Abbaye Notre-Dame de Saint-Rémy de Rochefort

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Abbaye Notre-Dame de Saint-Rémy
Image illustrative de l'article Abbaye Notre-Dame de Saint-Rémy de Rochefort
Entrée de l'église abbatiale

Nom local Abbaye de Rochefort
Diocèse Namur
Patronage Notre-Dame
Fondation 1230
Cistercien depuis 1887 (refondation)
Abbaye-mère Abbaye d'Achel
Congrégation Trappiste
Période ou style XIXe siècle

Coordonnées 50° 10′ 41″ N 5° 13′ 13″ E / 50.17803, 5.22036 ()50° 10′ 41″ Nord 5° 13′ 13″ Est / 50.17803, 5.22036 ()  
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Région Drapeau de la Région wallonne Région wallonne
Province Drapeau de la province de Namur Province de Namur
Commune Rochefort

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Abbaye Notre-Dame de Saint-Rémy

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Abbaye Notre-Dame de Saint-Rémy

L'abbaye Notre-Dame-de-Saint-Rémy de Rochefort (généralement connue comme abbaye de Rochefort) est une abbaye trappiste sise à 5 km au nord de la ville belge de Rochefort, en Famenne et province de Namur (Région wallonne de Belgique). Fondée en 1230 et sécularisée en 1792 l'abbaye reprend vie comme communauté monastique en 1887. Elle est connue pour sa brasserie, et bière trappiste, la « Rochefort ».

Origine et premiers siècles[modifier | modifier le code]

Gilles de Walcourt, comte de Rochefort, offre à une communauté de dames pieuses de s’installer dans un domaine personnel qu’il offre à Saint-Rémy, près de Rochefort. L’acte de fondation date de 1230 et le monastère s’appelle le « Secours de Notre-Dame » (Succursus Dominae Nostrae). Durant deux siècles l’abbaye – affiliée à l’ordre cistercien – se développe harmonieusement, et accumule possessions et terres grâce aux donations qui lui sont faites.

XVe siècle[modifier | modifier le code]

Au XVe siècle la ferveur et la discipline religieuse se détériorent. De plus le nombre de moniales a fort diminué. Le chapitre général de l’ordre de Cîteaux envoie en 1464 les abbés du Jardinet et de Moulins comme Visiteurs canoniques. Leur rapport est sévère au point que le chapitre prend une décision draconienne et rare : l’ensemble de la communauté ira occuper l’abbaye de Félipré (près de Vencimont) dont les moines remplaceront les moniales à Saint-Remy-Rochefort. Il est possible qu’un problème de salubrité des lieux ait également influencé la décision. Ainsi Marguerite Spangneau, abbesse, renonce à ses droits sur l’ensemble de la propriété et Arnould de Maisonneuve, abbé de Félipré, et sa communauté prennent possession des lieux. L’abbaye est placée directement sous la tutelle de Cîteaux dont elle devient la 28e fille[1]. Une nouvelle période de ferveur et prospérité commence pour l’abbaye. Les moines sont d’ailleurs plus à même d’exploiter les ressources de la rivière (un affluent de la Lhomme) qui traverse propriété et bâtiments de l’abbaye, de même que les carrières d’un marbre bleu-et-rouge fameux (le marbre de Saint-Rémy).

XVIe et XVIIe siècles[modifier | modifier le code]

Le XVIe siècle est plus difficile. Les temps sont troubles. L’abbaye est pillée par des soldats calvinistes en 1568, et dix ans plus tard les troupes de Don Juan d'Autriche font de même… (1577) Aux environs de 1595, les moines se mettent à brasser la bière.

Le XVIIe siècle fut encore plus désastreux. Les guerres entraînent d’autres calamités : famine, épidémie et brigandage. Le 1er mai 1650, les troupes lorraines du baron de Châtelet pillent l’abbaye, et commettent des actes sacrilèges dans l’église. Les années suivantes, 1652 et 1653 les moines doivent souvent se réfugier dans la ville de Marche.

La tourmente passée, les travaux de reconstruction commencent (1664) et l’église est consacrée en 1671. Philippe Fabry en est l’abbé. Sa devise gravée sur un bâtiment de l’époque, avec le millésime de 1664, est devenue et restée à ce jour la devise de l’abbaye : Curvata Resurgo (« Courbée, je me relève »).

Intérieur de l'église abbatiale de Rochefort

XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Les bâtiments sont là : une belle et élégante abbaye, achevée avec tourelles, église, quartier abbatial, quartier des hôtes, moulin, etc., mais l’esprit n’y est plus. Une nouvelle décadence s’installe. Mauvais signe : un moine de Clairvaux qui visite l’abbaye en 1744 trouve la bibliothèque en un déplorable état : « la petite bibliothèque ne parait pas fréquentée ; les fenêtres en sont toujours fermées, ce qui cause une quantité de puces que nous y trouvâmes en abondance, en sorte que nous dûmes retrousser nos habits assez hauts… ». Un règlement de 1755 tente de redresser la discipline : « Il est interdit aux moines de prendre du thé, du café, du chocolat des liqueurs, du vin, de fumer, de jouer aux cartes, sous peine d’être confiné dans sa chambre une journée entière ». En vain.

