Ammien Marcellin

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Ammien Marcellin
Ammianus Marcellinus 1533.jpg

Ammianus Marcellinus, édition Accursius, Augsbourg, 1533

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Ammien Marcellin (en latin, Ammianus Marcellinus), né vers 330 à Antioche sur l’Oronte, mort vers 395 (au plus tard en 400) probablement à Rome, est l’un des plus importants historiens de l’Antiquité tardive avec Procope de Césarée. Quoique d’origine grecque, il a écrit en latin et a été le dernier grand historien à utiliser cette langue. C’est aussi l’un des derniers auteurs païens d’importance.

Son œuvre principale, Res gestae, couvre la période de 96 à 378 ap. J.-C. Seule la partie correspondant aux années 353 à 378 a été conservée ; elle traite de la période où commencèrent les grandes invasions, qu’il vit comme militaire sous les empereurs Constance II et Julien. Partie la plus détaillée de l’œuvre, elle comprend dix-sept des trente et un livres des Res gestae originelles. Il s’efforce d’être objectif, bien que certaines de ses positions soient clairement exprimées. Il juge sévèrement le règne de Constance II, mais manifeste une très grande admiration pour Julien. Son œuvre demeure une source essentielle pour comprendre le IVe siècle.

L’Empire romain au temps d’Ammien Marcellin[modifier | modifier le code]

À la naissance d’Ammien, Constantin Ier règne depuis de nombreuses années déjà sur l’Empire romain réunifié. Le contrôle des frontières est, de façon globale, assuré et, dans les derniers mois de sa vie, Constantin Ier prépare une campagne contre l'empire perse des Sassanides, le grand rival de Rome au Proche-Orient ; sa mort, le , l’empêche de réaliser ce projet[1].

L’Empire romain passe au cours du règne de Constantin Ier par une période de profonde mutation sur le plan religieux. Le christianisme, réprimé jusqu’alors, s’affirme de plus en plus et deviendra religion d’État sous Théodose Ier. Le paganisme, terme recouvrant des croyances religieuses diverses allant du culte romain traditionnel aux différents courants du néoplatonisme, n’est plus pratiqué que par une minorité de gens de plus en plus réduite. L’Empire romain s’affirme de plus en plus comme chrétien, où l’empereur est considéré comme le vicaire de Dieu sur la terre. Le rapport du politique au religieux prend une signification nouvelle[2].

les empires sassanide et gupta au temps d'Ammien Marcellin
Les Empires sassanide et gupta au temps d'Ammien Marcellin

Des problèmes d’un genre nouveau surgissent avec la christianisation progressive de l’État et de la société. La doctrine chrétienne n’étant pas encore totalement fixée, de nombreux schismes et hérésies éclatent, ces dernières portant surtout sur la nature du Christ, comme l’hérésie arienne. Au début du IVe siècle, à Alexandrie, le prêtre Arius professe que le Fils n’est pas l’égal du Père. L’arianisme, lui-même constitué de différents courants, se répand rapidement dans l’Est de l’empire alors qu’il est sévèrement condamné à l’Ouest. Différentes questions se rattachant à cette nature, notamment celle « de la » ou « des » énergie(s) enflammeront non seulement les théologiens mais les différentes couches de la société. Constance II, seul empereur à partir de 353, doit tout au cours de son règne non seulement lutter contre le paganisme mais tenter de maintenir l’unité d’une Église confrontée au schisme donatien et à l’hérésie arienne[3],[4].

À la même époque, les pressions s’accentuent aux frontières. L’Est de l’empire est en état de guerre pratiquement permanent à partir de 337/338. Les Perses déferlent sans arrêt sur les provinces orientales de l’empire. À l’Ouest, des tribus germaniques envahissent le territoire. Le pouvoir impérial est déstabilisé par différents usurpateurs comme Magnence. L’empire survit, mais avec difficulté. Marcellin voit une bonne partie de ces évènements qu’il inclura dans son œuvre, laissant ainsi à la postérité l’image d’un monde en mutation qui annonce la fin de l’Antiquité.

Sa vie[modifier | modifier le code]

On sait peu de choses sur la vie de Marcellin, bien que certains détails puissent se déduire à partir de son œuvre[5]. Les historiens pensent qu’il naît vers 330 en Syrie, vraisemblablement à Antioche sur l’Oronte, une des villes les plus peuplées et les plus importantes de l’empire[6]. Il est vraisemblablement issu d’une famille grecque fortunée et a manifestement reçu une excellente instruction[7]. Il semble avoir une excellente connaissance des littératures grecque et latine[8]. Encore jeune, Ammien devient officier dans l’armée et sert comme protector domesticus[Note 1]. À ce titre, il accompagne et protège son supérieur, le général en chef de l’armée (magister militum)[Note 2], Ursicinus, lequel aurait été son protecteur et mécène[9],[10].

portrait du César Constantius Gallus
Portrait du césar Constantius Gallus, tiré d'une chronographie de 354

En 354, Ammien accompagne Ursicinus à Antioche où règnent le César Constantius Gallus et sa femme Constantina. L’année suivante il participe à la mission devant mettre un terme à l’usurpation de Sivanus à Cologne. Jusqu’en 357, il suit Ursicinus en GauleJulien, un cousin de Constance II, porte le titre de César. Il en fera un héros de son Histoire, qui sera par la suite incorporée aux Res Gestae. Il part ensuite avec Ursicinus pour l’Orient où il prend part aux combats contre le roi perse Shapur II. C’est pendant cette série de batailles que se situe pour Ammien un évènement décisif : en 359, au cours de la deuxième série d’invasions perses contre Rome, Amida est prise, les Romains massacrés et Ammien ne s'échappe que de justesse. Il tracera une description exhaustive du siège et de la prise d’Amida[11], description qui ne le cède en rien à celles des meilleurs historiens antiques et qui appartient aux portraits classiques de l’historiographie romaine[12]. En 360, Ursicinus est renvoyé, mais Ammien demeure dans l’armée et prend part en 363 à la campagne de Julien qui se termine par une catastrophe[Note 3].

En 363, après la mort de l’empereur Julien, Ammien quitte l’armée et voyage à travers la Grèce, la Thrace et l’Égypte. Il retourne à Rome en 380 qu’il doit quitter lors de l’expulsion des étrangers qui suit la famine de 383[13] ; il est de retour en 393 et jouit de la renommée que lui procure son œuvre connue sous le nom de Res Gestae[14], publiée l’année précédente. On sait, grâce à une lettre du rhéteur Libanios[15] avec qui Ammien est peut-être en contact, que cette œuvre jouit d'un immense succès. Les historiens, pendant un temps, croient qu’Ammien est le correspondant de Libanios comme le font penser certains détails[16],[17]. Les rumeurs à l’effet qu’il ait été nommé au Sénat ne peuvent être confirmées. On ignore la date exacte de sa mort. L’année 400 a été mentionnée comme l’hypothèse la plus tardive ; l’année 395 est assez probable[18].

Son œuvre[modifier | modifier le code]

Le plan des Res gestae[modifier | modifier le code]

Selon les dires de l’auteur[19], son œuvre prend la relève des Histoires de Tacite et s’étend de l’avènement de l’empereur Nerva en 96 jusqu’à la bataille d'Andrinople en 378. Une partie des 31 livres qui forment l’œuvre est publiée en 391, les autres (à partir du livre XXVI) suivent, peut-être en 394. De nombreux chercheurs suggèrent toutefois une date plus tardive[20]. De ceux-ci, seuls les livres XIV-XXXI nous sont parvenus qui couvrent la période 353-378 dont Ammien, comme membre de la garde impériale, a été témoin oculaire. En 1998, Timothy Barnes émet l’hypothèse que l’œuvre aurait été organisée par groupes de six livres et que ceux qui nous restent constituent les livres XIX à XXXVI[21].

Ammien a écrit un mélange de biographies impériales[Note 4] et d’histoire de l’empire. Le récit chronologique de chaque règne suit une présentation concise de chaque empereur, à quoi s’ajoutent de nombreuses « digressions » (voir plus loin) qui interrompent le récit pour donner au lecteur la toile de fonds d’un sujet donné. Elles sont rédigées de façon précise et portent un jugement sur la virtus et les vitia, c’est-à-dire sur les vertus et les défauts du souverain. Bien qu’Ammien ne traite que de façon concise l’histoire de Nerva jusqu’à Julien, la présentation se fait plus détaillée à partir du livre XV. Les évènements jusqu’au livre XXV inclus sont organisés de façon chronologique alors qu’à partir du livre XXVI apparait une organisation plus géographique. Ammien s’appuie sur Tacite et tente de s’en tenir au sujet sine ira et studio (sans irritation ou emballement). À la vérité, Tacite n’est pas sans parti pris, mais s’est efforcé à une impartialité qu’Ammien poussera plus loin que la plupart des autres historiens de l’Antiquité, ce que lui reconnait volontiers le grand historien[22] Ronald Syme[23], même si son souci d’impartialité ne l’empêche pas à l’occasion d’émettre des jugements subjectifs. Toutefois, il ne faudrait pas surestimer l’influence de Tacite sur Ammien.

