Expédition de Saint-Domingue

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Expédition de Saint-Domingue
François-Dominique Toussaint Louverture
François-Dominique Toussaint Louverture
Informations générales
Date décembre 1801 - décembre 1803
Lieu Saint-Domingue
Issue Défaite de l'armée française
Indépendance d'Haïti
Belligérants
Drapeau français République française Flag of Haiti 1803.svg Rebelles Haïtiens
Drapeau du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande Royaume-Uni
Commandants
Charles Leclerc
Donatien de Rochambeau
Charles Dugua
Jean-François Debelle
Louis Villaret de Joyeuse
Louis de Latouche-Tréville
Edme Desfourneaux
Jean Humbert
Alexandre Pétion (1801-1802)
Jean Hardy
François Joseph Pamphile de Lacroix
Jean Boudet
Jean-Baptiste Brunet White flag icon.svg
François-Marie Perichou de Kerversau
Jean-Louis Ferrand
Toussaint Louverture White flag icon.svg
Jean-Jacques Dessalines
Jacques Maurepas
Charles Belair White flag icon.svg
Henri Christophe
• Vernet
Alexandre Pétion (1802-1803)
Forces en présence
60 000 hommes 16 000 hommes (1802)
22 000 hommes (1803)
Pertes
32 000 morts
Révolution haïtienne
Batailles
Bois-Caïman · Croix-des-Bouquets · Morne Pelé · 1re La Tannerie · Port-au-Prince · Le Cap-français · Marmelade · Fort-Liberté · 1re Tiburon · Acul · La Bombarde · 2e Tiburon · Les Gonaïves · Port-Républicain · 1re Dondon · 2e La Tannerie · Saint-Marc · Léogane · Saint-Raphaël · Trutier · 3e Tiburon · 1re Verrettes · Grande-Rivière · Las Cahobas · Mirebalais · 2e Verrettes · Petite-Rivière · 2e Dondon · 1re Les Irois · Jean-Rabel · 2e Les Irois · Jacmel


Expédition de Saint-Domingue

La Ravine-à-Couleuvres · Kellola · Plaisance · La Crête à Pierrot · Port-au-Prince · Vertières

L'expédition de Saint-Domingue a lieu de décembre 1801 à décembre 1803, quand Napoléon Bonaparte, alors Consul, charge Charles Victoire Emmanuel Leclerc, son beau-frère, de se rendre à la colonie de Saint-Domingue pour y rétablir l'esclavage et l'autorité de la France.

Contexte[modifier | modifier le code]

La Révolution française entraîne de graves bouleversements sociaux, dont le plus important est la révolte des esclaves qui aboutit à l’abolition de l'esclavage en 1793 par les commissaires civils Sonthonax et Polverel, (décision avalisée et généralisée à l’ensemble des colonies françaises par la Convention six mois plus tard). Toussaint Louverture, nommé Gouverneur par la France, après avoir rétabli la paix et chassé les Espagnols et les Anglais qui menacent la colonie, rétablit la prospérité par des mesures audacieuses. Mais le coup d'État du 18 brumaire change la donne et Napoléon Bonaparte considère qu'il va trop loin en chassant le gouverneur Don Joaquino Garcia (27 janvier 1801) qui avait été maintenu dans l’ex-partie espagnole de l’île à la suite du traité de paix de Bâle, ainsi qu'en promulguant une constitution autonomiste (12 juillet 1801).

Le 9 février 1801, les Autrichiens se séparent de la seconde coalition et signent avec la France le traité de Lunéville. Naples signe ensuite la paix à Florence, et la Russie de Paul Ier prend ses distances jusqu’à ce que son successeur Alexandre Ier conclue une convention de paix secrète avec Bonaparte le 10 octobre 1801. Au Royaume-Uni, William Pitt est renversé le 13 mars 1801. Les Britanniques isolés envisagent la paix.

Bonaparte peut alors se consacrer à sa politique coloniale. Les troupes sont oisives, les officiers rêvent d’en découdre. Sous l’influence des créoles et des négociants, le Premier Consul décide d'envoyer son beau-frère le général Leclerc, avec pour instructions de ménager Toussaint Louverture, de lui offrir le rôle de lieutenant de la France, la confirmation des grades [militaires] et des biens acquis par ses officiers, la garantie de la liberté des Noirs, mais avec l’autorité positive de la métropole, représentée par le capitaine général[1]. Afin de prouver à Toussaint la bienveillance du gouvernement, on lui renvoie ses deux fils élevés en France par le gouvernement[2], accompagnés de leur précepteur[3].

