Baldur von Schirach

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Baldur von Schirach
Baldur von Schirach au procès de Nuremberg.
Baldur von Schirach au procès de Nuremberg.
Fonctions
Gauleiter de Vienne
août 1940 – mai 1945
Prédécesseur Josef Bürckel
Successeur Aucun
Reichsjugendführer
Et secrétaire d'État à la Jeunesse à partir de 1936
1931 – 1940
Prédécesseur Poste créé
Successeur Artur Axmann
Biographie
Date de naissance 9 mai 1907
Lieu de naissance Berlin, Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand
Date de décès 8 août 1974 (à 67 ans)
Lieu de décès Kröv (RFA)
Parti politique NSDAP
Conjoint Henriette Hofmann

Baldur von Schirach, né le 9 mai 1907 à Berlin, mort le 8 août 1974 à Kröv-an-der-Mosel, était le chef des Jeunesses hitlériennes et également gauleiter de Vienne. Il fut condamné à vingt ans de prison à la suite du procès de Nuremberg et emprisonné à la prison de Spandau.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et adolescence[modifier | modifier le code]

Baldur von Schirach est issu d'une riche famille noble d'officiers et le dernier de quatre frères. Son père, l'officier Carl von Schirach épouse Emma, la fille d'un avocat américain. En 1908, Carl démissionne de l’armée pour devenir directeur du théâtre de la Cour grand-ducale de Weimar. Baldur connaît une enfance privilégiée, marquée par la musique, le théâtre et la littérature, il sera l'un des rares dirigeants nazis à parler couramment l'anglais. Très tôt, il fait preuve d’un talent de poète et aime particulièrement Goethe. Malheureusement, la Première Guerre mondiale met vite fin à cette vie sans souci. À dix ans, le jeune Schirach devient membre de la « Ligue des Jeunes Allemands », une organisation nationaliste et raciste[réf. nécessaire].

Au lendemain de la défaite allemande de 1918, son père est révoqué et reste quelque temps sans emploi. Les désordres qui agitent alors l’Allemagne traumatisent durablement la famille Schirach. Le fils aîné ne supportant pas le déshonneur de sa patrie met fin à ses jours. Désenchanté, Carl von Schirach se tourne vers l’extrême-droite et devient l’un des partisans du parti national-socialiste.

Durant son adolescence, Baldur est marqué par la haine de son père envers la République de Weimar. Au cours d’un voyage qu’il effectue avec sa mère aux États-Unis, sa famille américaine lui propose de s’y installer pour entamer une carrière. Mais Baldur choisit de retourner en Allemagne. Le 29 août 1925, lors d’un dîner organisé dans la maison familiale, il fait la connaissance d'Adolf Hitler. L’adolescent profondément impressionné par cette rencontre adhère peu après au NSDAP. Il compose un poème sur Hitler qui est publié dans un recueil en 1929[1] ; pour le féliciter, ce dernier lui envoie une photographie signée[2]. En 1927, Baldur entre à la SA et s’installe à Munich, où il s’inscrit à l’université pour y suivre des cours d’histoire de l’art, d’anglais et de littérature allemande.

Le NSDAP[modifier | modifier le code]

Ascension[modifier | modifier le code]

En dépit de son jeune âge, Schirach fait très rapidement partie du cercle intime des dirigeants du NSDAP. Ainsi, le 20 juillet 1928, il est nommé à la tête de l’Union des étudiants hitlériens. En 1929, son engagement politique le pousse à abandonner ses études. Propagandiste et organisateur remarquable du mouvement étudiant, il inspire chez ses compagnons les idéaux de la camaraderie, du sacrifice, de la discipline, du courage et de l’honneur. Il gagne ainsi à la cause nazie des centaines de milliers de jeunes.

L’efficacité de son action auprès de la jeunesse et la dévotion aveugle qu’il exprime dans ses poèmes lui valent l’estime d'Adolf Hitler. Le 30 octobre 1931, celui-ci le nomme chef des Jeunesses hitlériennes, poste qu'Hitler crée spécialement pour lui. Baldur, qui n’a que 24 ans, devient ainsi colonel SA. À peine nommé au rang de chef des Jeunesses hitlériennes, il exclut les révolutionnaires[Qui ?] de cette organisation[3] et rédige des éléments de programme en matière de politique universitaire : l'introduction d'un quota d'étudiants juifs, la création de nouvelles disciplines comme les études raciales, les sciences militaires, dans le cadre d'une université définie par sa place dans la communauté nationale[4]. Dans le même temps, il présente des listes aux élections de représentants étudiants, ces listes obtiennent des résultats si importants que la Fédération nationale des comités étudiants vote en 1932 l'abolition des élections, et l'adoption du Führerprinzip[4].

