Monstre

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Des monstres, ici dessinés par Giulio Romano.

Un monstre est un individu ou une créature dont l'apparence, voire le comportement, surprend par son écart avec les normes d'une société.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Une étymologie possible du mot monstre est le verbe latin monstrare (monstro,avi,atum), qui signifie montrer, indiquer. Les monstres seraient donc selon cette étymologie ceux que l'on montre du doigt.

Une autre possibilité est le mot latin monstrum[1] signifiant simplement présage divin sans connotation péjorative.

Différentes acceptions du terme[modifier | modifier le code]

Dans son acception vulgaire, le terme désigne aussi bien les créatures fantastiques que des êtres réels. Mais en biologie, un monstre est un individu dont la conformation s'écarte notablement des standards de son espèce, à la suite d'une anomalie du développement embryonnaire. La tératologie est la discipline chargée de l'étude scientifique des monstres. En termes de tératogenèse, le monstre est une réalité biologique, un être humain ou animal victime de malformations corporelles, comme la neurofibromatose, qui le rendent physiquement différent de la norme (ainsi Joseph Merrick, surnommé Elephant Man).

Par extension, on parle aussi de monstruosité[2] sur le plan moral quand quelqu'un commet des actions que la majorité des gens réprouvent.

Certaines acceptions du mot monstre insistent simplement sur son côté spectaculaire, c'est le cas du monstre sacré, par exemple Marilyn Monroe ou James Dean.

Diderot qualifiait la femme de « monstre de l'homme » et en réponse Julie de Lespinasse qualifiait l'homme de « monstre de la femme »[3].

Le monstre est de manière plus générale un individu qui par certaines de ses caractéristiques propres se démarque de façon significative de ses congénères. Ces caractéristiques peuvent être physiques, morales ou intellectuelles ; toutefois la monstruosité proprement dite n'est pas forcément négative, elle peut être un gain par rapport à une norme commune. Par exemple Albert Einstein de par ses capacités intellectuelles hors-normes peut-être considéré comme un monstre.

La Tête de Medusa par Rubens, circa 1618.

Représentations artistiques[modifier | modifier le code]

Le Jardin des délices[modifier | modifier le code]

L'Enfer, volet droit du triptyque Le Jardin des délices de Jérôme Bosch.

Le Jardin des délices est un triptyque peint par Hieronymus van Aken, dit Jérôme Bosch, entre 1503 et 1504, conservé au Musée du Prado depuis 1939.

Parmi les peintres de monstre, Jérôme Bosch demeure une référence incontournable. Hagiographe et membre de la Confrérie de Notre-Dame de Bois-le-Duc, il était un notable de la région, loin de l'image d'un ermite sulfureux que l'on s'imagine parfois. S'inspirant d'ouvrages mystiques, populaires et alchimistes[4], mais aussi de la Legenda aurea de Jacques de Voragine, son style était tout à fait justifié dans la culture de l'époque[5]. Ses tableaux, bien que fantaisistes, restaient pour la plupart des triptyques destinés aux églises et objets de culte. Il n'empêche qu'une œuvre telle Les Jardins des délices suscita de nombreuses réactions. Ainsi, il arriva au Prado en 1593 sous le nom de Lo monstruo y lo fantastico[6].

Plusieurs éléments iconographiques permettent de penser que Bosch peint la monstruosité dans le but d'alerter les fidèles. Ainsi, le péché étant théologiquement considéré comme la seule relation entre le Paradis terrestre et l'Enfer, le caractère érotique du panneau central permet de circonscrire le triptyque dans la dénonciation de la luxure[7],[8]. Ce qui se confirme dans le panneau droit, représentant l'Enfer, avec par exemple les différentes et innombrables situations évoquant châtiments (la main coupée et mise au pilori, punition réservée aux voleurs), références iconographiques érudites (la femme chevauchant l'homme à quatre pattes renvoie à la scène inverse de chez Matheolus et son Livre contre le mariage de 1492), références catéchistes (plusieurs pêchés sont présents, comme l'homme nu empalé dans les cordes d'une lyre, qui renvoie à l'association de la musique à la luxure) et expressions populaires (la femme nue se mirant dans un miroir posé sur les fesses d'un démon illustre l'expression "As ge in de spiegel kekt den duivel in z'n gat", « se mirer dans le cul du diable », c'est-à-dire être coupable d'orgueil). Chez Jérôme Bosch, le monstre nait des transgressions et corruptions (morales, physiques, religieuses); représentant la dégénérescence du genre humain.