On peut répartir approximativement les livres qui nous restent de la façon suivante[24] :

  • Livres XIV-XVI : La chute de Constantius Gallus. La nomination de Julien comme césar en Gaule et ses premiers succès.
  • Livres XVII-XIX : Julien consolide la frontière du Rhin. En Orient, Constance II doit se battre contre les Perses.
  • Livres XX-XXII : Julien est proclamé auguste en Gaule. Développements jusqu’à la mort de Constance II ; Julien, seul empereur.
  • Livres XXIII-XXV : Expédition contre les Perses et mort de Julien. Court règne et mort de Jovien.
  • Livre XXVI : Valentinien Ier et Valens se partagent l’empire.
  • Livres XXVII-XXX : Expéditions de Valentinien et mort de l’empereur ; règne de Valens en Orient.
  • Livre XXXI : Les Goths, fuyant les Huns, s’installent dans l’Empire romain. Prise d’Andrinople.

La perte des treize premiers livres prive d’une historiographie complète allant de la fin du Ier siècle jusqu’à la fin du IVe siècle ; la valeur des livres conservée est inestimable. Les hypothèses qu’Ammien aurait rédigé une œuvre indépendante du même genre qui aurait couvert les règnes de Nerva à Constantin Ier sont rejetées par les plus récentes recherches[25].

Les sources[modifier | modifier le code]

La question des sources utilisées par Ammien a été soulevée pour nombre des thèmes. Les avis sur cette question sont partagés[26]. Si Ammien ne donne pratiquement aucune indication à ce sujet, il est certain qu’il a consulté des inscriptions et des archives[27], de même probablement que les carnets, aujourd’hui perdus, de Julien sur la bataille Argentoratum.

Tout aussi problématique et relevant de la fiction est la question de savoir quelles sources Ammien a utilisées pour les premiers livres, aujourd’hui perdus. Il est plus que probable qu’il ait eu recours à l’Histoire romaine de Dion Cassius (qui va jusqu’à 229), de même que, comme le démontrent des études de textes comparatives, l’Histoire des empereurs d’Hérodien qui dépeint les évènements de 180 à 238. Parmi les autres sources possibles, on peut évoquer Dexippe, dont la Chronique va jusqu’en 270 et une histoire des guerres germaniques (Skythika) qui décrivent l’un et l’autre des évènements qui lui sont contemporains. Éventuellement, il a pu se servir d’Eunape qui enchaine sur Dexippe, mais il s’agit là d’une hypothèse controversée[28].

Ammien a sans doute utilisé d’autres sources latines. Citons entre autres, l’Histoire impériale d’Enmann que nous ne connaissons que par un bréviaire du IVe siècle mais qui devait se rendre jusqu’à la période de Constantin ou même jusqu’en 357, les Césars d’Aurelius Victor qu’Ammien affectionnait, de même que Marius Maximus, bien qu’Ammien en parle en termes peu flatteurs. Enfin mentionnons une série de biographies impériales allant de Nerva à Héliogabale[29]. Les Annales de Virius Nicomachus Flavianus, aujourd’hui disparues, constituent également une source fréquemment mentionnée. On se demande toujours si elles traitaient de la république ou de l’empire, quoique de nombreux indices permettent de privilégier plutôt la deuxième hypothèse. Diverses considérations aujourd’hui acceptées par la critique indiquent que l’œuvre de Nicomachus Flavianus aurait été utilisée par des historiens subséquents. Une comparaison entre Ammien et l’écrivain byzantin Jean Zonaras porte à croire qu’ils auraient tous deux utilisé une même source, connue en allemand comme Leoquelle (selon Leon Grammatikos, début du XIe siècle), laquelle, comme le laisse entrevoir Zonaras, pourrait être identifiée comme étant les Annales[30] .

David Rohrbacher a émis en 2006 l’hypothèse qu’Ammien, qui a consacré son travail principalement à l’histoire qui lui était contemporaine, n’aurait utilisé qu’un nombre restreint de sources pour la période antérieure, laquelle ne ferait qu’assurer le pont entre la fin de l’Histoire de Tacite et son propre travail historique. En vertu de quoi, Ammien aurait utilisé surtout Marius Maximus et l’Histoire impériale d’Enmann de même que certains passages d’une autre source (Eunapios ou l’œuvre qui aurait été utilisée dans la Leoquelle)[31].

À partir du livre 15, Ammien se fonde principalement sur son expérience personnelle de même que sur divers témoins oculaires qu’il complète par diverses autres sources. Bruno Bleckmann a toutefois mis en doute cette opinion fort répandue. Bleckmann croit plutôt que les sources primaires ont joué un rôle moindre que ce que l’on croit généralement. Déjà Walter Klein avait avancé quelque chose de semblable dans une étude approfondie[32]. D’après Bleckmann, Ammien se serait également appuyé dans les derniers livres (par exemple concernant Valentinien et Valens) sur des sources littéraires auxquelles se seraient ajoutées diverses sources ecclésiastiques[33]. Déjà, avant Bleckmann, Hans Christof Brennecke avait émis l’hypothèse qu’Ammien se serait appuyé sur diverses sources chrétiennes, dont une histoire de l’Église « arienne »[34]. Les ressemblances entre Ammien et Zosime concernant les guerres persiques de Julien n’ont toujours pas été expliquées de façon satisfaisante. Toutefois, plusieurs chercheurs admettent régulièrement que l’un et l’autre se seraient servis de Magnus de Carrhes.

Les digressions[modifier | modifier le code]

L’œuvre d’Ammien Marcellin n’est pas seulement importante comme source d’information sur les invasions barbares mais également, en ce qui concerne l’historiographie antique spécialement grecque, en raison des nombreuses digressions qui interrompent la structure formelle des biographies impériales. Ammien y traite, entre autres sujets, de géographie (pas toujours sans erreur[35]), d’ethnographie, d’histoire naturelle et de choses militaires. C'est l’un des rares historiens de l’Antiquité à avoir une expérience militaire. La structure de ces digressions se présente presque toujours de la même façon : introduction de l’auteur, exposé et conclusion. Il arrive même que certaines digressions contiennent d’autres digressions, comme dans celle sur les Parthes qui contient un exposé sur « Les Magiciens »[36],[37],[38].

Carte montrant des trajets
Les mouvements migratoires du IIe au Ve siècle.

Ces digressions, qui ne revêtent une telle importance chez aucun autre historien de l’Antiquité, mis à part Hérodote, offrent un éventail étonnant de thèmes : le lecteur y découvrira la Perse des Sassanides, les Germains, les Celtes (Gaulois) et les Huns. Le jugement d’Ammien sur les Barbares (au nombre desquels il ne compte pas les Perses) demeure stéréotypé, tant en ce qui concerne l’historiographie antique traditionnelle que ses évaluations. La forme littéraire que prend l’histoire scientifique qui joue un rôle important dans ces digressions explique en bonne part l’attrait et la valeur de l’œuvre. Ammien s’y appuie surtout sur des œuvres grecques connues (quelquefois sur des sources mixtes comme des abrégés)[39], mais aussi sur des auteurs latins comme Salluste et Jules César. Sauf pour quelques cas précis, il est difficile d’identifier exactement les diverses sources, bien qu’Ammien mentionne un certain Timagène d’Alexandrie[40]. Concernant les sources des digressions géographiques, Théodore Mommsen a exprimé quelques hypothèses qui ont été modifiées ou corrigées depuis. Ainsi il a identifié comme source un certain Rufius Festus, une énumération des provinces de l’empire, la Geographika de Ptolémée et Timagène[41]. Ammien s’appuie sur différents auteurs. Ces digressions servent également de « pause » pour orienter le lecteur avant d’amorcer un nouveau chapitre[42]. C’est ainsi que la digression concernant les engins de siège a pour but premier de donner au lecteur des informations essentielles pour comprendre le chapitre suivant portant sur les guerres perses de Julien[43].

Dans sa digression sur Rome[44], il décrit la vie et la dégradation des mœurs, tout en exprimant son admiration pour la gloire passée de la ville. On peut se demander si le portrait qu’il trace ainsi est exact dans tous ses détails ; toutefois, il nous est encore impossible d’établir les raisons de cette décadence[45]. Cependant, Ammien ne traite pas de Constantinople[46].

Nombre de sujets captent également son attention. C’est ainsi qu’il décrit plusieurs provinces comme l’Égypte, ou traite des Arabes, de la justice, des structures de l’administration publique et des obélisques égyptiens de Rome. L’ouvrage comporte une description détaillée du tsunami qui dévasta en 365 les côtes orientales de la Méditerranée. On y trouve décrites les caractéristiques d’un tremblement de terre, de la retraite des eaux et du brusque assaut des énormes vagues[47]. Gavin Kelly a voulu voir dans cette description du tsunami et de ses conséquences, une métaphore de l’état de l’empire après la mort de Julien, laissé sans chef face aux assauts des barbares, préfiguration de la catastrophe que devait être la chute d’Andrinople en 378[48]. Les six derniers livres sont presque exempts de telles digressions même si Ammien insère ici et là de nombreuses additions traitant des Huns ou des Thraces[49].

