Ivresse

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Ivresse
Classification et ressources externes
Michelangelo drunken Noah.jpg
L'Ivresse de Noé par Michel-Ange.
CIM-10 F10.0, T51
CIM-9 305.0, 980
MeSH D000435
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L'ivresse (ou l'ébriété) correspond à un état d'exaltation correspondant à une excitation intellectuelle et physique, un trouble de l'humeur ou une incoordination[1] des mouvements généralement dû à une ingestion massive d'alcool (éthanol) ou d'une autre substance toxique, pouvant entraîner à terme une inconscience prolongée. L'ivresse alcoolique est à distinguer de l'ivresse des profondeurs avec laquelle elle est souvent confondue, mais qui est due à un excès d'azote dans les tissus.

Dans le langage courant, le terme connaît une acception plus large : il est notamment question d'ivresse du pouvoir, ivresse de l'argent, ivresse du jeu etc., puisque cet état d'excitation typique n'est pas seulement lié à la prise de substances mais plutôt à la production d'hormones (endorphine par exemple) par le corps suite à la prise de ces substances, production qui peut être induite par d'autres processus tels que les émotions fortes, la danse, la transe ou le jeûne.

Ivresse alcoolique[modifier | modifier le code]

Infirmerie d'un concert de rock, salle de dégrisement

Le terme « ivresse » désigne une intoxication plus ou moins aiguë due à l'ingestion d'alcool (vins, bières, alcools dits « forts ») par un individu qui s'en trouve intoxiqué.

L'ivresse alcoolique peut se définir suivant trois phases successives. Un état d'euphorie et d'excitation[2] caractérisées par une désinhibition due à une sensation de facilité intellectuelle et/ou à la libération des tendances sociales imposées rejoignant celles nommées instinctives ; désinhibition qui peut faire faire prendre des risques sans commune mesure avec l'état de l'être qui l'éprouve, en donnant une appréciation sensiblement erronée de la situation réellement vécue. L'état d'ivresse proprement dit, est identifiable selon les troubles sensito-moteurs qu'il cause : perte de la coordination motrice[1] (démarche titubante, paroles hésitantes et/ou incompréhensibles, voire incohérentes). Cet état se manifeste aussi par des signes cliniques tels que pupilles dilatées, nausées, vomissements ou diarrhée. Un état léthargique où il n'est pas rare que la personne sombre dans le sommeil. Cet état léthargique peut parfois évoluer en coma éthylique : le stade de l'ivresse proprement dit est alors dépassé et il est alors question d'intoxication alcoolique aiguë ou pérenne.

Il est très difficile de donner une indication des dosages d'alcool pouvant correspondre à ces divers états, car les doses sont très variables selon les individus et selon un grand nombre d'autres facteurs : état physiologique de la personne (corpulence, antériorité, histoire), son état affectif, son but vital, la corroboration de l'ambiance sociale.

Suite à l'ivresse survient un état d'épuisement, de fatigue plus ou moins douloureux (sur ce point, la forme ingérée de substance alcoolique n'est pas dépourvue d'importance) souvent appelé familièrement « gueule de bois », caractérisé par un fort mal de crâne principalement lié à une déshydratation de l'ensemble du corps suite à cette intoxication. Après avoir bu de l'alcool, il faut boire beaucoup d'eau. En effet, la consommation d'éthanol bloque la production d'hormone antidiurétique, la production d'urine étant de fait plus importante que l'apport en eau.

Les symptômes de la « gueule de bois » incluent :

Diverses conceptions culturelles[modifier | modifier le code]

Ivre

Chez les Romains, Bacchus est le dieu de l'ivresse. Dans la mythologie grecque, les Centaures symbolisent l'ivresse.

Beaucoup de religions découragent, modèrent ou interdisent la consommation de l'alcool éthylique. Les bouddhistes s'abstiennent de consommer de l'alcool pour éviter de nuire involontairement à d'autres (caractéristique de l'ivresse dite « irresponsable » : prétexte d'ivresse alcoolique pour faire n'importe quoi.)

