Cette page est semi-protégée.

Tournoi (Moyen Âge)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Duel à l’épée et au bocle (petit bouclier rond), (enluminure du Codex Manesse, 1320).
Amour courtois. Codex Manesse, Heidelberg University Library (en), Cod. Pal. germe.848, fol. 32v, (Gottfried von Neifen, ménestrel germanophone né près d' Bad Urach).

Le tournoi regroupe un ensemble d'épreuves équestres ou pédestres au Moyen Âge[1].

Il est pratiqué en Occident entre les IXe et XVIe siècles. L’apogée des tournois se situe dans les années 1125-1225[2].

Les enjeux en sont parfois courtois (on se bat pour une belle ou sa couronne de fleurs), pour de l'argent et parfois aussi symboliques, mimant ceux d’un véritable duel ou d’une guerre en réduction. Outre l’entraînement militaire, il est l’occasion de faire preuve de sa valeur et pour les meilleurs combattants, de s’enrichir, grâce aux armes des chevaliers vaincus et aux rançons versées par les prisonniers[3].

Origine

Le terme "tournoi" vient du latin tournus, "tourner autour d'un cercle". A l'origine, il était employé pour tout combat de chevalier à cheval, que ce soit lors d'une guerre ou lors d'un jeu. Il apparait clairement pour la première fois comme un combat d'apparat entre deux groupes de chevaliers rivaux en 1170 dans le roman Erec de Chrétien de Troyes. Dès lors le mot "tournoi" sera utilisé pour qualifier toute forme de jeu chevaleresque[4].

Organisation

Le chevalier Vital (détail) sur la Tapisserie de Bayeux.

Au Moyen Âge, les tournois regroupent diverses épreuves[5]. Lors d'un tournoi, il y avait des combats à pied, à l'arme individuelle, des prises de tours, des jeux d'adresse à cheval tels que la quintaine pour les écuyers et des mêlées à cheval avec des combats à la batte ou à l'épée neutralisée ; cette épreuve nommée behort était particulièrement spectaculaire, elle se déroulait le plus souvent dans un espace ouvert et dans des enclos au XVe siècle. Les chevaliers simulaient de véritables batailles rangées devant un public enthousiaste (y compris féminin[6]).

Le terrain pouvait être situé sur les marches de deux principautés, mais également dans des landes entre deux villages, les terres cultivées et les habitations étant ainsi épargnées[7].

Le héraut d'arme à la trompette annonce les armoiries des chevaliers entrant dans la lice au pas. Le public revêtu de ses plus beaux atours guette ses champions dont certains accrochent à leur casque un long morceau de tissu précieux, manche amovible d'une robe fixée avec des boutons de corail ou des lacets de couleur : les tournois sont l'alliance du code d'honneur de la chevalerie et de l'amour courtois[8].

Régions concernées

En France

Miniature, Le Tournoi de Chauvency, vers 1285, manuscrit d'Oxford (Bibliothèque Bodléienne, MS. Douce 308), Folio 117r.

Le tournoi chevaleresque est un sport qui se joue en France, au nord de la Loire (zone des Francs), et jusqu’aux Flandres (c’est-à-dire dans le duché de Normandie, le Maine, le comté de Champagne, le Vermandois, duché de France). Ils sont apparus dans le Nord de la France vers 1100 avant de se répandre en Europe[4].

Les tournoyeurs viennent de ces régions, et des régions voisines : Bretagne, Anjou, Poitou, Bourgogne, comté de Flandre, comté de Hainaut, Angleterre. Quelques participants viennent de Basse-Lotharingie (actuels Pays-Bas), aucun du Midi de la France. Au commencement, le tournoi est pratiqué essentiellement par des chevaliers « jeunes », bacheliers, qui ont été adoubés mais ne possèdent pas encore de fief, qui participent. On recrute aussi des compagnies de soldats professionnels non nobles. Certains grands tournois rassemblent jusqu’à trois mille chevaliers, soit dix mille combattants (pour celui de Lagny, soit plus de personnes et de richesses rassemblées que pour la foire annuelle). Le tournoi de Chauvency-le-Château, immortalisé par Jacques Bretel, rassemblait plus de 500 chevaliers. Par la suite, (XVe siècle), les classes bourgeoises se mettent à jouter[9]. Bien que plusieurs classes sociales pratiquent la joute, ils ne peuvent pas s'affronter entre eux[10].

Ils sont principalement organisés par les détenteurs des principautés territoriales (comtes et ducs), le plus souvent à la lisière de deux de ces principautés.

