Louvre Abou Dabi

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Vue satellite du chantier, en 2010.

Le Louvre Abou Dhabi est un musée dont la création procède d'un accord intergouvernemental signé le 6 mars 2007 entre la France et l'Emirat, que le Louvre doit installer dans une architecture confiée à l'architecte français Jean Nouvel[1]. Ayant pris plusieurs années de retard[2], le chantier devrait s'achever fin 2016, ce qui laisse espérer une ouverture des galeries au public fin 2017[3]. Il sera alors une composante d'un district culturel en cours de constitution sur l'île de Saadiyat où il devrait côtoyer trois autres musées, toujours en cours de construction, une antenne de l'Université de New York, un palace et des résidences de luxe .

Histoire[modifier | modifier le code]

Dans le cadre de la création d'un district culturel sur l'île de Saadiyat (« île du bonheur ») à Abou Dhabi, le gouvernement des Émirats arabes unis s'est tourné vers la France pour la réalisation et le développement d'un musée universel dont le projet architectural revient à Jean Nouvel, concepteur du musée du quai Branly. Les deux pays ont signé, le , un accord à ce sujet[4],[5],[6], qui organise cette opération de coopération culturelle sur 30 ans et prévoit que le musée portera le nom de Louvre Abou Dhabi.

Nature morte au cabas et à l'ail, par Édouard Manet, acquis par le musée en 2009.

La France est chargée d'une mission de conseil dans les domaines de la conception et la réalisation du bâtiment et est chargée de l'élaboration du projet scientifique et culturel du musée. À partir de l'ouverture du musée et pour les dix années suivantes, le Louvre Abou Dhabi recevra en prêt des œuvres issues des collections françaises (300 dans les premières années, puis 250 et 200). De même, pendant quinze ans, la France fournira annuellement au Louvre Abou Dhabi quatre expositions. Enfin, elle aidera le musée à se constituer une collection propre destinée à remplacer les œuvres prêtées par les musées français.

Les Émirats arabes unis se sont engagés à verser des contreparties de l'ordre de 965 millions d'euros sur trente ans[7], qui bénéficieront au musée du Louvre et aux autres musées partenaires de l'opération. Pour mettre en œuvre cet accord de coopération culturelle, la France a créé une structure spécifique, l'Agence France-Muséums dont sont actionnaires quelque douze des principaux établissements culturels français.

Acquisitions[modifier | modifier le code]

Depuis début 2009, le Louvre Abou Dhabi a commencé à acquérir des œuvres pour sa collection permanente. La collection compte actuellement environ six cents œuvres de l'Antiquité au XXIe siècle[8] dont les œuvres suivantes :

Critiques[modifier | modifier le code]

L'accord a suscité une controverse, menée par l'ancienne directrice du musée d'Orsay Françoise Cachin, qui a cosigné le , avec Jean Clair et Roland Recht dans Le Monde, une tribune contre le projet[11], ensuite relayée par une pétition, signée par plus de 5 000 personnes, dont de nombreux historiens de l'art, universitaires et conservateurs. Pour elle, la participation du Louvre à ce « Las Vegas des sables » est une « dérive terrible de l'éthique du travail des musées ». En réponse à cette polémique, Jack Lang, dans un article paru dans Le Monde du [12], a pris position en faveur d'un projet qui témoigne de la reconnaissance, dit-il, du « talent français » dans les pays arabes.

L'organisation du fonctionnement du futur Louvre Abou Dhabi pouvait poser néanmoins des problèmes de déontologie aux Musées français et à leurs conservateurs. Ceux-ci, chargés du projet au sein de l'Agence France-Muséums doivent conseiller les autorités d’Abou Dhabi pour des acquisitions dont l'intérêt peut être en concurrence directe avec l'enrichissement des collections françaises qui n'ont pas les mêmes moyens que l'émirat. Il peut y avoir un risque de conflit d'intérêt culturel au sein même de l'institution Louvre, mais Jean-Luc Martinez, président directeur de l'établissement public, estime que « si, en principe, sur le papier, ces réserves sont légitimes, la réalité est bien différente »[8].

