Abbaye de Cîteaux

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Abbaye Notre-Dame de Cîteaux
Image illustrative de l'article Abbaye de Cîteaux
Le bâtiment Lenoir

Diocèse Châlon-sur-Saône
puis Dijon
Patronage Notre-Dame
Numéro d'ordre (selon Janauschek) I (1)[1]
Fondation 1098
Début construction 1124
Fin construction 1193
Abbaye-mère Abbaye de Molesme
Lignée de Cîteaux
Abbayes-filles La Ferté
Pontigny
Clairvaux
Morimond
Preuilly
La Cour-Dieu
Bonnevaux
L'Aumône
Louroux
La Bussière
Le Miroir
Sestri Ponente (de)
Valloires
Herrevad
-Perseigne
Aubazine
Carracedo
Sotos Albos
L'Escarp
Royaumont
San Salvatore
L'Épau
Monte Acuto (de)
La Clarté-Dieu
Moulins
La Piété-Dieu
Rochefort
Congrégation Ordre cistercien (1098-1791)
Ordre cistercien de la stricte observance (1898-actuellement)
Période ou style Architecture gothique (XVIe siècle)
Architecture classique (XVIIe et XVIIIe siècles)
Protection Logo monument historique Classé MH (1978)

Coordonnées 47° 07′ 45″ N 5° 05′ 36″ E / 47.129268, 5.093436 ()47° 07′ 45″ Nord 5° 05′ 36″ Est / 47.129268, 5.093436 ()  [2]
Pays Drapeau de la France France
Province Flag of Bourgogne.svg Duché de Bourgogne
Département Côte-d'Or
Commune Saint-Nicolas-lès-Cîteaux
Site http://www.citeaux-abbaye.com/

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Abbaye Notre-Dame de Cîteaux

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Abbaye Notre-Dame de Cîteaux

L’abbaye de Cîteaux, située dans la commune française de Saint-Nicolas-lès-Cîteaux en Bourgogne, canton de Nuits-Saint-Georges, berceau et chef de l’ordre cistercien, fut fondée par Robert de Molesme abbé de Molesmes en 1098. Maison-mère à la tête de plusieurs centaines de monastères ayant marqué pendant plus de sept siècles la vie spirituelle, économique et sociale du monde chrétien, elle fit de Cîteaux un centre spirituel majeur de l’Europe. L’abbaye et son immense domaine furent vendus en 1791.

Les Cisterciens-Trappistes de l'Ordre cistercien de la stricte observance (OCSO) qui l’occupent depuis 1898 lui ont redonné une vie spirituelle. Elle a aujourd’hui retrouvé son rang d'abbaye tête de l'ordre des Cisterciens-Trappistes et perpétue sa tradition et sa longue histoire.

La fondation[modifier | modifier le code]

L’étymologie de Cîteaux

Le nom de l’alleu Cistercium, Cîteaux, qui remplaça le nom de novum monasterium dans les chartes vers 1120[3] pourrait trouver deux explications ; celle du site qui se trouvait « en deçà de la troisième borne milliaire » cis tertium lapidem miliarium, sur la vieille voie romaine qui reliait Langres à Chalon-sur-Saône, ou celle la plus communément admise, qui viendrait du nom de « cistels », roseaux qui poussent dans les zones marécageuses.

L’histoire de Cîteaux commence le 21 mars de l’année 1098, jour de la saint Benoît[4]. Ayant quitté ce jour-là l'abbaye de Molesme avec l’autorisation du légat Hugues de Die, archevêque de Lyon, un petit groupe de vingt-et-un moines, conduit par Robert, un ancien abbé bénédictin de Saint-Michel de Tonnerre, apparenté à la grande famille des sires de Maligny[5], arrive dans l’alleu de Cîteaux pour y vivre dans l’esprit de prière et de pauvreté selon la règle écrite par Benoît de Nursie au VIe siècle.

Robert et ses disciples trouvent dans le bas-pays dijonnais, entre la Côte de Nuits[6] et le Val de Saône, dans une contrée peu peuplée, boisée, aux eaux dormantes, un lieu inculte, peu accueillant, hostile même, mais permettant la construction de bâtiments. Les terres sont cultivables et peuvent assurer la subsistance des moines, tout en leur offrant l’isolement et le silence propices au recueillement et à la paix monastique. Ce lieu que le Grand Exorde[7] a qualifié du nom de « désert »[8] n'est pas un lieu inhabité. À cet emplacement, propriété du vicomte Raynald (ou Renard) de Beaune, un cousin de Robert, provenant du patrimoine de sa femme Hodierne, existe un petit village de serfs doté d'une église.

Le duc de Bourgogne Eudes Ier (ou Borrel), s’accommode avec Raynald et fait don à Robert de Molesme, au lieu-dit de la Petite Forgeotte, non loin du Puits Saint-Robert, du terrain nécessaire à la construction d’un novum monasterium et de ses dépendances.

Bien modeste est à l’origine l’habitat des fondateurs de ce « Nouveau Monastère », fait de fragiles constructions de bois, qui ne sont entreprises qu’après que Gauthier, évêque de Chalon-sur-Saône, accorde à Robert toute juridiction sur les lieux.

Les premiers temps[modifier | modifier le code]

Les trois fondateurs de Citeaux : Robert, Aubry, et Étienne Harding. Cette peinture commémore et décrit la fondation en 1098, montrant les trois fondateurs vénérant la Vierge Marie.

Les premiers moments des fondateurs sont difficiles. Les forces nécessaires à la mise en valeur des terres dépassent celles qu’ils ont à offrir. Les disciples de Robert souffrent d’une pauvreté extrême et suscitent par leur total dénuement charité et miséricorde. Eudes Ier fait preuve de générosité et le pape Pascal II accorde, par la bulle Desiderium quod du 19 octobre de l’année 1100, sa protection au « Nouveau Monastère ». Le duc de Bourgogne fournit aux moines de grands biens pour la construction et cède de nouveaux fonds pour la nourriture et l’entretien des religieux. Ce soutien permanent l’a fait regarder comme le fondateur de cette « Abbaye[9] ». Mais les difficultés d’approvisionnement en eau du site initialement choisi[10] obligent Aubry[11], († 26 janvier 1109[12]), successeur de Robert après juillet 1099[13], et sa communauté à s’installer deux kilomètres plus au sud, où ils construisent, sans doute toujours grâce à la générosité d’Eudes, de nouveaux bâtiments dont une chapelle, qui prendra plus tard le nom de chapelle saint-Edme[14]. Construite en pierre, elle est dédiée à Notre-Dame par Gauthier, évêque de Chalon-sur-Saône, le 16 novembre 1106. Plus tard, une basilique est construite à une date que l’on place entre 1130 et 1150. Les érudits émettent l’hypothèse que la mise en place, dans une châsse, en 1124, du cœur du pape Calixte II pourrait marquer le début des travaux. Cette basilique est consacrée à la Vierge le 17 octobre 1193 par Robert, évêque de Chalon-sur-Saône. Les destructions révolutionnaires n’en ont rien laissé.

En 1109, Étienne Harding[15], (1060-1134) moine d’origine anglaise, homme intelligent, érudit, habile organisateur et administrateur expérimenté, qui fut du groupe des fondateurs de 1098, est élu troisième abbé du Nouveau Monastère à la mort de l’abbé Aubry (26 janvier 1109[12]). Aux problèmes de pauvreté auxquels il doit faire face, s’ajoutent les trop rares vocations, découragées par une réputation de trop grande austérité. La communauté voit fondre ses effectifs : « […] et touchaient aux portes du désespoir parce qu’ils croyaient devoir rester sans successeurs. […] »[16]. Harding comprend qu’il doit accepter un quotidien moins extrême pour attirer de nouveaux postulants.

Bernard et les quatre filles de l’Ordre[modifier | modifier le code]

Bernard de Clairvaux, manuscrit du XIIIe siècle.

C’est en 1112 que Bernard de Clairvaux (1090-1153), alors âgé de vingt-deux ans, de noble famille, né à Fontaine (près de Dijon), décide d’aller à la rencontre de Dieu et de vivre dans l’ascèse monastique la plus rude. Il choisit de prendre l’habit de moine à Cîteaux. Trente compagnons, parents ou amis, le suivent dans sa retraite. Dès son arrivée, la communauté connait un prodigieux essor grâce à son extraordinaire rayonnement et à son action. La personnalité charismatique de Bernard, le maître spirituel incontesté de Cîteaux, marquera l'histoire de l'Ordre durant la première moitié du XIIe siècle et attirera de nombreux convertis. La communauté devient florissante et l’espace manque pour y loger les religieux. Il faut essaimer.

Quatre colonies sont créées presque en même temps aux extrémités de la Bourgogne. En 1113 c'est La Ferté-sur-Grosne au diocèse de Chalon-sur-Saône. En 1114 c'est Pontigny au diocèse d’Auxerre. En juin 1115, Bernard lui-même est envoyé avec douze de ses compagnons pour fonder, au diocèse de Langres, sur les terres d’un cousin châtillonnais, près de Laferté-sur-Aube, l’abbaye de Clairvaux. En même temps part une autre colonie monastique pour fonder l’abbaye de Morimond, également au diocèse de Langres. La Ferté, Pontigny, Clairvaux et Morimond seront les quatre « filles de Cîteaux » dont sortiront les rameaux de l’Ordre cistercien. L'influence de Bernard dans l'expansion de l'Ordre est décisive. Les quatre filles de Cîteaux ont leurs filiales, mais de Clairvaux naît le plus grand rameau de l’Ordre. À la mort de Bernard, trois cent quarante-et-une maisons, filiales de Clairvaux sont établies. L’Ordre de Cîteaux gagne toute l'Europe : dans les provinces françaises, en Angleterre, en Allemagne, en Bohême, franchissant les Alpes et les Pyrénées. L'Ordre comptera jusqu'à sept cent soixante-deux monastères.

La Charte de Charité[modifier | modifier le code]

Afin de retrouver dans toutes les fondations la même interprétation de la Règle bénédictine du VIe siècle — sans y introduire un sens différent — d'une part, et de promouvoir l’union des nombreuses abbayes cisterciennes d'autre part, Étienne Harding, en collaboration avec les quatre abbés des premières filles et ses moines, rédige le texte constitutionnel fondamental de l’Ordre de Cîteaux, la Carta Caritatis, la Charte de charité[17]. Ce document établit un lien de charité et d'entraide entre chaque maison et inclut diverses mesures d'observance. Le pape clunisien Calixte II, de passage à Saulieu, approuve le 23 décembre 1119 ce texte présenté par Étienne Harding[18].