Les livres perdus et le début de la « période contemporaine »[modifier | modifier le code]

Toute tentative de reconstruire le contenu des livres perdus s’avérerait impossible ou à tout le moins hautement spéculative[50]. Néanmoins, on peut trouver dans les livres qui nous sont parvenus de précieuses indications. Ainsi, Timothy Barnes a analysé certains des passages où Ammien rappelle certains textes précédents : « Comme je l’ai déjà indiqué… », etc.[51] Le fait qu’il mentionne spécifiquement que des évènements du IIe siècle ont déjà été mentionnés dans un livre précédent rend peu crédible la thèse des « Deux ouvrages » (voir plus haut). Il est probable qu’Ammien n’a fait que présenter d’abord sous une forme condensée les évènements qui se sont produits après 96 après J.-C. afin d’y revenir plus tard. Selon une théorie plausible avancée par John F. Matthews, les premiers livres n’auraient servi que d’introduction pour la période où Ammien a vécu[52]. Des volumes qui nous sont parvenus, on peut également faire diverses déductions. Ainsi, il semble porter un jugement négatif sur Constantin, comme on peut le déduire d’un épisode qu’il rapporte (et que l’on retrouve dans diverses sources byzantines) et connu comme « Les mensonges de Métrodore »[53].

Le livre XIV débute avec une description de la chute de Constantius Gallus nommé par son parent, l’empereur Constance II, césar de la partie orientale de l’empire et qu’Ammien décrit sous un jour on ne peut plus noir[54]. Gallus, ayant géré diverses situations de façon extrêmement maladroite et ayant été dénoncé à la cour de l’empereur, a été rappelé par ce dernier et finalement exécuté. Quant à son épouse, Constantina, Ammien la décrit de façon typique comme « une mégère mortelle »[55],[56].

Avec le livre XV commence la partie de l’ouvrage où Ammien décrit ce qu’il a vu et vécu, et dont il a traité sous forme condensée dans la première partie :

« Jusqu’à maintenant, j’ai rapporté aussi complètement que faire se peut des évènements qui ont été vécus de mon temps ou dont j’ai pu prendre connaissance en questionnant avec persistance des témoins oculaires, dans l’ordre où ils se sont déroulés. Dans la suite de mon œuvre je tenterai de toutes mes forces de m’en tenir scrupuleusement à cette méthode[57]. »

La composition de l’ouvrage traite jusqu’au livre XXVI de l’activité de Julien dont la mort devait marquer la conclusion de l’œuvre, ainsi que le dit Ammien au début du livre :

« Nous avons suivi avec grand précision le déroulement de ce qui s’est passé à la frontière du passé immédiat et avons pris la décision de retirer nos pieds d’un terrain bien connu… Diverses personnalités des temps anciens, comme Cicéron, ont à cause de telles craintes refusé de rendre publiques d’importantes recherches sur divers évènements qui se sont produits de leur temps… Nous ne voulons pas tenir compte maintenant de l’ignorance populaire et poursuivre notre discours sur les évènements qui restent[58]. »

Description de Constance II et des guerres avec les Perses[modifier | modifier le code]

buste de Constance II
Tête de Constance II en provenance de Syrie

Ammien est la source la plus importante en ce qui concerne la rivalité entre l’Empire romain et celui des Sassanides sous Shapur II. Il a pris part à ces guerres. Il décrit les échanges de notes entre Rome et les Perses en l’an 358 et rapporte de façon fidèle et pénétrante l’invasion de Shapur II en 359, le siège et la chute d’Amida par les Perses, de même que l’excursion de Julien contre les Perses en 363[59]. Il y critique la stratégie défensive employée par l’empereur Constance II et lui préfère de beaucoup la stratégie offensive de Julien, même si l’expédition de Julien se termine par une catastrophe et que, en bout de ligne, Constance a adopté une stratégie plus avisée.

La recherche contemporaine souligne que, quelle que soit la qualité intrinsèque de son œuvre, Ammien porte des jugements subjectifs, particulièrement en ce qui concerne Constance II, l’antagoniste de son héros, Julien, jugements négatifs et injustes par ailleurs. Une des raisons peut être la volonté d’Ammien d’amplifier le contraste entre les deux hommes pour renforcer le rôle de modèle de Julien (il en ira de même pour Gallus), même s’il ne lui épargne pas quelques critiques. Toutefois, son jugement sur la politique de Constance II n’est pas non plus absent de discernement. Il faut croire que plusieurs années s’étant écoulées, son jugement ait dû prendre en considération des éléments plus importants[60]. À juste titre, la peur de l’empereur devant les conspirations et usurpations, de même que ses réactions exagérées lui semblent déplorables. Il émet des critiques acerbes à l’endroit de la politique étrangère de Constance et déplore l’influence de l’impératrice (par quoi il entend surtout celle de sa deuxième épouse, Eusébie) de même que celle des eunuques de la cour[61]. Son jugement est tout aussi sévère sur les guerres civiles que Constance a dû affronter[62]. À l’inverse, il n’a que des louanges pour son sens de l’économie et son dévouement à l’endroit de l’État et de l’armée[63]. Dans son ensemble toutefois, le jugement d’Ammien sur cet empereur demeure négatif[64].

Julien[modifier | modifier le code]

Vue du côté droit du haut du corps d'un homme barbu
Effigie de l'empereur Julien (né en 331/332, règne de 360 à 363, année de sa mort).

Le héros d’Ammien est sans contredit Julien, le dernier empereur païen dont la mort met un terme à l’œuvre. En dépit des quelques critiques qu’il émet à son endroit, Julien demeure pour lui l’empereur idéal, ce qui pousse Ammien à le présenter à certains moments sous un jour trop positif.

« Julien appartient vraiment à l’histoire des héros qui s’illustrent par leur gloire et leur dignité. Et si l’on devait mentionner quatre qualités par lesquelles il se distinguait, ce serait la tempérance, l’intelligence, la justice et la bravoure… Julien a pratiqué toutes et chacune d’entre elles avec la plus grande énergie[65]. »

Ammien avait peut-être fait la connaissance de Julien en Gaule où le jeune césar, nommé par l’empereur Constance II, combattait avec succès les Alamans et avait réussi à fortifier la frontière. Déjà, cette reprise en main des Gaules est décrite par Ammien avec la plus grande admiration, tant en raison des succès dont pouvait s’enorgueillir le césar que pour sa reconquête de Cologne aux mains des Francs. Il est vrai toutefois qu’Ammien passe outre à la conduite moins qu’honorable de Julien à l’endroit des généraux Ursicinus et Marcellus.

L’insurrection qui aboutit à la proclamation de Julien comme empereur au début de 360 fut déclenchée par l’exigence de Constance II à l’effet qu’on lui envoie deux légions pour l’aider dans son combat contre les Perses, Elle est présentée par Ammien comme une action spontanée des légions gauloises[66]. En fait, il s’agissait d’une usurpation, possiblement organisée par Julien[67].

Avec la mort de Constance à la fin 361, rien ne s’opposait plus à l’accession de Julien au trône. Ammien s’attarde, mais sans exagérer, sur l’ardeur au travail de Julien. Il ne semble pas non plus opposé à la politique de l’empereur en matière de religion, tout en ayant une préférence marquée pour le culte traditionnel des dieux. Cependant il s’oppose à l’édit de Julien qui empêche de fait aux chrétiens d’enseigner la grammaire, la rhétorique et la philosophie, soit l’ensemble de l’enseignement profane. De la même façon, il ne peut absoudre les superstitions de Julien et son goût exagéré pour les sacrifices. Klaus Rosen a attiré l’attention sur le fait que les dix livres qu’Ammien a consacrés à Julien (16-25) constituent la clé de voûte de l’œuvre[68]. Ammien fait une large place aux guerres persiques de Julien dont le point culminant est la description très élaborée de la mort de l’empereur au livre XXV[69].

La fin de l’ouvrage[modifier | modifier le code]

Traits en blanc sur une carte de l'Europe et de l'Asie
Migration des Wisigoths de 376 à 418. L'œuvre de Marcellin est une remarquable source d'information sur les invasions de l'époque.

Après la mort de Julien, Ammien rapporte à la fin du livre XXV le court règne de Jovien, la paix de 363, (qu’il qualifie de paix honteuse) et dans le livre XXVI le début du règne conjoint de Valentinien Ier et de son frère Valens. On suit dans les livres suivants le déroulement des campagnes victorieuses de Valentinien contre les Germains jusqu’à la répression d’une insurrection en Afrique par Théodose l'Ancien, le père de l’empereur du même nom, Théodose Ier. Il décrit également la situation en Orient où Valens ne fait guère bonne figure. Au contraire, Valentinien, qu’Ammien admire à peine, recueille un jugement plutôt positif dû à ses quelques succès militaires que l’auteur reconnait. La tolérance religieuse de Valentinien y est probablement aussi pour quelque chose, peut-être par contraste avec celle de Théodose Ier, lequel proclama le christianisme religion d’État sans mener toutefois de persécution systématique contre les païens.

