Khan

Khan (mongol bichig : ᠬᠠᠨ translit. VPMC : qan / mongol cyrillique : хан, translittération MNS : khan) est un titre signifiant dirigeant en mongol et en turc. Le terme est parfois traduit comme signifiant souverain ou « roi ». Le féminin mongol de « khan » est « khatan ». La prononciation correcte du « kh » se rapprocherait de celle de la jota espagnole, ou du « h » aspiré français (Gengis Khan se prononce « tchingis khaan » avec un a long chez les Mongols khalkhas, cela ne signifie pas khan, mais khagan, titre d'empereur chez les peuples turco-mongols dans leur ensemble).
Le titre a par la suite décliné en importance. Pendant la dynastie Séfévides et Qadjar, il s'agit du titre d'un haut rang noble général de l'armée qui dirige une province, et dans l'Empire Moghol est un haut rang noble restreint aux courtisans. Après leur chute, il est utilisé sous forme de patronyme.
Étymologie
[modifier | modifier le code]L'origine du terme est controversée et inconnue, peut-être un emprunt à la langue rouran. Une origine turque et para-mongole est suggérée par un certain nombre d'intellectuels, dont Gustaf Ramstedt, Shiratori, Denis Sinor (en) et Gerhard Doerfer (en), et il aurait été utilisé pour la première fois par les Xianbei[1],[2].
Une autre hypothèse suggère que la racine étymologique ultime de Khagan et Khan provient du moyen iranien *hva-kama- « souverain, empereur », suivant l'opinion de Benveniste (1966). Savelyev et Jeong (2020) notent que la racine étymologique de Khagan/Khan et de son équivalent féminin « khatan » pourraient dériver des langues iraniennes orientales, plus précisément du Saka ancien (en) *hvatuñ, cf. les mots sogdiens attestés xwt'w « souverain » ( *hva-tāvya- ) et xwt'yn « épouse du souverain » ( *hva-tāvyani ) »[3].
Histoire
[modifier | modifier le code]Le titre de « khan » apparaît pour la première fois dans la confédération Xianbei[4] désignant leur chef entre 283 et 289[5]. Les Rourans sont peut-être les premiers à utiliser les titres de khagan et de khan pour leurs empereurs[6]. Selon René Grousset, les dirigeants jurchens auraient été les premiers à utiliser ce titre au Ve siècle[7]. Les mandchous ont continué d'utiliser le titre de khan (han en mandchou) ; par exemple, Nurhachi était appelé Genggiyen Han. Les dirigeants des Göktürks (Turcs célestes), des Avars et des Khazars se servirent également du titre de kaghan. Dans la transcription en latin par Grégoire de Tours au VIe siècle, dans « Histoire des Francs » (Historiarum Francorum), du nom des dirigeants de l'empire hunnique au Ve siècle, était déjà gaganus[8],[9]. Le nom est également attesté en latin au VIIIe siècle sous la forme cacanus dans l'Histoire des Lombards de Paul Diacre. Le linguiste russe Alexandre Vovin (2007)[10] estime que le terme qaγan est apparu chez les Xiongnu, avant de se diffuser dans différentes familles linguistiques. Par la suite, les Göktürks adoptent ce titre et le répandent dans le reste de l'Asie. Au milieu du VIe siècle, les Iraniens connaissent un « Kagan – Roi des Turcs »[4].
Divers peuples mongols et turcs d'Asie centrale ont redonné de l'importance à ce titre après la période de l'Empire mongol (1206-1368), puis ont introduit le titre de « khan » en Asie du Nord, où les populations locales l'ont ensuite adopté. Khagan est traduit en tant que Khan des Khans. C'est le titre de l'empereur chinois Taizong de la dynastie Tang (Khagan céleste, qui régna de 626 à 649)[11] et des successeurs de Gengis Khan choisis pour gouverner l'Empire mongol à partir de 1229. Gengis Khan lui-même ne fut désigné comme qa'an (khagan) qu'à titre posthume[12].
Usage du titre
[modifier | modifier le code]Souveraineté
[modifier | modifier le code]En Asie
[modifier | modifier le code]Un khan contrôle un khanat. Pour les empires ou khaganats, le titre de khagan (mongol : ᠬᠠᠭᠠᠨ qaɣan / khalkha : хаан khaan, ou parfois haan) est utilisé.
Les rois de Silla (-57 — 668), un ancien royaume de Corée, étaient nommés marib-khan. Ainsi le roi Naemul était-il appelé Nemul Marib-Khan.
Il a aussi été utilisé dans le Khaganat ouïghour (744-848), et continua de l'être par les descendants gengiskhanides tels que les dirigeants de la Horde d'or, ou les Ilkhanides. Ce fut aussi l'un des nombreux titres des sultans de l'empire ottoman (peuple turc) jusqu'au début du XXe siècle, ainsi que par des dirigeants de la Horde d'or et des états qui lui ont succédé.