De plus, étant donné le régime politique des EAU, la collection constituée est privée, appartenant à l'émir d’Abou Dabi, le cheikh Khalifa. Or, selon le droit français, les conservateurs de musée travaillent pour le patrimoine national.

En 2012, cinq années après la signature du contrat, le chantier n'avait toujours pas démarré. Les retards accumulés étaient tels que, ajoutés à la crise financière, le projet était sur le point d'échouer, selon le journaliste Vincent Noce. Dans le quotidien français Libération, il a révélé un courrier daté du 15 février 2012 du cheikh Sultan, patron de l'autorité du développement touristique et de la culture (T.D.I.C.), au président d'alors du Louvre, Henri Loyrette, s'inquiétant d'une « dérive significative » du projet. Il déplorait notamment les carences dans le « transfert de compétences » de la part de l'équipe française et estimait que le manque de concertation dans les acquisitions d'une collection, décrite par le journaliste comme purement « européocentriste », avait atteint un point critique[2]. En 2011, l’Émirat a même cessé un temps de verser sa redevance au Louvre, pourtant due au titre des dispositions contractuelles. Libération a en même temps révélé que l’Émirat avait versé 25 millions d'euros pour la restauration du pavillon de Flore au Louvre, censé accueillir des galeries dont un étage porterait le nom du cheikh Zayed, fondateur des Émirats. La somme a été encaissée, mais le projet a été abandonné par le ministère de la Culture, qui n'a pas osé déménager les ateliers de restauration installés dans cette aile[2]. À la suite des difficultés que rencontre ce projet[13], les principaux membres de la direction scientifique dont Henri Loyrette, Laurence des Cars et Olivier Gabet, quittent l'agence France-Muséums en 2013[14]. Jean-Luc Martinez prend la succession de Henri Loyrette et se rend par deux fois dans l'Émirat pour rétablir le dialogue. Il est secondé dans cette démarche par Vincent Pomarède, directeur du département des Peintures du Louvre[14]. L'anthropologue Jean-François Charnier intègre cette seconde équipe et donne une nouvelle impulsion à ce projet[15].

Droit du travail et critique des organisations humanitaires[modifier | modifier le code]

Par ailleurs, les ONG critiquent les abus concernant le droit du travail liés à la construction du musée - problèmes récurrents dans les EAU, et particulièrement prégnants dans la construction de Dubaï. Ainsi, Human Rights Watch (HRW) a documenté les violations des droits des travailleurs migrants œuvrant à la construction de l'île de Saadiyat (« île du Bonheur »). Dans son rapport de mai 2009 intitulé « ‘L'Île du bonheur' : Exploitation des travailleurs migrants sur l'île de Saadiyat, Abou Dhabi »[16], HRW révèle que les travailleurs indiens, bengalis, etc., sont régulièrement abusés par des compagnies de recrutement dans leurs pays d'origine, qui leur demandent des frais exorbitants de recrutement et leur font de fausses promesses de salaires élevés. Ces travailleurs sont ensuite aux prises d'un système de « parrainage » (kafala) mis en place par des employeurs qu'ils ne peuvent quitter sans risquer d'être renvoyés dans leur pays d'origine. En dépit d'une loi qui l'interdit, leurs passeports sont confisqués par ces employeurs. Ils ne peuvent négocier collectivement, et le droit de grève n'est pas reconnu aux EAU.

HRW a donc appelé les institutions internationales qui auront des annexes sur l'île de Saadiyat, dont le Louvre, à obtenir des garanties des autorités émiraties pour qu'elles respectent – selon les standards internationaux - les droits des travailleurs qui construiront ces bâtiments de renommée internationale. Cet appel reste... un appel.

Construction[modifier | modifier le code]

Après 5 mois de chantier et la pose de 4 536 pieux, l'entreprise allemande Bauer International a terminé fin août 2010 les travaux de fondation du musée[17]. Le cabinet britannique d'ingénierie Buro Happold a veillé à l'étanchéité, le musée étant construit sur une île. Selon le promoteur gouvernemental Tourism Development & Investment Company (TDIC), le musée de 24 000 m2 avec sa coupole ajourée de 180 m de diamètre imaginée par les Ateliers Jean Nouvel à Paris devait ouvrir en 2015[17].

