Oligarchie

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Une oligarchie (du grec ancien ὀλιγαρχία / oligarkhía, dérivé de ὀλίγος / olígos (« petit », « peu nombreux »), et ἄρχω / árkhô (« commander ») est une forme de gouvernement où le pouvoir est réservé à un petit groupe de personnes qui forment une classe dominante[1].

On peut distinguer les oligarchies institutionnelles et les oligarchies de fait. Les oligarchies institutionnelles sont les régimes politiques dont les constitutions et les lois ne réservent le pouvoir qu'à une minorité de citoyens. Les oligarchies de fait sont les sociétés dont le gouvernement est constitutionnellement et démocratiquement ouvert à tous les citoyens mais où en fait ce pouvoir est confisqué par une petite partie de ceux-ci.

L'oligarchie est faite des meilleurs (« aristocratie » au sens étymologique), des plus riches (ploutocratie), des scientifiques et techniciens (technocratie), des Anciens (gérontocratie), de ceux qui bénéficient de la force ou de tout autre pouvoir de fait.

L'oligarchie dans l'histoire[modifier | modifier le code]

L'oligarchie institutionnelle[modifier | modifier le code]

L'étude des sociétés et des systèmes de gouvernements des sociétés traditionnelles démontre l'omniprésence du système oligarchique, basé sur l'idée que seule une partie des citoyens serait apte à gérer l'État et à se dévouer corps et âme à sa grandeur, à sa richesse et au salut des autres citoyens. Sans faire une analyse complète, de nombreux exemples sont connus, ainsi les Institutions de la République romaine sont un exemple classique d'oligarchie, ainsi que le système politique spartiate qui possède une composante oligarchique avec la gérousie. En France, les institutions de la monarchie absolue où le pouvoir politique et militaire est réservé à la noblesse, statut social que les familles ne peuvent atteindre qu'après le long déroulement quasi initiatique de plusieurs générations (comme dans de nombreuses sociétés primitives) les rendant aptes au pouvoir, est un autre exemple de société oligarchique. La première République française où le pouvoir politique est entre les mains des seuls censitaires en est un autre. Les vieilles république de Venise ou république des Provinces-Unies étaient tout autant et d'une façon encore plus exclusive dirigées selon des constitutions que nous nommerions oligarchiques.

L'oligarchie de fait[modifier | modifier le code]

Les sociétés contemporaines du monde occidental, même si en droit elles se définissent comme démocratiques, sont elles aussi concernées par une dynamique oligarchique selon certains intellectuels. Ainsi, Hervé Kempf, dans son ouvrage intitulé L'oligarchie ça suffit, vive la démocratie[2], met en exergue la concentration croissante du pouvoir décisionnel par une élite restreinte de dirigeants politiques, de grands chefs d'entreprises, d'acteurs financiers, de journalistes influents, etc. Ceux-ci constituent en effet une caste de plus en plus puissante, dont les membres délibèrent entre eux de décisions s'appliquant à l'ensemble de la population, alors que celles-ci ont pour finalité exclusive de servir leurs intérêts personnels. Ce constat amène l'auteur à estimer que les régimes étudiés sont oligarchiques de fait, et non plus démocratiques. Toujours d'après Kempf, cette idéologie qui suscite un consensus chez l'ensemble des "oligarques" a contribué à exacerber les inégalités au profit des "très riches", ainsi qu'à accentuer la relation entre capital détenu, prestige social et capacité à influer sur les principales décisions prises par un pays. Ceci aurait favorisé une collusion croissante entre les représentants politiques et les élites économiques ou financières afin de satisfaire des intérêts de plus en plus convergents, au détriment du "bien commun".

Selon Hervé Kempf, la dérive oligarchique des sociétés occidentales a été symbolisée de manière flagrante lors de l'adoption par les pays membres de l'Union Européenne, du traité de Lisbonne en 2008. Celui-ci reprend en effet la plupart des principales dispositions du traité constitutionnel de l'Union européenne, alors que les peuples français et néerlandais s'étaient prononcés contre celui-ci, lors de référendums censés incarner une souveraineté populaire que l'adoption de ce traité sans consultation des populations remet en cause.