En mars 1932, il épouse Henriette Hoffmann, la fille du photographe personnel de Hitler, Heinrich Hoffmann. Hitler est témoin du mariage et leur offre un chien. Le couple aura quatre enfants, trois garçons et une fille. Le 31 juillet, Schirach devient député au Reichstag. Quelques mois plus tard, début octobre 1932, il organise une monumentale marche de la jeunesse nazie. Des dizaines de milliers de jeunes, venus à pied de toute l'Allemagne, rendent ainsi hommage à Hitler au cours d’un défilé qui dure près de 7 heures. Hitler est lui-même très impressionné.

Sous le régime hitlérien[modifier | modifier le code]

Baldur von Schirach (à droite) au Berghof, en 1936, avec Adolf Hitler et Hermann Goering.

À partir de janvier 1933, Schirach travaille d’arrache-pied pour atteindre son objectif : inculquer à la jeunesse allemande les idéaux nazis. Il prend ainsi possession, par la force, des bureaux du comité des associations de jeunesse du Reich, puis de l’organisation des auberges de jeunesse. Le 17 juin 1933, lors d’une cérémonie en présence de Hitler, Schirach devient chef des Jeunesses du Reich allemand. La Hitlerjugend est ainsi libérée de la tutelle SA et devient autonome vis-à-vis du parti.

Entre janvier 1933 et 1934, les Jeunesses hitlériennes passent de 1 million à 3,5 millions de membres. À la suite du décret du 1er décembre 1936 qui en fait une organisation d’État, les adhérents sont de plus en plus nombreux. Schirach devient alors secrétaire d’État à la jeunesse. Désormais, il ne dépend plus que de Hitler et est « entièrement responsable de l’éducation physique, idéologique et morale de la jeunesse allemande ».

Baldur von Schirach à une manifestation pour les Jeunesses hitlériennes, le 13 février 1939 au palais des sports de Berlin ; de gauche à droite Gertrud Scholtz-Klink, Heinrich Himmler, Rudolf Hess, Baldur von Schirach et Artur Axmann.

En janvier 1937, avec l'aide du docteur Ley, il ouvre les « écoles Adolf Hitler » pour former l’élite du IIIe Reich. Son organisation travaille en étroite collaboration avec le ministère de la Propagande, dirigé par Goebbels. Présenté comme une sorte de héros, adulé par les jeunes nazis comme un dieu, les photographies du chef des jeunesses hitlériennes sont diffusées en nombre dans l’ensemble du Reich. En 1938, Schirach déclare : « Le combat pour l’unification de la jeunesse allemande est terminé. Je considère comme de mon devoir de la conduire d’une manière dure et intransigeante [...] et je promets au peuple allemand que la jeunesse du Reich, la jeunesse d’Adolf Hitler, accomplira son devoir suivant l’esprit de l’homme à qui seul leurs vies appartiennent ». Le 25 mars 1939, l’adhésion aux Jeunesses hitlériennes devient obligatoire pour les jeunes voulant pratiquer des activités sportives ou encore aller à l'école. Elles regroupent alors 12 millions de jeunes. Schirach transforme ainsi la jeunesse allemande en « objet de propagande vivante », permettant ainsi l'embrigadement des parents par leurs enfants. C'est à cette époque que Schirach prononce la célèbre phrase dans un meeting, joignant le geste à la parole : « Quand j'entends le mot « culture », je sors mon revolver ! »[5]. Cette phrase est en fait due à l'écrivain nazi Hanns Johst qui l'a placée comme réplique d'un personnage de l'une de ses pièces de théâtre intitulée Schlageter (1933) (la phrase exacte de la pièce origiinale de Hanns Johst est « Wenn ich Kultur höre ... entsichere ich meinen Browning !. » ; « Quand j'entends parler de culture... je relâche la sécurité de mon Browning ! » ; acte 1, scène 1). Attribuée à tort indifféremment à Göring, Goebbels ou Schirach lui-même, c'est l'une des plus célèbres citations apocryphes du XXe siècle.