La « carta caritatis », plusieurs fois remaniée par la suite, prévoit que le pouvoir suprême n’appartient pas à l’abbé de Cîteaux, mais au Chapitre général, qui se réunit chaque année autour de la fête de la Sainte Croix (le 14 septembre) à Cîteaux, ce qui se tiendra effectivement pendant plusieurs siècles. Placés sous la présidence de l’abbé de Cîteaux[19], les abbés y décident de la conduite des affaires de l’Ordre.

Elle n’empêchera cependant pas les querelles entre les membres de l’Ordre. Dès 1215, une première querelle naît entre les Premiers Pères et l’abbé de Cîteaux pour une question de préséance. La première manifestation de ces querelles intestines à l’Ordre est l’élection en 1262 de Jacques II abbé de Cîteaux ; elle se fait sans consulter les quatre Premiers Pères[20]. Le pape Clément IV confirmera la validité de cette pratique, qui permettra aux moines de Cîteaux d’élire seuls leurs abbés.

Au sein même de Cîteaux, des discordes apparaissent et l’élection d’un nouvel abbé est souvent un moment de compétition qui n’améliore pas la situation.

Le Chapitre général cistercien[modifier | modifier le code]

Folio de la Bible de Étienne Harding, 1110, 44 × 32 cm, Dijon, bibliothèque.

Le premier Chapitre général[21] a lieu en 1119. Il se tient sous la présidence d’Étienne Harding, qui continue à les présider jusqu’en 1134. Le nombre croissant de capitulants atteste de la rapide croissance de l’ordre, même si, dans les débuts, les abbés des maisons éloignées sont dispensés de s'y rendre chaque année. S’ils ne sont que 10 abbés[22] en 1119, ils s'en compte soixante-dix en 1134 et deux cents en 1147. Aux XIIe et XIIIe siècles le nombre de capitulants aurait pu être de l’ordre de trois cents. Le nombre de 600 participants dut être atteint en comptant maîtres et familiers en 1605, 400 en 1609, 200 en 1667. Pour l'année 1699, le détail suivant est donné dans l’article de Martine Plouvier : 116 maîtres, 187 familiers et 240 chevaux, et enfin pour 1738 : 130 maîtres, 160 familiers et 180 chevaux[23].

La durée des sessions n’excède pas cinq jours. Le Chapitre général joue un rôle déterminant dans la conduite des affaires. Il gère le présent et pense l’avenir. Ses délibérations portent sur les grands intérêts généraux de l'ordre, et il doit souvent intervenir pour rappeler le principe de l'uniformité.

Le gouvernement de l’ordre, qui s'étend du Portugal à la Suède, de l'Irlande à l'Estonie et de l'Écosse jusqu'en Sicile, devient une affaire complexe. Il est nécessaire de mettre en place un comité exécutif restreint, le « Definitorium », institué par le Chapitre général de 1197. Sa composition et l’étendue de ses pouvoirs sont à l’origine de graves dissensions entre l’abbé de Cîteaux et les abbés de La Ferté, de Pontigny, de Clairvaux et de Morimond, les quatre premiers pères. En 1265, au plus fort du conflit, le pape Clément IV doit intervenir pour mettre un terme à cette lutte de pouvoir, en proclamant la bulle « Parvus fons », plus connue chez les cisterciens sous le nom de « Clementina ». Les dispositions proposées par le pape pour la désignation et le choix de ses membres ne satisfont pas les premiers abbés, qui estiment qu’elles accordent trop de pouvoirs à l’abbé de Cîteaux. Il faut la médiation du légat pontifical, le cardinal-prêtre de San Lorenzo, ancien abbé de Cîteaux, pour parvenir à un compromis appelé : l’« Ordinatio cardinalis Sancti Laurentii » (ordonnance du cardinal de San Lorenzo), proposant de nouvelles modalités de désignation des membres, et accepté par le Chapitre général et le pape. En 1265, la composition officielle du « Definitorium » est fixée à vingt-cinq membres appelés les définiteurs. Les décisions prises lors de ces assemblées sont rapportées dans des registres appelés « statuta, instituta et capitula ».

Les difficultés inhérentes à l'éloignement des participants, les conjonctures difficiles — dissensions et querelles internes (guerre des Observances, par exemple) ou à des événements externes à l’ordre —, font que le Chapitre général perd une partie de son intérêt et connaît une forte désaffection de la part des abbés dès la fin du XIIIe siècle. L'abstentionnisme est alors de mise.

La tenue des chapitres est même suspendue pendant les grands événements, tels le Grand Schisme (1378-1417) opposant le pape d'Avignon au pape de Rome, les guerres, les épidémies ou autres fléaux. Il perd sa périodicité annuelle. Les réunions s'espacent régulièrement à partir de 1546 ; on n'en compte que six de 1562 à 1601. Treize chapitres ont lieu au XVIIe siècle et cinq seulement au XVIIIe siècle. Le dernier précédent la Révolution se tient en 1785[24].

Les débats se tiennent dans la salle capitulaire, grande salle carrée de 19 m de côté, pouvant accueillir environ trois cents sièges.

Le Chapitre général n’attire pas que les abbés. Les puissants désireux d’exprimer leur attachement et leur dévouement à l’ordre rendent visite aux abbés lors de leurs assemblées. Des papes, des rois, des princes, des prélats y siègent. Louis le Gros assiste au Chapitre général de 1128, le pape Eugène III préside celui de 1147 (ou 1148). Louis VII dit le jeune et le duc de Bourgogne Hugues III sont à Cîteaux en 1164. Le 16 septembre 1244, l’abbé général reçoit Louis IX, la reine, sa mère la reine Blanche de Castille, ses frères dont le comte de Poitiers Alphonse, le comte de Flandre Thomas II de Piémont, le duc Hugues IV de Bourgogne et six comtes de France.

Le chapitre de l’ordre de Saint-Michel, du 10 juin 1521, est présidé par François Ier, le roi étant accompagné de sa mère, Louise de Savoie, et de nombreux chevaliers. Le roi Louis XIV honore le monastère de plusieurs visites. D’abord en 1648 (ou 1649) où, reçu par dom Vaussin, il assiste au Chapitre général, puis le 12 avril 1650 accompagné d’Anne d’Autriche, du cardinal Mazarin et d'autres seigneurs, et à nouveau en 1683, accompagné de la reine Marie-Thérèse, alors qu’il visite le camp retranché de Saint-Jean-de-Losne. C’est à cette occasion qu’il fait don de la plus grosse des huit cloches de la basilique[25].

La tenue des Chapitres généraux à Cîteaux confirme l'abbaye dans sa position à la tête de l’ordre. En 1491, l’abbé de Cîteaux est reconnu comme chef d’ordre par 3 252 monastères. Il est le seul à posséder le droit de présider le Chapitre général. C'est aussi le plus grand personnage du clergé régulier en Europe et l'un des plus grands de l'Église de France. L'abbé Jean de Cirey, 46e abbé de Cîteaux, est élevé par Louis XI en 1477 à la dignité perpétuelle de premier conseiller né en son parlement de Bourgogne, en remerciement de sa célérité à se rallier au nouveau maître de la Bourgogne.

La « guerre des observances »[modifier | modifier le code]

Partie centrale du bâtiment Lenoir. XVIIIe siècle.

Le respect de l’idéal prôné par la charte n'est pas un obstacle à la volonté des cisterciens de s’adapter selon les circonstances et à réviser leurs statuts. À maintes reprises, l’idéal primitif est même quelque peu « bafoué ». Le temps fait son œuvre et l’Ordre s’éloigne progressivement de l’idéal de perfection qui est le moteur de son rayonnement. L’Ordre se laisse finalement corrompre par sa puissance.

Sa décadence commence au début du XIIIe siècle. L’abbé Conrad d'Urach, élu en remplacement d'Arnaud II démissionnaire, amorce un mouvement de réforme. En 1493, à son tour, le pape Innocent VIII tente de lutter contre la décadence. Il ordonne à l’abbé de Cîteaux de travailler dans cette voie en collaboration avec les abbés. Les mesures préconisées ne sont cependant pas confirmées par le Chapitre général. Au début du XVIIe siècle, le Concile de Trente décide d’une réforme entre les monastères réformés qui veulent suivre la règle de l’« Étroite Observance » et ceux non réformés de la « Commune Observance ».

La mise en application de cette réforme se fait dans un climat de querelles entre communautés. Entre les partisans de la réforme et les anti-réformistes s’engage une lutte sévère appelée « guerre des observances »[26], qui commence vers 1606. Vers 1620, Louis XIII intervient et demande au pape Grégoire XV de prendre les mesures pour la réforme de l’Ordre. En 1622, le pape nomme le cardinal François de La Rochefoucauld, ancien évêque de Clermont, pour prendre en main la réforme. En 1634, au plus fort de la discorde, Richelieu est appelé par les supérieurs de l’Ordre et pressé d’accepter le titre de « cardinal-protecteur de l’Ordre[27] ». Richelieu accepte la proposition et reçoit le 22 décembre 1635 les lettres patentes de confirmation du roi. Le 15 janvier 1636, Richelieu envoie le sieur Froissard, docteur en Sorbonne, pour prendre, en son nom, possession du siège de Cîteaux. Les supérieurs de l’Ordre, qui avaient déclaré qu’ « ils aimaient mieux être fouettés par son Éminence que caressés par La Rochefoucauld », trouvent en Richelieu un ardent défenseur de la réforme. Sa mort le 4 décembre 1642 fait perdre aux partisans de la réforme leur plus puissant et fidèle soutien, même si, dans son testament, le cardinal demandait à Louis XIII de veiller à ce que l'abbé de Cîteaux soit un religieux de l'Étroite Observance.

La guerre des observances s'apaise à partir de 1666, quand le pape Alexandre VII promulgue la bulle « In Suprema » destinée à rétablir la paix dans l’Ordre. Cette bulle est toutefois rejetée par le Chapitre Général du 19 mai 1672.

L’abbaye face aux calamités[modifier | modifier le code]

Toute l’abbaye, hormis l’église, brûle en 1297[28].

Les saccages se succèdent de siècle en siècle. En 1350 et 1360, sévissent les routiers, et cinq ans plus tard routiers ou Grandes Compagnies réapparaissent.

