César (titre)

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« César » (en latin Caesar) était l'un des titres des empereurs romains, les situant dans la continuité du dictateur romain Jules César. Le changement du cognomen en titre impérial romain remonte aux années 68-69 dite l'« Année des quatre empereurs ». Le titre (en grec Καῖσαρ) perdure sous l'Empire byzantin.

Étymologie[modifier | modifier le code]

L'étymologie du cognomen Caesar – déjà porté par le père, le grand-père et l'arrière-grand-père du dictateur[1] – demeure inconnue[2]. Le premier à porter ce cognomen dont l'histoire a gardé la trace est un citoyen romain qui fut préteur en 208 av. J.-C. et qui avait eu un poste de commandement indéterminé à la bataille de Cannes en 216[3].

La tradition des grammairiens romains proposait quatre étymologies, reprises par Spartianus dans l’Historia Augusta, II, 3-4 : « Les conjectures auxquelles a donné lieu le nom de César, le seul titre qu'ait porté le prince dont j'écris la vie [(Lucius Aelius)], me paraissant devoir y être rapportées, je dirai que, suivant l'opinion des plus doctes et plus savants auteurs, ce mot vient de ce que le premier qui fut ainsi nommé avait tué dans un combat un éléphant, animal appelé Caesa dans la langue des Maures ; ou de ce qu'il fallut, pour lui donner le jour, faire à sa mère, qui était morte avant de le mettre au monde, l'opération appelée césarienne ; ou de ce qu'il naquit avec de longs cheveux ; ou enfin de ce que ses yeux étaient d'un bleu céleste et d'une vivacité extraordinaire »[note 1].

Le terme est à rapprocher de la racine bilitère commune d'origine sémitique SAR ( שָׂר) qui signifie prince, dont on sait qu'elle est antérieure aux Caesars romains se retrouvant à de multiples reprises dans le Deutéronome.[réf. nécessaire]

Le titre de César dans l'Empire romain[modifier | modifier le code]

Aureus à l'effigie de Galba, Palais Massimo alle Terme.

On désigne communément sous ce nom Jules César et les onze empereurs qui régnèrent de -27 à +96 : Auguste, Tibère, Caligula, Claude, Néron, Galba, Othon, Vitellius, Vespasien, Titus et Domitien, quoique les six derniers de ces princes soient entièrement étrangers à la famille de César. Suétone a ainsi écrit la Vie des douze Césars.

À partir d’Auguste, Caesar est l’un des praenomina (ce qui vient avant le nomen familial – ce n'est pas l’exact équivalent du prénom) des empereurs, en compagnie généralement d’imperator, et c'est Galba qui, le premier sans lien avec la famille des Julio-Claudiens, accède au trône impérial en prenant le nom de Servius Galba Imperator Caesar en 68, imité par Othon (Imperator Marcus Otho Caesar Augustus) et Vespasien (Imperator Caesar Vespasianus Augustus) durant l'Année des quatre empereurs entre juin 68 et décembre 69[4].

En 293, l'empereur Dioclétien introduisit la Tétrarchie : deux « Césars » étaient désignés comme empereurs-adjoints des deux « Augustes ». Cette organisation ne survécut pas à la ruine de la Tétrarchie à partir de 306, quand Constantin fut proclamé César par les troupes de son père, Constance Chlore.

Constantin Ier réutilisa le titre, mais pour donner un statut impérial à ses fils et les installer dans certaines régions de l'empire afin de l'y représenter.

Son fils, Constance II, fit Césars ses cousins Gallus, puis Julien. Leur statut était intermédiaire entre celui des Césars de la Tétrarchie et celui des princes héritiers de Constantin : membres de la famille impériale, dotés par là de l'aura plus ou moins magique propre aux empereurs, ils étaient son représentant, disposaient d'un certain pouvoir, mais étaient soumis aussi à un très strict contrôle. Après l'exécution de Gallus pour ses erreurs à Antioche et l'usurpation de Julien, les empereurs suivants n'eurent plus recours à ce dispositif, qu'ils jugeaient sans doute dangereux. Ainsi, quand Théodose Ier voulut élever son fils Flavius Arcadius sur une première marche du trône, il le fit directement Auguste.

Le titre est utilisé à quelques reprises dans les dernières années de l'Empire romain d'Occident. Majorien est proclamé Auguste par l'armée le 1er avril 457, près de Ravenne mais le titre lui est contesté par l'empereur d'Orient, qui ne lui reconnaît que celui de César. Passant outre, Majorien prend le titre d'Auguste le 28 décembre 457. Il meurt exécuté par son ex-allié Ricimer, à Tortone, le 7 août 461. L’empereur d'Orient Léon Ier élève Anthemius César en 467 et Jules Nepos est lui élevé César par Zénon après le 9 février 474, dernier empereur d'Occident à porter le titre. Élevé Auguste pour l'Occident le 24 juin 474, il est renversé par Oreste le 28 août 475.

