Emmanuel de Pastoret

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Emmanuel de Pastoret par Paul Delaroche

Claude-Emmanuel-Joseph-Pierre, marquis de Pastoret[1] (Marseille, 24 décembre 1755[2]Paris, 28 septembre 1840) est un avocat, homme de lettres et homme politique français. Il fut député de Paris à l'Assemblée législative, dont il fut le président du 3 au 16 octobre 1791. Il fut ensuite Président du Conseil des cinq-cents du 18 août au 21 septembre 1796. Il fut également chancelier de France et président de la Chambre des pairs de 1829 à 1830.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un lieutenant général de l'amirauté de Provence, il fit ses humanités chez les Oratoriens de Lyon, son droit à Aix, voyagea en Italie, et, en 1781, devint conseiller à la cour des Aides de Paris.

Peu après il publia deux Mémoires : Quelle a été l'influence des lois maritimes des Rhodiens sur la marine des Grecs et des Romains ? (1784), et Zoroastre, Confucius et Mahomet comparés comme sectaires, législateurs et moralistes (1787) qui lui méritèrent d'entrer à l'Académie des inscriptions.

Révolution française[modifier | modifier le code]

Maître des requêtes l'année suivante (1788), puis directeur général des travaux politiques sur la législation et l'histoire, il se montra favorable à la Révolution, fut trois fois président des assemblées électorales de Paris, refusa à la fin de 1790 les portefeuilles de la Justice et de l'Intérieur que Louis XVI lui fit offrir, et fut élu, en 1791, procureur général syndic du département de Paris.

En cette qualité, il demanda à la Constituante, au nom de la députation de Paris qu'il représentait, la transformation de l'église Sainte-Geneviève en « Panthéon patriotique ». Il propose que le bâtiment qui vient d'être achevé et devait être consacré comme église à sainte Geneviève devienne une nécropole dédiée aux personnalités exceptionnelles qui contribueront à la grandeur de la France « que le temple de la religion devienne le temple de la patrie, que la tombe d'un grand homme devienne l'autel de la liberté. » Le bâtiment est nommé « Panthéon français » et est modifié en ce sens. Au fronton, est placée l’inscription suggérée par Pastoret : « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante. »

Élu[3], le 3 septembre 1791, député du « département de Paris » à l'Assemblée législative, le 3e sur 24, il présida l'Assemblée le 3 octobre suivant, siégea à droite, parmi les constitutionnels, et prit souvent la parole avec une autorité qui le faisait écouter des membres les plus turbulents de la gauche. Le 31 décembre, le département de Paris ayant demandé à être admis le lendemain à l'Assemblée pour lui présenter ses hommages, Pastoret s'éleva contre un cérémonial « indigne d'hommes vrais », et fit voter qu'on ne recevrait plus, à l'avenir, aucune félicitation au jour de l'an. Il demanda des mesures répressives contre les émigrés, l'abolition de l'adresse à la couronne au renouvellement de l'année, la suppression des désignations purement honorifiques, vota pour la suppression de l'Université de Paris et fit un long discours pour proposer d'élever une « statue de la Liberté » sur les ruines de la Bastille. Mais des qu'il s'aperçut que les réformes qu'il avait été le premier à réclamer menaçaient de plus en plus l'autorité royale, il s'employa a la protéger. Plusieurs fois il monta à la tribune pour séparer la cause de Louis XVI de celle de ses conseillers, et il protesta contre « le 20 juin ».

Après « le 10 août », il dut, pour pourvoir à sa propre sûreté, s'enfuir en Provence, puis en Savoie, d'où il ne revint qu'après la chute de Robespierre (9 thermidor an II : 27 juillet 1794).

Élu[4], le 24 vendémiaire an IV, député du Var au Conseil des Cinq-Cents, et appelé, quelques jours plus tard (6 décembre), à l'Institut, il prit place au Conseil parmi les modérés, parla en faveur de la liberté de la presse, des prêtres fugitifs et des parents d'émigrés, défendit les royalistes Brottier et Lavilleurnois, demanda que les restes de Montesquieu fussent transférés au Panthéon, proposa la fermeture des Sociétés populaires et accusa les directeurs Barras, Rewbell et La Revellière de fomenter des troubles et d'attirer la haine du peuple sur l'assemblée.

En 1795, il parvient à faire annuler la condamnation à mort par contumace pesant sur son ami le comte de Vaublanc, futur ministre de l'Intérieur en 1816, à cause de sa participation à l'insurrection royaliste du 13 vendémiaire an IV. Mais il est lui-même « fructidorisé » et, condamné à la déportation, il put échapper aux poursuites, mais dut s'enfuir en exil, toujours accompagné de Vaublanc.