Enfin dans le livre XXXI, Ammien dépeint l’invasion des Huns, pour laquelle il demeure notre principale source d’informations[Note 5], le déclin du royaume des Greuthungues (les Goths de l’Est ou Ostrogoths), le passage du Danube par les Wisigoths (les Goths de l’Ouest) et leur demande de s’installer dans l’Empire romain. Le point final est l’insurrection des Goths et la désastreuse bataille d’Andrinople de 378 où l’armée d’Orient fut en grande partie détruite et où Valens trouva la mort. Cette défaite est considérée par Ammien comme l'une des pires, égale à celle de Cannes[70].

Place de l’œuvre dans l’histoire politique et littéraire[modifier | modifier le code]

En dépit de ses origines grecques, Ammien est essentiellement un Romain qui a à cœur l’unité de la culture gréco-romaine. Aussi Rome, comme symbole, tient une grande place dans son œuvre. Elle fut l’incarnation de l’empire, lui-même à son tour garant de la civilisation gréco-romaine. Ammien vécut à une période agitée, celle du déclenchement des grandes invasions que Rome tente de contenir jusqu’à la fin. À titre de soldat, il vécut la pénétration sans cesse plus profonde de vagues de barbares et ne put que constater que les frontières de l’empire étaient incapables de résister aux assauts de l’ennemi. Rien d’étonnant dès lors à ce qu’Ammien considère comme ennemis les Germains qui combattirent aussi bien aux côtés de Rome que contre elle. En même temps son jugement sur son environnement n’est pas sans critiques. D’où ses commentaires acerbes et quelques fois remplis d’une ironie qui traduit ses doutes sur la situation à Rome[71]. Wolfgang Seyfarth, qui a publié le texte de base, dit à ce sujet :

« Dans le spectacle qu’offre l’Histoire du monde, cette œuvre constitue un chant du cygne mémorable qui marque le déclin final du paganisme romain ainsi que des us et coutumes dont il était issu et des normes de société qui l’accompagnaient. Toutefois, ce déclin du paganisme romain ne marque pas sa disparition, car plusieurs de ses normes et traditions se retrouveront transformées dans la civilisation chrétienne. La chrétienté qui, au départ, avait constitué une force révolutionnaire contre l’Empire romain, deviendra progressivement et de façon toujours plus accentuée, le protecteur et l’interprète de ce qu’était l’identité romaine[72]. »

Ammien entama sa carrière littéraire à Rome après 375 et lut son Histoire devant des sénateurs païens auprès desquels il connut un succès certain. Pourtant, en dernière instance, Il n’est pas un champion des dieux antiques comme le démontrent maintes de ses remarques critiques à l’endroit des nombreuses superstitions de son temps ou des sacrifices de Julien. Au moment où il termine son œuvre, Rome s’apprêtait à devenir l’Imperium Romanum Christianum, ce qui ne dérange manifestement pas Ammien qui décrit la vie de Julien comme un drame dont il ne cherche pas à cacher l’échec.

Portrait d'une femme portant des objets
La déesse Fortuna et la roue de la fortune d'après une gravure de Beham (Hans) Sebald (1500-1555).

Ammien est un païen modéré et monothéiste qui croit en la déesse du destin, Fortuna, qui fixe les portions de chance et de malchance de chacun[73]. C’est pourquoi pour Ammien, Fortuna (le destin) et Virtus (la vertu, mais aussi la bravoure) vont de pair[74]. L’œuvre est empreinte d’un sombre pessimisme quant à l’avenir, conservant l’espoir d’un temps meilleur sans s’abandonner au pessimisme [75]. Si Ammien conclut son ouvrage avec le désastre d’Andrinople, nombre de ses remarques finales portent à croire qu’il n’estime pas tout perdu. Même s’il compare cette défaite à celle de Cannes, il sait également que celle-ci précéda le triomphe de Rome. Comme alors, les choses sous le règne de Théodose Ier pendant lequel il écrit, semblaient se stabiliser à nouveau ; la colère des dieux s’apaisait pour le moment et on ne pouvait encore prévoir l’établissement des royaumes barbares sur le territoire de l’empire au Ve siècle.

Ammien écrivit son œuvre en latin, entre autres parce qu’il voulait donner une suite à l’Histoire de Tacite. Toutefois, d’autres considérations peuvent aussi expliquer son choix. Le latin avait de son temps réalisé beaucoup de progrès en Orient, alors que la connaissance du grec se perdait en Occident depuis les premiers empereurs. Lui-même avait appris le latin au plus tard lorsqu’il était entré à l’armée. La décision de publier en latin lui fut peut-être imposée par le public auquel il s’adressait : de cette façon, il devenait évident que son héritage culturel était grec bien que sa loyauté allait à Rome[76]. Enfin, il voulait peut-être réconcilier le « public de l’Ouest » avec Julien, dont l’héritage était bien plus grec que romain.

À côté de l’œuvre de Procope de Césarée, qui lui aussi se voulait Romain, quoiqu’il écrivit en grec et dont le centre de son univers fut Constantinople et non plus Rome, celle d’Ammien constitue notre meilleure source historiographique pour l’Antiquité tardive et peut se comparer avec les meilleurs ouvrages historiques que la période nous ait laissés. Ceci apparait lorsqu’on considère que les autres œuvres historiques écrites après Tacite (du moins si l’on peut en juger à partir des pages très fragmentaires qui sont parvenues jusqu’à nous) sont très minces et en pratique remplacées à partir de Suétone par des œuvres biographiques. On ne peut en effet comparer l’œuvre d’Ammien qu’avec Les Césars de Aurelius Victor ou avec le Bréviaire d’Eutrope, lesquels vécurent avant Ammien et n’écrivirent que des condensés historiques. Au contraire, la tradition de l’historiographie classique était avant tout liée à la culture grecque venant de la partie orientale de l’empire. On ne peut citer que Dion Cassius ou Dexippe (dont les œuvres sont en grande partie perdues). Ce n’est pas une coïncidence si non seulement Ammien, mais aussi le plus important poète de l’Antiquité tardive, Claudien, sont originaires de l’Orient et y ont puisé leur inspiration[77]. L’œuvre d’Ammien représente la dernière œuvre historique d’importance de l’Antiquité ; même si des historiens continueront à écrire en latin et maintiendront la tradition classique des Ve et VIe siècles, ils ne sont pas parvenus jusqu’à nous et nous ne pouvons dès lors nous faire une idée de leur œuvre (comme Sulpicius Alexander, Renatus Profuturus Frigeridus et Quintus Aurelius Memmius Symmachus).

Sur la base des liens avec l’œuvre de Tacite, on a quelques fois avancé qu’Ammien se considérait comme le successeur de ce dernier. Toutefois, il ne faudrait pas exagérer son influence. En effet, seule la période historique dont traite Ammien permet de faire une comparaison avec Tacite ; dans son œuvre même, Ammien paraît s’appuyer beaucoup plus sur d’autres auteurs. Dans sa présentation détaillée, John F. Matthews a mis en garde contre des jugements trop rapides ; selon lui, on pourrait, à côté de Thucydide et de Polybe dont l’influence dans les Res gestae est manifeste, citer Salluste, le premier historien important de Rome, comme source d’inspiration des descriptions d’Ammien[78]. Petra Riedl a attiré l’attention, dans une étude comparative récente des ressemblances générales entre les œuvres de Tacite et d’Ammien dans le contexte de l’historiographie de l’Antiquité, sur le fait qu’Ammien retournait après 250 ans à la forme classique de l’historiographie romaine que représentait Tacite[79]. Enfin, si l’œuvre d’Ammien ne peut être comptée parmi les « histoires sénatoriales » au sens strict, il existe des liens avec ce genre.

Sans doute l’œuvre d’Ammien est parsemée d’hellénismes et souvent transparaît le style littéraire de l’Antiquité tardive. On trouve également des agencements inhabituels de mots qui rendent parfois difficile la compréhension du texte. Ammien puise par-là dans un langage littéraire latin établi et utilise dans sa prose un rythme très accentué (cursus planus, cursus tardus et cursus velox) qui laisse déjà entrevoir la prose littéraire du Moyen Âge[80].

En dehors de ces caractéristiques de style, Ammien écrit clairement, se limite à l’essentiel et utilise de nombreux exemples et anecdotes afin d’illustrer ses jugements. Frank Wittchow décrit sa technique narrative comme « une narration exemplaire » (Exemplarisches Erzählen)[81]. L’historien de l’Antiquité Roger Blckley écrit pour sa part que par leur nombre et leur étendue, les exemples utilisés par Ammien restent sans égal dans la littérature historique de l’Antiquité latine[82]. Ceci paraît dans les livres consacrés à l’empereur Julien, où il met en évidence les qualités humaines de l’empereur. Ammien veut convaincre le lecteur par sa rhétorique, partager avec lui sa vision des choses, caractéristique typique de l’historiographie antique, sans pour autant mettre de côté sa responsabilité de transmettre la vérité[83]. En même temps, les vertus attribuées à l’empereur devraient avoir une influence pédagogique sur le lecteur, Ammien étant persuadé que les défaillances des individus ont constitué la principale cause du déclin de l’empire[84]. Il est aussi frappant qu'Ammien n’utilise qu’avec parcimonie les artifices de style si caractéristiques de l’historiographie antique, accentuant ainsi leur aspect esthétique. Dans son œuvre, il fait également constamment allusion à l’œuvre d’autres auteurs démontrant ainsi l’étendue de ses connaissances et son intérêt pour un large éventail de sujets que ce soit en Histoire ou en Droit, ce que l’on constate également dans ses digressions. Sa grande érudition (il est familier de Platon, Cicéron, Tite-Live, Salluste et des principales œuvres de Tacite) de même que la grande diversité des sources qu’il utilise expliquent la variété que l’on retrouve dans ses descriptions[39]. On trouve également chez lui de nombreuses allusions à d’autres œuvres littéraires comme l’a démontré Gavin Kelly dans une analyse intertextuelle détaillée[85].