Les personnes les plus célèbres à avoir porté le titre de khan furent les Mongols Gengis Khan et son petit-fils Kubilai Khan. En tant que dirigeants de l'Empire, ils portaient en fait tous le titre de khaan ou de khagan, parfois traduit en Grand Khan. Le premier fonda l'empire mongol et le second la dynastie Yuan, qui gouverna la Chine. En le général Roman Fedorovitch von Ungern-Sternberg reçut le titre de khan de Mongolie par le Khoutouktou.
Ailleurs le titre de khan a été employé par les dynasties turques seldjoukides (XIe siècle au XIIIe siècle) du Proche-Orient pour désigner le dirigeant d'une cité, ou d'une nations, inférieur en rang à un atabey.
En Europe
[modifier | modifier le code]L'un des premiers exemples notables de principautés de ce type en Europe est le premier empire bulgare (probablement aussi l'ancienne Grande Bulgarie), gouvernée par un khan ou un kan au moins du VIIe et IXe siècles. Le titre de « khan » n'est pas attesté directement dans les inscriptions et les textes relatifs aux souverains bulgares ; le seul titre similaire trouvé à ce jour, Kanasubigi, figure uniquement dans les inscriptions de trois souverains bulgares successifs : Krum, Omurtag et Malamir (un grand-père, son fils et son petit-fils). À partir des titres composés, non liés au pouvoir, attestés au sein de la noblesse bulgare, tels que kavkhan (vicekhan), tarkhan et boritarkhan, les chercheurs ont déduit le titre de khan ou de kan pour désigner les premiers dirigeants bulgares ; s'il existait un vicekhan ( kavkhan ), il existait probablement aussi un khan « à part entière ». À titre de comparaison, on peut citer la transcription du nom du souverain bulgare Pagan en Καμπαγάνος . (Kampaganos), probablement suite à une mauvaise interprétation de « Kan Pagan » dans le Bréviaire du patriarche Nicéphore[13].
Trois chroniques russes utilisent le titre de khan pour désigner le dirigeant de Kiev en 839 et 1186. C'est le seul cas connu d'un peuple sédentaire utilisant ce titre, suggérant des échanges culturels important avec les nomades Khazars[14].
Le titre de khan fut aussi porté par les souverains bulgares entre 681 et 864.
Noblesse et militaire
[modifier | modifier le code]Les titres de khan et de khan bahadur (un rang au-dessus ; bahadur signifie « brave » en persan et est apparenté au baɣatur (khalkha : baatar), qui donne en russe : bogatyr’' furent également employés à titre honorifique en Inde au temps des Grands Moghols, et plus tard par le Raj britannique pour la noblesse, souvent en signe de loyauté envers la couronne.
Patronyme
[modifier | modifier le code]Le nom Khan et sa forme féminine apparaissent dans de nombreux prénoms, généralement sans connotation politique, bien qu'il figure également fréquemment dans les noms de noblesse. En Asie du Sud notamment, il est devenu un élément courant des noms musulmans en particulier chez les personnes se réclamant d'une ascendance pachtoune (également appelée afghane ). Il est aussi porté par de nombreux Rajputs musulmans[15] du sous-continent indien, qui ont reçu ce nom de famille pour leur bravoure[16], et il est largement utilisé par les tribus baloutches et awan.
De nombreuses castes pachtounes (Afghanistan, Pakistan) portent également le nom Khan. Le suffixe Khan, dans les noms de personnes dans des pays comme l'Inde, le Pakistan, le Bangladesh et l'Afghanistan provient très probablement de l'empire moghol, une dynastie turco-mongole qui a régné sur ces terres au cours de l'histoire. D'où le nom de nombreux acteurs bollywoodiens d'origine pachtoune: Shahrukh Khan, Aamir Khan et Salman Khan par exemple (tous trois aussi connus sous le nom the three khans).
Titres dérivés
[modifier | modifier le code]- Gurkhan, dirigeant des Kara-Khitan Kara-Kitai
- Il khan (en), Khan provincial et dirigeant de l'Ilkhanat de Perse.
- Khanan-i-Khan, titre donné au commandant en chef de l'armée des moghols.
- Khan Sahib est le titre du souverain de la principauté de l'Etat indien de Baniva - Manavadar.
- Khatun, ou Khatan (persan: Khatan) – un titre d’origine iranienne sogdienne – est à peu près égal à la reine d’un roi en langues mongoles et turques, puisque par ce titre la reine consort (épouse) d’un Khan au pouvoir est désignée avec le même respect après sa proclamation comme Khan et Khatun. Également utilisé dans Khazar (au lieu de Khanum)[17],[18],[19]
- Khanum est une autre dérivation féminine de Khan, en particulier dans les langues turques, pour une reine consort de Khan, ou dans certaines traditions étendu comme un titre de courtoisie.