Artistes ayant représenté des monstres[modifier | modifier le code]

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

Le monstre, dans les mythologies, est omniprésent. Les exemples sont innombrables : la Gorgone par exemple, dont le masque de méduse pétrifiait les humains (d'où le terme : « méduser ») dans la mythologie gréco-latine. Les croyances païennes font resurgir la figure du monstre, assimilé à une terreur collective. Le monstre est souvent double et se cache sous une apparence humaine. La thématique du loup-garou en est un exemple. La résurgence de la mythologie, après l'Humanisme, traite les figures de monstre de façon ornementative, mais souvent allégoriques, voir métaphysiques. Dans sa reprise de la « Fable » d'Apulée, La Fontaine, dans les Amours de Psyché présente un « monstre » de galanterie : Amour.

Autres exemples de monstres dans la littérature :

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Quelques réalisateurs dont le monstre est un sujet de prédilection :

Auteurs[modifier | modifier le code]

Quelques exemples de monstres célèbres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Définitions lexicographiques et étymologiques de « monstre » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
  2. Par exemple Néron, le monstre naissant dans Britannicus de Jean Racine
  3. dans Le rêve de D'Alembert
  4. Il était courant de trouver dans la les bibliothèques des couvents la Bible des pauvres, l’Ars moriendi, ou l'attention est portée sur les tourments infernaux, etl'Imitation de Jésus Christ, ainsi que quelques ouvrages mystiques, tel la Devotio moderna, Révélations de Sainte Brigitte ou les écrits de Jean de Ruysbroek. Roger van Schoute et Monique Verboomen, Jérôme Bosch, La Renaissance du Livre, Tournai, 2000, p. 22.
  5. Il était parfaitement admis que la cathédrale Saint-Jean soit ornée d’une l'horloge astrologique, conçue par le forgeron Peter Wouterszoon en 1513, bien que l’astrologie soit alors considérée comme un blasphème, car seul Dieu peut connaître l’avenir.
  6. Roger van Schoute et Monique Verboomen, Jérôme Bosch.
  7. Roger-Henri Marijnissen et Peter Ruyffelaere, Abécédaire de Jérôme Bosch, Flammarion, Paris, 2001, p. 10–11.
  8. Nous pouvons rapprocher le panneau central et Genèse 6:12 : « Dieu regarda la terre, et voici, elle était corrompue; car toute chair avait corrompu sa voie sur la terre. »

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Ancet, Phénoménologie des corps monstrueux, 2006, Paris, PUF.
  • (en) Richard Bleiler, « The Monster », dans S.T. Joshi (dir.), Icons of Horror and the Supernatural : An Encyclopedia of Our Worst Nightmares, vol. 1, Westport (Connecticut) / Londres, Greenwood Press, , 796 p. (ISBN 978-0-313-33780-2 et 0-313-33781-0), p. 341-373.
  • Yves Bonnefoy (dir.), Dictionnaire des mythologies et des religions des sociétés traditionnelles et du monde antique, 1981, Paris, Flammarion.
  • Benoit Delalandre, Monstres et Dragons, 2007, Larousse.
  • Annie Ibrahim (dir.), Qu'est-ce qu'un monstre?, 2005, Paris, PUF.
  • Martin Monestier, Les monstres. Histoire encyclopédique des phénomènes humains des origines à nos jours, 2007, Paris, Le cherche midi.
  • Stéphane Audeguy, Les monstres : si loin et si proches, 2007, Gallimard.
  • Virginie Martin-Lavaud, Le monstre dans la vie psychique de l'enfant, 2009, Toulouse, Erès.
  • Gilbert Lascault, Le monstre dans l'art occidental, 1973, Paris, Klincksieck.
  • Jean Céard, La nature et les prodiges : l'insolite au XVIe siècle, Genève, Droz, coll. « Titre courant » (no 2), , 2e éd. (1re éd. 1977), XIV-538 p. (ISBN 2-600-00502-1, présentation en ligne), [présentation en ligne], [présentation en ligne], [présentation en ligne].
  • Claude Kappler, Monstres démons et merveilles à la fin du Moyen Âge, Paris, Payot, 1980.
  • (en) Charles Gould, Mythical Monsters, Londres, WH Allen.
  • Aimeric Vacher, Monstres, Paris, Dilecta, 2007.
  • (en) Rose Carol, Giants, Monsters, and Dragons: An Encyclopedia of Folklore, Legend, and Myth, New York, W. W. Norton, 2001.
  • Privat Jean-Michel (dir.), Dragons entre science et fiction, Paris, CNRS, 2006.
  • Absalon P. et Canard F., Les Dragons, des monstres au pays des hommes, Paris, Gallimard, 2006.
  • (en) Richard Barber et Anne Riches, A Dictionary of Fabulous Beasts, Woodbridge, Boydell Press, 1996.
  • Bernard Heuvelmans, Sur la piste des bêtes ignorées, Paris, Plon, 1955.
  • (en) J. C. Cooper, Dictionary of symbolic and mythological animals, Londres, Thorsons, 1995.
  • (la) Monstrorum historia cum Paralipomenis historiae omnium animalium, Bononiae, Nicolò Tebaldini, 1642 - Édition numérique

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]