Transnistrie

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République moldave du Dniestr

Приднестровская Молдавская Республика (ru)

Република Молдовеняскэ Нистрянэ (mo)

Придністровська Молдавська Республіка (uk)

Drapeau
Drapeau de la Transnistrie.
Blason
[[Armoiries]].
Description de l'image  TransnistrianRegionMap.png.
Hymne national Hymne national de la Transnistrie, adopté en 1991
Administration
Forme de l'État République
Revendiqué par Drapeau de la Moldavie Moldavie
Reconnu par aucun pays de la communauté internationale
Président Evgueni Chevtchouk
Langues officielles roumain (cyrillique)
russe
ukrainien
Capitale Tiraspol
Géographie
Superficie totale 4 163 km2
Fuseau horaire UTC +2
Démographie
Population totale (2004) 555 500 hab.
Densité 133 hab./km2
Économie
Monnaie Rouble de Transnistrie
Divers
Code ISO 3166-1
Domaine Internet aucun (les domaines .md et .ru sont utilisés)
Indicatif téléphonique +373 533

La Transnistrie, officiellement République moldave du Dniestr, est une république d'Europe de l'Est qui s'est autoproclamée indépendante mais non reconnue par la communauté internationale[1], y compris la Russie, à l'exception de deux autres républiques séparatistes, l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie.

Le territoire revendiqué se trouve dans l'Est de la Moldavie, essentiellement entre le Dniestr et la frontière ukrainienne, et sa capitale est Tiraspol. La Transnistrie est revendiquée comme partie intégrante de son territoire par la République de Moldavie soutenue en cela par la totalité des États membres de l'Organisation des Nations unies. Sur la majeure partie du territoire de facto de la « République moldave du Dniestr », les autorités moldaves reconnaissent de jure une « Unité territoriale autonome de la rive gauche du Dniestr » („Unitatea teritorială din stînga Nistrului” ), région autonome à majorité russophone.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Territoire de facto de la Transnistrie (avec Tighina mais sans Cocieri, Molovata, Corjova, Coșnița, Pârâta et Doroțca).

Le territoire administré par Tiraspol est communément mentionné en français sous le nom « Transnistrie »[2], dénomination venant du daco-roumain « Transnistria » et signifiant « au-delà du Dniestr ». La dénomination russe est « Приднестровьe » (« Pridniestrovie ») signifiant « près du Dniestr ». En fait, le terme de « Transnistrie » désigne les régions de Podolie et du Yédisan, toutes deux situées à l'est du fleuve Dniestr, et pas seulement la « République moldave du Dniestr ».

En forme longue, le régime porte un nom différent pour chacune des trois langues officielles (daco-roumain, russe, ukrainien). La dénomination moldave : Република Молдовеняскэ Нистрянэ en caractères roumains cyrilliques, est la même qu'en caractères latins (roumain : Republica Moldovenească Nistreană, traduisible par « République moldave du Dniestr »), tandis qu'en russe : Приднестровская Молдавская Республика et ukrainien : Придністровська Молдавська Республіка elle comporte le préfixe « При » dont la traduction est plus délicate. Ce préfixe se traduit en toponymie par « lez », « lès » ou « auprès de ». La forme longue slave serait donc « République moldave près du Dniestr ». Le gouvernement de Tiraspol joue de cette ambiguïté pour utiliser le mot « Приднестровьe » comme nom commun, translittéré « Pridnestrovie » en écriture latine[3]. La meilleure traduction en français des noms slaves serait « Cisdniestrie », et la meilleure transcription, « Pridniestrie » ou « Pridniestrovie ». On trouve quelquefois la forme « Transdniestrie », mélange entre la dénomination daco-roumaine et la dénomination russe.

Géographie[modifier | modifier le code]

Étendue[modifier | modifier le code]

Son territoire de 4 163 km2, superficie équivalente à celle du département français des Pyrénées-Orientales ou de la province belge de Luxembourg, s'étire entre le fleuve Dniestr et la frontière internationalement reconnue entre la République de Moldavie et l'Ukraine. La concordance entre le territoire de la « République moldave du Dniestr » (RMD) et l'« Unité territoriale autonome de la rive gauche du Dniestr » (UTAD), juridiquement reconnue au sein de la Moldavie, n'est que partielle : la RMD administre en effet des territoires qui ne font pas partie de l'UTAD, comme la ville de Bendery (Tighina) sur la rive droite du fleuve, mais ne contrôle pas tout le territoire de l'UTAD, car les communes de Cocieri, Molovata Nouă, Corjova, Coșnița, Pârâta et Doroțcaia ont choisi de se placer sous l'autorité internationalement reconnue du gouvernement de Chișinău.