Le rapport d’Ammien au christianisme et au paganisme[modifier | modifier le code]

Quoique païen, Ammien considérait le christianisme avec grande tolérance, car il reconnaissait les valeurs morales et la compassion envers les pauvres dont il faisait montre. En même temps, il n’hésitait pas à en décrire les aspects moins positifs, comme la lutte pour la dignité pontificale entre Damase Ier et Ursinus. Contrairement à de nombreux autres historiens païens, il n’ignore pas l’Église, mais semble au contraire montrer un intérêt sincère pour la foi chrétienne. Occasionnellement, il affiche une « attitude monothéiste neutre ». Divers spécialistes comme Timothy Barnes interprètent plutôt négativement son attitude à l’endroit du christianisme. En ce qui concerne la mort de Julien, Ammien ne reproduit pas les descriptions de plusieurs auteurs païens selon lesquels l’empereur aurait été assassiné par un chrétien de son armée ; Ammien ne donne guère de place aux rumeurs. Aussi intéressante est l’opinion de Barnes concernant l’épisode rapporté par Ammien selon lequel l’évêque de la ville de Bezabde aurait montré aux Perses un point faible dans la défense de la ville[86]. Ammien affirme n’accorder aucune foi aux rumeurs bien que, pour Barnes, il ne s’agisse là que d’un artifice de style visant à donner créance à la rumeur sans en prendre soi-même la responsabilité[87].

Globalement, il est très difficile de se faire une idée précise sur la position religieuse d’Ammien qui, en outre, s’intéressait à la philosophie[88]. En tout état de cause, on doit observer que dans l’Antiquité tardive, des « mouvements de balancier » n’étaient pas rares et qu’il n’existait pas nécessairement une distinction claire entre religion et philosophie.

Après son retour à Rome, Ammien a possiblement eu des contacts avec les cercles sénatoriaux païens, dont les représentants les plus influents, tel que mentionné plus haut, étaient Nicomachus Flavianus et Quintus Aurelius Symmachus, de même que, jusqu’à sa mort, Vettius Agorius Praetextatus. Ces contacts, s’ils ont vraiment eu lieu, n’auraient été qu’indirects, des contacts directs étant peu vraisemblables. Certains chercheurs comme Alan Cameron, nient tout contact entre Ammien et les cercles sénatoriaux de la ville[89]. Bien que l’on ne puisse l’affirmer avec certitude, il est possible qu’Ammien ait été incité, pendant son séjour à Rome, à écrire un ouvrage dont Julien aurait été le centre. Sur plusieurs points, il suivait la tradition historiographique antique marquée par le paganisme. Une chose est certaine : Ammien n’était pas un zélateur religieux, mais prônait plutôt la tolérance tant à l’endroit des chrétiens que des païens[90].

Évaluation[modifier | modifier le code]

Porter un jugement sur l’historiographie antique selon les critères d’aujourd’hui serait lui faire tort, car pour les historiens de cette période l’étude critique des sources était une notion étrangère et il est rare que les historiens de l’époque citent leurs sources[91]. Ils attachaient plus d’importance à la qualité littéraire de leur prose et ils voulaient surtout faire partager au lecteur leur vision des choses pour autant que le permettait la vérité. Comme pour Constance II, Ammien montre peu de sympathie envers Jovien et Valens ; tous deux seront décrits de façon très négative, précisément pour accentuer le contraste avec la personnalité de Julien. La recherche moderne adopte du reste à l’endroit de Jovien une position fort différente de celle d’Ammien dans la présentation qu’il en fait dans les Res Gestae[92].

Bien que de façon générale Ammien s’avère un observateur attentif, ses « analyses » peuvent souvent refléter d’autres sources. L’écrivain britannique Edward Gibbon l’appréciait déjà pour cette faculté[93]. La vision des choses d’Ammien a souvent été décrite par la recherche contemporaine comme similaire à celles de Thucydide et de Polybe dans la foulée desquels il se situait[94]. La plupart des chercheurs portent un jugement favorable sur la Res Gestae ; on n’en voudra pour preuve que ce passage d’Arnold Hugh Martin Jones : « Ammien is also a great historian, a man of penetrating interlligence and of remarkable fairness[95]. » Ronald Syme qui voyait lui aussi en Ammien « l’héritier (littéraire) de Tacite[96] » ou de façon générale John F. Matthews. À leur encontre, Timothy Barnes voit plutôt en Ammien un juge injuste que l’on devrait comparer non à Tacite mais à Thomas Babington Macaulay[97]. Bien que le point de vue de Barnes ne corresponde pas à la communis opinio, il comporte toutefois des aspects intéressants. Même pour lui, l’intérêt d’Ammien est incontestable, sinon comme œuvre historique, du moins littéraire :

« Ammien a rejoint de façon permanente le groupe restreint des très grands historiens précisément parce que, comme l'histoire de l'Angleterre de Macauley, ses Res Gestae déploient les pouvoirs créatifs et imaginatifs d'un romancier[trad 1],[98]. »

Même si certaines propositions de Barnes posent problèmes, ses doutes sur l’objectivité d’Ammien, comme il le démontre à plusieurs endroits, soulignent la multiplicité d’interprétations que l’on peut donner aux Res Gestae et à Ammien comme historien. L’un des grands connaisseurs de l’histoire de l’Antiquité, Arnaldo Momigliano[99], parlait autrefois d’Ammien comme d’un « historien solitaire » (lonely historian), afin de marquer la place à part qu’il occupait de son temps[100]. Il est toutefois incontestable qu’avec le recul du temps, Ammien demeure la source la plus fiable que nous possédions sur le IVe siècle. Là où s’interrompt son récit, on doit reconstruire le reste des décennies à partir de diverses sources[Note 6] qui ne peuvent se comparer en qualité avec la sienne[101]. Dans un dictionnaire spécialisé sur l’Antiquité tardive paru en 1999, l’article concernant Ammien présente la thèse que si celui-ci avait rédigé son œuvre en latin classique, il aurait pu être considéré comme le plus grand historien de Rome[102]. Quoi qu’il en soit, on ne peut contester la validité du jugement de Klaus Rosen, historien de l'Antiquité classique :

« Si nous n’avions pas la Res gestae, nos connaissances des évènements qui, au IVe siècle, se sont déroulés au-delà de l’Orbis Romanus seraient bien moindres. Concernant les deux principaux rivaux de Rome, soit les Perses et les Germains, il n’existe aucune source aussi riche et aussi fiable que l’analyse de ce rapporteur[103]. »

Transmission jusqu’à nous[modifier | modifier le code]

De son vivant, l’œuvre d’Ammien jouit d’une grande réputation, mais fut peu utilisée par la suite, entre autres en raison de son style compliqué. Il n’est pas impossible que Sulpicius Alexander l’ait utilisé. Au VIe siècle, seul le grammairien latin Priscien de Césarée semble connaître encore cette œuvre[104].

Les Res gestae n’ont été redécouvertes qu’au début du XVe siècle. En 1417, Poggio Bracciolini visita le monastère de Saint-Gall alors qu’il participait au Concile de Florence. Il se rendit ensuite à l'abbaye de Fulda, où il découvrit alors une copie des Res gestae datant du IXe siècle. Ramené à Rome, l’ouvrage d’Ammien fit l’objet d’une première édition en 1474[105]. Ce Codex Fuldensis se trouve aujourd’hui au Vatican (Vaticanus Latinus 1873)[106].

La suite est plus complexe[107]. Le Codex Fuldensis, qui ne comprenait que les livres 14 à 31, se basait sur le Codex Hersfeldensis datant du IXe ou du début du Xe siècle. Ce dernier codex, sauf pour quelques pages et fragments, est entièrement perdu de telle sorte que le Codex Fuldensis demeure notre seule base de renseignements. Il existe également une copie du Vaticanus Latinus 1873 faite par Niccolò Niccoli au XVe siècle[108]. Les livres 14 à 26 furent publiés en 1474 par Sabinus Angelus (en) à Rome (édition princeps) et par Johannes Frobenius en 1518 à Bâle. L’édition des livres 14 à 31 de Mariangelo Accursio (Augsbourg, 1533) comprend pour la première fois les livres 27 à 31[108]. Une édition des Res Gestae de Sigismund Gelenius de la même année se base sur le Codex Hersfeldensis et est importante pour la reconstruction du texte, même si on y trouve des erreurs dues en partie au style alambiqué d’Ammien[109]. L’édition du texte latin couramment utilisée de nos jours est due à Wolfgang Seyfarth. Une édition comprenant des commentaires historiques et philologiques a été publiée en 2011[110].

Traductions des Res Gestae[modifier | modifier le code]

(Les Res Gestae portent aussi le titre de Rerum gestarum libri.)