Chaque fois les moines trouvent refuge à Dijon. Le rattachement du duché de Bourgogne à la couronne de France coûte, en 1476, une nouvelle dévastation de l’abbaye par les troupes du duc Maximilien, qui occupent Beaune.

Les guerres de religion font de l’abbaye la cible des colonnes de militaires : à la fois un objectif religieux, mais aussi une source de richesses.

En 1574[29], l’abbaye connaît le pillage des huguenots avec, à leur tête, le prince Henri de Condé et le duc de Bavière Jean Casimir. Il en coûte 3 000 écus de rançon à l’abbé pour éviter une ruine complète. En 1589, les soudards du duc de Charles de Mayenne, chef des ligueurs et gouverneur de Dijon, passent par Cîteaux et s’en prennent à l’abbaye. Ils sont suivis de près par ceux du comte de Tavannes, le chef du parti huguenot. Ils emportent les cloches de la basilique, pour être transformées en canons, ainsi que les chevaux, les juments, les bœufs, les moutons, les meubles, le linge, la vaisselle, le vin et autres denrées. En 1595 la guerre fait rage entre Henri IV et le duc de Mayenne. Un détachement du maréchal Biron, duc et pair, compagnon d’Henri IV, chargé de prendre aux ligueurs des places fortes de Bourgogne, dont celle de Beaune, passe par Cîteaux, qui est une nouvelle fois saccagée. La couverture de plomb qui recouvre la basilique est arrachée. L’abbaye possède alors un haras de juments comptant cent mères portantes. Après leur départ, il n’en reste plus que cinq ou six.

Pour relever les ruines, les moines vendent quelques-unes de leurs propriétés : Pommard, Ouges, etc. Par lettres patentes, Henri IV reconnait à 200 000 livres le montant des dégâts subis par l’abbaye de 1590 à 1595.

Un demi-siècle plus tard, en 1636, les troupes de Gallas font une intrusion dévastatrice dans une Bourgogne laissée sans défense par le départ des troupes de Condé, après le siège manqué de Dole. L’abbaye est pillée et les archives détruites en partie. Richelieu pourtant « cardinal-protecteur de l’Ordre[27] » ne fait rien pour relever la Maison-mère de ses ruines.

L’abbé dom Vaussin fait lever des contributions sur les autres monastères de l’ordre pour restaurer le monastère fondateur.

Le temporel de Cîteaux[modifier | modifier le code]

Abbaye de Cîteaux : Galerie de la Bibliothèque du XVIe siècle. Bâtiment classé monument historique. (Restauré)

Déployant de grands efforts, les premiers Cisterciens prouvent leur capacité à affronter un milieu naturel hostile, à apprivoiser l’eau et à modeler le paysage afin d’assurer leur subsistance. Le concours de généreux donateurs (des princes, des seigneurs, des bourgeois, mais aussi des hommes plus simples qui prennent l’habit de convers) est précieux. L’idéal de la Carta caritatis les privant des revenus classiques, (cens, dîme…), le bénéfice des dons qu’ils reçoivent leur permettent de constituer un vaste espace territorial nécessaire à la solidité de leur économie.

Les granges du monastère[modifier | modifier le code]

L’éloignement de certains domaines — indispensables à l’obtention d’une diversité des productions : vignobles, terres céréalières, pâturages, bois — étant un obstacle à une exploitation directe, les moines créent de petites unités territoriales dispersées, appelées granges, dont la mise en valeur est confiée aux frères convers. Il s'agit de domaines ruraux cohérents avec bâtiments d'exploitation et d'habitations, regroupant des équipes de convers spécialisés dans une tâche et dépendants d'une abbaye mère[30]. Cîteaux en est l’illustration. Les moines ont créé une première couronne d’exploitations à proximité immédiate de l’abbaye : les granges de La Forgeotte, Saule, la Grange Neuve, La Borde, La Loge, Bretigny, Folchétif, Tarsul ; puis plus éloignées, se trouvent les granges de Rosey, Gergueil, Crépey, Meursault, Moisey, Aloxe, Détrain, Gilly-lès-Cîteaux, Ouges, Tontenans. Certaines sont à vocation purement viticole dont le célèbre Clos de Vougeot, fondé avant 1110 sur un terrain en friche donné par les chevaliers de Vergy.

« Bonum vinum ». Un secteur de l’agriculture où les moines ont particulièrement brillé est celui de la viticulture. Elle est l’une des réussites les plus importantes qui n'appartiennent pas seulement aux cisterciens mais à toutes les communautés monastiques. Portés par un intérêt particulier à la vigne qui s’inscrit naturellement dans la doctrine spirituelle de l’Église pour différentes raisons dont les plus évidentes sont que la communion exige le vin et que saint Benoît lui-même donna son accord, agrémenté, il est vrai, de quelques réserves : « une hémine de vin par jour peut suffire »[31], les moines sont les maîtres incontestés de la viticulture pendant des siècles et la diffusent partout où ils s’installent. Leur rôle est dominant dans la sélection des cépages et le perfectionnement de la vinification.

La vigne de Meursault[32], reçue au moment de leur établissement en 1098 de leur donateur, Eudes Ier de Bourgogne, ne couvrant pas leurs besoins, les moines de Cîteaux ont recours à de nombreuses acquisitions et reçoivent d’autres donations de vignes sur la Côte.

Abbaye de Cîteaux : le définitoire du XVIIe siècle, classé monument historique.

La production est à l'époque très différente des standards actuels en œnologie. Ainsi, le vin produit par les vignes que possèdent les moniales cisterciennes de l'abbaye de Tart sur la Côte, à Morey à Dijon à Beaune et peut-être à Bouze, est « pour l'essentiel du vin blanc, acide et vert, faible en degré alcoolique, aidant à la digestion des viandes rôties et faisandées consommées alors par les riches. Ces vins qui ne tiraient sans doute pas plus de 6° ou 7° ne se conservaient pas longtemps et voyageaient difficilement[33]».

Les granges cisterciennes optimisent les capacités de production agricole et viticole en introduisant une spécialisation de la main-d'œuvre. Chaque grange est exploitée par cinq à vingt frères convers, au besoin aidés d'ouvriers agricoles salariés et saisonniers. Les phases de développement se succédant, le temporel de Cîteaux devient un ensemble aux dimensions exceptionnelles et confèrera à l’abbaye une réelle puissance économique. Un siècle après la fondation de Cîteaux, l'ordre compte plus de mille abbayes, plus de six mille granges réparties dans toute l'Europe et jusqu'en Palestine.

Le génie hydraulique à Cîteaux[modifier | modifier le code]

Le pont-aqueduc des Arvaux, commune de Noiron-sous-Gevrey. La Varaude coule sous les deux arches, la Sansfond canalisée coule au-dessus.

La règle bénédictine veut que chaque monastère doive disposer d'eau et d'un moulin. L'eau permet de boire, de se laver et d'évacuer ses déchets[34]. C'est pourquoi les monastères sont en général placés le long d'un cours d'eau. Quelquefois établis en des points où le précieux liquide fait défaut ou n'existe pas en quantité suffisante, ils doivent se spécialiser dans le génie hydraulique et construisent barrages et chenaux pour amener l'eau jusqu'à leurs moulins.

Les moines de Cîteaux se sont initialement installés près du ru du Coindon, insuffisant pour couvrir leurs besoins. Sous l'abbatiat d'Albéric, ou Aubry, (1099-1108), cette difficulté d'approvisionnement en eau oblige à déplacer l'abbaye de 2,5 km pour s'établir au confluent du Coindon et de la Vouge[34],[35]. En 1206, il faut encore augmenter le débit hydraulique et un bief long de 4 km est creusé sur la Vouge, mais cette dérivation se révèle toujours insuffisante. Les moines, après avoir négocié le passage au duc de Bourgogne et au chapitre de Langres, s'attaquent alors, non sans difficultés, au chantier du détournement de la Sansfond (ou Cent-Fonts), qui leur assurera un débit régulier de 320 litres par seconde[34]. Le chantier est considérable : en plus de creuser un canal long de 10 km à partir du village de Saulon-la-Chapelle, les moines doivent réaliser le pont des Arvaux, un pont-aqueduc de 5 m de haut, permettant le passage du canal au-dessus de la rivière Varaude[34]. Vers 1221, l'eau du canal arrive dans le monastère, et le résultat est à la hauteur des efforts engagés. Les travaux augmentent considérablement le potentiel énergétique de l'abbaye : avec une chute d'eau de 9 mètres[36], au moins un moulin et une forge sont installés sur le nouveau bief[37]. Ces eaux, renforcées par les eaux du bief de la Vouge et du ru du Coindon, circulent au moyen de canalisations souterraines sous l’ensemble des bâtiments : logis ducal, bâtiment des convers, réfectoire, cuisine, et noviciat pour alimenter ensuite un canal à ciel ouvert.

L’économie du monastère[modifier | modifier le code]

L’économie du monastère n'est pas toujours florissante et connaît des périodes difficiles. En 1235, l’abbaye est couverte de dettes. En 1262, le monastère fait à nouveau face à une grave crise financière, la tenue des réunions annuelles du Chapitre général étant source de grandes dépenses. Le Chapitre général autorisera l’abbé de Cîteaux à mettre à contribution les autres monastères de l’Ordre.

À la fin du XIIe siècle, les cisterciens, à la tête d’un domaine de quelques 5 000 hectares, ont jeté les bases du temporel. Le grand atlas de Cîteaux, conservé aux archives départementales de Dijon (11H138), permet de connaître le détail des propriétés de Cîteaux en 1718. Elles se décomposaient alors comme suit :

  • Enclos de Cîteaux : 20 hectares ;
  • Étangs 150 hectares ;
  • Vignes 120 hectares ;
  • Prés : 700 hectares ;
  • Terres de labour : 4 000 hectares ;
  • Bois : 4 200 hectares dont 2 000 hectares autour de l’abbaye.

Soit au total 9 190 hectares.

En 1726 l’abbaye de Cîteaux comptait 120 000 livres de revenu.

Cette expansion assurera aux Cisterciens une place prépondérante, non seulement au sein du monachisme européen, mais aussi dans la vie culturelle, politique et économique.

Les bâtiments de l’abbaye au XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

Plan cavalier de l'abbaye de Cîteaux. Issu du Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle, par Eugène Viollet-Le-Duc, 1856.