Le titre de César dans l'Empire byzantin[modifier | modifier le code]

À Constantinople, le titre est porté par Patrice, deuxième fils du général Aspar, qui l'impose comme césar à l'empereur Léon Ier en 468. Il en est déchu par les eunuques défenseurs du palais de Léon en 471, contre vie sauve. Ce dernier élève son petit-fils Léon II au titre le 31 octobre 473. Élevé Auguste le 17 novembre 473, il meurt de maladie le 10 novembre 474. L'année suivante Basiliscus élève son fils Marcus au titre pour quelques mois avant de l'élever comme Auguste. Il meurt en exil sur ordre de Zénon en 477.

Héraclius (610-641) renonce à porter les titres de César et d’Auguste et la titulature latine, au profit du titre de basileus. Le titre de César demeure néanmoins dans la titulature byzantine, et vient immédiatement après celui de basileus.

Par ailleurs, la pratique de le conférer aux fils cadets de l'empereur, où à de proches et influents parents de celui-ci, se perpétue, avec par exemple : Alexis Mousélé, beau-fils de Théophile (r. 829-842), Bardas, l'oncle et principal ministre de Michel III (r. 842-867), ou encore Bardas Phocas, le père de Nicéphore II (r. 963-969)[5],[6]. L'octroi du titre au khan bulgare Tervel par Justinien II (r. 685–695, 705–711), pour l'avoir aidé à récupérer son trône en 705, reste un cas exceptionnel[6],[7]. Le titre est également accordé vers 1081 au frère de l'impératrice Marie d'Alanie, Georges II de Géorgie.

Selon le Klētorologion de 899, les insignia du Caesar byzantin sont une couronne sans croix, et la cérémonie d'octroi du titre (datant de Constantin V) est décrite dans le De ceremoniis (I.43) de Constantin VII Porphyrogénète[8]. Il reste le plus élevé dans la hiérarchie impériale jusqu'à l'introduction de celui de sebastokratōr (composé de sebastos et autokratōr, les équivalents grecs d’Augustus et imperator) par Alexis Ier Comnène (r. 1081-1118), puis de celui de despotēs par Manuel Ier Comnène (r. 1143-1180). Le titre reste utilisé jusqu'aux derniers siècles de l'empire. Sous les Paléologue, il est octroyé à des nobles proéminents, comme Alexis Strategopoulos, mais à partir du XIVe siècle, il est conféré principalement à des souverains balkaniques (Valachie, Serbie, Thessalie)[6]. Dans le Livre des offices du pseudo-Kodinos (mi-XIVe siècle), le titre est placé entre celui de sebastokratōr et celui de megas domestikos[6].

Postérité[modifier | modifier le code]

De « César » dérivent après l'époque antique les appellations de certains empereurs ou dirigeants :

Le titre de « César » dans la Légende arthurienne[modifier | modifier le code]

Un personnage de la Légende arthurienne apparaît sous le nom de « Jules César ». Il est dit, à propos de la « bataille de Carohaise », que Merlin « rendit visite à Jules César » dans une scène qui contribuerait au mythe du magicien, capable de traverser le temps et l'espace. Il s'agit en fait d'une aberration d'interprétation, car l'auteur se réfère au titre de vice-empereur : il s'agit non de « Jules César » mais Jules « le césar », en l'occurrence Julius Nepos[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Et quoniam de Caesarum nomine in huius praecipue vita est aliquid disputandum, qui hoc solum nomen indeptus est, Caesarem vel ab elephanto, qui lingua Maurorum caesai dicitur, in proelio caeso eum, qui primus sic appellatus est, doctissimi viri et eruditissimi putant dictum, vel quia mortua matre, sed ventre caeso, sit natus, vel quod cum magnis crinibus sit utero parentis effusus, vel quod oculis caesiis et ultra humanum morem viguerit. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. Dain 2005, p. 61.
  2. Badian 2009, p. 13.
  3. Badian 2009, p. 13-14.
  4. France 2013, p. 96.
  5. Bury 1911, p. 36.
  6. a, b, c et d Kazhdan 1991, vol. 1, « Caesar », p. 363.
  7. Kazhdan 1991, vol. 3, « Tervel », p. 2026.
  8. Bury 1911, p. 20, 36.
  9. Even et Kernivinenn 1996, p. 60-61.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Ernst Badian, « From the Iulii to Caesar », dans Miriam Griffin (dir.), A Companion to Julius Caesar, Wiley-Blackwell, .
  • (en) John Bagnell Bury, The Imperial Administrative System of the Ninth Century - With a Revised Text of the Kletorologion of Philotheos, Londres, Oxford University Press, .
  • Philippe Dain, Mythographe du Vatican, vol. 3, Presses universitaires de Franche-Comté, .
  • Jean-Claude Even et Maria Kernivinenn, Emgann Karaes : La bataille de Carohaise : Brocéliande et la source du Graal, Lannuon, J.-C. Even, .
  • Jérôme France, Le Haut-Empire romain : 44 a. C.-235, Armand Colin, .
  • (en) Alexander Kazhdan (dir.), Oxford Dictionary of Byzantium, Oxford, Oxford University Press, , 1e éd., 3 vol. (ISBN 978-0-19-504652-6 et 0-19-504652-8, LCCN 90023208).
  • Georges Ostrogorsky (trad. J. Gouillard), Histoire de l’État byzantin, Payot, .
  • François Zosso et Christian Zingg, Les empereurs romains. 27 av. J.-C. - 476 ap. J.-C., éditions Errance, .