En Angleterre

L'Angleterre privilégie les tournois dans 5 de ses principaux grands centres.

Chez les Habsbourg

Codex Manesse, Université de Heidelberg Library, Cod. Pal. germ. 848, fol. 17r, "Duke of Anhalt", vers 1305/1315.

Le tournoi est aussi prisé dans le Saint-Empire romain germanique, bien qu'ils semblent y avoir été moins grands et moins fréquents qu'en France (au moins jusqu'au XIIe siècle). Ils y étaient considérés avant tout comme des actes politiques. Tous les grands évènements d'un règne, entrées, couronnements, visites d'Etat, mariages, baptêmes, étaient fêtés par des tournois, moyen pour le souverain de souligner son importance et d'augmenter son prestige. Les Habsbourg n'hésitaient pas à dépenser des sommes considérables pour en faire des spectacles grandioses permettant ainsi de réaffirmer l'ordre féodal de la société et d'assurer l'unité d'un Empire hétérogène composé de régions dissémilées dans toute l'Europe. Les tournois y constituaient un élément majeur de la propagande impériale. L'empereur Maximilien 1er de Habsbourg et l'archiduc Ferdinand II du Tyrol, notamment, développèrent et firent évoler les tournois dans les territoires qu'ils gourvernaient[4].

Les festivités qui se déroulèrent à Prague le 8 et en l'honneur de l'accession au trône impérial de Ferdinand 1er, virent l'apparition en Europe de l'Est d'une forme de tournoi à intrigue sous l'influence de la tradition bourguignonne et du tournoi de Binche de 1549. On y identifie des éléments que l'on retrouve dans les tournois ultérieurs, mais aussi dans les premiers opéras comme des feux d'artifice, des chevaliers en costumes imaginaires, des jeux entre les combats et un cadre mythologique qui donne un thème à l'ensemble du tournoi. Mais surtout, ce tournoi fut un outil de propagande. Jupiter y représentait l'empereur; les géants vaincus par ses éclairs figuraient les princes rebelles qui une décennie plus tôt s'étaient levés contre Charles Quint et Ferdinand, alors roi des Romains, et qui furent battus lors du combat de Mülberg en 1548. Ce tournoi était aussi un avertissement destiné à la noblesse de Bohême, toujours instable, de ne pas tenter quelque chose de semblable[4].

Calendrier

Les tournois, substituts à la guerre[11], sont organisés en un véritable calendrier sportif tout au long de l’année, sauf en temps de guerre, et durant les carêmes précédant les grandes fêtes religieuses : Noël et Pâques, mais aussi la Toussaint et l’Ascension. La belle saison, qui limite la rouille aux armures de fer, est cependant privilégiée.

Le but est de réaliser des prouesses, pour l’honneur et la réputation, mais aussi de capturer son ennemi, ou son cheval, et ainsi de réaliser un gain, par la revente ou la rançon. Ce gain est généralement dilapidé dans les fêtes qui suivent le tournoi. Celui-ci rassemble ainsi, outre les combattants, nombre d’artisans, prêteurs, qui tous s’enrichissent.

Les chevaliers s’organisent en équipes régionales : Français (du duché de France) contre Normands, Angevins, etc. Ces équipes régionales s’allient parfois à plusieurs les unes contre les autres, selon les affinités : Français-Champenois contre Anglais-Normands, reproduisant les luttes politiques réelles.

Déroulement

Les chevaliers arrivent souvent déjà organisés en équipes au tournoi, chacune menée par un grand seigneur. Ces équipes peuvent s’allier entre elles pour aboutir à une situation où seuls deux camps s’affrontent[12].

Avant le tournoi, les heaumes ornés de cimiers sont exposés sous les bannières des participants, dans un cloître[13].

Sur le terrain, des recès sont choisis par convention avant le début du tournoi : tout groupe de combattants peut s‘y réfugier pour s’y reformer, comme au cours d’une véritable bataille, les chevaliers se replient à l’arrière pour reprendre leur souffle ou faire redresser un casque.

Plusieurs épreuves ont lieu : commençailles (combats qui ouvrent les joutes, réservés aux débutants, les bacheliers), passes d'armes, béhourds, courses de planchon, tables rondes, emprises d'armes, épinettes, versions populaires de joutes avec mules et bâtons[14].

Au XVe siècle, le tournoi est devenu un sport organisé qui est réglé un ensemble de lois complexes. Il pouvait prendre trois formes principaleː le combat à deux avec des chevaux, le tournoi libre ou tournoi au sens strict du terme, et le tournoi à pied. Le tournoi à deux peut s'opérer sous forme de piquer, de joute ou de course[4].

