Adoubement

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L’adoubement est la cérémonie par laquelle un individu est fait chevalier. Née au Moyen Âge, elle est encore pratiquée dans un certain nombre d’ordres chevaleresques et de honorifiques.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Article connexe : chevalerie.

Au XIe siècle, l'adoubement - littéralement, l’"équipement", est d'abord une cérémonie séculière et laïque par laquelle le jeune homme franchit un rite de passage. Son principal élément est la remise des armes par un supérieur social, souvent celui qui a assuré la formation du nouveau chevalier, qui l’a "nourri" dans les termes de l'époque[1]. L'adoubement s'observe à de multiples niveaux au sein du groupe dominant laïc : si la plus ancienne description d'un rituel d'adoubement est celui de Geoffroy Plantagenêt, comme successeur du roi d'Angleterre en 1128[2], de nombreux guerriers à cheval la pratiquent aux Xe – XIIIe siècles. Elle concrétise pour eux, en plus de la fin d'une formation, l'obtention du statut de miles, ou chevalier, qui les inscrit dans les rapports féodaux-vassaliques qui structurent l'aristocratie. Cette cérémonie se modifie en même temps que la chevalerie elle-même : elle tend à ne devenir plus qu'un attribut de l'aristocratie, alors que l'Église tend à encadrer les pratiques aristocratique dans une éthique appelée "chevaleresque".

La première évolution de la chevalerie a pour conséquence une limitation des individus susceptibles de participer à l'adoubement ; à partir du XIIe siècle, l'adoubement est de plus en plus réservé aux fils de chevalier, pratique qui aboutit à une confusion avec la notion de noblesse : ne peut être adoubé que le noble[3]. Seconde conséquence, la cérémonie devient de plus en plus fastueuse, impliquant la remise d'un grand nombre de pièces d'équipement, tels les éperons, la bannière, l’écu et l’épée[4], tout en maintenant des rituels mettant en scène la soumission à un supérieur, telle la collée, apparue au XIe siècle[5]. Cette montée en gamme de l'adoubement exclut à partir de la seconde moitié du XIIe toute une partie de la petite noblesse. Désormais, l'adoubement ne couronne plus la fin d'une formation et l'entrée dans un groupe de guerriers, mais constitue un honneur réservé à la strate supérieure de l'aristocratie[3],[6].

La volonté de l'Église d'encadrer les pratiques des milites se traduit par la construction d'une liturgie de l'adoubement, destinée à transformer le rite de passage séculier en cérémonie religieuse. À partir du XIe siècle, on reprend des formules de bénédiction des armes et bannières destinés aux princes pour un faire un rituel d'adoubement[7]. Des éléments de la cérémonie séculière, tels le bain, sont désormais investis d'un sens chrétien, celui de la purification[4]. Dès la fin du XIIe siècle, le nouveau chevalier effectue une veillée d'armes, liée à une méditation religieuse[4]. Pourtant, ces éléments purement religieux ne progressent que lentement dans les pratiques des milites ; ce n'est qu'au XIVe siècle que les formules religieuses de bénédiction des armes deviennent largement utilisées lors des adoubements[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Joseph Morsel, L'aristocratie médiévale: la domination sociale en Occident, Ve-XVe siècle, Paris, Armand Colin, (ISBN 2200262930 et 9782200262938, lire en ligne), p. 118
  2. L'aristocratie médiévale, p. 119
  3. a et b Jean Flori, "Chevalerie", Dictionnaire raisonné de l'Occident médiéval, Jacques Le Goff et Jean-Claude Schmitt dir., p. 204
  4. a, b et c Jean Flori, "Chevalerie", Dictionnaire raisonné de l'Occident médiéval, Jacques Le Goff et Jean-Claude Schmitt dir., p. 208
  5. L'aristocratie médiévale, p. 116
  6. L'aristocratie médiévale, p. 243
  7. a et b Jean Flori, "Chevalerie", Dictionnaire raisonné de l'Occident médiéval, Jacques Le Goff et Jean-Claude Schmitt dir., p. 207