le camp trop bien oublié », Le Monde, 28 avril 1990
  • Jean Mialet (président du Comité européen de Dora-Mittelbau), « Génie technologique et barbarie revenue », lettre parue dans Le Monde, 10 octobre 1992
  • Michel Guerrin et Emmanuel de Roux, « Dans le camp de Dora, des déportés et des fusées », Le Monde, 26 mai 1999

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]