Terrain d’entraînement des futurs officiers, les Jeunesses hitlériennes deviennent également à partir du 26 août 1938 le vivier de la SS : à la suite d’un premier accord conclu entre Schirach et Himmler, les meilleures recrues sont orientées vers « l’Ordre noir » après avoir suivi un entraînement particulier. Un bureau de liaison entre la SS et la Hitlerjugend est mis en place le 1er octobre, et un nouvel accord renforçant cette collaboration est signé le 17 décembre 1938. Quant à la coopération avec l’armée, elle est renforcée à compter du 11 août 1939 : Schirach signe en effet une nouvelle convention avec Wilhelm Keitel, commandant en chef de la Wehrmacht, suivant laquelle la Hitlerjugend effectuera un entraînement pré-militaire suivant les règles fixées par l'armée, cette dernière, en contrepartie, s’engageant à former chaque année 30 000 instructeurs destinés aux Jeunesses hitlériennes.

Le cofondateur des scouts japonais, Yoshinori Futara, et Baldur von Schirach à un rassemblement des Jeunesses hitlériennes à Brême, en 1937.
Oppositions[modifier | modifier le code]

Cependant, le Jugendführer n’a pas que des amis au sein du NSDAP. L’un de ses principaux ennemis, Martin Bormann, fait en sorte de nuire à sa réputation par des plaisanteries sur son comportement. Il est vrai que Schirach n’apprécie guère la vie spartiate qu’il fait régner dans les camps de la Hitlerjugend, et il se montre distant envers ses troupes lors de ses déplacements. Quelque temps après le déclenchement de la guerre, en décembre 1939, sans doute pour couper court aux insinuations de ses opposants, Schirach rejoint volontairement l’armée. Après avoir subi un entraînement adéquat, il sert sur le front de l’ouest à partir d’avril 1940 et participe à la campagne de France. En juin 1940, promu lieutenant, il reçoit la Croix de fer de seconde classe, avant d’être rappelé à Berlin par Hitler.

Son opposition à la guerre et des litiges internes le conduisent à être remplacé à la tête des Jeunesses hitlériennes ; il reste néanmoins Reichsleiter, chargé de l’éducation de la jeunesse allemande.

« L'exil » à Vienne[modifier | modifier le code]

Déçu par son protégé, Hitler l’écarte en le nommant en 1940 gouverneur de la région de Vienne et commissaire du Reich à la défense civile. À partir de septembre 1940, il est également chargé de l’évacuation des enfants des villes pour les protéger des bombardements britanniques. Dans la métropole viennoise, Schirach donne de somptueuses fêtes. Sur place, ses responsabilités couvrent l’économie de guerre, l’administration de Vienne et celle du Gau sous la supervision du ministre de l’Intérieur. Il y est ainsi responsable du programme de travail forcé.

Surtout, dès sa prise de fonction, Schirach précipite la déportation des Juifs de la région de Vienne. Le 2 octobre 1940, alors qu’il participe à une réunion dans le bureau de Hitler, il demande au chef du Gouvernement Général de se charger des Juifs qui sont encore présents à Vienne. Le 3 décembre, à la suite de ses rapports, il reçoit une lettre lui annonçant que Hitler a décidé de déporter les 60 000 Juifs restants à Vienne vers le Gouvernement Général. Au total, il participe directement à l’envoi à l’Est de 185 000 Juifs, expulsions qu’il juge, dans l’un de ses discours, comme étant « une contribution active à la culture européenne ».

Schirach n’a désormais plus de réelle influence au sein du Reich. Ses rapports avec son Führer iront en se dégradant jusqu’à la fin du conflit. Bormann fait d’ailleurs en sorte d’envenimer leurs relations. Après le 17 novembre 1942, une nouvelle répartition administrative le décharge de la responsabilité du Danube inférieur et du Danube supérieur.