Repères chronologiques

Jusqu'au milieu du XIe siècle rien à ce jour n'indique que les tournois existent déjà[15].

IXe siècle

  • 842 : première mention d'un jeu qui s'apparente au tournoi[16].

Xe siècle

  • 944 : Tournoi à Goettingue[17].
  • 1000 (mars) : à l’occasion de la Pâques, un grand tournoi rassemble la fine fleur de la chevalerie champenoise à Troyes. Nombreux morts et blessés[18].

XIe siècle

Les tournois deviennent courants dans tout l'Occident (en actuelle France, Italie, Allemagne, Pays-Bas et Luxembourg, notamment)[17].

XIIe siècle

Image de croisés, (Larousse, 1922).

Grand essor du tournoi, avec la fin des guerres seigneuriales[20].

  • 1130 : au concile de Clermont d’Auvergne, le pape Innocent II interdit énergiquement la pratique du tournoi. La chevalerie française ne tient aucun compte de cette interdiction.
  • 1179 : au IIIe concile du Latran, le pape Alexandre III condamne la pratique du tournoi. Malgré la multiplication de ces interdits, le tournoi reste l’activité la plus prisée par les chevaliers qui peuvent y montrer leur force et leur endurance. La chevalerie française, qui collectionne les victoires en tournoi comme sur les champs de bataille ne conçoit pas de mettre un terme à cet « art de vivre »[réf. nécessaire].
  •  : le duc de Bretagne Geoffroy II Plantagenêt trouve la mort dans un tournoi à Paris[21].

XIIIe siècle

Le dilemme de Bohort – il choisit de sauver une jeune fille plutôt que son propre frère Lionel. Bibliothèque Nationale de France.

À partir de 1230 environ, le tournoi donne lieu à des mises en scène plus élaborées[réf. nécessaire].

XIVe siècle

Gravure bavaroise d'un tournoi médiéval des années 1400.

XVe siècle

Armures et armes du XVIe siècle ou XVIIe siècle. Zwinger, Dresde.
  • 1468 : Charles le Téméraire est contraint de menacer de mort les participants d’un tournoi pour qu’ils cessent la partie donnée en l’honneur de son mariage. Les amateurs de tournois, activité ultra-violente qui cadre mal avec l’air du temps, doivent désormais se contenter des joutes[28].
  • 1470 : Gaston de Foix est blessé mortellement lors d'un tournoi organisé à Libourne en l'honneur de Charles de France, duc d'Aquitaine.

XVIe siècle

  • 1559 : le roi de France Henri II participe à un tournoi à Paris contre le comte de Montgomery. À la troisième passe, la lance de Montgomery, déviée par l'écu d'Henri pénétra sous la visière de son casque et lui traversa l'œil. Le roi agonisa 10 jours puis mourut. La reine Catherine de Médicis interdit alors tous les tournois et les joutes sur le sol français.