Au XVIIe siècle, Cîteaux se présente comme une petite ville enserrée à l'intérieur d'un vaste mur d'enceinte. Ses bâtisseurs ont mis en œuvre cette solution comme une réponse architecturale à l’observance du vœu de stabilité selon la Règle de saint Benoît[38] :

« L’âme est en danger quand le moine est en dehors de son monastère, le cénobite court des risques quand il s’éloigne de sa communauté. »

Cette règle veut que tout le nécessaire se trouve à l’intérieur du monastère, le mur d’enceinte protégeant du monde extérieur de vastes constructions qui étonnent par leur importance. Mais Cîteaux, chef d’Ordre, n’est pas une abbaye quelconque. Elle se doit de recevoir décemment, non seulement les délégués du chapitre annuel, leurs familiers, les chevaux, mais aussi la famille ducale, et d'héberger les novices. Ces obligations ont influé sur l'infrastructure d'accueil qui doit répondre à ces besoins.

Au nord, la porterie s’ouvre sur une première cour appelée « basse-cour », fermée sur son pourtour par de vastes bâtiments destinés aux hôtes et aux étrangers. À son extrémité sud, une seconde porte, dont l’étage était réservé au logement des duchesses de Bourgogne, donne accès à une grande cour d’honneur fermée sur sa partie sud par le logis des ducs de Bourgogne. Cette cour comprend des dépendances qui ne sont utilisées qu’au moment du Chapitre général. Les bâtiments conventuels s’organisent principalement autour de trois cloîtres ; le grand Cloître, le cloître du Colloque et le cloître saint Edme. Autour de chacun de ces trois espaces clos s’ordonnent les lieux réguliers : église, salle capitulaire ayant la fonction de salle d'assemblée législative et de tribunal, parloir, chauffoir, réfectoire, cuisine et dortoir. De l’église érigée au XIIe siècle, centre de la vie spirituelle du monastère, longue de cent deux mètres et dont la nef mesurait onze mètres cinquante de large, il ne reste déjà plus rien en 1807. À l'est du cloitre saint Edme, le logement de l'abbé général, qui était éloigné de sa communauté. Il est par la suite transféré dans le logement des ducs de Bourgogne. La fin de la période médiévale est marquée par l'achèvement, en 1509, de la construction de la bibliothèque, seul bâtiment de cette époque encore existant sur le site.

Les bâtiments n'ont cessé d'évoluer au fil des siècles pour s'adapter aux besoins. C’est à la fin du XVIIe siècle, sous l’abbatiat de Dom Jean Petit, qu'est achevé le bâtiment, appelé aussi le nouveau définitoire, comportant des salles voûtées au rez-de-chaussée. L’étage est affecté au nouveau dortoir des novices. Ce bâtiment long de quatre-vingts mètres et large de seize, sauvé des destructions révolutionnaires, n’est parvenu jusqu’à nous que dénaturé par les installations industrielles du XIXe siècle qu’il dut abriter.

D’importants et nécessaires travaux de restauration sont conduits sur l’ensemble des bâtiments dans la première moitié du XVIIIe siècle avec les crédits dégagés par la vente des réserves de bois, mais il parait nécessaire à Dom François Trouvé, dernier abbé de Cîteaux, de demander l’autorisation d’une nouvelle vente d’une réserve de bois de 945 arpents[39], qui se fait en 1762, afin de pallier les nouveaux besoins. Les architectes Nicolas Lenoir dit « le Romain » et Jean Caristie établissent un projet grandiose de reconstruction. Le projet n'est réalisé que partiellement, ce qui est réalisé ne représentant finalement qu’une partie de l’immense projet. Le bâtiment de 100 m de long sur 20 m de large, dit « bâtiment Lenoir » ou encore « logis abbatial », est terminé pour le chapitre de 1771. C'est un des trois bâtiments épargnés par la Révolution, affecté aujourd'hui à la communauté.

La langue des signes dans la vie monastique[modifier | modifier le code]

Il règne au sein du monastère une vie austère, ritualisée et réglée par le son des cloches. Prières liturgiques, pratique des vertus monacales, travail et silence, telle est la vocation du moine selon la règle de saint Benoît. Le silence en est un des principes fondamentaux, mis en avant par les premiers pères du monachisme. C'est un élément jugé indispensable pour aider les moines à surmonter le péché qu’ils s’étaient engagés à vaincre. Pour Basile le Grand (329, Césarée - 379), le respect de la règle du silence permet aux novices de développer la maîtrise de soi tout en contribuant aux progrès de l'étude ; pour Benoît de Nursie, c’est « l’instrument des bonnes œuvres ». Pourtant, pour la bonne marche de leurs occupations quotidiennes ponctuées par le travail, la méditation et le repos, les religieux ont à échanger des informations. Ils ont élaboré un moyen qui ne perturbe pas le silence des autres en utilisant un langage qui semble remonter au tout début du monachisme[40] : la langue des signes monastique.

Il est probable que Robert de Molesmes avait adopté, et adapté, l’un de ces systèmes à Molesmes, système ensuite transmis au nouveau monastère de Cîteaux[41].

Ce système doit permettre la transmission d’informations pratiques en silence plutôt que d’être un outil de communication. Une liste de Clairvaux répertorie 227 signes, qui couvrent les domaines de la vie monastique : la nourriture, la boisson, les objets liturgiques et ecclésiastiques, les membres de la communauté, les bâtiments, les ustensiles, etc. Des lexiques de ce type, plus ou moins longs, sont également utilisés tous les jours dans les autres monastères de l’Ordre[41]. La rigueur de la règle rend son application difficile et les moines se montrent réticents à l’appliquer. Ainsi, le Chapitre général met plusieurs fois la communauté en garde contre ce langage également utilisé pour les conversations plus futiles voire les plaisanteries. L’application de la règle, se relâchant au fil des siècles, entraîne la disparition de ce système de langage par signes : au XVIIe siècle, pratiquement plus aucun monastère ne l'applique significativement. La réforme de la Stricte Observance, du père Armand de Rancé de l'abbaye de La Trappe à partir de 1664, lui redonnera un nouvel élan.

La nécropole de Cîteaux[modifier | modifier le code]

L’outrage fait aux sépultures
Récit d’un témoin contemporain

« Ces tombeaux étaient en marbre ; on a enlevé les marbres, et on a laissé les os pour que le public puisse en faire des castagnettes. Le cœur de Calixte II, pape était placé derrière le maître-autel dans une obélisque (sic) en pierre commune ; on a laissé le tout à l’adjudicataire pour en faire son profit […] Dans une chapelle de l’église, dédiée à tous les saints, il y avait une gloire à la Bernine (sic) ; un tombeau en l’air et en saillie au-dessus de l’autel, et soutenu par deux anges presque de grandeur naturelle, et qui paraissaient se soutenir eux-mêmes à l’aide de leurs ailes, portaient et soutenaient le tombeau chacun de leur côté ; il renfermait beaucoup de reliques. Tout a été vendu […] Le tombeau d’Alix[42] et ses os sont restés avec les décombres parce que la matière en pierre ne méritait pas d’être conservée… » .
Tiré de : Pour une histoire monumentale de l’Abbaye de Cîteaux, chapitre écrit par Marie-Françoise Damongeot et Martine Plouvier : Cîteaux-nécropole : la « saint-Denis bourguignonne »[43]

Tombeau de Philippe Pot et ses pleurants. Musée du Louvre


La renommée du monastère est telle que les ducs de Bourgogne de la première génération, les descendants d’Hugues Capet, choisissent ce haut-lieu de la chrétienté pour sépulture[44]. Plus de soixante membres de la Maison de Bourgogne y seront ensevelis. Parmi la longue liste citons : Eudes Ier, mort en 1102 en Palestine, qui, transporté, est inhumé en 1103, son fils Hugues II († 1143), son fils Henri de Bourgogne († 1178), évêque d’Autun, Eudes II († 1162) ainsi que son fils Hugues III, mort en 1192, à Tyr, Eudes III mort en 1218 à Lyon, et citons également le dernier de la lignée des ducs capétiens, Philippe de Rouvres († 1361). Ainsi que des personnages célèbres et moins célèbres tels : le bienheureux Alain de Lille, docteur universel, convers de Cîteaux († 1202 ou 1203), Bernard de Clairvaux, Guy de Bourgogne, archevêque de Vienne et légat du pape, devenu lui-même pape sous le nom de Calixte II, († le 10 décembre 1124), Robert de Bourgogne, comte de Tonnerre († 1315), Agnès de France, fille de Louis IX, Perrenot de Champdivers († 1348) bourgeois de Dijon, Philippe de Vienne, († 1303), seigneur de Pagny, Philippe Pot, († 1494) sénéchal de Bourgogne, et bien sûr prélats, prieurs et religieux.

Durant des siècles, les plus précieux monuments et les sanctuaires les plus chers ont offert aux vénérables une paix éternelle en ce lieu. Mais l'abbaye est vendue sous la Révolution. L'adjudicataire en a fait son profit : tombeaux et pierres tombales sont saccagés : (Voir encart : L’outrage fait aux sépultures). Seul vestige rescapé, le célèbre tombeau de Philippe Pot, exclu de la vente comme bien national, est aujourd’hui visible au musée du Louvre.

Dom François Trouvé, dernier abbé de l’Ancien Régime[modifier | modifier le code]

Fils du président du grenier à sel de Champagne-sur-Vingeanne, dom François Trouvé nait en ce lieu en 1711. Après avoir quitté Cîteaux, François Trouvé se retire chez son neveu Barthélemy Trouvé à Vosne-Romanée. C’est là qu’il trouve la mort le 26 avril 1797. Ancien moine de Cîteaux et alors qu’il était prieur de l’abbaye de la Clarté Dieu, il est élu le 25 novembre 1748, à l’âge de trente-sept ans, abbé de Cîteaux par les religieux de l’abbaye ayant droit au vote, et 45 prieurs ou abbés de l’Ordre.