Le 29 octobre 2011, T.D.I.C., le maître d'ouvrage du musée, annonçait une révision du calendrier de construction, sans fournir de nouvelle échéance[18]. D'après le quotidien émirien Gulf News, ce retard serait dû à une réorientation prudente des investissements du gouvernement d'Abou Dhabi[19]. En réalité, selon le Journal des arts, l'ouverture est attendue fin 2017, à la suite notamment des retards dans l'installation de la coupole et la mise en eau des canaux que surplombe le bâtiment[3].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Louvre dans le monde : Louvre Abou Dabi | Musée du Louvre | Paris », sur www.louvre.fr (consulté le 5 juillet 2016)
  2. a, b et c « Louvre Abou Dhabi : les mille et un ennuis » (consulté le 5 juillet 2016)
  3. a et b « La France veut prendre la tête de la lutte pour la culture au Moyen-Orient - LeJournaldesArts.fr - 05 juillet 2016 », sur www.lejournaldesarts.fr (consulté le 5 juillet 2016)
  4. Loi no 2007-1478 du 17 octobre 2007 autorisant l'approbation d'accords entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement des Émirats arabes unis relatifs au musée universel d'Abou Dabi, JORF no 242 du 18 octobre 2007, p. 17170, texte no 5, NOR MAEX0762129L, sur Légifrance.
  5. Décret no 2008-879 du 1er septembre 2008 portant publication de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement des Émirats arabes unis relatif au musée universel d'Abou Dabi, signé à Abou Dabi le 6 mars 2007, JORF no 205 du 3 septembre 2008, p. 13803, texte no 2, NOR MAEJ0819569D, sur Légifrance.
  6. Décret no 2008-880 du 1er septembre 2008 portant publication de l'accord additionnel à l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement des Émirats arabes unis relatif au musée universel d'Abou Dabi portant dispositions fiscales, signé à Abou Dabi le 6 mars 2007, JORF no 205 du 3 septembre 2008, p. 13811, texte no 3, NOR MAEJ0819582D, sur Légifrance.
  7. « Louvre Abou Dhabi : les mille et un ennuis » (consulté le 5 juillet 2016)
  8. a et b Jean-Luc Martinez, Une collection pour un musée universel, in Grande Galerie - Le Journal du Louvre, mars/avril/mai 2014, n° 27, pp. 40-43.
  9. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p et q Grande Galerie - Le Journal du Louvre, mars/avril/mai 2014, n° 27.
  10. a, b, c, d, e et f Ancienne collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé.
  11. Françoise Cachin, Jean Clair et Roland Recht, « Les musées ne sont pas à vendre », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  12. Jack Lang, « Le Louvre, un musée universel », le Monde,‎ .
  13. Vincent Noce, « Louvre Abou Dhabi : Les mille et un ennuis », Libération, Paris,‎ (lire en ligne).
  14. a et b Vincent Noce, « Laurence des Cars pressentie à l'Orangerie », Libération, Paris,‎ (lire en ligne).
  15. Vincent Noce, « Portrait : Jean-François Charnier, en charge du Louvre Abou Dhabi », Le Journal des arts, Paris, no 430,‎ (lire en ligne).
  16. Human Rights Watch, « Émirats arabes unis : Les travailleurs qui construisent « l'Île du bonheur » sont régulièrement exploités », 19 mai 2009.
  17. a et b Le Moniteur N°5573 du 17 septembre 2010 page 9
  18. Communiqué de T.D.I.C., 29 octobre 2011
  19. (en) Showcase projects yield to more urgent needs, Gulf News, 10 novembre 2011.
  20. Exposition Louvre Abou Dabi. Naissance d'un musée, du 2 mai au 28 juillet 2014, Musée du Louvre.

Lien externe[modifier | modifier le code]