Notes et références

  1. Hommes et femmes dans les tournois du Moyen Âge. Joachim K. Rühl. Dans Clio. Histoire, femmes et sociétés 2006/1 (n° 23), pages 15 à 43.
  2. Dominique Barthélemy, La Grande Foire des tournois, Les collections de L’Histoire no 16, juillet 2002, p. 46
  3. La cavalcade à l'heure du Millénaire. Jeux et joutes au XIIe siècle.
  4. a b c d et e sous la direction de Patrice Franchet-d'Espèrey et de Monique Chatenet, en collaboration avec Ernest Chenière, Les Arts de l'équitation dans l'Europe de la Renaissance, Arles, Actes Sud, , 447 p. (ISBN 978-2-7427-7211-7), p. Les tournois des Habsbourg en Europe centrale (page 370)
  5. Le tournoi regroupe un ensemble d'épreuves martiales au Moyen Âge. Il est pratiqué en Occident entre les IXe siècle et XVIe siècle. L'apogée des tournois se situe dans les années 1125-1225.
  6. Dominique Barthélemy, op. cit., p. 46 et p. 50
  7. Dominique Barthélemy, op. cit., p. 48
  8. Histoire de la littérature française La courtoisie. À partir du XIe siècle dans le sud de la France, et du XIIe siècle dans le nord, la société féodale ajoute une nouvelle valeur à l’idéal chevaleresque : le service d’amour, qui met les préoccupations amoureuses au centre de la vie.
  9. Sébastien Nadot, Le Spectacle des joutes : Sport et courtoisie à la fin du Moyen Âge, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2012, p. 14.
  10. Ibid., p. 15.
  11. Tournoi, joute, duel, lice. Les tournois désignaient en Europe, au Moyen Âge, des jeux guerriers très prisés de la noblesse, et tout aussi violents que la guerre et la chasse, ses deux autres activités favorites. Ils dressaient face à face deux hommes à cheval, chacun pourvus d'une lance (on parle alors d'une joute), ou plus souvent deux équipes.
  12. Au Moyen-Âge, les tournois sont un ensemble d’épreuves guerrières. Les tournois étaient l’alliance du code d’honneur de la chevalerie et de l’amour courtois.
  13. a et b Dominique Barthélemy, op. cit., p. 50
  14. Évelyne Van den Neste, Tournois, joutes, pas d'armes dans les villes de Flandre à la fin du Moyen Âge (1300-1486), Librairie Droz, 1996, 411 p.
  15. Sébastien Nadot, Rompez les lances ! Tournois et chevaliers au Moyen Âge, Paris, ed Autrement, 2010.
  16. C'est l'analyse que fait Philippe-André Grandidier(L'Histoire de l'Église et des princes-évêques de Strasbourg, p. 161) de la description de la rencontre à Strasbourg en 842 de Louis le Germanique et de Charles le Chauve dans l'ouvrage de « Nithard -Histoires » (histoire en 4 livres des fils de Louis le Pieux).
  17. a b et c Savette P.A., Tournois et carrousels, Saumur, 1937, p. 10
  18. Les chevaliers en Europe pendant le Haut Moyen Âge.
  19. Jusserrand Jean-Jules, Les sports et jeux d'exercice fans l'ancienne France, Paris, 1901, p. 50
  20. Dominique Barthélemy, op. cit., p. 46
  21. On fixe communément l’origine des tournois au XIe siècle, et l’on cite quelques gentilshommes qui en auraient été les inventeurs : l’un d’entre eux serait Geoffroi de Preuilly, mort en 1066.
  22. Jusserrand Jean-Jules, Les sports et jeux d'exercice dans l'ancienne France, Paris, 1901, p. 58
  23. Etienne Alexandre Bardin, Dictionnaire de l'armée de terre, (lire en ligne)
  24. Vincent Martin, « Le pouvoir royal face au phénomène des tournois (milieu XIIIe siècle-milieu XIVe siècle) », http://revues.univ-lyon3.fr/cjm,‎ (lire en ligne, consulté le 15 décembre 2019)
  25. Revue nobiliaire, héraldique et biographiquee 1862
  26. C. Frazee, The Island Princes of Greece., p. 36.
  27. Émilie Lebailly, « Le connétable d’Eu et son cercle nobiliaire », Cahiers de recherches médiévales [en ligne], no 13, 2006 (page consultée le 23 novembre 2013).
  28. Jusserrand Jean-Jules, Les sports et jeux d'exercice fans l'ancienne France, Paris, 1901, p. 96

Voir aussi

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie

BD

  • Tournoi (Moyen Âge) - Vikidia, l'encyclopédie des 8-13 ans
  • Rémi Chaurand, Christophe Nicolas et Bérangère Delaporte (Illustrations), L'apprenti chevalier, bonne chance pour le tournoi !, Nathan, coll. « Première lecture (6 ans et plus) », , 32 p. (ISBN 978-2092537909)
  • Madeleine Deny, Jérémie Fleury (Illustrations) et Sébastien Jazzy (Illustrations), Le tournoi de tous les dangers - Livre dont tu es le héros, Nathan, coll. « C'est toi le héros (8 ans et plus) », , 64 p. (ISBN 978-2092557303)
  • Abigail Wheatley et Marco Bonatti (Illustrations), Les chevaliers - Mes petites décalcomanies, Usborne, coll. « Mes petits décalcomanies Usborne (6-8 ans) », , + 100 décalcomanies p. (ISBN 978-1474962162)

Articles connexes

Liens externes

Sources de l’article

  • Georges Duby. Guillaume le Maréchal ou le meilleur chevalier du monde, chapitre IV, in Féodalité. Gallimard, 1996. Collection Quarto. p. 1114-1132. Première publication : 1984.
  • Sébastien Nadot, Le spectacle des joutes. Sport et courtoisie à la fin du Moyen Âge, Presses Universitaires de Rennes, 2012, 396 p.
  • Évelyne Van den Neste, Tournois, joutes, pas d'armes dans les villes de Flandre à la fin du Moyen Age (1300-1486), Droz, (lire en ligne)