Martine Plouvier dans le chapitre « Un chantier permanent[45] » nous livre des témoignages de contemporains de François Trouvé, repris ci-après, qui laissent entrevoir un personnage contrasté. Parmi les qualités reconnues par ses proches et les anciens de Vosne-Romanée, l’abbé dom F. Trouvé était décrit comme un homme charmant et d’une grande bonté. Mais, comme L.B. Baudot l’a écrit[46], reprenant les propos de Dom Deprenier, gouverneur du Petit-Cîteaux, s'il « avait de l’esprit et beaucoup de facilités pour faire un abbé illustre », « ces qualités n’avaient aucun effet à cause de son amour pour l’intérêt et le despotisme ». Selon l’abbé Piot, curé de Corcelles-lès-Cîteaux, c’était « un homme au port noble, au jugement exquis, maniant bien la parole, […] économe jusqu’à la lésinerie dans sa maison, grand dans l’appareil, soit dans les repas publics qu’il a donnés au prince de Condé lors des États tenus à Dijon, lors des chapitres ou dans d’autres occasions. »

Un religieux de la maison rapporte qu’après son élection, F. Trouvé sera pris de la crainte d’être empoisonné, comme cela arriva en 1671 à dom Jean Petit, l’un de ses prédécesseurs, au moment des querelles de la réforme, et qu’il prendra longtemps du contrepoison.

D’autres propos ou témoignages dévoilent une facette plus inquiétante du personnage. Une lettre du nonce[47] à Rome du 4 novembre 1771 parle de lui en ces termes :

« Il conviendrait de réprimer l’insolence de l’abbé Dom Trouvé que tous regardent comme un mauvais sujet, dilapidateur des biens de l’Ordre. Il en a été plusieurs fois question comme je l’ai appris et dans le conseil on a fait des vœux ardents mais l’argent qu’il a semé et le vin excellent dont il a régalé, lui ont procuré à la Cour des protecteurs suffisants. »

Les journaux révolutionnaires de l’époque qui révélèrent qu’il fit enfermer en 1783 Dom Patouillot pendant 18 mois dans une cage de bois de 2,60 m nous le montrent sous un jour impitoyable et cruel[47].

Les mauvais traitements[48] de moines à la forte personnalité pouvant menacer l’autorité de l’abbé ne sont pas des cas si isolés.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, il y eut Dom Duchemin enlevé, Dom Larcher mis en prison, et Dom Cotheret exilé.

Enfin, l’abbé Piot reconnait qu’il avait du mal à gouverner une communauté très indisciplinée qui comptait à cette époque 51 religieux, dont 27 prêtres, 13 non prêtres et 11 convers.

L'abbaye pendant la Révolution française[modifier | modifier le code]

Le lieutenant Napoléon Bonaparte à Cîteaux ?

Louis-Bénigne Baudot, (12 mars 1765 – Pagny (C.O.) † 25 décembre 1844), fut un observateur direct et attentif des évènements qui se déroulèrent à Cîteaux, avec Jean-Baptiste Peincedé, l’archiviste du département. Il nous laisse une correspondance datée du 28 janvier 1843, adressée à un abbé du monastère d’Aiguebelle, dans laquelle il relate les circonstances dans lesquelles il fut mis en possession du crâne de l’abbé Guy de Paré (ou Paray) et la manière dont il arriva à soustraire son larcin à la sagacité de Bonaparte, alors lieutenant en second dans le régiment de La Fère. « […] Il fallait pour sortir de la première enceinte du monastère passer devant un corps de garde placé dans une loge de portier habitée alors par une compagnie de canonniers venue d’Auxonne et commandée par Napoléon Bonaparte, afin d’arrêter les vols qui se commettaient sans cesse pendant la vente publique que l’on faisait du mobilier. Cependant M. l’archiviste et moi, ayant mon chapeau sous mon bras, nous sortîmes de cette première enceinte sans que l’œil pénétrant de Buonaparte ne soupçonnât (sic) rien de mon espèce de larcin, malgré qu’il fut (sic) alors sur la porte de son poste […]. »

BM Dijon, ms. 2304, Louis-Bénigne Baudot, Abbaye de Cîteaux.



Ce document pourrait être versé au dossier de la controverse développée afin de savoir si Bonaparte était ou non présent à Cîteaux lors de la révolte des moines. La date retenue pour fixer son départ d’Auxonne lors de son deuxième séjour est le 15 juin 1791. L.B. Baudot date du 12 juin 1791 sa rencontre avec Bonaparte à Cîteaux.

Abbaye de Cîteaux La bibliothèque du XVIe siècle. Classée monument historique.

Dans la situation tumultueuse qu’installe la Révolution, Talleyrand, évêque d’Autun, député aux États généraux, membre du Comité de Constitution de l'Assemblée nationale, donne le 10 octobre 1789 sa « Motion sur la nationalisation des biens ecclésiastiques ». Cette proposition, adoptée par les députés le 2 novembre 1789, met tous les biens ecclésiastiques à la disposition de la nation française. Le 13 février 1790 sonne l’heure de la chute ; l’Assemblée décrète l'abolition des congrégations et ordres religieux, et ordonne de procéder à la vérification des comptes de toutes les maisons religieuses.

À Cîteaux, le climat interne devient aussi tumultueux que celui qui règne dans le monde extérieur. Les relations entre les religieux et Dom Trouvé, à l’autorité déjà fortement contestée, se tendent. Les moines se réunissent au chapitre et exigent de l’abbé, afin de garantir leurs droits, qu’il rende ses comptes et qu’il présente l’inventaire exigé par le décret. Dom Trouvé leur oppose un refus. La révolte gronde parmi les moines à Cîteaux. Le 20 avril, il faut l’intervention du gouverneur de Bourgogne, de Bourbon-Busset, pour rétablir la paix. Le 24 avril, les moines décident de faire appel à des avocats de Dijon pour faire répondre Dom Trouvé de la vente de mobilier, bétail et linge qu’il aurait effectuée en secret.

« Les religieux ne le reconnaissaient plus comme supérieur et voulaient s’emparer de tout. Certains religieux avaient même essayé de soustraire les objets précieux en démolissant la voûte du trésor[49] ». « L’abbaye était en état de guerre[50]».

Le 1er mai 1790, un détachement de quatorze artilleurs du Régiment de La Fère en garnison à Auxonne, envoyé sur décision du Directoire du District, arrive sur place pour rétablir et maintenir l’ordre.

Les 2 et 3 mai 1790, les religieux sont invités à faire part de leur choix entre le maintien à la vie commune ou le retour à la vie privée : sur les quarante-cinq religieux recensés, (auxquels il faut ajouter 7 convers), trente-et-un religieux optent pour la vie privée et 14 pour la vie commune.

Le 4 mai 1790, Dom Trouvé, face à cette révolte, préfère quitter Cîteaux pour l’abbaye de La Bussière. Lorsque le 15 octobre, il veut reparaître au monastère ; craignant pour sa sécurité, il se fait accompagner de deux commissaires du district. Du 4 au 15 mai a lieu un ensemble d’inventaires. Le 8 septembre 1790, les moines se livrent au pillage des objets précieux que les commissaires du district ont entreposés. Le 12, jour où éclate une querelle entre les moines, arrivent les commissaires chargés de faire l’inventaire des objets volés. Les estimations et ventes de matériels divers ont lieu les 10 septembre, 15 octobre, 7 et 28 décembre 1790.

À la veille de la vente du 24 janvier 1791 concernant 207 instruments aratoires, un nouveau recensement dénombre 15 religieux et 5 convers, tous quittent Cîteaux autour du 10 mai 1791. Les bâtiments et seulement 800 hectares de terre, non compris mobilier et objets précieux sont estimés les 24 février et 13 mars 1791 pour une somme de 482 000 livres.

Les 10 353 volumes qui trouvent place dans la bibliothèque sont enlevés les 29, 30 avril, puis les 3 et 6 mai 1791 dans quatorze voitures chargées avec l’aide des canonniers de La Fère, — parmi lesquels, d’après le témoignage de L.B. Baudot, se trouvait peut-être le lieutenant Bonaparte — pour être déposés dans la salle des Festins, (aujourd’hui salle de Flore au Palais des États de Dijon), lieu de dépôt des livres nationaux du district[51].

Le 4 mai 1791, Cîteaux est acquis par la société formée à dessein par les nommés Duleu, Dardelin, Bossinot, Latey et Gentils de Dijon contre la somme de 862 000 livres, mais la société est rapidement déclarée en faillite.

Le 31 mai 1791, Jean-François-Xavier Fromme d’Amance, tuteur onéraire des trois petits-enfants[52] de Philippe-Guillaume Tavernier de Boullongne (1712-1791), (connu sous le nom de Boullongne de Magnanville) est mis en possession de l’abbaye pour le compte des enfants. Il fait aussitôt commencer la démolition systématique des bâtiments pour tirer parti des matériaux. L’orgue, qui datait de l'abbatiat de Jean XI Loisier (1540-1559) et qui était placé au-dessus de la grande porte d'entrée de l'église, connaît aussitôt un sort funeste : l’étain est vendu et le buffet utilisé comme bois de chauffage.

Liste des abbés de Cîteaux de 1098 à 1797[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Liste des abbés de Cîteaux.

Les abbés de Cîteaux sont également conseiller-nés au Parlement de Dijon[53].

Religieux célèbres[modifier | modifier le code]

(liste non exhaustive)

L’abbaye livrée au profane[modifier | modifier le code]

Le temps des Boullongne[modifier | modifier le code]

Les enfants Boullongne conservent quelques bâtiments. Il leur faut tenir une noble vie à Cîteaux et comme l’abbatiale construite par Dom Trouvé répondait à ce besoin, elle échappe au marteau destructeur. Elle devient le château d'Herminie de Boullongne. Mariée en 1792 à Bernard-François de Chauvelin[58], ce dernier se retrouve, par sa femme, propriétaire de cet imposant complexe qu’il convertit en une demeure prestigieuse appelée le château de Cîteaux. À côté du château, Chauvelin fait encore construire en 1814 une grande orangerie.

La bibliothèque du XVIe siècle perd la moitié de ses voûtes lors de sa transformation en 1804 en un théâtre de 500 places. Le bâtiment du définitoire, édifié sous l’abbatiat de Dom Jean Petit (1685) et achevé en 1699, est transformé en sucrerie entre 1824 et 1839 ; elle reçoit les honneurs d’une visite de Casimir Perier en 1829.

L’entente entre les trois enfants Boullongne ne durera pas. L’an VI (1797-1798), un premier partage met la fille cadette, émigrée, hors de la propriété. En l’An X (1801-1802), Auguste et Herminie Tavernier, malgré la signature d’accords concernant l’indivision, se mettent à se faire des procès qui s’étireront sur plus de trente années. Après 1832, elle parvient à se défaire de l’indivision et son frère doit se contenter du domaine séparé de La Forgeotte. Après la mort sans postérité de Chauvelin, son mari, devenue seule propriétaire du domaine, elle décide en 1841 de s’en séparer et cherche un acheteur.