Quelques définitions dans la littérature[modifier | modifier le code]

Selon Apulée, l'oligarchie existe lorsqu'une majorité d'hommes sans ressources et sans aveu se met à la discrétion de quelques riches, se livre à eux corps et âme, et qu'ainsi la souveraine puissance devient l'apanage non pas d'hommes éclairés mais de quelques parvenus opulents[3].

Selon Les Caractères de Théophraste, l'oligarque est quelqu'un qui semble aimer le pouvoir pour la puissance et la richesse qui lui sont attachées[4].

Le terme oligarque, qui n'était plus utilisé que pour l'histoire des sociétés anciennes ou les récits de science-fiction, a trouvé un regain de faveur pour désigner les hommes d'affaires riches et les intellectuels ayant des liens avec le pouvoir politique. Aujourd'hui on rencontre le danger d'oligarchie dans les domaines les plus divers de la vie quotidienne où un domaine nécessite un pouvoir ou une structure organisée (associations, clubs, forums, cercles...).

L'oligarchie dans la Grèce antique[modifier | modifier le code]

L'oligarchie a revêtu des formes diverses dans l'Antiquité grecque, mais elle supposait toujours la division des citoyens en deux classes, dont l'une seulement participait au gouvernement. Selon les cités, cette classe de gouvernants était plus ou moins nombreuse, et pouvait tenir ses privilèges soit de la naissance, soit de la fortune tirée des revenus d'une propriété foncière, ou de biens mobiliers ou immobiliers[5]. Aristote, dans le Politique[6] a réduit cette grande variété d'oligarchies à quatre formes principales :

  • La première est une forme d'oligarchie mitigée, qui confine à la démocratie mitigée ; elle est caractérisée par un cens assez élevé pour interdire les magistratures aux plus pauvres, mais assez bas pour ouvrir largement l'accès des classes privilégiées. La souveraineté s'exprime dans la loi. Tel est le régime des villes de la confédération béotienne aux Ve et IVe siècles av. J.-C., Thèbes, Thespies et Orchomène entre autres, où existaient beaucoup de petites fortunes. Quiconque avait les moyens de se procurer une armure pour servir comme hoplite par exemple avait accès à l'assemblée des censitaires. Les cadres de la constitution oligarchique qui régissait Athènes depuis le milieu du VIIe siècle av. J.-C. n'eurent pas besoin d'être fortement modifiés par la réforme de Solon pour ouvrir la voie à la démocratie absolue[7].
  • La deuxième forme d'oligarchie selon Aristote est l'oligarchie politique, (πολιτικωτέρα dit Aristote), c'est-à-dire plus civique ; elle est ainsi nommée car elle donne le pouvoir non à une dynastie de familles, mais à une assez forte minorité de citoyens. « Elle suppose, dit Aristote, des possesseurs moins nombreux que dans l'hypothèse précédente, avec des fortunes plus considérables. Comme l'ambition s'accroît avec la puissance, ils s'arrogent le droit de nommer à tous les emplois du gouvernement ; mais comme ils ne sont pas encore assez puissants pour gouverner sans lois, c'est par la loi qu'ils se font reconnaître ce droit[8]. » C'est cette forme d'oligarchie qu'on trouvait à Cymé, Colophon Crotone et Rhêgion, qui étaient régies par une assemblée des Mille, tandis qu'Athènes connaissait l'oligarchie des Quatre-Cents en 411 av. J.-C. puis la constitution des Cinq Mille. Sparte où régnait le Conseil des trente gérontes lui-même dirigé par les cinq éphores, est l'exemple le plus célèbre de cette forme d'oligarchie[9].
  • La troisième forme d'oligarchie est l'oligarchie à dynasties multiples : quelques familles nobles exerçaient toutes les charges de l'État, et ces emplois étaient transmissibles de père en fils. Cependant, les pouvoirs n'étant pas concentrés entre les mains d'un seul, c'est la loi qui garantissait l'hérédité des privilèges. Tel fut le régime qui gouverna le grand port de Massalia au temps de Strabon : du conseil des six cents timouques nommés à vie était issu le comité des Quinze exerçant le pouvoir exécutif, tandis qu'un des Trois était le chef officiel de la cité[10].
  • Enfin, la forme la plus extrême d'oligarchie est l'oligarchie dynastique : le magistrat suprême détient seul un pouvoir héréditaire et possède de telles richesses, commande à tant de sujets, que la souveraineté est entièrement entre ses mains, au lieu d'appartenir à la loi. Cette oligarchie dynastique fut représentée dans la Thessalie ancienne avec les Aleuades, à Pharsale avec la maison d'Échécratidès, et à Corinthe avec les Bacchiades[11].

