Roland

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La mort de Roland au col de Roncevaux.
Enluminure de Jean Fouquet, Grandes Chroniques de France, Paris, BnF, Département des Manuscrits, XVe siècle.

Roland ou Hruotland (Hruodland en francique), dit « Roland le preux », né dans la région de Trêves et mort en 778 à Roncevaux, est un chevalier franc, comte urbain de Trêves puis comte des Marches de Bretagne, chargé de défendre la frontière du royaume des Francs contre les Bretons, et – selon la légende – neveu de Charlemagne. Il a notamment donné son nom à la brèche de Roland et à la Chanson de Roland.

Le personnage de Roland associé à son épée Durandal, à son cheval Veillantif et à son cor, un olifant.

Personnage historique[modifier | modifier le code]

Selon la Vita Karoli Magni, œuvre écrite entre les années 829 et 836 par Eginhard, moine et chroniqueur, les Vascons massacrèrent Roland et toute son armée au cours de la bataille de Roncevaux[1].

Le roi Charles Ier, futur Charlemagne, conduisit effectivement ses troupes à Saragosse en Espagne à la demande du wali de la ville, Sulayman ibn al-Arabi, mais ce dernier ayant été remplacé entretemps, Charles trouva les portes de la ville closes. De dépit, l'aile occidentale de l'armée franque, conduite par le roi, rasa les défenses de la ville navarraise de Pampelune, qui avait pourtant résisté à la pression musulmane.

Le [2],[3], en représailles, des Vascons rattrapèrent et décimèrent l'arrière-garde de l'armée du roi Charles, lourdement armée, alors qu'elle progressait dans une vallée encaissée depuis Roncevaux. Roland et quelques autres nobles y trouvèrent la mort, ainsi que le comte du palais Anselme le Preux.

Légende[modifier | modifier le code]

Armoiries imaginaires selon Michel Pastoureau : D'or au lion de gueules, à la bordure engrêlées de sable

Trois cents ans plus tard, vers la fin du XIe siècle, des récits tels que La Chanson de Roland remplacent les Vascons par des Sarrasins, et la mort de Roland devint un symbole de l'affrontement entre chrétiens et musulmans. Roland devint l'un des Paladins de Charlemagne et son histoire était contée dans de nombreux récits de la Matière de France.

Selon une légende qui a pris naissance avec le développement de la Reconquête et celle du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, le tombeau du comte Roland, seigneur de Blaye, se trouverait à Blaye, dans la basilique Saint-Romain, nécropole des rois Mérovingiens d'Aquitaine, aujourd'hui détruite mais dont les fouilles archéologiques sont visibles[4].

Comme beaucoup de personnages antérieurs à l'apparition de l'héraldique, Roland s'est vu attribuer des armes imaginaires assez tardivement. Elles sont D'or au lion de gueules, à la bordure engrêlées de sable[5],[6].

Pyrénées[modifier | modifier le code]

Les légendes liées à Roland font partie de la mythologie pyrénéenne. Roland est devenu un géant et a laissé des traces de son passage un peu partout sur les deux versants de la chaîne montagneuse.

On connaît la brèche de Roland[7], gigantesque entaille dans la paroi laissée par son épée Durandal. Selon différentes légendes, l'épée, qui renfermait dans sa garde une dent de saint Pierre, aurait été récupérée : en 1845, selon le voyageur anglais R. Ford, on pouvait la voir à Madrid ; quand Fulcanelli écrivit Le Mystère des cathédrales (1922), Durandal se trouvait dans un coffre scellé dans la roche et enchaîné, à Rocamadour ; en 1968, selon le professeur Gómez Tabanera, dans un petit village des Pyrénées (sans autre précision), les femmes stériles désirant avoir un enfant se passaient sur le ventre « l'épée de Roland »[8].

Au sud, dans le Haut Aragon, le Salto de Roldán (« saut de Roland ») est constitué par deux sommets éloignés, séparés par un précipice que son cheval aurait franchi d'un bond (Veillantif, le cheval de Roland, était à la mesure de son maître, et ses traces sont multiples). Il existe de nombreux Pas de Roland, passages taillés dans la roche. On ne compte plus les rochers qui ont servi à Roland pour jouer au palet, les marques de ses pas creusées dans la roche, etc.

Au Pays basque, l'enfance de Roland est un thème récurrent[9] : un berger trouve un enfant nouveau-né qui tète une de ses vaches. L'enfant grandit et révèle une force phénoménale. Devenu adulte, il se fait forger un makhila de fer, « gros comme une poutre ». Il s'en va combattre les Mairiak, dans ce cas clairement désignés comme les Maures. Il est souvent accompagné d'Olivier (le Daim) mais aussi de Samson avec qui il rivalise d'exploits. On retrouve souvent les caractéristiques et les thèmes attribués à Jean de l'Ours : la force surhumaine exercée involontairement contre les camarades d'école, la canne de fer, les compagnons.