Le rêve fouriériste[modifier | modifier le code]

Le 7 septembre 1841 Herminie Félicianne Tavernier de Boullongne remet les clés de sa propriété de Cîteaux à Arthur Young, un commerçant anglais. Le nouveau propriétaire doit débourser la somme de 1 500 000 francs. Riche idéaliste, converti à la doctrine de Charles Fourier et aux idées sociales et généreuses qu’elle développe, il n'acquiert Cîteaux que dans l’intention de mettre en application, en grandeur nature, une communauté sociétaire qu’il dirigera avec la féministe belge Zoé de Gamond et qui fonctionnera selon les principes fouriéristes.

Malgré le scepticisme, la méfiance, l’inquiétude, les difficultés rencontrées, et la surveillance dont il fait l’objet, Young parvient toutefois à donner vie à son projet et à « créer une société dans la société », qui porte le nom de phalanstère. Sa réalisation n’emportera pas le succès escompté, loin s’en faut : sur les 600 personnes qu’il attend, il n’en accueille tout au plus 167 au début de 1843.

Le modèle économique de sa société, tel qu’il l’envisage — selon les idées de Fourier — s’avère non viable, et les difficultés financières ne tardent pas à se faire sentir. Fin 1845, Young est menacé d’une licitation judiciaire. En mai 1846, la débâcle prononcée amène la mise en vente sur saisie du domaine à la demande de deux débiteurs, dont Herminie Tavernier de Boullongne, qui n’avait pas dû recevoir le produit de la vente de 1841.

La colonie pénitentiaire du père Rey[modifier | modifier le code]

Le 25 juin 1846, Joseph Rey, supérieur des Frères de Saint-Joseph, devient le nouveau propriétaire de 300 hectares de Cîteaux et des bâtiments. Le retour d’une vie ecclésiastique à Cîteaux fait la joie du curé du village voisin de Prémeaux, qui ne s’en n'est pas caché[59].

L’abbé, confronté à Lyon aux problèmes sociaux de pauvreté et à l’état d’abandon dans lequel se trouvaient certains enfants, se sentait investi de la mission de leur venir en aide, de reprendre leur éducation pour en faire des « citoyens utiles ».

Trop heureux de trouver dans la formule proposée par le père Rey une solution médiane entre le tout répressif et une coupable mansuétude devant la délinquance des enfants, les pouvoirs publics choisissent d’aider le père Rey dans son entreprise de création d’une colonie agricole pénitentiaire pour enfants.

Ils lui accordent une aide financière pour chacun des jeunes gens recueillis, qui permit à la colonie de subsister. Délinquants, orphelins vagabonds y trouvent leur place. Le nombre des pensionnaires accueillis, bien que variable selon les années, atteint le nombre de 863 en 1874, l’année de la mort du père Rey.

Les méthodes éducatives s’apparentent aux méthodes militaires : discipline, ordre, travail, mais respect des jeunes, reconnaissance et récompense.

Bâtiments et autres constructions nécessaires à leurs activités sont construits ou adaptés avec les moyens limités dont ils disposent. Le plus gros chantier auquel le père Rey décide de s’atteler est l'élévation d'une nouvelle église, qui prend sa place au sein de la colonie en 1861.

Puis le contexte politique change et devient défavorable à la cause cléricale. Des articles paraissent en 1888 dans un journal lyonnais anticlérical et créent un climat lourdement hostile, provoquant en septembre 1888 le retrait de la reconnaissance d’utilité publique à la Société des frères de Saint-Joseph, ce qui entraîne le rapide déclin, puis la chute de la colonie. Le domaine de Cîteaux, abandonné de ses occupants, passe donc aux mains de l’État.

La résurrection de l’abbaye[modifier | modifier le code]

Abbaye de Cîteaux Intérieur de l'église inaugurée le 21 mars 1998. Architecte Denis Ouaillarbourou

En 1895, alors que la colonie installée par le père Rey approche de son terme, (la suppression légale de la Société des frères de Saint-Joseph qui la faisait vivre est prononcée en 1888), Dom Sébastien Wyart, alors abbé de Sept-Fons, et Frédéric Oury, évêque de Dijon, nourrissent le dessein de restaurer la vie spirituelle de Cîteaux.

Le 22 août 1898, madame Marie de Rochefort[60] devient la propriétaire du domaine et de ses dépendances qu’elle achète à la Société de Saint-Joseph[61] pour une somme de 800 000 francs, dans le but d’y réinstaller les cisterciens, moyennant une rétribution annuelle.

Elle le loue aussitôt par un bail notarié du 25 octobre 1898 pour 18 ans, contre une rétribution annuelle de 28 000 francs[62] aux cisterciens-trappistes.

L’Ordre des Cisterciens réformés de Notre-Dame de la Trappe voit ses vœux comblés : la vieille abbaye va retrouver une vie spirituelle.

Une refondation laborieuse[modifier | modifier le code]

Dès le 2 octobre 1898, les premiers moines pionniers, au nombre de quatre, arrivent de Sept-Fons, et le 9 février 1899 a lieu l’élection abbatiale.

Dom Sébastien Wyart devient abbé général. Il le reste jusqu’au 18 août 1904. Stalles et jubé sont rapidement mis en place dans l’église du père Rey, pour y permettre l’exercice de la vie spirituelle. Le 12 septembre 1899, la nouvelle communauté y célèbre la messe.

L’état du temporel de l’abbaye trouvé par les nouveaux arrivants exige la mobilisation de toute leur énergie. La désolation est partout : l’ancienne église Saint-Nicolas convertie en vacherie, le définitoire incendié, la bibliothèque de 1509 à moitié détruite.

Les premières années sont particulièrement laborieuses. La communauté d’une trentaine de membres, formée d’éléments hétérogènes, n’est pas soudée et sa direction se révèle si délicate que le père supérieur, Stanislas Biesse, préfère quitter Cîteaux le 2 août 1899. La lourde charge de la refondation de Cîteaux revient à l’abbé auxiliaire, le père Robert Lescand. Il arrive à Cîteaux le 6 septembre 1899.

Lors de l'expulsion des congrégations en 1903, les Trappistes furent une des cinq congrégations catholiques masculines autorisées à poursuivre leur activité en France[63].

En 1913, l’abbaye compte environ vingt-cinq personnes, moines et convers, et fait face à de sérieuses difficultés financières, qui la contraignent à mettre en vente 258 ha du domaine sur les 375 ha dont elle dispose depuis sa réinstallation.

Arrivent ensuite les réquisitions de la guerre de 1914-1918, qui réduisent la communauté à une vingtaine de moines. Une partie des bâtiments de l’abbaye est offerte par le père supérieur, pour y installer un hôpital militaire d’une capacité d’environ 1 000 lits.

En 1921, la communauté retrouve un effectif de 32 personnes.

L’abbaye prend son essor[modifier | modifier le code]

Sous la direction du père Fabien Dütter, la restauration du monastère va bon train. Les bâtiments inutiles sont démolis, on aménage et on modernise le presbytère, l’hôtellerie, la buanderie, l’étable pour plus de quatre-vingts bêtes, une nouvelle fromagerie, le jardin. Mais l’effectif de la communauté ne s’accroît pas pour autant.

Il faut attendre les premières années de la direction de l’abbaye par le père Godefroid Bélorgey (1932-1952), pour que la communauté connaisse un accroissement notable des effectifs avec une importante arrivée de novices. Si la pauvreté règne encore, un effort est fait pour améliorer le confort des moines. L’abbaye, qui compte 88 moines, convers et novices à la veille de la guerre 1939-1940, voit une quarantaine de ses membres mobilisés pour le conflit, et ses locaux servirent d'hôpital militaire aux Allemands, qui s’installent dans l’hôtellerie.

La période de 1899 à 1963 voit se succéder six abbés généraux[64] et quatre abbés auxiliaires, supérieurs de Cîteaux[65].

Le 15 janvier 1963, faisant suite à une demande du Chapitre général de 1962, le pape concéda un indult modifiant le statut de Cîteaux. Ce document donne le droit à la communauté de Cîteaux d’élire son abbé, comme dans tous les autres monastères. Cet abbé porte désormais le titre d’abbé de Cîteaux et l’abbé général reçut le titre honorifique d’archi-abbé de Cîteaux[66].

L’église construite en 1861, héritée de la colonie du père Rey, est l’objet d’une rénovation et elle reçoit la consécration de l’évêque de Dijon le 17 octobre 1970.

Vingt-cinq ans plus tard, sous l’abbatiat de Dom Olivier Quenardel, l’église rénovée en 1970 se révèle inadaptée à la prière monastique, cela d’autant plus qu’elle doit être ouverte aux fidèles ; un double accès parait indispensable. Pour y remédier, la communauté confie à l’architecte Denis Ouaillarbourou la tâche de construire une nouvelle église monastique. Le chantier commence en mai 1997 et l’inauguration de la nouvelle église a lieu le 21 mars 1998, jour du 900e anniversaire de la fondation de l’abbaye[67].

L’abbaye a conservé trois bâtiments de la période ancienne. Le plus ancien, la bibliothèque achevée en 1509, en voûte d’ogives[68]. Le « définitoire », en voute d’arêtes, qui comprend plusieurs salles dont une grande à colonnes centrales, et le dortoir à l’étage et enfin le dernier bâtiment, dit bâtiment Lenoir achevé en 1771. Ces trois bâtiments ont été classés au titre des monuments historiques par arrêté du 28 décembre 1978[69],[70].

Les visites sont autorisées pour faire connaître la tradition cistercienne, son histoire et sa réalité actuelle.

Outre les séjours ordinaires à l'hôtellerie, la communauté organise - trois fois par an - une retraite de six jours, appelée « Aventuriers du bonheur » et destinée aux 18-35 ans. Elle a pour but de faire découvrir un pan de la vie des moines et d'initier ceux qui le souhaitent à leur façon de prier : liturgie, oraison, lectio divina.

Une trentaine de moines sont présents en 2010 à Cîteaux. L'économie repose principalement sur la production du fromage Abbaye de Citeaux (fromage), notamment vendu au magasin de l'abbaye. Ce magasin vend aussi des livres et objets religieux, ainsi que des produits d'autres monastères. Des bonbons au miel sont également produits à l'abbaye.

Le 14 septembre 2009, la vie monastique a commencé à Munkeby Mariakloster, pré-fondation en Norvège (sur la commune de Levanger, près de Trondheim), où Cîteaux a envoyé 4 moines.

