Zoé de Gamond

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Zoé Charlotte de Gamond, née à Bruxelles le 11 février 1806 et morte le 28 février 1854 (à 48 ans), est une éducatrice et féministe belge qui a écrit sous le pseudonyme de Marie de G***.

Biographie[modifier | modifier le code]

Zoé de Gamond naquit dans une famille libérale aisée. Son père, Pierre-Joseph de Gamond, fut gouverneur de la province d'Anvers, à l'époque du Royaume-Uni des Pays-Bas. Sa mère, Isabelle-Angélique de Lados, était d'origine noble et tenait dans les années 1820 des salons politiques et philosophiques, auxquels Zoé participait et qui l'amenèrent à avoir une vie active en politique, surtout après les événements révolutionnaires de 1830. Elle fut avocate et professeure à partir de 1830 dans le Royaume de Belgique.

Zoé fut d'abord partisane de Saint-Simon. John Bartier la décrit, ainsi que sa sœur Élise, comme « deux saint-simoniennes prêtresses » répandant la doctrine « avec zèle et succès »[1]. Cependant les théories d'émancipation sexuelle prônées par les saint-simoniens leur paraissaient bien trop audacieuses et elles s'en détournèrent.

« Si les saint-simoniens ou plutôt les enfantinistes ont abordé pleinement le sujet de la condition actuelle des femmes et se sont montrés justes et solides dans la partie critique de leurs théories, ils se sont montrés inhabiles et grossiers dans la partie créatrice et affirmative. Leurs principes n'ont abouti qu'à faire monter la rougeur au front des femmes, et à leur faire souhaiter que l'on ne s'occupât point de leur sort plutôt que de s'en occuper pour un tel scandale. »

— Marie de G*** (pour Zoé de Gamond), De la condition sociale des femmes au XIXe siècle[2]

Zoé de Gamond se rallia alors aux idées de l'utopiste socialiste Charles Fourier, auteur d'une doctrine utopique basée sur l'égalité des personnes. Au début des années 1830, elle soutint activement des exilés politiques italiens et polonais. Elle publia de nombreux articles dans le Recueil encyclopédique belge, dans la revue de littérature italienne L'Exilé ou encore dans L'Artiste, essentiellement comme critique artistique et littéraire. C'est à cette époque qu'elle rencontra le nationaliste polonais Jan Czyński, avec qui elle entretint une tumultueuse et longue amitié. Elle écrivit également sur le féminisme au milieu des années 1830. Elle épousa, le 18 mai 1835, l'artiste italien Jean-Baptiste Gatti (1800-1877).

À la fin des années 1830, le couple quitta Bruxelles pour Paris. Elle écrivit Fourier et son système, un ouvrage sur la philosophie de Fourier qui sera réédité cinq fois et aussi traduit en anglais. À Paris, elle retrouva Czyński, avec qui elle écrivit un roman consacré à l'émancipation rurale, Le Roi des paysans (Paris, 1838). Elle édita, toujours avec Czyński, la revue Le Nouveau Monde de 1839 à 1840.

Avec le soutien d'un riche fouriériste anglais, Arthur Young, elle acheta, en septembre 1841, un monastère en Bourgogne, à Saint-Nicolas-lès-Cîteaux, l'abbaye de Cîteaux, afin d'y établir un phalanstère qui fonctionna jusqu'en 1846 et qui s'avéra un désastre financier. Le phalanstère était conçu pour accueillir 600 personnes, mais, au début de 1843, il n’en abritait que 167.

Le couple de Gamond retourna à Bruxelles, où il mena une vie de pauvreté relative.

Grâce à l'appui de Charles Rogier, Zoé de Gamond fut nommée inspectrice des écoles maternelles, primaires et normales. C'est la première fois qu'une femme occupait ce poste. Elle publia plusieurs manuels d'enseignement, ainsi qu'un ouvrage au sujet des asiles d'aliénés.

Elle est la mère de trois filles dont Isabelle Gatti de Gamond, avec qui elle a souvent été confondue.

Zoé de Gamond mourut en 1854, à l'âge de 48 ans, dans un relatif anonymat.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres de Zoé de Gamond[modifier | modifier le code]

  • Fourier et son système, Paris : [s.n.], 1840
  • Réalisation d'une commune sociétaire d'après la théorie de Charles Fourier, Paris : Capelle, 1840
  • Le monde invisible, Bruxelles : [s.n.], 1846
  • Paupérisme et association, Bruxelles : Méline, Cans et Co, 1846
  • Manuel des salles d'asile et des écoles primaires, avec un questionnaire, d'après la méthode de Pestalozzi, Bruxelles : Deprez-Parent, 1851

Références[modifier | modifier le code]

  1. Naissance du socialisme en Belgique, les saint-simoniens, Bruxelles, PAC, 1985, p. 29.
  2. Revue encyclopédique, décembre 1832, p. 599.