Encyclopédie méthodique

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Première page de l'Encyclopédie méthodique (1782)

L'Encyclopédie méthodique, dite « Encyclopédie Panckoucke », est une œuvre monumentale qui s'était fondée sur l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Diderot et d’Alembert avec l'objectif de l'améliorer et de la compléter. À la différence de cette dernière, elle est divisée en matières qui comportent entre un et une dizaine de volumes. On visait ainsi à remédier au fractionnement jugé excessif de l'ouvrage de Diderot, qui obligeait « à lire cent articles pour avoir une idée suffisante d'un sujet. On voulut essayer si, en procédant différemment, l'analyse et la synthèse n'aboutiraient pas à une meilleure conciliation[1]».

Elle fut lancée en souscription en 1782 par le libraire-philosophe Charles-Joseph Panckoucke, établi à Paris, où il avait réussi à créer le premier empire journalistique de l’époque. Le libraire-éditeur Clément Plomteux, établi à Liège, le seconda entre 1782 et 1789.

La publication s'échelonna sur un demi-siècle, et prit fin en 1832. Après la mort de Charles-Joseph Panckoucke survenue en 1798, la publication fut assurée par son gendre et associé Henri Agasse (1752-1813) puis par sa fille Antoinette-Pauline Agasse[2], veuve de ce dernier.

Cette entreprise, à laquelle participèrent plus d'un millier d'auteurs, aboutit à un ensemble de 210 volumes[3] (157 de texte sur deux colonnes et 53 de planches), soit quinze mètres linéaires.

Les contributeurs étaient des spécialistes[4] qui avaient une certaine liberté d’écriture, dépassant de la sorte les compilations généralistes de l’encyclopédie précédente. Les trois libraires-éditeurs ont d'ailleurs eu un peu de mal à prévoir et canaliser la production de leurs contributeurs. Ainsi par exemple des matières proches comme l'agriculture et l'art aratoire (i.e. labourage) auraient pu être regroupées en une seule matière, ce qui aurait donné une meilleure cohésion d'ensemble. Il en est de même pour les jeux mathématiques et les amusements des sciences mathématiques.

Le titre complet est : L’Encyclopédie méthodique ou par ordre de matières par une société de gens de lettres, de savants et d'artistes ; précédée d'un Vocabulaire universel, servant de Table pour tout l'Ouvrage, ornée des Portraits de MM. Diderot et d'Alembert, premiers Éditeurs de l'Encyclopédie.

Liste des contributeurs[modifier | modifier le code]

Organisation des volumes[modifier | modifier le code]

L'organisation méthodique des matières est la suivante[5], en 159 volumes de texte et 47 volumes de planches :

Matière Nombre de volumes de texte Dates Liens vers les volumes en ligne
Agriculture 7 1787-1821 notice BnF, t.1
Amusements des sciences mathématiques et physiques, des procédés curieux des arts ; des tours récréatifs et subtiles de la magie blanche, et des découvertes ingénieuses et variées de l'industrie 1 1792 notice BnF
Antiquités et mythologie 6+1+2 1786-1824

notice BnF, notice BnF de planches

Architecture 3 1788-1825 notice BnF, t.1, t.2, t.3
Art aratoire et du jardinage 1 1797 notice BnF, notice de planches
Art militaire 4 1784-1797 notice BnF, t.3, t.4
Artillerie 1 1822 notice BnF
Arts et métiers mécaniques 8 1782-1791 notice BnF, t.2, t.3, t.5, t.6, t.7, t.8
Assemblée nationale constituante 1 1792 notice BnF, t.1[6]
Beaux-Arts 2 1788-1791 notice BnF, t.1, t.2
Botanique 13 1783-1823 notice BnF fac-similé planches 1repart., idem planches 2epart., t.3, t.5, t.7, t.8
Espèces de chasses 1 1794-1795 notice BnF, t.1
Chimie 6 1786-1815 notice BnF, t.1, t.2, t.4
Chirurgie 2 1790-1792 notice BnF, t.1, t.2, planches
Commerce 3 1783-1784 notice BnF, t.1, t.2, t.3
Économie politique 4 1784-1788 notice BnF, t.1, t.2, t.3, t.4
Encyclopediana, ou Dictionnaire encyclopédique des ana, contenant ce qu'on a pu recueillir de moins connu ou de plus curieux parmi les saillies de l'esprit, etc. 1 1791 notice BnF, t.1
Arts académiques. — Equitation, escrime, danse et art de nager 1 1786 notice BnF, t.1
Finances 3 1784-1787 notice BnF, t.1, t.2, t.3
Forêts et bois — Arbres et arbustes 1 1791-1815 notice BnF, notice de la 2e partie
Géographie ancienne 3 1787-1796 notice BnF, t.1, t.2, t.3
Géographie moderne 3 1782-1788 notice BnF, t.1, t.2, t.3
Géographie physique 5 1795-1828 notice BnF, t.2, t.3, t.4
Atlas encyclopédique 2 1787-1827 Atlas géographie ancienne et moderne (partie 1) Atlas géographie physique
Grammaire et littérature 3 1782-1786 notice BnF, t.1, t.2, t.3
Histoire 6 1784-1804 notice BnF, t.1 (partie blason), t.1, t.2, t.3, t.4, t.5, t.6
Histoire naturelle 14 1782-1832[7] notice BnF insectes, t.2
Jurisprudence 10 1782-1791 notice BnF, t.1, t.4, t.6, t.7
Logique et métaphysique 4 1786-1791 notice BnF
Manufactures, arts et métiers 4 1785-1828 t.1, t.2
La Marine 3 1783-1787 notice BnF, t.1, t.2
Mathématiques 3+3 1784-1789 notice BnF, t.1, t.2, t.3, notice BnF rééd. fac-similé, t.1, t.2, t.3, notice jeux 1repart., notice jeux 2epart., notice jeux 3epart.
Médecine 13 1787-1830 t.1, t.2, t.3, t.4, t.5, t.6, t.7, t.8, t.9, t.10, t.11, t.12, t.13, tables
Musique 2 1791-1818 notice BnF, t.1, t.2
Espèces de pêche 1 1795 notice BnF
Philosophie ancienne et moderne 3 1791-1794 notice BnF, t.1, t.2, t.3
Physique 4[8] 1793-1822 notice BnF
Anatomie et physiologie 4[9] 1792-1830 notice BnF
Théologie 3 1788-1790 notice BnF, t.1
Vocabulaire universel jamais paru

