Pèlerinage de Jérusalem

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Jérusalem au VIe s. sur la carte de Madaba

Le pèlerinage de Jérusalem est l'un des principaux pèlerinages chrétien, juif et musulman qui draine 80 % des 1,9 million de touristes en Israël en ce début du XXIe siècle[1].

Antiquité[modifier | modifier le code]

L'Ancien Testament institue l'usage des fêtes de pèlerinages pour Pessa'h, Chavouot et Soukkot, pratiquées jusqu'à la chute du Temple de Jérusalem. L'Évangile de Jean (2, 13 et 5,1) fait état des pèlerinages de Jésus à Jérusalem pour la Pâque juive.

L’usage chrétien de se rendre en pèlerinage sur les lieux mêmes de la vie terrestre du Christ remonte à Méliton de Sardes qui se rendit en Palestine durant la deuxième moitié du IIe siècle (vers 160) et dont le voyage avait pour but spécifique la recherche sur le canon des Écritures saintes.

Époque byzantine[modifier | modifier le code]

Le Voyage d'Égérie est un des plus anciens guides de pèlerinage en Terre sainte, et un des seuls écrit de la main d'une femme, qui nous soit parvenu de cette époque. En même temps, du point de vue de sa description de la liturgie de Jérusalem, c'est un des plus complets. On possède comparativement plus de guides de pèlerinage en latin qu'en grec ou en arménien. Il existe une traduction française de ces guides (de P. Maraval), mais l'ouvrage d'étude et de référence est de J. Wilkinson, Jerusalem Pilgrims before the Crusades, Jérusalem, 1977.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Dans les premiers siècles des pèlerinages, quand le pèlerin voulait aller en Terre sainte, il devait obtenir le consentement de ses proches et la permission de son évêque ; on s’enquérait de sa vie et de ses mœurs, on examinait si un vain désir de voir les contrées éloignées ne l’entraînait pas vers les lieux saints. Cette enquête était plus rigoureuse lorsqu’il s’agissait d’un religieux ; on voulait éviter que le pèlerinage ne fût un prétexte pour rentrer dans la vie du monde. Quand toutes ces informations avaient été prises, le pèlerin recevait de la main de l’évêque, à la messe paroissiale, le bourdon et la panetière.

Le pèlerin recevait aussi la bénédiction ; une sorte de passeport adressé à tous les monastères, aux prêtres, aux fidèles, leur recommandait le pèlerin, qui devait partir sans retard, sous peine d’être traité de relaps et de parjure envers Dieu ; l’évêque seul qui avait lié pouvait délier dans des cas rares et d’une extrême gravité.

Au jour indiqué pour le départ, les parents, les amis, les âmes pieuses, accompagnaient le pèlerin à une certaine distance de la ville ; là, il recevait la bénédiction et se mettait en marche. Durant sa route, le pèlerin était exempt de tout péage ; il trouvait l’hospitalité dans les châteaux sur sa route, et c’était une sorte de félonie de la lui refuser ; il devait être traité comme le chapelain et manger à sa table, à moins que, par humilité, il n’aimât mieux l’isolement et la retraite. Dans les villes, il s’adressait à l’évêque, qui l’accueillait, et dans les couvents, au prieur ou à l’abbé. On lit dans les Devoirs de Chevaliers, l’obligation, pour tous les hommes qui portaient les armes, de défendre le pèlerin, assimilé aux enfants et aux veuves ; s’il tombait malade, les hospices lui étaient ouverts, ainsi que l’infirmerie des monastères ; on prenait soin de lui comme d’un être privilégié.

Lorsque le pèlerin s’embarquait, les prix de leur passage étaient extrêmement modiques, et les statuts de certaines villes, telles que Marseille, par exemple, les dispensaient de toute rétribution quand ils s’embarquaient sur les navires de la cité. Il en était de même à leur retour. Arrivés à leur ville natale, on les recevait processionnellement ; ils déposaient sur l’autel de la paroisse la palme de Jéricho. Les pèlerins de Jérusalem étaient ainsi appelés « Paumiers » en raison de la coutume de rapporter cette palme[2].

Toutes les classes de la société fournissaient des pèlerins : princes, prélats, chevaliers, prêtres, nobles et vilains. L’espoir de se sanctifier par le pèlerinage était général. En 1054, par exemple, Lutbert, 31e évêque de Cambrai, partit pour la Terre sainte, suivi de plus de 3 000 pèlerins des provinces de Picardie et de Flandre. Quelques années plus tard, 7 000 chrétiens parmi lesquels on comptait l’archevêque de Mayence, les évêques de Ratisbonne, de Bamberg, d’Utrecht partirent ensemble des bords du Rhin pour se rendre en Palestine. Le grand pèlerinage allemand de 1064-1065 vit affluer entre 7 000 et 12 000 pèlerins[3].

En 1483, Bernhard von Breydenbach, doyen de la Cathédrale Saint-Martin de Mayence fit un voyage à Jérusalem et au mont Sinaï. Il publia la relation : peregrinatio in terram sanctam en latin à Mayence, 1486, in-folio.

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

Jérusalem attire chaque année de nombreux pèlerins mais aussi tous les mystiques de la planète, notamment lors des grandes fêtes religieuses (comme Pâques ou la célébration du Saint feu[4]). La police redoute les actions d'éclat à cette occasion tandis que les services de sécurité civile craignent les suicides collectifs et les personnes victimes du syndrome de Jérusalem[5].

Le docteur Yair Bar El, chef de clinique à l'hôpital psychiatrique Kfar Shaul (en) qui prend en charge ce syndrome, attribue ces crises à la déception. Des pèlerins, pour la plupart protestants, rêvent des années à cette visite en Terre sainte mais la grande richesse archéologique de Jérusalem reflète la période turque, croisée et byzantine sans aucune trace de l'ère préchrétienne et la plupart des sanctuaires chrétiens ont été soumis à la destruction, à la transformation ou à la défiguration au cours de leur histoire mouvementée. Comme la réalité n'est pas à la hauteur de leurs fantasmes, ils deviennent frustrés et se réfugient dans le délire[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Noam Shoval, « Tourism Development in Jerusalem 1967-2005 », in D. Bar and E. Meiron (eds.), Planning Jerusalem Revisited. Jerusalem, Yad Itshak BenZvi, 2009, p. 390
  2. Jacques Baudoin, Grand livre des saints : culte et iconographie en Occident, Éditions Créer, , p. 30
  3. "plus 7 milibus" selon Marianus Scotus dans ses Chronica § 1086, p. 558-559 (la) « Lecture en ligne des Chronikon, page 559 » (consulté le 5 mars 2013). Les Annales altahenses maiores disent « multitudo (...) quae videtur excedere numerum duodecim millium », cf (la) « Lecture en ligne des Annales, page 66 » (consulté le 5 mars 2013)
  4. (en) « Holy Fire Rite Brings Thousands to Jerusalem », sur Jerusalem.Com, jerusalem.com, (consulté le 30 janvier 2017).
  5. Chartier Claire, « Les suicides collectifs », sur lexpress.fr,
  6. (en) Yair Bar El et al, « Psychiatric hospitalization of tourists in Jerusalem », Comprehensive Psychiatry, vol. 32, no 238,‎ , p. 244

Sources bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • (en) J. Wilkinson, Jerusalem Pilgrims before the Crusades, Jérusalem, 1977
  • (en) Kobi Cohen-Hattab, Noam Shoval, Tourism, Religion and Pilgrimage in Jerusalem, Routledge, , 220 p. (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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