  • Ammien Marcellin (sous la dir. de Jacques Fontaine), Histoires, Paris, Les Belles Lettres, 1968-1999
    • Histoires - Livres XIV-XVI (trad. Édouard Galletier), t. I, coll. « universités de France Série latine » (no 190), (1re éd. 1968), 430 p. (ISBN 978-2-251-01002-1, présentation en ligne)
    • Histoires - Livres XVII-XIX (trad. Guy Sabbah), t. II, coll. « universités de France Série latine » (no 197), (1re éd. 1970), 354 p. (ISBN 978-2-251-01003-8, présentation en ligne)
    • Histoires - Livres XX-XXII (trad. Jacques Fontaine avec E. Frézouls et J.-D. Berger), t. III, coll. « universités de France Série latine » (no 333), (1re éd. 1996), 506 p. (ISBN 978-2-251-01394-7, présentation en ligne)
    • Histoires - Livres XXIII-XXV. Commentaire (trad. Jacques Fontaine), t. IV, coll. « universités de France Série latine » (no 231), (1re éd. 1977), 348 p. (ISBN 978-2-251-01004-5, présentation en ligne)
    • Histoires - Livres XXVI-XXVIII (trad. Marie-Anne Marié), t. V, coll. « universités de France Série latine » (no 271), (1re éd. 1984), 450 p. (ISBN 978-2-251-01323-7, présentation en ligne)
    • Histoires - Livres XXIX-XXXI. Index général (trad. Guy Sabbah, annotations de L. Angliviel de la Beaumelle), t. VI, coll. « universités de France Série latine » (no 354), (1re éd. 1999), 542 p. (ISBN 978-2-251-01408-1, présentation en ligne)
  • Ammien Marcellin (trad. M. Nisard), Histoire de Rome, Paris, Firmin Didot, (lire en ligne)
  • (la) Ammien Marcellin, Histoire de Rome (lire en ligne)
    Livres XIV-XXXI
  • (la)(en) John C. Rolfe (trad. et éd.), Ammianus Marcellinus, Londres et Cambridge (Mass.), Loeb Classical Library, 1935-1939, 3 vol. (lire en ligne)
    Texte latin avec traduction anglaise
  • (en) Ammianus Marcellinus, Res Gestae, Tertullian Project (lire en ligne)
  • Ammianus Marcelinus (trad. Guillaume de Moulines), Ammien Marcellin, ou Les dix-huit livres de son histoire, qui nous sont restés, Jean-Marie Bruyset, père & fils, , 3 vol.
    volume 1, volume 2 et volume 3

Notes et références[modifier | modifier le code]

Citations originales[modifier | modifier le code]

  1. Ammien has secured a permanent place in the select group of really great historians precisely because, like Macauley’s History of England, his Res Gestae exhibit the creative and imaginative powers of a novelist