Régions administratives[modifier | modifier le code]

Carte des « Raions » (divisions administratives).

La République moldave du Dniestr est subdivisée en cinq raions et deux municipalités non rattachées (arrondissements : les noms russes et leur translittération latine sont indiqués entre parenthèses) :

  • raions :
    • Camenca (Кáменка : Kamenka) ;
    • Dubăsari (Дубоссáры : Doubossary) ;
    • Grigoriopol (Григориóполь : Grigoriopol') ;
    • Rîbniţa (Рыбница : Rybnitsa) ;
    • Slobozia (Слободзeя : Slobodzeïa) ;
  • municipalités non rattachées :
    • Tiraspol (Тирáсполь : Tiraspol'), la capitale ;
    • Bender (ou Бендeры, Bendery), détachée de son ancien raion par la sécession de la République moldave du Dniestr.

Situation politique[modifier | modifier le code]

Outre la Transnistrie, la Russie a également reconnu directement ou indirectement l'indépendance de la Crimée, de l'Ossétie du Sud, du Haut-Karabagh et de l'Abkhazie.
  •      Russie
  •      anciennes Républiques socialistes soviétiques
  •      territoires post-soviétiques ayant déclaré leur indépendance et reconnus par la Russie
  •      territoires post-soviétiques ayant déclaré leur indépendance et reconnus seulement par des territoires devenus indépendants eux-mêmes reconnus par la Russie

Aucun État membre de l'ONU ne reconnaît la République moldave du Dniestr, état de facto indépendant situé sur le territoire de la République de Moldavie[4].

Siège de l'administration de la présidence de la république moldave du Dniestr à Tiraspol, 53 rue Gorki (photographie de juillet 2011).
Siège du parlement (Maison des Conseils) à Tiraspol, en 2013.

Contrairement à l'Ossétie du Sud et à l'Abkhazie, qui la reconnaissent, la République moldave du Dniestr n'est pas reconnue par la Russie même si celle-ci accepte officieusement de délivrer des passeports à ses ressortissants[5] et la soutient économiquement et militairement. Elle est, de fait, une enclave russe entre la République de Moldavie et l'Ukraine. La présence militaire russe assure un statu quo qui bloque les communications entre la RMD et le reste de la Moldavie, mais elles sont ouvertes côté ukrainien.

La Russie y stationne le « groupe opérationnel des forces russes en Moldavie », nom donné en 2005 aux éléments de la XIVe armée des Forces armées de la Fédération de Russie, sur place pour empêcher la Moldavie de reprendre le pouvoir sur cette région, qui inclut la majeure partie de l'industrie moldave et la centrale hydroélectrique de Dubăsari. La tentative de la Moldavie de s'en emparer en 1992 s'est soldée par une cuisante défaite face à la XIVe armée russe alors commandée par le général Alexandre Lebed (décédé en 2002), qui était en poste en République moldave du Dniestr depuis l'époque de l'Union soviétique.

La RMD possède sa propre constitution, son drapeau, son hymne, son président, son Parlement (Soviet Suprême), son gouvernement, son armée, sa monnaie (le rouble RMD ou Souvoriki) et utilise l'alphabet cyrillique, y compris pour la langue daco-roumaine appelée « moldave » en Moldavie et « roumain » en Roumanie, qui s'écrit en caractères latins dans ces deux pays.

La Transnistrie a conservé les symboles soviétiques, notamment sur son drapeau et ses armoiries, bien que n'étant plus officiellement communiste, le gouvernement ayant procédé à une libéralisation progressive de l'économie à partir de 1992. Les dirigeants de la Transnistrie indiquent cependant ne pas renier leur passé dans l'URSS et n'en être jamais officiellement sortis : le régime du parti unique y perdure.