- Khan Bahadur est un titre conféré aux sujets musulmans de l'Inde britannique jusqu'en 1947[20].
- Khanzada est un titre conféré aux princes des dynasties de certains états princiers de l'Inde.
- Kanasubigi (en) ou Kana subigi, comme il est écrit dans les inscriptions grecques bulgares, est un titre des Bulgares[21]
- Kavkhan est un titre donné aux officiers de haut rangs du Premier Empire bulgare.
- Beg Khan (en) (une concaténation de Baig et Khan) est un titre utilisé par certains Moghols et Mongols.
Littérature
[modifier | modifier le code]Littérature populaire contemporaine
[modifier | modifier le code]Le titre khan est modifié en khal par George R. R. Martin dans la série d'heroic fantasy, Le Trône de fer. Le personnage tient à peu près le même rôle: il dirige une horde semblable à celles de l'Empire mongol, nommée Khalasar, et le titre de Khal échoit aux guerriers les plus redoutables Dothraki[22].
Dans le Cycle Drenaï de David Gemmell, le titre de khan est attribué à plusieurs personnages. Il est donné indifféremment aux chamans, unificateurs et chefs des tribus nadirs, un peuple fictif aux yeux bridés et vivant dans la steppe, que l'on peut comparer aux Mongols. Ulric est le plus connu des khans.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ (en) Shiratori, « On the Titles KHAN and KAGHAN », Proceedings of the Imperial Academy, vol. 2, no 6, , p. 241–244 (ISSN 0369-9846, DOI 10.2183/pjab1912.2.241)
- ↑ KRADER, « QAN-QAγAN AND THE BEGINNINGS OF MONGOL KINGSHIP », Central Asiatic Journal, vol. 1, no 1, , p. 17–35 (ISSN 0008-9192, JSTOR 41926298)
- ↑ (en) Savelyev et Jeong, « Early nomads of the Eastern Steppe and their tentative connections in the West », Evolutionary Human Sciences, vol. 2, (ISSN 2513-843X, PMID 35663512, PMCID 7612788, DOI 10.1017/ehs.2020.18, hdl 21.11116/0000-0007-772B-4, S2CID 218935871)
- Henning, W. B., 'A Farewell to the Khagan of the Aq-Aqataran',"Bulletin of the School of Oriental and African studies – University of London", Vol 14, No 3, pp. 501–522
- ↑ Zhou 1985, pp. 3–6
- ↑ René Grousset, The Empire of the Steppes: A History of Central Asia now, Rutgers University Press, , 61, 585, n. 92 (ISBN 978-0-8135-1304-1, lire en ligne)
- ↑ Grousset, René, 1885-1952., L'empire des steppes : Attila, Gengis-Khan, Tamerlan, Payot, (ISBN 2-228-27251-5 et 978-2-228-27251-3, OCLC 11727606, lire en ligne), p. 273
- ↑ (en) Ryan Patrick Crisp, « Marriage and Alliance in the Merovingian Kingdoms, 481-639 », sur The Ohio State University,
- ↑ Chagan dans sa traduction en français de François Guizot wikisource:fr:Histoires (Grégoire de Tours)/4
- ↑ "ONCE AGAIN ON THE ETYMOLOGY OF THE TITLE qaγan" Alexander Vovin, Studia Etymologica Cracoviensia vol.
- ↑ Fairbank, John King.
- ↑ Documenta Barbarorum altaica.ru
- ↑ Източници за българската история – Fontes historiae bulgaricae.
- ↑ Halperin, Charles J., Russia and the Golden Horde : the Mongol impact on medieval Russian history, Indiana University Press, (ISBN 0-253-35033-6, 978-0-253-35033-6 et 0-253-20445-3, OCLC 11814554, lire en ligne)
- ↑ « About the Great Rajput's - Welcome 2 Wajahat's World »
- ↑ « Study of the Pathan Communities in Four States of India :: Khyber.ORG » [archive du ] (consulté le )
- ↑ Carter Vaughn Findley, "Turks in World History", Oxford University Press, 2005, p. 45
- ↑ Fatima Mernissi, "The Forgotten Queens of Islam", University of Minnesota Press, 1993.
- ↑ Leslie P. Peirce, "The Imperial Harem: Women and Sovereignty in the Ottoman Empire", Oxford University Press, 1993.
- ↑ H. Taprell Dorling. 1956. Ribbons and Medals. P.111
- ↑ « V. Beshevliev - Prabylgarski epigrafski pametnici - 5 », www.promacedonia.org (consulté le )
- ↑ « Drogo est tellement riche qu'il fait porter même à ses esclaves des colliers d'or. Cent mille cavaliers montent dans son khalasar, et son palais de Vaes Dothrak comporte deux cents pièces dont les portes sont d'argent massif. […] Khal Drogo a beau posséder mille chevaux, c’est d’une tout autre monture qu’il rêve, aujourd’hui.» (in « Le Trône de fer »)