Héraldique[modifier | modifier le code]

Blason de l'Abbaye

Les armes de l'abbaye de Cîteaux se blasonne : D’azur semé de lys d’or, sur le tout, bandé d’or et d’azur à la bordure de gueules.[71]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (la) Leopold Janauschek, Originum Cisterciensium : in quo, praemissis congregationum domiciliis adjectisque tabulis chronologico-genealogicis, veterum abbatiarum a monachis habitatarum fundationes ad fidem antiquissimorum fontium primus descripsit, t. I, Vienne, Puthod,‎ 1877, 491 p. (lire en ligne), p. 96
  2. « Cîteaux », sur http://www.cistercensi.info, Ordre cistercien (consulté le 7 avril 2013).
  3. Vers 1120, le nom de « Nouveau Monastère » cède la place à celui de Cîteaux. Lebeau 1997, p. 15.
  4. Selon Marilier 1961, acte 4, Robert arrive à cet endroit au cours de l’été 1098 et ce n’est que par la suite que la date de fondation fut placée au 21 mars 1098. Ce déplacement est mentionné dans une inscription citée par Jean Marilier et il est indiqué dans l’article de Karine Berthier Les aménagements hydrauliques de l’abbaye, p. 67 r. 9 de l'ouvrage Pour une histoire monumentale de l’abbaye de Cîteaux.
  5. Marilier 1991, p. 82
  6. La côte de Nuits est une zone étroite qui se situe dans le département de la Côte-d'Or, au nord et au sud de la ville de Nuits-Saint-Georges. Voir : Vignoble de la côte de Nuits
  7. Le Grand Exorde (Exordium Magnum) ou Récit des débuts de l’Ordre cistercien, texte en partie légendaire, rédigé sans doute dans les dernières années du XIIe siècle par Conrad, moine de Clairvaux, devenu abbé d'Eberbach, raconte la fondation de Cîteaux en ces termes : « l’an 1098 de l’incarnation du Seigneur, Dom Robert […] et avec lui les religieux sortirent de Molesme et se dirigèrent vers le lieu qu’ils avaient jugé convenable. C’était un désert du nom de Cîteaux… Ainsi le douzième jour avant les calendes d’avril (21 mars 1098, le dimanche des Rameaux), prit naissance le monastère de Cîteaux et par la suite l’Ordre qui porte ce nom ». Deux autres manuscrits apportent des connaissances sur l’origine de Cîteaux : l’Exordium Cistercii, qui aurait été écrit aux environs de 1130 et l’Exordium Parvum (Le Petit Exorde), d’auteur inconnu, et dont l’origine serait un peu plus tardive. Plouvier et Saint-Denis 1998, p. 129, r. 22 et r. 26.
  8. L’abbaye est située à proximité d’une voie antique, désignée comme la Strata publica salinaria, ou voie salinière, ou encore via salnericia (route du sel), qui devait joindre la grande route de Beaune à Dijon aux gisements de sel du Jura. Cette voie serait l’actuelle D 116. Plouvier et Saint-Denis 1998, article d'Alain Saint-Denis, « L'évolution du paysage autour de l'abbaye », p. 54 et 59 r. 63, et article de Karine Berthier « Les aménagements hydrauliques de l'abbaye », p. 69, r. 14.
  9. Courtépée et Béguillet, Histoire générale et particulière du Duché de Bourgogne t. 1, p. 145 et 146.
  10. Dom Martene et Dom Durand, Voyage littéraire de deux bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, Paris, 1717-1724. Selon une inscription présente dans l’abbaye de Cîteaux au XVIIIe siècle. « […] un précédent monastère d’à peine une demi-lieue d’ici, et furent obligés de quitter à cause du manque d’eau, alors qu’ils la voyaient couler d’abondance ». Plouvier et Saint-Denis 1998, chapitre de Karine Berthier : « Les aménagements hydrauliques de l'abbaye », p. 67, r.13.
  11. C’est à Aubry qu’on doit l'institution des frères convers, « pour leur donner le temps d’entremêler, au travail prescrit par le législateur, le chant régulier de l’office divin ».
  12. a et b Le R.P. Othon Ducourneau et M. le chanoine Marilier donnent la date du 26 janvier 1108. Lebeau 1997, p. 5 & 14.
  13. Robert ne resta qu’un an à Cîteaux avant de reprendre le chemin de Molesme : il y eut une convocation d'un synode à Port-d'Ancelle en juin 1099 où il est décidé le retour de l'abbé à Molesmes. Lebeau 1997, p. 14.
  14. C’est dans cette chapelle que Bernard y reçut la coule en 1114 et que les abbés Aubry et Étienne Harding furent enterrés jusqu’au transfert de leurs restes en 1533. Cette chapelle survécut jusqu’à la Révolution. Elle fut détruite en 1791. Plouvier et Saint-Denis 1998, chapitre de Martine Plouvier : L'abbaye médiévale, p. 142.
  15. Étienne Harding, qui ne voulait pas que simplicité fût confondue avec indigence, « entreprend de faire copier et enluminer une bible monumentale en deux volumes ; en 1109, dans son célèbre Monitum, qui termine le premier volume, il déclare avec quel soin il a fait établir le texte biblique, en prenant plusieurs exemplaires pour modèles et en demandant aussi l'avis de rabbins ». Plouvier et Saint-Denis 1998, chapitre de Marie-Françoise Damongeot, La bibliothèque de l'abbaye au Moyen Âge, p. 227.
    En fin de l'année 1119, on termine au Nouveau Monastère la fameuse bible dite de Saint-Étienne qui, peut-être, avait été commencée avant le départ de Molesmes. Lebeau 1997, p. 15.
  16. Plouvier et Saint-Denis 1998, chapitre de Martine Plouvier, L'abbaye médiévale p. 130.
  17. En 1116, entre 1116 et 1120, au plus tard. Lebeau 1997, p. 15.
  18. Calixte II confirma aussi l'Exordium cistercii par sa bulle Ad hoc in apostolici. Lebeau 1997, p. 15.
  19. L'abbé de Cîteaux, de tous les abbés de l'Ordre, possède seul le droit de présider le chapitre général. Lebeau 1997, p. 15.
  20. Les quatre Premiers Pères, termes souvent employés, sont les abbés des quatre premières filles de Cîteaux : La Ferté, Pontigny, Clairvaux et Morimond. Lebeau 1997, p. 11.
  21. « Assemblée de supérieurs majeurs de l’ordre destinée à en assurer la bonne marche et la cohésion au niveau mondial ». Lebeau 1997, p. 11.
  22. Lebeau 1997, p. 15.
  23. Plouvier et Saint-Denis 1998, p. 166
  24. Il n’y eut aucun abbé étranger. On y compta 20 abbés et 6 prieurs titulaires. Plouvier et Saint-Denis 1998, Article de Martine Plouvier Un chantier permanent, p. 167, r. 1 dit ceci : « Le dernier Chapitre qui se tint en 1786 ne peut être qualifié de général : à l'exception de l'abbé de Tamié venant de Savoie, il n'y eut aucun abbé étranger ; outre l'abbé de Cîteaux et les quatre premiers pères, on compta 20 abbés et 6 prieurs titulaires. »
  25. Martine Plouvier « L'abbaye médiévale » in Plouvier et Saint-Denis 1998, p. 133.
  26. « La guerre des Observances, qui commence au début du XVIIe siècle, a consisté uniquement en ce qu'une partie de l'Ordre désirait revenir à une Observance plus stricte de la Règle ; alors que l'autre partie dudit Ordre désirait cette même Observance, mais vécue d'une façon plus souple. C'est la crainte d'un schisme dans l'Ordre qui provoqua d'un côté comme de l'autre de violentes réactions ». Lebeau 1997, p. 11.
  27. a et b Voulant se débarrasser à tout prix de La Rochefoucauld, les premiers supérieurs de l'Ordre font appel au cardinal de Richelieu, lui déclarant qu'« ils aimaient mieux être fouettés par son Éminence que caressés par La Rochefoucauld ». Ils le supplient de s'appliquer au règlement de leur Ordre et d'accepter le titre de « chef d'ordre ». Sœur Marie-Noël précise : « On propose à Richelieu un titre qui n'est pas exactement celui de « chef d'ordre », (qui n'a jamais existé), mais celui de « cardinal-protecteur de l'Ordre », institution qui remonte au XIIIe siècle ». Lebeau 1997, p. 38, Précision de sœur Marie-Noël, et Plouvier et Saint-Denis 1998, chapitre L'accueil du chapitre général au Moyen Âge de Thomas Coomans, p. 157 r. 17.
  28. Martine Plouvier, « L'abbaye médiévale », op. cit., p. 132.
  29. ou 1576 selon certains auteurs
  30. Philippe Testard-Vaillant, Agriculture, des travaux en bonne règle, les cahiers de Science & Vie, no 78, décembre 2003 : Xe ‑ XIIe siècle : la révolution des monastères-Les cisterciens changent la France, p. 55.
  31. La Bible regorge de textes relatifs au vin, au vignoble, au pressoir, au vigneron, pratiquement tous élogieux et positifs. Les mises en garde contre le vin sont l’exception. Citons : « Le vin et les femmes pervertissent les hommes sensés ». (Si 19,2), mais l’avertissement s’adresse au moins autant aux femmes qu’au vin. Le plus souvent ce sont les excès qui sont condamnés. John-Henry Newman, L’Europe des monastères, chapitre de Léo Moulin, Zodiaque, 1946, 1985 pour l’édition française
  32. Philippe Testard-Vaillant, Crus de légende ou légendes de crus, les Cahiers de Science & Vie, n°78, décembre 2003 : Xe siècle-XIIe siècle : la révolution des monastères-Les cisterciens changent la France, p. 63.
  33. Claude Chapuis Cahiers du CEREN 13 (2005), Le Clos de Tart, Le Patrimoine viticole des Dames de Tart, p. 32.
  34. a, b, c et d Emmanuel Monnier, Des cours d'eau sous bonne conduite, les Cahiers de Science & Vie, no 78, décembre 2003 : Xe ‑ XIIe siècle : la révolution des monastères-Les cisterciens changent la France, p. 70.
  35. Plouvier et Saint-Denis 1998, chapitre de Martine Plouvier. Les aménagements hydrauliques de l'abbaye, p. 66 et Joséphine Rouillard, L'hydraulique cistercienne, histoire Médiévale thématique n°12 : Les cisterciens, Février-Mars-Avril 2008, p.12.
  36. Joséphine Rouillard, L'hydraulique cistercienne, histoire Médiévale thématique n°12: Les cisterciens, Février-Mars-Avril 2008, p.13
  37. Philippe Testard-Vaillant, Des moulins en série, les Cahiers de Science & Vie, n°78, décembre 2003 : Xe siècle-XIIe siècle : la révolution des monastères-Les cisterciens changent la France, p. 66.
  38. Plouvier et Saint-Denis 1998, préface de Dom Olivier Quenardel, abbé de Cîteaux, p. 12.
  39. Selon cet article, un arpent vaut un acre français, valant  5107m⋅2. 945 arpents représentent donc près de 500 hectares.
  40. Le premier témoignage d’un système organisé de signes visuels remonte à la fondation de Cluny. Saint Odon (879-942) imposa d’utiliser des gestes pour quasiment tous les échanges. Une liste de 296 signes fut d’ailleurs établie par un moine de Cluny nommé Bernard.
  41. a et b John-Henry Newman, L’Europe des monastères, chapitre de Léo Moulin, Zodiaque, 1946, 1985 pour l’édition française
  42. Alix de Vergy (vers 11761252). Deuxième épouse de Eudes III de Bourgogne
  43. Plouvier et Saint-Denis 1998, chapitre de Marie-Françoise Damongeot et Martine Plouvier Cîteaux-nécropole : la « saint-Denis bourguignonne », p. 285 & 286.
  44. Voir Histoire de l'Académie Royale des Inscriptions et des Belles Lettres, T. 9, Paris, 1736, p. 193-232, 9 fig., pour une Description Historique des principaux monuments de l'abbaye de Cîteaux et des épitaphes des tombeaux de l'abbaye, par Philibert-Bernard Moreau de Montour. La description donnée dans ce document est la description des tombeaux dans la situation avant la Révolution.
  45. Plouvier et Saint-Denis 1998, p. 179
  46. Baudot, vol. éloge de Cirey, f° 305 sq. Cité par Martine Plouvier, Pour une histoire monumentale de l’abbaye de Cîteaux, p. 179 r. 17.
  47. a et b Plouvier et Saint-Denis 1998, chapitre de Martine Plouvier, Un chantier permanent, p. 180.
  48. Plouvier et Saint-Denis 1998, chapitre de Martine Speranza, La bibliothèque sous l’ancien Régime, p. 263, r. 69, Martine Speranza cite ses sources : Arch. Abbaye de Cîteaux, Louis-Bénigne Baudot, ms. Cîteaux-Molaise, p. 86-89.
  49. Plouvier et Saint-Denis 1998, chapitre de Martine Plouvier, Un chantier permanent, p. 189.
  50. Plouvier et Saint-Denis 1998, chapitre de Martine Plouvier, Un chantier permanent, p. 189. Martine Plouvier cite ses sources : p. 189, r. 27 : AD Côte d’Or, Q 822 à Q 825.
  51. Plouvier et Saint-Denis 1998, chapitre de Martine Speranza, La bibliothèque sous l’Ancien Régime, p. 254.
  52. Jean-Baptiste Tavernier de Boullongne (1749-1794) (le fils de Philippe-Guillaume Tavernier de Boullongne — l’acquéreur de Cîteaux —), épousa en 1773 Louise-Jeanne Walckiers de Tronchienne (1755-1796). L’union ne dura guère, tout en produisant néanmoins trois enfants : Auguste (1773), Herminie (1775) qui se maria avec Chauvelin en 1792 et résida à Cîteaux et Juliette (1778).
  53. Le Parlement de Bourgogne depuis son origine jusqu'à sa chute, Élisabeth-François de Lacuisine, Dijon, Tome I, p 88.
  54. Liste des abbés établie d'après : Plouvier et Saint-Denis 1998, p. 397, Réalisé à partir de Canivez, Dom Cotheret, la Gallia Christiana, Lekai, Manrique, Marilier, Masoliver, et des renseignements collectés, en particulier au moment de l'étude des tombeaux.
  55. À noter que la liste des abbés reprise dans le tableau présente des divergences par rapport aux renseignements contenus dans le document de Lebeau 1997. Ces divergences n'apparaissent pas dans la liste présentée ici.
  56. G.-L. Hémerel, L'énigme du Cardinal Jérome de la Soucgère, in "L'Auvergne Littéraire", pp.33-36, n°160, 3° trim. 1958.
  57. Histoire de l'Académie royale des Inscriptions et Belles Lettres, Paris, 1736, t. IX, p. 196.
  58. Né à Paris le 29 novembre 1766, décédé probablement à Cîteaux où il rentra début avril 1832, (le 8 ou 9), pour y mourir d’une atteinte du choléra contracté lors d’un séjour à Paris.
  59. « […] en abandonnant Cîteaux qu’ils avaient profané, les phalanstériens ne laissaient, comme souvenir de leur passage, que des décors du théâtre, installés par eux dans le bâtiment de la bibliothèque des moines, (affirmation erronée), quelques costumes d’histrions, et 35 masques grimaçants d’hommes… dont ils étudiaient les crânes d’après les lois de la phrénologie. Il fallait un homme de Dieu pour laver les outrages faits à l’antique abbaye et y faire refleurir les vertus du cloître. Cet homme, ce fut l’abbé Rey ». Plouvier et Saint-Denis 1998, article de Cécile Souchon, Un nouveau monde pour Cîteaux, p. 205.
  60. Veuve Bernon de la Rochetaillée, baronne de la Rochetaillée, demeurant au château de Contençon, commune de Saint-Just en Chevalet (Loire). Plouvier et Saint-Denis 1998, chapitre de Cécile Souchon Un nouveau monde pour Cîteaux, p. 222.
  61. D’une contenance de 382 ha 44a et 70 ca et du matériel d’exploitation. Plouvier et Saint-Denis 1998, chapitre de Cécile Souchon Un nouveau monde pour Cîteaux, p. 223.
  62. Plouvier et Saint-Denis 1998, chapitre de Cécile Souchon Un nouveau monde pour Cîteaux, p. 222.
  63. Voir l'article : Histoire des congrégations chrétiennes en France.
  64. La liste est donnée par Lebeau 1997, p. 63 : Dom Sébastien Wyart (9 février 1899 au 18 août 1904), Dom Augustin Marre (8 octobre 1904 au 18 septembre 1922), Dom Ollitrault de Keryvallan (13 décembre 1922 au 25 février 1929), Dom Herman-Joseph Smets (16 juillet 1929 au 4 janvier 1943), Dom Dominique Nogues (1er mai 1946 au 14 septembre 1951), Dom Gabriel Sortais (7 novembre 1951 au 15 janvier 1963).
  65. La liste est donnée par Lebeau 1997, p. 63 : Dom Robert Lescand (6 novembre 1899 au 25 octobre 1923), Dom Fabien Dütter (25 octobre 1923 au 17 novembre 1932), Dom Godefroy Bélorgey (1er novembre 1932 au 9 novembre 1952), Dom Jean Chanut (16 novembre 1952 au 19 mars 1963).
  66. Lebeau 1997, p. 63
  67. Plouvier et Saint-Denis 1998, chapitre de Denis Ouaillarbourou, Martine Plouvier et f. Placide Vernet Une nouvelle église pour les moines de Cîteaux — 1998, pp. 371-372.
  68. Restaurée par Éric Pallot, Architecte des Monuments historiques. Plouvier et Saint-Denis 1998, chapitre d'É. Pallot : La restauration de l'abbaye de Cîteaux, p. 333.
  69. « Abbaye de Cîteaux (ancienne) », base Mérimée, ministère français de la Culture
  70. Plouvier et Saint-Denis 1998, chapitre de Martine Plouvier, Petite chronique d'une histoire monumentale, p. 14 et chapitre d'É. Pallot La restauration de l'abbaye de Cîteaux p. 350.
  71. http://www.abbaye-tamie.com/histoire/histoire-de-citeaux/histoire-de-citeaux/vue