Le [6], la République moldave du Dniestr a annoncé vouloir tenir un référendum sur son indépendance. Le 6e congrès extraordinaire des représentants par la voix du président du Soviet Suprême, Evguenï Chevtchouk, a demandé une supervision de ce référendum par des observateurs internationaux. Chevtchouk a aussi demandé que la Russie et l'Ukraine reconnaissent officiellement la RMD. Ce référendum a mobilisé 78,6 % des électeurs, qui ont approuvé à 97,1 % le rattachement à la Russie dans le cadre de la CEI[7]. Les observateurs de la CEI ont déclaré que le référendum s'est déroulé de manière libre et démocratique, alors que ceux de l'Union européenne et de l'OSCE ont refusé de reconnaître les résultats en raison d'irrégularités.

En décembre 2011, Evgueni Chevtchouk, ex-président du Soviet suprême de Tiraspol et opposant politique, est élu président face à Anatoli Kaminski, président du Parlement et soutenu par Moscou[8]. Igor Smirnov, candidat à sa propre succession, est éliminé au premier tour.

Histoire[modifier | modifier le code]

La République moldave du Dniestr fait partie de l'ancienne région ukrainienne de Podolie : à l'exception de la ville de Tighina (appelée aussi Bendery), son territoire n'a appartenu ni à l'ancienne Principauté de Moldavie ni à l'ancienne Bessarabie. En revanche, en 1924, il est inclus dans la République autonome moldave que les Soviétiques ont alors créée en Ukraine. En 1940, lorsque l'URSS occupe la Bessarabie, la République autonome moldave disparait : sa partie orientale réintègre l'Ukraine, tandis que sa partie occidentale (soit globalement l'actuelle RMD) rejoint la nouvelle République soviétique moldave.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la région est occupée par la Roumanie devenue fasciste, où le régime d'Antonescu, le « Pétain roumain », en fait une sorte de « Sibérie roumaine » où il déporte résistants, juifs et roms qu'on laisse mourir de froid et de dysenterie, quand ce n'est pas l'armée elle-même qui les fusille lorsqu'ils tentent de résister.

L'Armée rouge revient en mars 1944 et la Transnistrie est réintégrée à l'Union soviétique qui l'industrialise dans les années 1960.

La République moldave du Dniestr fait sécession de la Moldavie en 1991 lorsque cette dernière prend son indépendance vis-à-vis de l'URSS (au sein de laquelle la RMD souhaite demeurer).

Alors que l'Union soviétique commence à se désintégrer à la fin des années 1980, il se produit en Moldavie avec la future RMD et la Gagaouzie un phénomène similaire à celui observé en Ukraine avec la Crimée, en Géorgie avec l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, ou en Azerbaïdjan avec le Haut-Karabakh[9] : face aux mouvements centrifuges et indépendantistes des Républiques unionales (Moldavie, Ukraine, Géorgie, Azerbaïdjan), le pouvoir russe encourage et soutient l'autonomie des minorités locales (russe en Ukraine et Moldavie, abkhaze et ossète en Géorgie, arménienne en Azerbaïdjan). Cela a pour effet de dresser les habitants les uns contre les autres, et de poser l'armée soviétique en arbitre.

Les tensions ethniques augmentent dans toutes ces régions. En juin 1990, lorsque le Parlement de la République de Moldavie adopte l'utilisation du roumain (langue de la majorité autochtone) comme seule langue officielle de la république, les Russo-Ukrainiens, déjà alarmés depuis 1989 par la réintroduction de l'alphabet latin sur tout le territoire et la volonté moldave de sortir du giron soviétique, expriment leur mécontentement : ils craignent de devoir apprendre la langue locale et de perdre leur situation privilégiée pour raison linguistique, comme dans les pays baltes. De plus, une éventuelle réunification entre la Roumanie et la République de Moldavie paraît inacceptable pour les slavophones (25,4 % de la population en République de Moldavie, mais qui ne seraient alors plus que 8 % dans une Roumanie-Moldavie unie). Aussi, les slavophones de Transnistrie, localement majoritaires, réclament le maintien de leur région au sein de l'URSS ou de la Russie, comme c'est le cas pour l'enclave de Kaliningrad.

La « République socialiste soviétique moldave du Dniestr » est proclamée le . Dès novembre, des violences éclatent entre les forces armées de la République de Moldavie et les milices russophones de la RMD, ces dernières étant alors appuyées par la XIVe armée russe qui est stationnée en permanence sur le territoire. La journaliste Olga Căpăţînă note qu'il y a dans chaque armée des russophones et des roumanophones, et qu'à son avis il s'agit d'un conflit politique et non pas ethnique[10]. La nouvelle République moldave du Dniestr choisit Tiraspol comme capitale et demande son rattachement à la Russie.