L'islam interdit la consommation du vin et d'alcool en général : « Ils t'interrogent sur le vin et les jeux de hasards. Réponds : “Dans chacun d'eux, il y a un grand péché et quelques avantages pour les gens ; mais dans les deux, le péché est plus grand que ne l'est l'utilité” » (Sourate 2 verset 219). Selon ses critères, comme dans le bouddhisme, l'islam évite toute nuisance susceptible d'atteindre à l'intégrité d'autrui, tout autant qu'à soi-même.

L'église catholique romaine n'interdit pas l'alcool : en référence à Noé et Lot enivrés, et au « sang du Christ », elle en modère l'usage. L'excès de consommation est considéré comme le péché capital de gourmandise. Dans un capitulaire en 812, Charlemagne interdit aux prêtres de devenir des ivrognes. En 1256, saint Louis n'autorise l'accès aux tavernes et cabarets qu'aux voyageurs. Néanmoins à l'époque médiévale et moderne, les municipalités offrent des fontaines de vin, sorte d'évergétisme hérité de l'Antiquité. Rabelais, adepte de la pensée néoplatonicienne voit dans le « vin divin » un médiateur mystique. Certains médecins (de cette époque et jusqu'au milieu du XVIIIe siècle) recommandent le principe hippocratique de s'enivrer une fois par mois pour redonner la santé en rééquilibrant les humeurs[3].

En France, les autorités civiles pénalisent l'ivresse et l'ivrognerie[4] dès le XVIe siècle : François Ier publie le 31 août 1536 un édit dans lequel l'ivresse devient un crime secondaire et intermédiaire, avec la peine d'essorillage voire de bannissement en cas de récidive[5]. Néanmoins cette rigueur royale inapplicable est en butte aux juridictions locales, aussi se tourne-t-elle dès le milieu du XVIe siècle vers des condamnations indirectes : sanctuarisation du dimanche comme jour du seigneur avec interdiction d'ouverture des débits de boissons, limitation des « joyeusetés », création d'heures d'ouverture et de fermeture des débits de boissons[3].

À partir du XVIIe siècle avec le développement de la notion d'« honnête homme », savants et philosophes comme Pierre Bardin voient dans l'ivrognerie un « vice grossier et brutal » : elle trouble le jugement de l'homme, le rabaisse au rang de l'animal, crée des dépenses ruineuses pour le royaume et la famille, l'homme allant s'enivrer dans les cabarets ou lors des jours d'oisivetés. Parallèlement, l'opposition médicale à l'excès d'alcool se développe : le médecin Jean Mousin est le premier à s'intéresser à cette question dans Discours de l'ivresse en 1612[6]. Cette condamnation morale se poursuit au XVIIIe siècle même si les artistes voient dans l'ivresse créative une source de leur inspiration (« In vino fertilitas »[7]). De nombreuses Ligues de tempérance se développent au XIXe siècle en simultanéité avec la révolution industrielle[3].

Beaucoup de sociétés[Lesquelles ?] ont des stéréotypes culturels liés à l'ivresse. Certaines considèrent la capacité à boire de grandes quantités d'alcool comme digne de respect, comme une marque de virilité ou de tempérament fort, essentiellement définis selon les critères masculins. Dans les sociétés occidentales, le fait de refuser de consommer de l'alcool au cours d'une ambiance festive (bar, soirée, etc.) peut, parfois, être perçu comme une façon de « casser l'ambiance ». Cette attitude peut mener à l'alcoolisme par mimétisme et faiblesse de détermination. Depuis la fin du XXe siècle, le phénomène des « ivresses express » (binge drinking) est apparu.

Remèdes[modifier | modifier le code]

Article connexe : Gueule_de_bois#Rem.C3.A8des.

De nombreux remèdes et coutumes existent pour tenter de contrer la « gueule de bois ». En Grèce antique, on[Qui ?] pensait qu'il suffisait de mettre un morceau d'améthyste dans le verre ou dans la bouche alors qu'un individu buvait pour empêcher l'ivresse ; le nom de la pierre vient de « a-methyst », qui signifie « non intoxiqué ». C'est l'un des nombreux remèdes qui ne fonctionnent pas, la plupart ayant pour effet d'aggraver la situation.