Sécularisation[modifier | modifier le code]

Les moines sont fatigués de porter la coule. De plus ils sont influencés par les idées de la Révolution française. Ensemble ils demandent au pape Pie VI leur sécularisation (1792), qui leur est accordée. Les huit moines survivants deviennent chanoines séculiers et se partagent à l’amiable les biens de l’abbaye dans laquelle ils continuent à résider (chacun avec son domestique). Ce nouveau statut de l’abbaye – ses biens étant partagés et devenu privés – protège semble-t-il les bâtiments lors de la visite des soldats républicains en 1794, même si les nouveaux chanoines séculiers s’étaient empressés de fuir. Au départ des soldats cependant la population locale achève le travail. Comme les autres abbayes, Saint-Rémy connaît le pillage et la destruction, à la grande amertume de l’abbé : « les ouvriers et manœuvres, ceux que nous avons nourris de pères en fils, étaient les plus acharnés au pillage : quelle reconnaissance ! ».

Les chanoines séculiers perdent malgré tout tous leurs biens. Les bâtiments de l’abbaye sont vendus en vertu de la loi de 1796. Un certain Poncelet acquiert le monastère en 1805 dont il fait démolir l’église et la plupart des bâtiments monastiques. Les matériaux ainsi récupérés sont utilisés pour construire des immeubles à Rochefort. Le dernier - et ex-abbé - Armand de la Pierre meurt comme doyen de Rochefort en 1812.

Résurrection[modifier | modifier le code]

La propriété passe par différentes mains pour aboutir en celles d’un prêtre séculier, l’abbé Seny, qui en fait donation aux moines cisterciens-trappistes de l’abbaye d'Achel, dans le Limbourg[2]. En 1887 un groupe de moines d’Achel descend à Rochefort pour prendre possession des restes de l’abbaye et y rétablir la vie monastique. Ils adoptent le même blason épargné par les révolutionnaires et la même devise : Curvata resurgo. Ainsi après un siècle d’interruption la vie cistercienne reprend à Rochefort. Sous le nouveau prieur Anselme Judong de nouveaux bâtiments sont érigés et sont restaurés ceux qui peuvent l’être : le porche du XVIe siècle, la ferme du XVIIe et les grange et moulin à eau du XVIIIe siècle. Des objets de dévotions, à grande valeur historique et spirituelle, sauvés de la tourmente révolutionnaire par des habitants de la région sont rendus par leurs descendants aux moines : une statue de l'Enfant-Jésus, un tableau de valeur, etc.

Le 29 décembre 2010 se déclare vers 18 h 30 un incendie, causé par une déficience des générateurs électriques installés pour pallier les problèmes électriques dus aux abondantes chutes de neige du mois. Le feu ravage quatre corps de bâtiments, détruisant 1 200 m2 de toiture[3], mais sans atteindre ni la bibliothèque ni la brasserie[4].

Brasserie[modifier | modifier le code]

Pour vivre, les moines s’emploient d’abord à l’agriculture. Mais dès 1899 une petite brasserie est installée. Les moines d’Achel, brasseurs depuis 50 ans, apportent leur savoir-faire à Rochefort. Paulin Cattoir, moine de Rochefort se fait un nom comme maître brasseur dans les années qui suivent la Première Guerre mondiale. La production reste cependant quasi familiale.

Un tournant important est pris en 1952 lorsque de gros investissements améliorent la qualité de la bière comme la quantité produite. Le travail brassicole remplace l’agriculture comme activité primordiale de l’abbaye et devient sa source principale de revenus.

Dans les années 1970, l’équipement de la brasserie est entièrement renouvelé et modernisé.

L'eau utilisée pour confectionner cette bière est issue de la source de la Trudaine, qui alimente également les étangs de l'abbaye et en partie la ville de Rochefort. Un projet d'extension de la carrière de calcaire voisine de la Boverie, exploitée par une société du groupe Lhoist, fait débat à propos du maintien de la qualité de cette eau de source[5],[6],[7]. Cette extension est actuellement bloquée[8],[9].

Rochefort est une des six bières belges et des trois bières wallonnes autorisées à porter le label Authentic Trappist Product (ATP) parmi les dix bières trappistes ainsi reconnues (en 2014).

Article détaillé : Rochefort (bière).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. suivant le système traditionnel de filiation cistercienne. Il est possible que Saint-Rémy soit la dernière fondation de Cîteaux avant la Révolution française.
  2. L’abbé Seny lui-même se fera moine à Rochefort, dès que la vie monastique y aura repris
  3. Incendie à l’abbaye de Rochefort: peu de conséquences économiques, La Meuse, quotidien belge, 30 décembre 2010.
  4. L'incendie à l'Abbaye de Rochefort est sous contrôle, La Meuse, quotidien belge, 29 décembre 2010.
  5. tridaine.be La situation vue par les opposants à l'extension de la carrière.
  6. info-tridaine.be La situation vue de la société d'exploitation de la carrière.
  7. matele.be Le dossier publié par un média télévisé local.
  8. lesoir.be La trappiste de Rochefort sauvée.
  9. tvlux.be Tridaine : retrait du permis à Lhoist.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Joseph-Marie Canivez: L'Ordre de Cîteaux en Belgique, Forges-lez-Chimay, 1926.
  • A. Fourneau: L'Abbaye Notre-Dame de Saint-Remy à Rochefort, Rochefort, 2002.