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Unité d’élite qui servait de garde du corps à l’empereur et aux haut gradés de l’armée.
  2. Pour les titres et fonctions, consulter « Glossaire des titres et fonctions dans l'Empire byzantin ».
  3. Julien a été proclamé empereur par ses troupes en 360, vraisemblablement suivant un scénario soigneusement préparé, et devient seul empereur après la mort de Constance II en 361. Consulter Constance II et Julien (empereur romain).
  4. Le genos, groupe social se réclamant d’un ancêtre commun, avait acquis depuis Suétone une grande influence dans la rédaction des biographies dont Ammien ne parvient pas tout à fait à se débarrasser. Les intrigues de la cour sont ainsi souvent au centre du récit.
  5. La soi-disant « digression sur les Huns » pour laquelle il s’appuie sur des sources de deuxième ou même de troisième main et dont plusieurs éléments se retrouvent dans le récit.
  6. Voir par exemple Zosime.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Michael Grant, Constantine the Great, The Man and his Times, New York, Charles Scribner’s sons, , p. 74-78.
    • On trouvera un très bon survol du milieu païen à la fin du IVe siècle dans (en) Alan Cameron, The Last Pagans of Rome, New York, Oxford University Press, .
    • Un autre très bon survol, quoiqu'un peu vieilli, est la collection d’essais de Momigliano : (en) Arnaldo Momigliano, The Conflict Between Paganism and Christianity in the Fourth Century, Oxford University Press, .
    • C'est à comparer avec (en) David S. Potter, The Roman Empire at Bay, Londres et New York, Psychology Press, , p. 299 sq. (traitant de Constantin Ier).
  2. Petit 1974, p. 99-100
  3. Potter 2004, p. 486 et 507
  4. On trouvera dans Rosen 1982 un survol systématique des problèmes les plus importants au niveau de la recherche (état de la recherche en 1979). Parmi les œuvres récentes, citons Matthews 1989 (The Roman Empire of Ammianus), de même que Barnes 1998 (Ammianus Marcellinus and the Representation of Historical Reality), Drijvers et Hunt 1999 (The Late Roman World and Its Historian) et Kelly 2011 (Ammianus Marcellinus). On trouvera un survol général concis dans Albrecht 2003 (Geschichte der römischen Literatur). Voir également l’introduction dans la traduction en allemand des textes d'Ammien Marcellin rédigée par Veh et Wirth (Marcellus, Veh et Wirth 1974, p. VII-XXX) et l’introduction dans la traduction en allemand des textes d'Ammien Marcellin rédigée par Seyfarth (Ammianus Marcellinus et Seyfarth 1978).
  5. Certains auteurs ne partagent pas cet avis. Ainsi, Barnes 1998, p. 60, pense que si Marcellin admirait cette ville où il a longtemps vécu, ce n’est pas là qu’il serait né.
  6. Kelly 2011, p. 121 sq., ne croit pas que cette famille appartenait au Sénat romain, mais plaide plutôt pour des racines militaires ou administratives.
  7. Barnes 1998, p. 60, soutient qu’Ammien parlait également le syriaque.
  8. Matthews 1989, p. 74-77
  9. Rosen 1982, p. 18 sq.
  10. Ammien, livre XIX, 1, 9.
  11. Matthews 1989, p. 58.
  12. (en) A. K., « Ammienus Marcelinus », dans Alexander P. Kazhdan, Oxford Dictionary of Byzantium, vol. 1, Oxford University Press, (ISBN 0-19-504652-8), p. 78
  13. On ignore le titre exact qu’il lui a donné alors. Le titre, qui signifie « Les choses accomplies », nous a été légué par Priscien de Césarée dans Grammaire Latine II, 487.
  14. Libanios, Lettre 1063, dans l’édition Foresters.
  15. Rosen 1982, p. 22, 26 sq.
  16. Matthews 1989, p. 8 sq. et 478 sq., soutient qu’Ammien est le destinataire de cette lettre, ce que conteste toutefois Fornara 1992. Consulter Ammianus Marcellinus et Seyfarth 1978, p. 15-23, un bon résumé de ce que l’on connait de la vie d’Ammien.
  17. Kelly 2011, p. 104 sq.
  18. Ammien, livre XXXI, 16, 9, où il se décrit également comme soldat et grec.
  19. Rosen 1982, p. 31-35.
  20. Barnes 1998, p. 24 sq.
  21. « Un ouvrage de R. Syme éveille toujours un grand intérêt, car une érudition sans faille y est toujours au service d'une pensée ou d'une méthode originale [...] [Syme démontre] une érudition foisonnante et une multiplicité de détails et de rapprochements qui étourdit presque un lecteur ne possédant pas, hélas, le brio et la science de l'auteur. »
    Citation tirée de Paul Petit, « Sir Ronald Syme, Ammianus and the Historia Augusta [compte rendu] », L'antiquité classique, vol. 38, no 1,‎ , p. 265-267 (lire en ligne)
  22. Syme 1968, p. 94 ; comparer avec (de) Manfred Fuhrmann, Rom in der Spätantike, Düsseldof et Zürich, 3, , p. 124.
  23. On trouvera une étude détaillée du contenu dans (en) Jan Willem Drijvers, « Structure of the Res Gestae », Ammianus Marcellinus Online Project, .
  24. Voir par exemple
    • (en) Robert Browning, « History », dans P. E. Easterling, E. J. Kenney et W. V. Clausen, The Cambridge History of Classical Literature, vol. 2 : Latin Literature ; Part 5. The Later Principate, Cambridge University Press, , p. 62 et sq
    • Syme 1968, p. 8 sq.
    • Matthews 1989, p. 27 sq.
    • Barnes 1998, p. 27 sq. ; 213 sq.
  25. Comparer sur la question des sources les résumés de :
  26. On peut y rattacher des échanges de notes avec les Perses (Ammien, livre XVII, 5) lorsque des membres de la délégation ont pu être utilisés comme sources.
  27. La Chronologie joue contre Eunape ; voir toutefois Rosen 1982, p. 66 sq., mais il est peu vraisemblable qu’Ammien ait pu utiliser l’Histoire des Césars qui n’existe qu’en état de fragments et dont la période de Julien ne repose que sur des sources de seconde main
  28. (en) Michael Kulikowski, « Marius Maximus in Ammien and the Historia Augusta », Classical Quaterly, vol. 57,‎ , p. 244-256
  29. Au sujet des Annales de Nicomachus Flavianus, voir entre autres (de) Bruno Bleckmann, « Bemerkungen zu den Annales des Nicomachus Flavianus », Historia, vol. 44,‎ , p. 83-99. L'historien britannique Matthews 1989, p. 476 (note 6), est plutôt sceptique sur l’hypothèse que Nicomachus Flavianus aurait décrit la période impériale et qu’Ammien s’en serait servi comme source importante.
  30. (en) David Rohrbacher, « The sources for the lost books of Ammien Marcellinus », Historia, vol. 55,‎ , p. 16-124.
  31. (de) Walter Klein, Studien zu Ammien Marcellinus, Leipzig, , p. 40.
  32. (de) Bruno Bleckmann, « Vom Tsunami von 365 zum Mimas-Orakel : Ammianus Marcellinus als Zeithistoriker und die spätgriechische Tradition », dans J. den Boeft, J. W. Drijvers, D. den Hengst et H. C. Teitler, Ammianus after Julian: The Reign of Valentinian and Valens in Books 26 - 31 of the Res Gestae, Brill, (ISBN 9789004162129), p. 7-31.
  33. (de) Hans Christof Brennecke, « Christliche Quellen des Ammien Marcellinus ? », Zeitschrift für Antikes Christentum, vol. 1,‎ , p. 226-250.
  34. Sur ces erreurs, voir Rosen 1982, p. 69, par exemple Arabia felix.
  35. Concernant ces digressions et leur signification, consulter :
    • (de) Wiebke Vergin, Das Imperium Romanum und seine Gegenwelten, Berlin/Boston,
    • Rosen 1982, p. 73 sq.
  36. Sur les digressions géographiques, consulter :
  37. Sur les Perses, consulter :
    • Ammien, livre XXIII, 6
    • (it) F. Feraco, Ammiano Geografo. La digressione sulla Persia (32,6), Naples, .
  38. a et b Ammianus Marcellinus et Seyfarth 1978, p. 32.
  39. Ammien, livre XV, 9, 2.
  40. (de) Theodor Mommsen, « Ammians Geographica », Hermes, Franz Steiner Verlag, vol. 16,‎ , p. 602-636 (lire en ligne).)
  41. Ammien, livre XV, 9, 1.
  42. Ammien, livre XXIII, 4. Voir à ce sujet Daan den Hengst, « Preparing the reader for war » dans Drijvers et Hunt 1999, p. 29 sq.
  43. Ammien, livre XIV, 6, de même que livre XXVIII, 4. Voir aussi les passages plus longs concernant la visite à Rome de Constance II par Ammien, livre XVI, 10. À ce sujet, consulter (de) Richard Klein, « Der Rombesuch des Kaisers Constantius II. im Jahre 357 », dans Raban von Haehling et Klaus Scherberich, Spudasmata, vol. 74 : Roma versa per aevum. Ausgewählte Schriften zur heidnischen und christlichen Spätantike, Zurich et New York, Hildesheim, , p. 50-71.
  44. Concernant Rome au IVe siècle, voir (en) John P. Curran, Pagan City and Christian Capital : Rome in the fourth century, Oxford University Press, . De façon générale, consulter (de) Manfred Fuhrmann, Rom in der Spätantike, Düsseldof et Zürich, 3, .
  45. (en) Gavin Kelly, « The Old Rome and the New : Ammianus Marcellinus’ Silences on Constantinople », Classical Quarterly, vol. 53,‎ , p. 588-607.
  46. Ammien, livre XXVI, 10, 15-19.
  47. (en) Gavin Kelly, « Ammianus and the Great Tsunami », The Journal of Roman Studies, vol. 94,‎ , p. 141-167. Voir également Kelly 2011, p. 89.
  48. Pour les raisons de ces absences, voir Rosen 1982, p. 74. Il est possible qu’Ammien ait voulu paraitre plus rationnel et moins porter flanc à la critique. Voir à ce sujet (en) Jan Gerrit Post, « Geographical digressions in Ammien Marcellinus’ History », Ammianus Marcellinus Online Project, .
  49. Voir toutefois (en) David Rohrbacher, « The sources for the lost books of Ammianus Marcellinus », Historia, vol. 55,‎ , p. 106-124.
  50. Barnes 1998, p. 213 sq.
  51. Matthews 1989, p. 27.
  52. Ammien, livre XXV, 4, 23 : « sciant docente veritate perspicue, non Julianum, sed Constantinum ardores Parthicos succendisse, cum Metrodori mendaciis avidius acquiescit, ut dudum rettulimus plene. »
  53. Brodka 2009, p. 41 sq.
  54. « Megaera quaedam mortalis », Ammien, livre XIV, 1, 2.
  55. Au sujet de Constantina, voir (de) Anja Wieber-Scariot, Zwischen Polemik Und Panegyrik: Frauen Des Kaiserhauses Und Herrscherinnen Des Ostens in Den Res Gestae Des Ammianus Marcellinus, Wissenschaftlicher Verlag Trier, . On y traite également d’Eusebia, la femme de Constance.
  56. Ammien, livre XV, 1, 1. Traduction à partir du texte allemand contenu dans Marcellus, Veh et Wirth 1974, p. 49.
  57. Ammien, livre XXVI, 1, 1 sq. Traduction à partir du texte allemand contenu dans Marcellus, Veh et Wirth 1974, p. 500 sq.
    • (en) Rowland Smith, « Telling Tales : Ammianus. Narrative of the Persian Campaign of Julian » dans Drijvers et Hunt 1999, p. 89-104.
    • Comparer avec (en) « Ammianus Marcellinus », dans Encyclopaedia Iranica, vol. I, fasc. 9, (lire en ligne), p. 977-979
  58. Michael Whitby, « Images of Constantius » dans Drijvers et Hunt 1999, p. 77-88.
  59. Ammien, livre XXI, 16, 8 et livre XXI, 16, 15 sq.
  60. Ammien, livre XXI, 16, 15.
  61. Ammien, livre XXI, 16, 1 sq.
  62. Voir la critique de Richard Klein sur la biographie de Constance par (de) Pedro Barceló, Constantius II. und seine Zeit. Die Anfänge des Staatskirchentums, Stuttgart, Klett-Cotta, (ISBN 3-608-94046-4, lire en ligne).
  63. Ammien, livre XXV, 4, 1. Traduit à partir d'un texte allemand dans Marcellus, Veh et Wirth 1974, p. 471.
  64. Ammien, livre XX, 4.
  65. Voir à ce sujet la plus récente biographie de Julien par Rosen : (de) Klaus Rosen, Julian. Kaiser, Gott und Christenhasser, Stuttgart, Klett-Cotta, (ISBN 9783608942965), p. 178 sq.
  66. Rosen 2006, p. 23.
  67. Ammien, livre XXV, 3, où Ammien se livre à une imitation de la mort de Socrate.
  68. (en) Marvin Perry, Sources of the Western Tradition, vol. I : From Ancient Times to the Enlightenment, Nelson Education, (lire en ligne), p. 155-158
  69. La « Digression sur Rome » : Ammien, livre XIV, 6 et livre XXVIII, 4. Voir à ce sujet Thomas Harrison, « Templum mundi totius : Ammien and a religious ideal of Rome » dans Drijvers et Hunt 1999, p. 178 sq.
  70. Ammianus Marcellinus et Seyfarth 1978, p. 35.
  71. Ammien, livre XIV, 6, 3. Voir aussi Rosen 1982, p. 112 sq.
  72. Matthews 1989, p. 472.
  73. Rosen 1982, p. 48-51.
  74. (en) Alan Cameron, Claudian: Poetry and Propaganda at the Court of Honorius, Clarendon Press, (critique de l'ouvrage).
  75. Matthews 1989, p. 32.
  76. Voir (de) Petra Riedl, Faktoren des historischen Prozesses. Eine vergleichende Untersuchung zu Tacitus und Ammien Marcellinus, Tübingen, , p. 393 sq.
  77. Albrecht 2003, p. 1131 du vol. 2. Concernant les caractéristiques de son style, voir Ammianus Marcellinus et Seyfarth 1978, p. 33.
  78. Les deux premiers mots du titre de l'ouvrage de Wittchow 2001.
  79. (en) Roger C. Blockley, « Ammianus Marcellinus’ use of exempla », Florilegium, vol. 13,‎ .
  80. Ammien, livre XXXI, 16, 9. Voir aussi Albrecht 2003, p. 1132 du vol. 2.
  81. Pour la conception que se fait Ammien de l’homme, voir Rosen 1982, p. 117 sq.
  82. Kelly 2011
  83. Ammien, livre XX, 7, 7.
  84. Barnes 1998, p. 88.
  85. Une nouvelle approche se voit dans (en) Jason P. Davies, Rome’s Religious History : Livy, Tacitus and Ammien on Their Gods, Cambridge University Press, , p. 226 sq.. Utile est le survol de (en) Bouke van Laëthem, « Christianity in Ammien Marcellinus »). On trouvera d’autres positions dans textes plus anciens : Ammianus Marcellinus et Seyfarth 1978, p. 38-40 ; la thèse de Barnes selon laquelle Ammien aurait été élevé chrétien, mais aurait plus tard « perdu la foi » (Drijvers et Hunt 1999, p. 29).
  86. (en) Allan Cameron, « The Roman Friends of Ammien », Journal of Roman Studies, vol. 54,‎ , p. 15-28. Voir aussi le résumé de Rosen 1982, p. 27.
  87. Rosen 1982, p. 167.
  88. Voir à ce sujet (de) Hermann Peter, Wahreit und Kunst, Geschichtsschreibung und Plagiat in klassichen Altertum, Leipzig et Berlin, , p. 416 sq.
  89. Au sujet de Jovien, voir (de) Gerhard Wirth, « Jovian. Kaiser und Karikatur », dans Vivarium. Festchrift Theodor Klauser zum 90. Geburstag, , p. 353-384.
  90. Edward Gibbon et François Guizot (éditeur et traducteur), Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, t. 5, Paris, Lefèvre, (lire en ligne), p. 218 :