Consulat et Empire[modifier | modifier le code]

Après avoir parcouru la Suisse et l'Italie il rentra en France sous le gouvernement consulaire, resta quelques mois à Dijon en surveillance, puis fut nommé membre du conseil des hôpitaux en 1801, professeur de droit au collège de France en 1804, membre de la Légion d'honneur (26 frimaire an XII), chevalier de l'Empire (27 juillet 1808), professeur de philosophie à la faculté des lettres de Paris (1er juillet 1809), et comte de l'Empire le 9 janvier 1810.

Deux fois candidat de la Seine au Sénat conservateur, il vit ce choix ratifié par Napoléon Ier le 14 décembre 1809. Pastoret ne s'y fit pas remarquer. Secrétaire du Sénat en 1814, il refusa de participer aux actes qui amenèrent la déchéance de l'empereur.

Restauration et Monarchie de Juillet[modifier | modifier le code]

Louis XVIII le chargea de rédiger la charte constitutionnelle, et l'appela à la pairie le 4 juin 1814.

M. de Pastoret se tint à l'écart pendant les Cent-Jours, reçut du roi le titre de marquis en 1817, et fut nommé membre de l'Académie française le 24 août 1820, en remplacement de Volney.

Vice-président de la Chambre des pairs, grand officier de la Légion d'honneur le 1er mai 1821, grand-croix le 19 août 1823, ministre d'État et membre du conseil privé en 1826, il fut appelé aux fonctions de chancelier de France et président de la Chambre des pairs (17 décembre 1829 - 2 août 1830) à la place de M. Dambray.

En 1830, il fut destitué de toutes ses fonctions publiques pour refus de serment, et devint, en 1834, tuteur des enfants, du duc de Berry, charge à laquelle il s'employa avec beaucoup de dévouement malgré son grand âge.

Louis XVIII lui avait donné pour devise : « Bonus semper et fidelis », par allusion aux deux chiens qui supportaient ses armes.

Professeur au Collège de France et à la Sorbonne, M. de Pastoret a publié :

  • Éloge de Voltaire (1779) ;
  • Des lois pénales (1790, 2 volumes) ;
  • Rapport fait au conseil général des hôpitaux (1816) ;
  • Histoire de la législation (1817-1837, 11 volumes) ;

Il a en outre collaboré aux Archives littéraires de l'Europe, à l'Histoire littéraire de la France, aux Ordonnances des rois de la troisième race, dont il a publié les tomes XV à XX.

Il est élu membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 1784, de l'Académie française en 1820 et de l'Académie des sciences morales et politiques en 1832.

Décorations[modifier | modifier le code]

Descendance[modifier | modifier le code]

Adélaïde Piscatory de Vaufreland

Marié le 14 juillet 1789 en l'église Saint Germain l'Auxerrois avec Adélaïde Piscatory de Vaufreland, (née en 1765 à Marseille, décédée le 26 septembre 1843 à l'âge de 78 ans, château de Fleury-Meudon) d'où :

  • Amédée, marquis de Pastoret, pair de France, né le 2 janvier 1791 à Paris, décédé le 18 mai 1857 à Paris, conseiller d'État, sous-préfet, sénateur. Marié le 20 juillet 1815 avec Louise Alphonsine Alexandre, née le 11 octobre 1795, décédée le 7 juin 1876, d'où :
    • Marie, née le 23 juin 1817, décédée le 4 juillet 1890 au château de Moreuil. Mariée avec Hervé de Rougé, marquis du Plessis-Bellière (6e), né le 18 janvier 1809 au Château de Moreuil, décédé le 26 juin 1888 au Château de Moreuil.
  • Maurice, vicomte de Pastoret (1798-1817).

Adélaïde Piscatory de Vaufreland vécut avec le chevalier de Pange un amour partagé mais celui-ci ne put l'épouser et la jeune fille convola avec Monsieur de Pastoret en 1789.

Celui-ci ayant émigré, elle divorça en 1795 pour épouser le chevalier revenu d'émigration, mais celui-ci, désabusé, ne répondit plus à ses sentiments et épousa sa cousine Anne-Louise de Domangeville. Il mourut peu après. Adélaïde se réconcilia avec son mari dont elle eut un fils. Sous l'Empire, elle se consacra aux besoins de petite enfance et fonda les premières crèches et écoles maternelles..

Source[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Appelé Emmanuel Pastoret (sans particule) dans les documents parus sous la Première République et au début du Premier Empire ; ses œuvres antérieures ou postérieures à cette époque sont signées M. de Pastoret ou M. le marquis de Pastoret (sans prénom).
  2. Au sujet de sa date de naissance exacte, voir cet article du site Textes rares.
  3. Par 458 voix (814 votants).
  4. Par 136 voix (215 votants).

Lien externe[modifier | modifier le code]