L'un des meilleurs exemples est le café[réf. nécessaire]. Même si celui-ci rend la personne plus lucide grâce à ses propriétés excitantes, il accélère l'absorption de l'éthanol par l'estomac, et cause donc encore davantage de « dégâts ». Puisque le mal de tête engendré par une consommation excessive d'alcool est dû à la déshydratation, le meilleur des remèdes consiste à s'hydrater en buvant beaucoup d'eau ou un bouillon pour compenser la perte des minéraux. Le foie éliminant l'alcool à raison de 0,1 g/h, il faudra aussi attendre.

Législation[modifier | modifier le code]

De nombreux pays possèdent une législation qui impose une réglementation de la vente et de l'approvisionnement en alcool, incluant souvent une restriction pour les personnes de moins 18 ans (16 ans ou 21 ans dans quelques pays) ou pour les personnes manifestement ivres.

De nombreux pays possèdent une législation plus ou moins sévère réprimant l'ivresse sur la voie publique, au volant ou les deux.

Ivresse cannabique[modifier | modifier le code]

L'ivresse cannabique a été décrite par Moreau de Tours (un aliéniste) en 1845 ; comme l'ivresse alcoolique elle varie en fonction de la quantité de produit consommée et de la physiologie propre de la personne[8].

Elle se définit par quatre phases successives : un état d'euphorie amenant une désinhibition, une sensation de bien-être et d'empathie ; un état confusionnel, caractérisé par une sensation de développement des perceptions pouvant conduire aux hallucinations et des perturbations spatio-temporelles pouvant conduire à des psychoses aiguës (bad trip) ; un état d'extase caractérisé par une certaine apathie ; et un état de retour à la normale, le plus souvent caractérisé par un sommeil profond.

L'état confusionnel est souvent considéré comme étant le stade de l'ivresse proprement dite. S'il dégénère en bad trip, il est souvent accompagné de signes cliniques comme nausées, maux de tête ou vomissement. Il est alors question d'intoxication aiguë au cannabis.

Autres types[modifier | modifier le code]

Si une ivresse résulte de l'absorption d'un produit, elle présente généralement des signes caractéristiques au produit absorbé. Ces exemples incluent :

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Aurélie Blaize, « Signe n° 2 : le manque de coordination »,‎ 17 décembre 2007 (consulté le 12 décembre 2011)
  2. Aurélie Blaize, « Ivresse : les signes qui ne trompent pas ! »,‎ 17 décembre 2007 (consulté le 12 décembre 2011)
  3. a, b et c Matthieu Lecoutre, Ivresse et ivrognerie dans la France moderne, Presses Universitaires de Rennes,‎ 2011, 400 p.
  4. Durant l'Ancien régime, ivresse et ivrognerie sont souvent confondues alors que la première est un comportement circonstanciel et la seconde un comportement répétitif.
  5. Adolphe Chauveau, Hélie Faustin, Théorie du code pénal, Adolphe Wahlen et Compagnie,‎ 1837 (lire en ligne), p. 213
  6. Louis Mayeul Chaudon, Dictionnaire universel, historique, critique et bibliographique, Mame,‎ 1810 (lire en ligne), p. 286
  7. Charles Rivière Dufresny, Œuvres de Monsieur Riviére Du Frény, Briasson,‎ 1731 (lire en ligne), p. 244
  8. Jérôme Liotier, Georges Brousse, Alexandre Taulemesse et Julie Geneste, Urg' psychiatrie: toutes les situations d'urgence psychiatrique en poche ! (ISBN 978-2-7184-1184-2, lire en ligne), p. 70

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L’ivresse dans tous ses états en littérature, Actes du colloque international organisé à Arras par l’Université d’Artois (novembre 2001), sous la direction de Nathalie Peyrebonne et Hélène Barrière, Arras, Presses de l’Artois, 2004.
  • Du chocolat à la morphine - Tout ce que vous avez besoin de savoir sur les drogues et qu'on n'a jamais osé vous dire…, de Andrew Weil et Winifred Rosen, Édition du lézard.
  • La culture de l'ivresse - Essai de phénoménologie historique, Véronique Nahoum-Grappe, Promeneur, 1991.
  • Vertige de l'ivresse - Alcool et lien social, Véronique Nahoum-Grappe, Descartes et Cie, 2010.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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