Alpes[modifier | modifier le code]

Vestiges de la basilique Saint-Romain de Blaye où la légende situe le tombeau de Roland

Roland et son cheval Veillantif sont connus aussi en Isère au travers de la légende des trois pucelles : des pitons rocheux du Vercors dominant Grenoble[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Passage extrait de la Vita Karoli Magni qui parle de Roland, préfet des Marches de Bretagne (Hruodlandus Brittannici limitis praefectus)
  2. Philippe Sénac, Les Carolingiens et al-Andalus, p. 15 [lire en ligne]
  3. Philippe Sénac, Les Carolingiens et al-Andalus - L'épitaphe d'Eggihard] p. 139
  4. « Blaye et ses personnalités », sur blaye.fr (consulté le 5 février 2012)
  5. Michel Pastoureau, L'Art de l'héraldique au Moyen Âge, éditions du Seuil, Paris, octobre 2009, (ISBN 978-2-02-098984-8), p. 197.
  6. R. Lejeune et R. Stiennon, La légende de Roland dans l'art du Moyen Âge, Bruxelles, 1966.
  7. Il existe d'ailleurs une autre Brèche de Roland, dans le Massif Central, entre le Puy Mary et le Puy de Peyre-Arse.
  8. Alberto Serrano Dolader, Guía mágica de la provincia de Huesca, IberCaja, 1994
  9. Jean-François Cerquand, Légendes et récits populaires du Pays basque - La légende de Roland, Léon Ribaut, 1876, p. 16-17
  10. Paul Berret, Sous le signe des dauphins, "La légende des Trois Pucelles", éditions Didier & Richard

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Charlemagne embrasse Roland.
Chanson d'Aspremont, British Library, Lansdowne Ms. 782 fo 22 vo, XIIIe siècle.
  • La Chanson de Roland (1070 ss.), édi. par C. Segre, Droz, Genève, 1989, 2 vol. ; trad. P. Jouin, Gallimard, coll. « Folio », 1979.
  • Luigi Pulci, Morgant le Géant (1460-1470), Oudot, 1625.
  • Boiardo, Le Roland amoureux (1486), trad. Alain-René Lesage, Publications de l'Université de Saint-Étienne, 2001, 351 p.
  • Arioste, Roland furieux (1532), texte et trad. Michel Orcel, Seuil, 2000, 2 t.
  • Alfred de Vigny, Poèmes antiques et modernes, Le Cor, 1826.
  • Auguste Mermet, Roland à Roncevaux (1864), livret d'opéra.
  • René Barjavel, Roland, le chevalier plus fier que le lion, Éd. Denoël, 1942 pour l'édition originale (lire en ligne).
  • Jean-Marcel Paquette, La Chanson de Roland, Métamorphoses du texte, Essai d’analyse différentielle des sept versions, Orléans, Éditions Paradigme, 2014, 112 pages et tableaux synoptiques.

Études[modifier | modifier le code]

  • [Aebischer 1965] Paul Aebischer, « Roland : mythe ou personnage historique ? », Revue belge de philologie et d'histoire, t. XLIII, fasc. 3 : « Langues et littératures modernes »,‎ , part. I (« Articles »), art. no I.2, p. 849-901 (DOI 10.3406/rbph.1965.2583, lire en ligne [fac-similé]).
  • R. F. Cook, The Sense of the Song of Roland, Ithaca-Londres, Cornell University Press, 1987.
  • Hans-Erich Keller, Autour de Roland : recherches sur la chanson de geste, Paris, Honoré Champion, coll. « Nouvelle bibliothèque du Moyen Âge » (no 14), , 376 p. (ISBN 2-85203-085-3).
  • Adriana Kremenjas-Danicic (éd.), Les Sentiers européens de Roland, Dubrovnik, Europski dom Dubrovnik, 2006, (ISBN 953-95338-0-5).
  • Aline Laradji, La légende de Roland : de la genèse française à l'épuisement de la figure du héros en Italie, Paris, L'Harmattan, coll. « Critiques littéraires », , 340 p. (ISBN 978-2-296-07027-1, présentation en ligne).
  • Rita Lejeune et Jacques Stiennon, La légende de Roland dans l'art du Moyen Âge, Bibliothèque de la Faculté de Philosophie et Lettres de l'Université de Liège, 1966, 2 vol.
  • François Suard, Roland ou les avatars d'une folie héroïque, Paris, Klincksieck, coll. « Les grandes figures du Moyen Âge » (no 5), , 404 p. (ISBN 978-2-252-03829-1, présentation en ligne).
  • (de) Volker Turnau, "Paladin" Roland, Luxembourg, éditions vevelux, , 236 p., ... Mit der "divisio" des Jahres 772 wurde Roland durch Karl d. Gr. eine Trierer Grafschaft geschaffen, die bis 902 bestand hatte. ...

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]