La rupture avec le Führer[modifier | modifier le code]

En 1943, il s’attire les foudres de Hitler pour avoir organisé à Vienne une exposition sur « l’art décadent ». La même année, le 24 juin, lors d'une soirée au Berghof, peu après le départ d'Eva Braun, une dispute entre son épouse Henriette et Hitler précipite la rupture. Selon les deux époux[6], Henriette aurait reproché à Hitler le traitement des femmes juives en Hollande, et indirectement le génocide des Juifs : Hitler qui ne parlait jamais de ce sujet en public, aurait déclaré, en formant symboliquement avec ses mains la représentation de deux coupes, que le sang de 10 000 Allemands coulait chaque jour et qu’il fallait rétablir un « équilibre » ; il aurait ajouté qu’elle devait « apprendre à haïr », comme lui l’avait fait. Henriette aurait répliqué, citant l’Iphigénie de Goethe : « Je ne suis pas là pour partager la haine (Mithassen) mais l’amour (Mitlieben). » L'historien François Delpla pense que les époux Schirach ont attendu la sortie de prison de Baldur pour révéler cette anecdote ; en effet, elle aurait sinon contribué à établir que ce dernier était au courant du génocide, ce qu'il a contesté lors de son procès.

Le procès de Nuremberg[modifier | modifier le code]

Repas pris par une partie des anciens dirigeants nazis : dans le sens des aiguilles d'une montre en partant de la gauche au premier plan, Hermann Goering, Karl Dönitz, Baldur von Schirach, Walther Funk, et Alfred Rosenberg.

Au moment de la prise de Vienne par l’Armée rouge le 13 avril 1945, Schirach tente dans un premier temps d’échapper à la capture. Sous le nom de Falk, il parvient ainsi à travailler comme interprète pour l’armée américaine, à Schwaz dans le Tyrol. Cependant, quelques jours avant la capitulation allemande, le 5 mai, il dévoile son identité par une lettre remise aux Américains et se constitue prisonnier. Le 20 novembre, il est mis en accusation par le tribunal de Nuremberg pour « plan concerté ou complot » et « crimes contre l’humanité ». Le principal acte d’accusation repose sur sa participation aux déportations des Juifs d’Autriche.

Au cours du procès de Nuremberg, Schirach est le seul, avec Speer et Hans Frank, à reconnaître la culpabilité du régime nazi et à faire preuve de quelque repentance. Il déclare : « Devant Dieu, devant la nation allemande, devant le peuple allemand, je porte seul la culpabilité d’avoir entraîné la jeunesse à soutenir un homme qui durant de longues années a été considéré comme étant irréprochable et qui a assassiné des millions de gens ». Il apporte la preuve qu’il avait protesté auprès de Bormann contre le traitement inhumain infligé aux Juifs et, déclarant que les crimes commis resteront pour des siècles une tache dans l’histoire allemande, il assure ne pas avoir eu connaissance de l’existence des camps d’extermination. Cette affirmation est fort douteuse puisque ses fonctions lui valaient de recevoir les rapports du SD sur l’application de la « Solution finale ». Il se défend en affirmant que ses « principales activités à Vienne étaient sociales et culturelles ».

Le 1er octobre 1946, disculpé du premier chef d’accusation, Schirach est reconnu coupable de crime contre l'humanité et condamné à 20 ans de prison. Au cours de ses années d’incarcération, il commence à écrire secrètement ses mémoires. En 1950, les époux Schirach divorcent[7]. La même année, ses enfants demandent sa grâce, en vain.

La « fin » de Baldur von Schirach[modifier | modifier le code]

C'est un homme malade et prématurément vieilli qui sort de la prison de Spandau, le 30 septembre 1966. Jusqu’à son décès, il vit retiré dans le Sud-Ouest de la République fédérale d'Allemagne. En 1967, il publie Ich glaubte an Hitler (J’ai cru en Hitler), tentant d’expliquer la fascination que le Führer avait exercée sur lui et la jeunesse allemande.

Il meurt dans son sommeil dans un petit hôtel de Kröv-an-der-Mosel, âgé de 67 ans.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. R.J.Evans, Le IIIe Reich, I, L'Avènement, p. 273
  2. Ian Kershaw, Hitler, p. 447
  3. R. J. Evans, Le IIIe Reich, I, p. 273.
  4. a et b R.J. Evans, Le IIIe Reich, I, p. 274.
  5. Scène visible dans le documentaire de Frédéric Rossif, De Nuremberg à Nuremberg.
  6. François Delpla, Les Tentatrices du diable – Hitler, la part des femmes, L'Archipel, Paris, 2005, chapitre 12, (ISBN 2-84187-683-7 et 978-2841876839) [recension sur histobiblio.com].
  7. A. Speer date la séparation de fin 1948, in Journal de Spandau, éd. R. Laffont, 1975, p. 171.

Bibliographie[modifier | modifier le code]