Armand Jean Le Bouthillier de Rancé

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Armand Jean Le Bouthillier de Rancé
Image illustrative de l'article Armand Jean Le Bouthillier de Rancé
Armand Jean Le Bouthillier de Rancé peint de mémoire par Hyacinthe Rigaud - Abbaye de La Grande Trappe
Biographie
Naissance 19 janvier 1626
Paris
Ordre religieux O.Cist.
Ordination sacerdotale 1651
Décès 27 octobre 1700 (à 74 ans)
Abbaye de La Trappe
Abbé de l’Église catholique
Abbé de La Trappe
1695 – 1696
Précédent François II Le Bouthillier de Rancé Zozime Ier Pierre Foisil Suivant
Autres fonctions
Fonction laïque

Ornements extérieurs Abbés simple.svg
Blason à dessiner.svg

Armand Jean Le Bouthillier de Rancé O.Cist., né le 9 janvier 1626 à Paris, décédé le 27 octobre 1700 à l'abbaye de La Trappe (Soligny-la-Trappe, France), est un des précurseurs de l'Ordre cistercien de la stricte observance ("Trappistes", fondé en 1892).

Biographie[modifier | modifier le code]

Un abbé mondain[modifier | modifier le code]

Armand Jean Le Bouthillier de Rancé était issu d'une famille de la noblesse de robe, bien introduite à la cour. Né le 9 janvier 1626, le prénom d'Armand lui vient de son parrain, Armand Jean cardinal de Richelieu. Il est le deuxième fils de Denis Le Bouthillier de Rancé, qui fut secrétaire privé de la reine Marie de Médicis. Alors qu'il était destiné à une carrière militaire, sa famille engage Armand-Jean dans une carrière ecclésiastique à la place de son frère Denis-François, décédé, pour conserver à la famille les bénéfices ecclésiastiques promis à ce dernier. Dès l’âge de onze ans, en 1637, il est chanoine de la cathédrale Notre-Dame de Paris et abbé commendataire de cinq monastères, dont celui de la Trappe, en Normandie. En 1638, sa mère meurt et sa sœur entre au couvent. Il est diplômé maître ès arts en 1643. En 1650, son père meurt à son tour.

Cette année-là, il fait connaissance de la duchesse de Montbazon, plus âgée que lui de quatorze ans, qui l’introduit dans le grand monde. Il est ordonné prêtre en 1651 après de brillantes études à Paris, où il a notamment comme condisciple Bossuet. En 1652 il est reçu premier à la licence, et passe son doctorat en 1654 à la Sorbonne. La même année, il est mis à la tête d'un des archidiaconés de son oncle, Victor Le Bouthillier (1596-1670), archevêque de Tours. En 1655, il est délégué à l'Assemblée du Clergé. En 1657, son oncle veut le nommer coadjuteur avec droit de succession, mais Mazarin s'y refuse, décision relativement normale vu l'âge du candidat; mais surtout Rancé est un partisan du cardinal de Retz, ennemi de Mazarin.

Le 28 avril de la même année meurt sa maîtresse, la duchesse de Montbazon. La douleur d’avoir perdu celle qu’il aimait marque un tournant dans sa vie. Suivent trois années de quasi-retraite et de réflexion dans la propriété familiale de Véretz, près de Tours. Il en profite pour étudier et traduire certains Pères de l'Église ou docteurs de la vie monastique, tels Basile de Césarée et Evagre le Pontique, qui marquent durablement sa pensée. Il envisage désormais de s'orienter vers la vie religieuse.

La réforme cistercienne[modifier | modifier le code]

En 1660, il visite La Trappe qui tombe en ruine, aussi bien intérieurement qu’extérieurement. Il comprend qu'en tant qu'abbé commendataire, il a sa part de responsabilité dans cette déchéance. Aussi commence-t-il à relever l'abbaye. Aux moines, il donne le choix entre rester et suivre la réforme, ou partir avec une pension. Il fait venir des moines du monastère réformé de Perseigne pour les remplacer. À Perseigne, de la filiation de Cîteaux, la réforme de l' Etroite Observance avait déjà commencé: il s'agissait de revenir à la fidélité à la Règle de saint Benoît, celle des fondateurs de Cîteaux, qui incluait notamment l'abstinence de viande (d'où le nom d' abstinents) et le travail manuel quotidien. L'Etroite Observance regroupait une soixantaine d'abbayes (Comme Perseigne, mais aussi Sept-Fons, Tamié, le Val-Richer, Orval, Clairmarais, le Val-des-Choux, etc.) qui souhaitaient revenir à la spiritualité et à l'observance des premiers cisterciens, sans toutefois quitter l'Ordre de Cîteaux ni même constituer une congrégation à part.

Pendant la période de reconstruction de La Trappe, Rancé vit et travaille au milieu de ses moines. Le 20 août 1662, on peut rétablir la prière en chœur. Puis, en mai 1663, il se rend à l'abbaye de Perseigne pour y accomplir son noviciat, c'est-à-dire recevoir la formation monastique dont il était jusque-là dépourvu, comme la quasi-totalité des abbés commendataires de son temps. En juillet 1664, son noviciat achevé, Rancé reçoit la bénédiction abbatiale de l'évêque de Sées, dont dépendait La Trappe. Devenant ainsi abbé régulier de La Trappe, c'est là qu'il résidera désormais; il a vendu ses biens et renoncé à ses autres bénéfices ecclésiastiques.