Portée limitée de la notion[modifier | modifier le code]

Les analystes politiques remarquent qu’en un sens « toute société est inévitablement une oligarchie » quel que soit le système politique revendiqué. Le nombre de membres de l'oligarchie (nombre absolu ou relatif) n'apparaît pas dans sa définition[12].

Même dans un système électif, il se crée une classe qui regroupe les personnes qui connaissent les mécanismes de l'État et exercent son contrôle. Aristote écrivait d'ailleurs : « Il est démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort, et oligarchique qu'elles soient électives »[13].

Les oligarchies sont des systèmes politiques complexes, avec souvent plusieurs cercles (plus ou moins formels) de pouvoirs de plus en plus concentrés, des spécialisations selon le domaine de pouvoir (commercial, juridique, religieux, militaire, technologique, etc.), et un exercice du pouvoir souvent discret et collégial. On y retrouve généralement des familles dominantes, pour qui la position politique est un élément de patrimoine transmis aux enfants, dont l'éducation est organisée dans cette perspective. On peut y trouver, ou non, des systèmes de castes.

Dynamique du gouvernement oligarchique[modifier | modifier le code]

Une société oligarchique est instable[réf. nécessaire], le pouvoir se diffuse ou se concentre au cours du temps, le phénomène étant compliqué par les influences étrangères :

  • les situations de guerre permettent à un individu de concentrer de grands pouvoirs, de sorte que l'oligarchie est soumise au risque de disparaître aussi bien par la défaite (cas de Carthage, qui disparaît faute d'avoir assez soutenu la famille des Barca (Hamilcar puis Hannibal) que par la victoire (cas de Rome, qui se dissout dans l'Empire des Julio-Claudien). Beaucoup des monarchies européennes furent établies de cette manière au Moyen Âge.
  • le commerce international et l'enrichissement très concentré qu'il permet conduit aussi à une concentration (dont profitèrent par exemple les Médicis à Florence).
  • Inversement, les oligarchies peuvent imposer au monarque ou au dictateur le partage de ses pouvoirs avec d'autres couches de la société. Un exemple de ce processus est l'union des nobles d'Angleterre, forçant, en 1215, le roi Jean d'Angleterre à signer la Magna Carta, reconnaissance tacite de l'existence d'un contre-pouvoir et de l'affaiblissement du pouvoir royal. La Magna Carta fut ensuite révisée, garantissant plus de droits à plus de monde posant les bases de la future monarchie constitutionnelle.


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir le Politique d'Aristote.
  2. Hervé Kempf, L'oligarchie ça suffit, vive la démocratie, Éditions du Seuil,‎ 2011 et réédition avec Préface à l'édition de poche 2013 (ISBN 978-27578-3230-1)
  3. Apulée, De la Doctrine de Platon : Livre II.
  4. Caractères XXVI : L'oligarque.
  5. Glotz 1970, p. 78.
  6. Aristote, Politique, VI (ou IV), 5, 1 et 6-8.
  7. Glotz 1970, p. 87-88.
  8. Aristote, Politique, VI (ou IV), 5-7.
  9. Glotz 1970, p. 84-86.
  10. Glotz 1970, p. 81-83.
  11. Glotz 1970, p. 79-81.
  12. Passim Après l'empire : Essai sur la décomposition du système américain, Emmanuel TODD - (CNRS), Gallimard, 2002.[réf. incomplète]
  13. Politique, IV, 9, 4, Traduction : Pierre Pellegrin (le livre IV est parfois placé en VI).

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gustave Glotz, La cité grecque, Albin Michel, coll. « L'évolution de l'humanité »,‎ 1970, 476 p.