En novembre 1991, dans le contexte de la dissolution de l'URSS et de l'abandon du communisme, le pays est renommé par les autorités en « République moldave du Dniestr » et abandonne officieusement et partiellement l'idéologie communiste (du moins dans le domaine économique) pour s'orienter vers un passage progressif à l'économie de marché. À l'occasion d'un « référendum » organisé en décembre 1991, la population de la RMD se prononce pour l'indépendance du territoire.

En juin 1992, les combats reprennent. Le , un violent tir d'artillerie sur les garde-frontière moldaves (et sur un bus civil qui passait par là, tirs filmés par Olga Căpăţînă) près de la forêt de Hârbovăţ/Gerbovetskii fait 112 morts dans les rangs moldaves et signe la fin effective des hostilités à la suite de cette démonstration de force[11].

Une force trilatérale de la mission PFK de maintien de la paix de la CEI (russe, moldave et transnistrienne) est déployée le le long du Dniestr et autour de Tighina. Dans cette force, Russes et Transnistriens sont 894 (402 soldats russes et 492 transnistriens), les Moldaves sont 355, et il y a aussi 10 observateurs militaires ukrainiens[12].

À l'automne 1992, les négociations aboutissent à un accord entre le président de la République de Moldavie Mircea Snegur et le président de la Fédération de Russie, Boris Eltsine : la Russie resterait neutre si la République moldave du Dniestr bénéficiait d'un statut de région autonome dans le cadre de la République de Moldavie : c'est la naissance de l'« Unité territoriale autonome de la rive gauche du Dniestr » (UTAD). En échange, la République de Moldavie s'engage à ne plus revendiquer son identité roumaine, à ne pas demander son rattachement à la Roumanie ou, dans ce cas, à accorder le droit à l'autodétermination à l'UTAD.

Les efforts diplomatiques du président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, vont dans le sens de la création d'une région intégrée à la République de Moldavie, à condition que cette dernière soit bilingue russe-moldave, ne revendique pas sa roumanophonie et reste liée à la Fédération de Russie par des accords bilatéraux[13].

Dans ce contexte, le référendum d'autodétermination, soutenu par la Russie et organisé le en République moldave du Dniestr, a eu pour résultat 97,1 % de voix en faveur du rattachement à la Russie dans le cadre de la CEI[7].

En décembre 2011, l'élection présidentielle est remportée par l'opposant Evgueni Chevtchouk qui remplace Igor Smirnov[14]. Chevtchouk déclare qu'il cherchera « la reconnaissance internationale de l'indépendance de la RMN ».

Solutions proposées pour sortir du statu quo[modifier | modifier le code]

Igor Smirnov, président de la République moldave du Dniestr de sa création à 2011.

En 2003, Dmitri Kozak, l'envoyé du président russe Vladimir Poutine, suggère une « fédéralisation » de la République de Moldavie garantie par la Russie et l'Ukraine. Les partis qui revendiquent l'union avec la Roumanie, minoritaires, estiment que toutes ces propositions visent en réalité à russifier la Moldavie entière et que si elles sont adoptées, ce serait en fait une annexion de la Moldavie par la République moldave du Dniestr[15]. Cela détermine l'Ukraine à proposer d'accorder à la RMD le statut de « République autonome » dans le cadre de la République de Moldavie : l'Ukraine a fait la même chose sur son propre territoire en Crimée pour empêcher la Russie d'en prendre le contrôle, et cette solution a la faveur de la population russophone majoritaire locale. Quant à la République de Moldavie, son parlement à majorité communiste a adopté au mois de juillet 2005 une loi qui accorde à l'« Unité territoriale autonome de la rive gauche du Dniestr » (UTAD) une large autonomie. Ces plans acceptent comme garants la Russie et l'Ukraine, mais le plan moldave prévoit aussi les États-Unis et l'Union européenne.