    « C’est avec le regret le plus sincère que je me vois privé d’un guide exact et impartial qui a écrit l’histoire de son siècle, sans se livrer aux passions et aux préjugés dont un contemporain se garantit difficilement. Ammien Marcellin, qui a terminé son utile ouvrage par la défaite et la mort de Valens, recommande l’histoire glorieuse du règne suivant à l’éloquence vigoureuse de la génération naissante [...] »

  91. Barnes 1998, p. 66.
  92. Ammianus Marcellinus, Andrew Wallace-Hadrill et Walter Hamilton (traduction du latin), The Later Roman Empire, vol. 1, Baltimore, Penguin Classics, (ISBN 978-0140444063), p. 116.
  93. (en) Ronald Syme, Tacitus, vol. 2, Oxford University Press, , p. 127-140.
  94. Voir par exemple Barnes 1998, p. 195 sq.
  95. Barnes 1998, p. 198.
  96. (en) Karl Christ et Arnaldo Momigliano, « Essays in Ancient and Modern Historiography. », History and Theory, vol. 17, no 3,‎ , p. 327 (DOI 10.2307/2504744).
  97. (en) Arnaldo Momigliano, Essays in Ancient and Modern Historiography, Oxford, Basil Blackwell, , « The Lonely Historian Ammianus Marcellinus », p. 127-140.
  98. Consulter le court résumé de Manfred Fuhrmann dans l'encyclopédie (de) Der Kleine Pauly, vol. 1, 1964-1975, p. 302-304, puis la répartie de Klaus Rosen dans la révision de la même encyclopédie : (de) Der Neue Pauly, vol. 1, 1996-2003, p. 596-598.
  99. (en) G. W. Bowersock (dir.), Peter Brown (dir.) et Oleg Grabar (dir.), Late Antiquity: A Guide to the Postclassical World, Cambridge (Massachusetts), Belknap Press et Harvard University Press, (ISBN 9780674511736), p. 293.
  100. Rosen 1982, p. 5. Pour une appréciation d’Ammien et un résumé succinct de la recherche jusqu’en 1979, consulter Rosen 1982, p. 1 sq.
  101. À l’exception peut-être de l’auteur anonyme de l’Historia Augusta. Voir Syme 1968, de même que Barnes 1998, p. 30.
  102. Greenblatt 2011, p. 45
  103. (en) Jan Willem Drijvers, « Editions »,
  104. Voir le résumé de Seyfarth dans Ammianus Marcellinus et Seyfarth 1978, p. 40-46.
  105. a et b (de) « Geschichte der antiken Texte. Weklexikon », dans Manfred Landfester, Der Neue Pauly. Supp. 2, Stuttgart, , p. 35.
  106. Rosen 1982, p. 8 sq. et Drijvers et Hunt 1999, p. 8 sq.
  107. (en) J. den Boeft, J. W. Drijvers, D. den Hengst et H. C. Teitler, Philological and Historical Commentary on Ammianus Marcellinus XXVIII, Brill, (ISBN 9789004215993, présentation en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Ammianus Marcellus, Otto Veh (traduction en allemand) et Gerhard Wirth (présentation et notes), Ammianus Marcellinus: Das römische Weltreich vor dem Untergang, Munich et Zurich, Artemis-Verlag, (ISBN 3-7608-3514-7)
  • (de) Ammianus Marcellinus et Wolfgang Seyfarth (dir.), Ammiani Marcellini Rervm gestarvm libri qvi svpersvnt, Leipzig, Bibliotheca scriptorvm Graecorvm et Romanorvm Tevbneriana,
  • (en) Timothy D. Barnes, Ammianus Marcellinus and the Representation of Historical Reality, Ithaca, Cornell University Press, (ISBN 978-0-8014-3526-3, présentation en ligne)
  • (en) R. C. Blockley, Ammianus Marcellinus. A Study of his Historiography and Political Thought, Bruxelles, Société d’études latines de Bruxelles – Latomus (no 141),
    Reprise d'une thèse doctorale défendue à l'université de Nottingham
  • (en) Jan Den Boeft (dir.), Daniel den Hengst (dir.) et Hans C. Teitler (dir.), Cognitio Gestorum – The Historiographic Art of Ammien Marcellinus, Amsterdam/New York,
  • (en) Jan Den Boeft (dir.), Jan Willem Drijvers (dir.), Daniel den Hengst (dir.) et Hans C. Teitler (dir.), Ammianus after Julian. The Reign of Valentinian and Valens in Books 26–31 of the Res Gestae : Mnemosyne Supplementa 289, Leyde, Brill,
  • (en) Jan Den Boeft (dir.), Jan Willem Drijvers (dir.), Daniel den Hengst (dir.) et Hans C. Teitler (dir.), Philological and historical commentary on Ammien Marcellinus, Groningen,
  • (de) Dariusz Brodka, Ammien Marcellinus. Studien zum Geschichtsdenken im vierten Jahrhundert n. Chr., Krakau, Wydawnictwo Uniwersytetu Jagiellonskiego, (ISBN 978-83-233-2845-2)
  • Pierre-Marie Camus, Ammien Marcellin, témoin des courants culturels et religieux à la fin du IVe siècle, Paris, Belles-Lettres, (ISBN 9782251328058).
  • Pascal Célérier, L'Ombre de l'empereur Julien : Le destin des écrits de Julien chez les auteurs païens et chrétiens du IVe au VIe siècle, Paris, (ISBN 9782840161325, présentation en ligne)
    Comprend un long chapitre consacré à Ammien
  • (en) Jan Willem Drijvers (dir.) et David Hunt (dir.), The Late Roman World and Its Historian: Interpreting Ammien Marcellinus, Londres,
  • Jacques Fontaine, « Ammien Marcellin, historien romantique », Bulletin de l'Association Guillaume Budé : Lettres d'humanité, Paris, vol. 28, no 4,‎ , p. 417-435 (lire en ligne).
  • (en) Charles W. Fornara, « Studies in Ammien Marcellinus, I: The Letter of Libanius and Ammianus' Connection with Antioch, II: Ammanius' Knowledge and Use of Greek and Latin Literature », Historia, vol. 41,‎ , p. 328–344 et 420-438
  • (en) Stephen Greenblatt, The Swerve : How the world became modern, New York, W. W. Norton, (ISBN 9780393343403)
  • (en) Gavin Kelly, Ammianus Marcellinus: The Allusive Historian, Cambridge, Cambridge University Press, coll. « Cambridge Classical Studies », (ISBN 9780521203593, présentation en ligne)
  • (en) John F. Matthews, The Roman Empire of Ammianus, Baltimore/Londres, Johns Hopkins University Press/Duckworth, (ISBN 0-8018-3965-3)
  • (en) John F. Matthews, « The Origin of Ammianus », The Classical Quarterly, vol. 44,‎ , p. 252–269
  • Paul Petit, Histoire générale de l’Empire romain, t. III : Le Bas-Empire, Seuil, (ISBN 2020026775)
  • (en) David Potter, The Roman Empire at Bay: AD 180–395, Londres et New York, Routledge, coll. « Routledge History of the Ancient World », (ISBN 0-415-10057-7)
  • (de) Klaus Rosen, Ammianus Marcellinus (Erträge der Forschung), Darmstadt, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, (ISBN 3534063732 et 9783534063734)
  • Guy Sabbah, « Ammien Marcellin, Libanius, Antioche et la date des derniers livres des Res gestae », dans Cassiodorus, vol. 3, , 89–116 p.
  • (de) Guy Sabbah, La Méthode d’Ammien Marcellin : recherches sur la construction du discours historique dans les Res Gestae, Paris, Les Belles Lettres,
  • (en) Ronald Syme, Ammianus and the Historia Augusta, Oxford, Clarendon Press,
  • (en) Warren Treadgold, The Early Byzantine Historians, Basingstoke,
  • (de) Michael von Albrecht, Geschichte der römischen Literatur, vol. 2 et 3, Munich, TB, , p. 1127-1138
  • (de) Frank Wittchow, Exemplarisches Erzählen bei Ammanius Marcellinus – Episode, Exemplum, Anekdote, Munich/Leipzig, Saur, (ISBN 3-598-77693-4)
  • Hubert Zehnacker et Jean-Claude Fredouille, Littérature latine, PUF, coll. « Quadrige Manuels »,

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]