Bonaparte prévoit quand même une probable résistance de la part de Toussaint, et toutes les mesures sont prises pour la vaincre: Louverture ne dispose tout au plus que de 16 000 hommes[4], Leclerc recevra donc le commandement de 30 000 hommes, provenant d’à peu près toutes les armées françaises, ainsi que de corps disciplinaires[5].

L'expédition[modifier | modifier le code]

L'île d'Hispaniola

C'est le 14 décembre 1801, alors que la paix n'est pas encore définitivement signée avec l'Angleterre[6], qu'une flotte commandée par Villaret de Joyeuse part pour Saint-Domingue. Elle est composée de 21 frégates et de 35 navires de ligne, dont l'un est armé de 120 canons[7], quitte Brest, Lorient, Rochefort emportant 7 à 8 000 hommes.

Cette flotte est suivie de l'escadre du contre-amiral Ganteaume, qui quitte Toulon le 14 février, avec 4 200 hommes, puis par l'escadre du contre-amiral Linois, qui quitte Cadix le 17 février, avec 2 400 hommes. Dans les mois qui suivirent, plusieurs navires quitteront la France, emportant des troupes fraîches, dont une division hollandaise et une légion polonaise. Il convient d'y ajouter encore les 4 000 hommes de l'artillerie de marine.

Au total, 31 131 hommes débarqueront à Saint-Domingue. Parmi eux se trouvent des hommes de couleur, comme André Rigaud[8] qui en 1779 s'est engagé dans une brigade de volontaires pour participer à la Guerre d'indépendance des États-Unis, et Alexandre Pétion qui dirige une révolte de gens de couleur libres, à Jacmel en 1799.

Les navires ont rendez-vous dans la baie de Samaná. L'amiral Villaret de Joyeuse y parvient le 29 janvier suivi de peu par Latouche-Tréville. Sans attendre Ganteaume et Linois, les navires présents se répartissent dans différents ports, afin de surprendre Toussaint. Le général Kerversau doit se rendre à San-Dominguo dans la partie espagnole de l'île. Le général Boudet, conduit par Latouche-Tréville, doit s'emparer de Port-au-Prince. Le chef de l'expédition, conduit par Villaret de Joyeuse fait voile vers le Cap.

Lorsque Toussaint découvre les navires dans la baie de Samaná, il donne l'ordre à Christophe, chef du département du nord, à Dessalines du département de l'ouest et à Laplume du sud, de répondre aux sommations de l'escadre, qu'ils n'ont pas ordre de la recevoir, puis si elle insiste et en cas de débarquement de menacer de détruire les villes avant de se retirer dans les montagnes.

Le corps expéditionnaire Français[modifier | modifier le code]

L'armée Française est placée sous les ordres du capitaine général Charles Leclerc[9]. L'envoi des troupes s'effectue en 3 fois.

1er envoi[modifier | modifier le code]

Le 3 février 1802 composé de 33 vaisseaux de ligne et 21 frégates français et espagnols[10]
Le 14 février 1802
Le 17 février 1802

2e envoi[modifier | modifier le code]

Du 23 au 31 mars 1802
Le 7 avril
En mai
Le 1er août
Le 12 août
Le 11 septembre
Le 20 septembre

Les problèmes d'approvisionnement[modifier | modifier le code]

Leclerc est mécontent de l'attitude de Villaret de Joyeuse lors du premier voyage : « il a rendu notre arrivée à Saint-Domingue trop tardive par les points où il nous a fait arrêter comme rendez-vous ». En raison de la durée du voyage, les réserves de vivres ont été entamées et les approvisionnements, chargés sur deux navires de l'escadre de Cadix, le Desaix et le Saint-Génard, ont été perdus lorsqu'ils ont touché des roches en manœuvrant dans la rade du Cap Français.

Les relations que Leclerc entretient avec l'amiral espagnol Gravina lui permettent d'obtenir 20 jours de vivres et 60 000 livres de poudre, une aide précieuse mais insuffisante. Il envoie à La Havane le préfet colonial de la partie espagnole demander au gouvernement un mois de vivres pour 1 000 hommes et à Philadelphie le commissaire de marine Vatrin acheter des farines et du biscuit. À la veille de son entrée en campagne, il veut faire partager à Bonaparte ses inquiétudes : il n'a pas de vivres pour deux mois[11].