Rancé va rapidement devenir un des principaux champions de l'Etroite observance. Il la présente dans ses Declarationes in regulam beati Benedicti ad usum Domus Dei Beatae Mariae de Trappa (qui ne furent toutefois jamais imprimées et ne sont connues que par un manuscrit en latin, une traduction française et quelques citations) et surtout dans le fameux ouvrage De la sainteté et des devoirs de la vie monastique (1683), qui connaîtra une large diffusion et entraînera des controverses avec d'autres grands Ordres qui ne passaient pas pour relâchés, tels les Chartreux et les Mauristes.

La réforme de La Trappe est approuvée par le Saint-Siège par deux Brefs des 2 août 1677 et 23 mai 1678: La Trappe reste soumise à Cîteaux mais avec des règlements particuliers. Ce qui marquait Rancé dans ses efforts de réforme, c’était un sentiment profond de la continuité de la vie monastique depuis les Pères du Désert jusqu'aux cisterciens: d'où son insistance sur les thèmes monastiques classiques de la nécessité du repentir, du renoncement à soi-même, de l’humilité et de l’ascèse; d'où la remise en valeur du silence, du travail manuel pénible, en particulier dans l'agriculture, et de l'abstinence. C’est ce désir d’humilité qui lui fit repousser toute étude scientifique dans le monastère: Rancé avait été un théologien brillant et admiré, il voulut épargner la tentation de l'orgueil intellectuel à ses moines, mais tomba du même coup dans un anti-intellectualisme qui lui sera reproché, notamment par le bénédictin Mabillon. La réforme rancéenne connut cependant un grand succès en cette époque où tous les monastères ne brillaient pas par leur ferveur: La Trappe accueillit des postulants par dizaines et même par centaines, qui étaient parfois déjà prêtres ou religieux.

Un héritier de Rancé, dom Augustin de Lestrange, permettra à la communauté de La Trappe de ne pas être détruite par la Révolution française: exilée en Suisse, elle donnera naissance en 1892 à l’Ordre des cisterciens réformés de Notre-Dame de la Trappe, qui deviendra peu après l'Ordre cistercien de la stricte observance.

Il n’a jamais été question de canoniser Rancé. Il n'est donc pas fêté comme Saint ni comme bienheureux, pas même dans l’Ordre cistercien de la stricte observance.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Ouvrages
  • Conduite chrétienne adressée à Son Altesse Royale Madame de Guise, Paris, Delaulne, 1703
  • Constitutions de l'abbaye de La Trappe, avec des réflexions, Bruxelles, Lambert Marchant, 1702
  • De la sainteté et des devoirs de la vie monastique, Paris, François Muguet, 1683
  • Maximes chrétiennes et morales, Delft, Henri van Rhyn, 1699
  • Vie et mort des moines de la Trappe. Sélection de 13 Relations de la mort de quelques religieux de l'abbaye de la Trappe de l'abbé de Rancé. Textes présentés et annotés par Jean-Maurice de Montremy. Le Mercure de France, coll. "Le Temps retrouvé", Paris 2012.
Correspondance
  • Lettres de Armand-Jean Le Bouthillier de Rancé, abbé et réformateur de la Trappe, Éd. Benoît Gonod, Paris, d’Amyot, 1846
  • Lettres de piété ; écrites à différentes personnes, Paris, Muguet, 1704.
  • Florilège de lettres. Choix et présentation par Alban John Krailsheimer. Cerf, 1999.
  • Correspondance, 1642-1700, 4 volumes. Présentation par A. J. Krailsheimer. Cerf, 1993.

Sur la genèse du portrait de Rancé par Hyacinthe Rigaud[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages anciens
  • Vie de Rancé, de François René de Chateaubriand.
  • Louis Dubois, Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réforme, Paris, A. Bray, 1866
  • B. d’Exauvillez, Histoire de l'abbé de Rancé, réformateur de La Trappe, Paris, J. Delsol, 1868
  • J M Gassier, Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réforme, composée avec ses écrits, ses lettres, ses règlements et un grand nombre de documents contemporains inédits ou peu connus, Paris, Bray, 1866
  • Daniel de Larroque, Les véritables motifs de la conversion de l'abbé de La Trappe, Cologne, Pierre Marteau, 1685
  • Pierre Le Nain, La vie de dom Armand-Jean le Bouthillier de Rancé, abbé & réformateur de l'Abbaye de la Malson-Dieu-Notre-Dame de la Trappe, Paris, Florentin Delaulne, 1719
  • Jacques Marsollier, La vie de Dom Armand Jean le Bouthillier de Rancé, Paris, Jean de Nully, 1703
  • Marie Léon Serrant, L'Abbé de Rancé et Bossuet : ou, Le grand moine et le grand évêque du grand siècle, Paris, Ch. Douniol, 1903
  • Henri Brémond, « L'abbé Tempête », Armand de Rancé, réformateur de la Trappe, Paris, Hachette 1929
Travaux contemporains
  • Rancé, le soleil noir, Jean-Maurice de Montremy, Librairie académique Perrin, 2006, (ISBN 9782262014322)
  • La querelle Mabillon-Rancé, Blandine Barret-Kriegel, Paris, Quai Voltaire, 1992 (ISBN 9782876531574)
  • Armand-Jean de Rancé, abbé de la Trappe, 1626-1700, A. J. Krailsheimer, Cerf, 2000, (ISBN 9782204063272) trad de (en) A. J. Krailsheimer, Armand-Jean de Rancé, Abbot of La Trappe : his influence in the cloister and the world, Oxford, Clarendon Press, 1974
  • L'abbé de Rancé et la règle bénédictine, Fr. Aurel Bela Mensáros, Rome, Pontificium Athenaeum Anselmianum, 1967.

Liens externes[modifier | modifier le code]

L'abbé de Rancé sur le site de l'Ordre cistercien de la stricte observance.