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Martine Plouvier et Alain Saint-Denis, « Pour une histoire monumentale de l’abbaye de Cîteaux (1908-1998) », Cîteaux, commentarii cistercienses, Association Bourguignonne des Sociétés Savantes,‎ 1998 (ISBN 90-800413-9-4)
  • Jean Marilier, Chartes et documents concernant l’abbaye de Cîteaux (1098-1182), Rome, Bibliotheca cisterciensis,‎ 1961
  • Jean Marilier, Histoire de l'Église en Bourgogne, Les Éditions du Bien Public,‎ 1991 (ISBN 2-905441-36-4) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Jean Marilier, Catalogue des abbés de Cîteaux pour le XIIe siècle, 1948.
  • Histoire de l'Académie Royale des Inscriptions et des Belles Lettres, 1736. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Benoît Chauvin, (article de synthèse) Cîteaux, nature sauvage, nature maîtrisée. Catalogue d'exposition, Musée de Nuits Saint Georges, 1998. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Frère Marcel Lebeau, Chronologie de l’Histoire de Cîteaux, Centre Régional de Documentation Pédagogique de Bourgogne,‎ 1997 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • John-Henry Newman, Raymond Oursel, Léo Moulin, L'Europe des monastères, Zodiaque, 1946, (1985 pour l'édition française). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Terryl Nancy Kinder, L'Europe cistercienne, traduit de l'anglais par Divina Cabo, Zodiaque, 1997. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Maurice Chaume, Les anciens vicomte de Beaune et la fondation de Cîteaux, Mémoires de l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, 1923.
  • Claude Courtépée et Edme Beguillet, Description générale et particulière du duché de Bourgogne, Dijon, 1775-1788.
  • Robert Folz, Le problème des origines de Cîteaux, Mélanges saint Bernard, XXIVe Congrès de l'Association bourguignonne des sociétés savantes, Dijon, 1953.
  • Jean Richard, Cîteaux vu à travers ses archives, Mémoires de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres, Dijon, 1943-1946.
  • A. Quillot, Conduite du Centfond à Cîteaux, Bulletin d'histoire et d'archéologie religieuse du diocèse de Dijon, t. 4, 1886.
  • G. Vauthier, Arthur Young et la colonie sociétaire de Cîteaux, 1841-1844, La révolution de 1848, t. 23, 1927.
  • Abbaye de Cîteaux, Bernard. Jeunesse et entrée à Cîteaux, Editions Dominique Guéniot, 2012, (ISBN 978-2-87825-518-8)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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