Le 17 février, les soldats se mettent en marche, avec 60 cartouches chacun et six jours de biscuits pour tout approvisionnement, mais les commandants d'unités ont été autorisés à prélever sur les habitants, patates, bananes, volailles et bestiaux.

Au moment où les troupes vont affronter un pays hostile à tous égards, le général Dugua, chef d'état-major général, leur fait passer, à la demande du service de santé, des directives d'hygiène élémentaire en zone tropicale.

« Il faut, écrit le 4 mars Leclerc au ministre de la guerre, pour conserver Saint-Domingue, des vivres, quinze cent mille francs par mois comme je les lui ai demandés, des effets d'habillement et d'hôpitaux. Si tout cela ne m'arrive pas le plus promptement possible, quels que soient les efforts surnaturels que je fasse, je ne pourrai conserver Saint-Domingue à la République[11]. »

Il réclame de nouveau à Paris 6 000 hommes et un renfort de 2 000 par mois pendant trois mois, 30 000 paires de souliers, des draps légers pour confectionner 20 000 capotes nécessaires aux soldats pour lutter la nuit contre le froid et l'humidité, de la toile de coton pour remplacer les tenues inadaptées au climat, 30 000 chemises, 20 000 guêtres de toile, 20 000 chapeaux ronds à haute forme « pour préserver les hommes des coups de soleil qui les mènent à l'hôpital », 10 000 fusils neufs, des effets d'hôpitaux, du linge à pansements, des caisses d'instruments et des médicaments pour 6 000 malades et 3 000 blessés pendant un an. Et, bien entendu, du vin, des farines, des salaisons, de l'eau-de-vie[11].

L'ambassadeur de France et chargé d'affaires à Washington (1801-1804) Louis-André Pichon se démène aussi pour assurer un bon approvisionnement à l'armée de Leclerc, mais déplore la sècheresse de celui-ci envers les marchands américains, au point que les deux hommes cesseront de s'écrire[12].

Louis-Alexandre-Amélie de Bauduy de Bellevue est par ailleurs capitaine dans l'armée de Leclerc, après avoir combattu en 1797 aux côtés des Anglais contre Toussaint Louverture[13]. Il est cité dans une lettre de Victor Dupont de Nemours à Éleuthère Irénée du Pont de Nemours, compilée dans la biographie de ce dernier[14] comme pouvant informer l'entreprise familiale sur l'obtention d'un contrat d'approvisionnement de 100 000 dollars de laine[13] pour l'entreprise opérée par son frère Pierre de Bauduy de Bellevue et Éleuthère Irénée du Pont de Nemours à Wilmington, Delaware, qui deviendra la multinationale DuPont et qui élevait alors des moutons[15] depuis avril 1801[16], en privilégiant la race merinos[17]. Louis-André Pichon est alors démarché par le père et le fils Du Pont, tandis que l'un des frères Victor Du Pont, envisage d'importantes commissions[18]. Pour clarifier les choses, tous les actifs sont transférés à Paris[19] et le contrat signé aux États-Unis, mais Napoléon ne paiera pas l'entreprise[20], en raison de l'échec de l'expédition[21].

La pacification[modifier | modifier le code]

Prise du Cap Français par l'armée française sous le commandement du général Leclerc en 1802, estampe, début XIXe siècle, Musée du Quai Branly.
La partie française de l'île

Villaret arrive le 3 février 1802 devant le Cap. L'attaque se fait par terre et par mer, le 5 février. Christophe exécute les ordres, la ville est en flammes.

Le 6 février, Rochambeau débarque dans la baie de Mancenille et s'empare de Fort-Dauphin. Après avoir éteint les incendies et procédé à quelques travaux, Leclerc établit son quartier général au Cap, et envoie quelques navires faire du ravitaillement vers le continent américain.

Pendant ce temps Latouche-Tréville et Boudet s'emparent de Port-au-Prince et de Léogâne et obtiennent la reddition du général Laplume. Débarqué à Santo Domingo avec 2 000 hommes, le général Kerversau prend possession d'une bonne moitié de la partie espagnole, dirigée par Paul Louverture, frère de Toussaint.