Bibliophilie[modifier | modifier le code]

Pour le bibliophile, la tâche est très difficile : en effet, très peu de particuliers ou d'institutions possèdent cette encyclopédie au complet.

Parmi les difficultés pour accéder à la collection complète, figurent les embûches suivantes :

  • Les premières souscriptions ont eu lieu sous l'ancien régime. Dans la mesure où il fallait un certain pouvoir d'achat, seuls les gens riches ont souscrit. Ce sont justement ces personnes qui ont souvent « perdu » la tête lors de la Révolution, ce qui ne facilite pas la formation d'une collection complète. Par ailleurs, les bibliothèques des nobles furent souvent pillées et donc dispersées lors de ces années troublées ;
  • La parution s'étant étalée sur un demi-siècle, beaucoup des souscripteurs, à l'époque de Panckoucke, sont par la suite décédés en cours de parution ou ont fini par se lasser ;
  • Le nombre de volume dépasse 200. Pour une bibliothèque publique, outre l'encombrement qu'une telle masse implique, les vols et les dégâts causés par les guerres, les conflits, dépareillèrent nombre de collections[10]. Pour un bibliophile, la recherche de volumes manquants constitue un véritable défi ;
  • Comme pour toutes les encyclopédies qui comportent des planches, ces dernières, au fil des siècles, ont souvent été séparées et massicotées pour être vendues sous forme de gravures destinées à la décoration murale ;
  • On peut émettre l'hypothèse que certaines matières comme la chirurgie ou la musique ont été (et sont encore) recherchées par des acheteurs qui ne sont pas intéressés par les autres matières, ce qui participe à la fragmentation de la collection ;
  • Enfin, l'organisation de cette encyclopédie reste complexe. Ainsi, « l'Atlas de géographie » est un atlas commun à trois matières : la géographie moderne, ancienne et physique. Or, les éditeurs ont commis quelques erreurs ! Ainsi, le volume par exemple des zoophytes porte la mention « tome-2 », mais le « tome-1 » n'existe pas, ou alors à considérer que c'est la suite des vers, ce qui impliquerait que ce n'est pas une matière autonome au contraire de la mention de la page de titre[pas clair]. Les relieurs ont eu aussi quelques problèmes : il n'est pas rare de trouver une reliure avec un titre qui n'est pas celui du contenu, par exemple, « Jeux mathématiques » alors que le contenu est « Jeux familiers » qui sont deux matières différentes. D'autre part, selon les descriptions des bibliothèques, il y aurait deux matières qui auraient donné lieu à deux éditions différentes : la grammaire et les manufactures.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Frédéric Loliée, Introduction, p. XVI, dans Paul Guérin, Dictionnaire des dictionnaires. Lettres, sciences, arts, encyclopédie universelle, Paris, Librairie des imprimeries réunies, Motteroz,‎ 1886-1895, 7 volumes (lire en ligne).
  2. Selon la notice d'autorité de la BNF et le Dictionnaire des femmes libraires.
  3. Chiffre donné par la notice de la BIUM [1]. D'autres sources parlent de 206 volumes dont 47 de planches, comme la notice FRBNF33366462 de la BnF. La notice FRBNF40964281 de la BnF indique « les 102 livraisons forment une cinquantaine de dictionnaires, leur nombre varie selon le titre retenu pour certains dictionnaires qui sont composés d'une partie principale et de parties annexes plus ou moins développées ».
  4. Les auteurs ne sont généralement pas indiqués sur la page de titre.
  5. Les matières sont ici présentées dans l'ordre de la numérotation générale des volumes, que l'on peut voir dans Ma bibliothèque française, par Hector Bossange, Hector Bossange et fils, 1855, Paris, pp. 204-205, [lire en ligne]
  6. Ce tome était censé être le second mais le premier qui devait être consacré à l'histoire de la Révolution ne parut jamais. Voir L'encyclopédie méthodique (1782-1832): des lumières au positivisme, C. Blanckaert, M. Porret, F. Brandli, Université de Genève, Faculté des lettres, 2006, page 413.
  7. insectes : t.2 à t.6 (1789-1811).
  8. ou 2 volumes, selon la manière de compter.
  9. ou 5 volumes, selon la manière de compter.
  10. Citons par exemple la bibliothèque municipale de Sedan qui fut pillée trois fois (en 1870, en 1914-18 et en 1939-45).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]