Dans les dix premiers jours, le corps expéditionnaire occupe les ports, les villes et une grande partie des terres cultivées. Réfugié dans le massif de l'Artibonite, Toussaint Louverture n'a plus que quelques brigades sous les ordres des généraux Maurepas, Christophe, Dessalines. Mais il détient aussi une grande quantité de blancs qui ont été emmenés en otages. Pour le déloger il faut franchir des gorges encaissées et rendues impénétrables par la végétation tropicale, où les Noirs tendent embuscades sur embuscades.

Mais les soldats reçoivent les renforts de Ganteaume et Linois qui viennent de débarquer. Leclerc a gardé son joker : les deux enfants de Toussaint qu'il a amenés de France. Tous deux sont porteurs d'une lettre du Premier Consul promettant la seconde autorité de l'île au vieux gouverneur qui ne cède pourtant pas.

Le 17 février Leclerc lance l'attaque simultanée des divisions qu'il a constituées. Rochambeau à sa gauche part de Fort-Dauphin pour se rendre à Saint-Michel, Hardy marche sur Marmelade et Desfourneaux marche sur Plaisance, pendant que Humbert doit débarquer à Port-de-Paix et remonter la gorge de Trois Rivières et que Boudet doit remonter du sud au nord. Le but est de surprendre l'ennemi, de le forcer à se replier sur Les Gonaïves et de l'encercler.

Malgré les difficultés du terrain et la résistance de Maurepas qui finit par se rendre au général Humbert, le plan a dans l'ensemble bien fonctionné. Le 23 février, la division Desfourneaux entre aux Gonaïves qui est en flammes. Le général Boudet occupe Saint-Marc également incendié, et inondé du sang des habitants égorgés par Dessalines qui parvient à s'échapper du piège. Maurepas résiste encore, mais finit par se rendre avec 2 000 guerriers.

Un siège en règle est nécessaire pour prendre le fort de la Crête-à-Pierrot. Les assiégeants sont attaqués à revers par des attaques successives de Dessalines et de Toussaint qui tentent de porter secours aux assiégés. Mais le fort doit finalement se rendre. À l'intérieur on trouve des quantité d'armes et de munitions mais aussi beaucoup de blancs assassinés.

Aux Verrettes, l'armée découvre un horrible spectacle. À bout de force, ne parvenant plus à suivre la marche effrénée des révoltés, 800 hommes, femmes, enfants et vieillards ont été égorgés[22]. Les assassins sont poursuivis à outrance, aucun quartier n'est fait à ceux qui sont rattrapés.

À bout de ressources, leur espace de liberté de plus en plus restreint, les rebelles sont de plus en plus découragés. Christophe songe à déposer les armes en échange du même traitement que celui qui a été réservé à Laplume et Maurepas. La reddition de Christophe entraîne celle de Dessalines et finalement celle de Toussaint. Il obtient de Leclerc le droit de se retirer sur ses terres avec son grade.

Fin avril, début mai, l'ordre se rétablit peu à peu dans l'île. Le commerce reprend dans les ports. Les insurgés ont conservé leurs biens et leur grade et semblent s'accommoder de leur condition.

La défaite[modifier | modifier le code]

Alexandre Sabès, dit Pétion
Henri Ier, roi d'Haïti

Dans sa retraite d'Ennery, où il est assigné à résidence, Toussaint songe à sa revanche, et guette les progrès de sa meilleure alliée, la fièvre jaune, qui fait des ravages dans les rangs des Français et frappe particulièrement les derniers arrivés sur l'île. Environ 15 000 hommes périssent ainsi en deux mois. Toussaint ne cesse de correspondre avec ses affidés, les incitant à se tenir prêts. Certains, cependant, n'ayant aucune envie de recommencer la guerre, avertissent le général en chef. En juin, sentant le danger, Leclerc convoque le rebelle à une entrevue et le fait arrêter. Emmené à bord d'un bateau, il est envoyé en Europe et gardé prisonnier au Fort de Joux où il meurt rapidement.

La Martinique retourne à la France avec le traité d’Amiens et la loi du 20 mai 1802 qui y consacre le maintien de l'esclavage. La nouvelle du rétablissement de l'esclavage en Guadeloupe, parvient à Saint-Domingue. La révolte gronde. La maladie fait de nombreuses victimes dans le corps expéditionnaire. Leclerc qui avait commencé à désarmer les Noirs, tente d'accélérer le mouvement mais cela excite encore plus leur colère.

L'armée française, qui ne compte plus que 8 à 10 000 hommes, à peine en état de servir, est débordée. Réfugié sur l'île de la Tortue, pour tenter d'échapper à la maladie, Leclerc succombe à son tour, le 1er novembre 1802[23].

Jean-Jacques Dessalines

Étant l'officier le plus ancien, Rochambeau prend le commandement. Il déteste les mulâtres plus encore que les Noirs et il étend le désarmement des officiers à ces hommes de couleur qui s'étaient opposés à Toussaint et qui étaient revenus dans les bagages de l'expédition. Rigaud, ancien ennemi et rival de Toussaint Louverture, est prié d'embarquer pour les États-Unis. Dans le sud où ils sont plus nombreux, les mulâtres, comprenant qu'ils n'ont plus rien à attendre de la France s'unissent aux Noirs. Le vent de révolte, qui soufflait particulièrement dans le nord, se répand maintenant dans le sud.

Rochambeau tente de réprimer l'insurrection mais il ne peut faire face.

Le Cap-Français est le dernier bastion des Français. Quand il y parvient, Christophe a déjà enlevé l'un des forts. Rochambeau le reprend.

Le 18 novembre 1803, près du Cap-Français, les Français sont vaincus à la bataille de Vertières par le général insurgé Dessalines. L'acte de reddition est signé le lendemain au nom de Rochambeau. Les vaincus ont dix jours pour quitter l'île et livrer la ville du Cap. À peine ont-ils quitté la rade qu'ils sont capturés par une escadre britannique qui les attendait. Rochambeau est envoyé au Royaume-Uni où il est interné pendant presque neuf années.

Le 4 décembre 1803, les derniers soldats français stationnés au Môle Saint-Nicolas quittent le tiers occidental de l’île, berceau historique de la colonie.

Une faible présence française, sous les ordres des généraux Jean-Louis Ferrand et de Kerversau, subsistera encore pendant quatre ans dans la partie de l'Est, aujourd'hui République dominicaine, et dut faire face à une révolte espagnole en 1808, fomentée par le gouverneur de Porto Rico.

Conséquences[modifier | modifier le code]

L'amiral Louis-René Levassor de Latouche-Tréville
L'amiral Louis Villaret-Joyeuse

Des quelque 31 000 soldats envoyés à Saint-Domingue, il n'en reste guère plus de 7 à 8 000. Plus de vingt généraux ont également péri.

Le 1er janvier 1804 Dessalines proclame l'indépendance d'Haïti. La colonie devient le deuxième état indépendant d'Amérique.

Dessalines se fait d'abord nommer gouverneur général à vie, puis le 6 octobre 1804, il se fait couronner empereur sous le nom de Jacques Ier. Il fait massacrer les derniers colons français présents en Haïti — la majorité des blancs avait fui la colonie en plusieurs vagues depuis 1793 — et poursuit une politique de caporalisme agraire, sans esclavage proprement dit, destinée à maintenir les profits de l'industrie sucrière par la force. Il périt assassiné le 17 octobre 1806.

Le pays se partage alors entre un royaume au nord, dirigé par Henri Christophe et une république au sud, dirigée par Alexandre Pétion.

La communauté des planteurs blancs, exilés par milliers aux États-Unis, principalement en Louisiane, en Alabama et dans la capitale Philadelphie, conserve des liens étroits avec des journaux comme L'Abeille Américaine de Jean-Simon Chaudron, et fait jouer ses réseaux pour obtenir une indemnité. En mars 1817, quelques-uns d'entre eux créent la Vine and Olive Colony, vaste compagnie coloniale cultivant en fait du coton et s'étendant sur 370 kilomètres carrés de terres vierges aux confins des États-Unis, dans ce qui n'était pas encore l'État d'Alabama mais le vaste territoire de Louisiane, racheté à la France napoléonienne en 1803, et qui devient un haut-lieu de l'histoire de la culture du coton jusqu'en 1930.

En 1826, Charles X accepte une indemnité de 150 millions de francs-or proposée par le président Boyer de la jeune république pour que la France reconnaisse l'indépendance d'Haïti. Allégée en 1838 à 90 millions de francs-or, cette somme sera intégralement réglée à la France par le biais d'emprunts à des banques françaises et redistribuée aux ayants droit des anciens colons. Il faudra plus de 80 ans à l'État haïtien pour s'affranchir de cette charge.

Annexes[modifier | modifier le code]

Chronologie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Jean-Jacques Dessalines, empereur d'Haïti
  1. Histoire du consulat et de l'empire, faisant suite à l'Histoire de la révolution française Page 185
  2. Dans l'article 2 de l'arrêté du 30 thermidor an IV qui confirmait la nomination de Toussaint-Louverture au grade de général de division, le Directoire ordonnait de prendre en charge l'éducation en France de ses deux fils.
  3. Jean-Baptiste Coisnon
  4. 5 000 dans le nord, 4 000 dans l'ouest, le même nombre dans le sud, et 3 000 dans la province espagnole - Histoire de l'expédition des Français à Saint-Domingue sous le consulat de Napoléon Bonaparte, page 33.
  5. Histoire du Consulat et du Premier Empire
  6. Les Anglais signent la Paix d'Amiens le 25 mars 1802
  7. Histoire de l'expédition des Français à Saint-Domingue sous le consulat de Napoléon Bonaparte, p. 30.
  8. Après l'échec de cette expédition, il fut emprisonné par Napoléon au fort de Joux, à quelques cellules de distance de Toussaint Louverture.
  9. Expédition de Saint Domingue en 1802
  10. Abel Hugo France militaire: histoire des armées françaises de terre et de mer de 1792... [lire en ligne]
  11. a, b, c et d http://www.napoleon.org/fr/salle_lecture/articles/files/stdomingue_fevrier1802.asp
  12. (en) Junius P. Rodriguez, The Louisiana Purchase : a historical and geographical encyclopedia, ABC-CLIO, 2002, 513 pages.
  13. a et b http://www.latinamericanstudies.org/book/Garesche-Bauduy.pdf
  14. Life of E.I. Du Pont, Volume VI, page 83 à 85
  15. THE GARESCHE, DE BAUDUY, ANO DES CHAPELLES FAMILIES : HISTORY ANO GENEALOGY DE LAUNAY (Not authenticated) by DOROTHY GARESCHÉ HOLLAND, page 30
  16. Extracted from: John Beverley Riggs, A Guide to the Manuscripts in the Eleutherian Mills Historical Library, 1970, page 3
  17. http://www.hagley.lib.de.us/library/collections/historicalref/articles/chronologyeidupont.pdf
  18. (en) John K. Winkler, The DuPont Dynasty, Kessinger Publishing, 30 mai 2005, 356 pages.
  19. The Dupont Dynasty Par John K. Winkler, page 57
  20. (en) James J. McLain, The economic writings of Du Pont de Nemours, University of Delaware Press, 1977, 244 pages.
  21. The economic writings of Du Pont de Nemours Par James J. McLain, page 47
  22. Histoire du consulat et de l'empire, faisant suite à l'Histoire de la révolution française p. 206
  23. Pauline Bonaparte, qui accompagnait son mari est désespérée. Elle se coupe les cheveux qu'elle place dans le cercueil de son mari, fait mettre le cœur dans une urne et rapatrie la dépouille en France.
  24. http://www.napoleon.org/fr/salle_lecture/biographies/files/leclerc_saintdomingue.asp
  25. Émile Jacquot, Les spiritains en Haïti : 1843-2003 : d'Eugène Tisserant, 1814-1845, à Antoine Adrien, 1922-2003, Karthala Éditions, 2010, 342 pages.
  26. Études sur l'histoire d'Haïti, volume 5 Par Beaubrun Ardouin, page 236

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Antoine Métral, Histoire de l'expédition des Français à Saint-Domingue sous le consulat de Napoléon Bonaparte (1802-1803) suivie des Mémoires er Notes d'Isaac Louverture, Paris, 1825, (réédition : Paris, Éditions Karthala, 1985).
  • Mémoires du général Toussaint L'Ouverture, écrits par lui-même... précédés d'une étude... , Toussaint Louverture, Joseph Saint-Rémy, 1853
  • Histoire du consulat et de l'empire, faisant suite à l'Histoire de la révolution française, Adolphe Thiers, 1845