Toutefois, la République moldave du Dniestr n'a reconnu aucune de ces dispositions, et c'est pourquoi elle n'est à son tour reconnue par aucun état membre de l'ONU (elle n'est reconnue que par trois États non reconnus internationalement : l'Abkhazie, l'Ossétie du Sud et le Haut-Karabagh). Elle n'existe donc que de facto : seule l'UTAD bénéficie d'un statut de jure. Pour tenter de débloquer la situation après que les communistes ont également acquis la majorité à Chișinău, une première rencontre directe entre les deux présidents communistes de Moldavie (Vladimir Voronine) et de la République moldave du Dniestr (Igor Smirnov) a lieu à Bendery (Tighina) (ville sous administration de la RMD) le . Mais la relance du processus de négociations dit « 5+2[16] » échoue, car Smirnov, son gouvernement et, pour autant qu'ils puissent s'exprimer, ses électeurs souhaitent un rattachement à la Russie[17], que ni le Kremlin ni la Moldavie, ni l'Organisation des Nations unies n'admettent. Les tensions augmentent avec la Moldavie, à l'été 2013, à l'approche de la signature du partenariat oriental [18]

Le 18 mars 2014, soit deux jours après le référendum de 2014 en Crimée portant sur le rattachement de cette république à la Russie (96,77 % de la population ayant voté est en faveur de ce choix), la République moldave du Dniestr a souhaité rejoindre la Fédération de Russie[19],[20].

Démographie[modifier | modifier le code]

Selon les statistiques de 2005, la composition ethnique de la RMD est la suivante :

Il y a également des minorités polonaises, notamment dans le nord du pays.

Économie[modifier | modifier le code]

Symboles soviétiques dans une rue de Tiraspol.
50 roubles de Transnistrie (billet de 2007).
Siège de la banque de la république de Transnistrie (PRB) en 2011

La République moldave du Dniestr a bénéficié jusqu'à l'effondrement de l'Union soviétique de la majeure partie des investissements faits en Moldavie[22]. Ainsi, en 1990, 40 % du PNB total de la Moldavie était assuré par la République moldave du Dniestr sur le territoire de laquelle se trouvaient la plupart des industries moldaves. Cette situation est toujours d'actualité en 2010 mais la République moldave du Dniestr, enclavée, doit faire transiter ses marchandises par l'Ukraine ou, plus rarement, la Moldavie.

Parmi les principales entreprises du pays : Tirotex, deuxième entreprise textile d'Europe est un héritage soviétique. Cette entreprise emploie 6 100 salariés et est le principal employeur de main-d'œuvre féminine du pays. Elle s'est considérablement modernisée avec des machines-outils allemandes et chinoises et traite l'ensemble de la chaîne textile, de la fibre jusqu'au vêtement fini. Cette modernisation et le faible coût de la main-d'œuvre lui permet d'être compétitive en Europe, où elle écoule une grande partie de ses produits, face aux produits chinois ou du Maghreb. Faute de reconnaissance officielle du pays, ses produits sont étiquetés Made in Moldova.

L'autre grande entreprise de la République moldave du Dniestr est le groupe Sheriff, fondé par Viktor Gouchane (Ukrainien de RMD) et Ilya Kazmaly (Russe d'origine gagaouze), tous deux anciens officiers des services de renseignement soviétiques. Le groupe possède une chaîne de supermarchés, des usines agro-alimentaires, le principal réseau de station-service, des concessions automobiles, une agence de publicité, une chaîne de télévision, un opérateur de téléphonie mobile, etc. Il est également propriétaire de l'équipe de football de Tiraspol et a construit en 2000 un complexe sportif de plus de 200 millions de dollars.

Le groupe Sheriff est un des principaux appuis économiques du président Smirnov dont le fils, Oleg Smirnov est l'un des dirigeants. Il bénéficie d'avantages tels des réductions de taxes d'import-export.

Autrefois État pauvre et ultra-militarisé, marqué par la guerre civile de 1992 (200 morts), la République moldave du Dniestr a, depuis, bénéficié d'investissements russes substantiels et aujourd'hui elle est plus industrialisée et plus moderne que sa voisine la Moldavie[23].

Le partenaire économique le plus important de la République moldave du Dniestr est toujours la Russie qui maintient le pays sous perfusion afin de bénéficier dans la région, entre Moldavie et Ukraine, et près des frontières orientales de l'Union européenne et de l'OTAN, d'une « tête de pont » marquant sa zone d'influence exclusive : des usines Gazprom sont d'ailleurs implantées dans le pays[24].

Trafic d'armes[modifier | modifier le code]

Le , The London Times a publié un article sur les ventes d'armes par des réseaux mafieux en RMD, y compris des missiles à tête « radioactive ». Si cette information était fondée, il ne s'agirait évidemment pas de têtes nucléaires, mais de têtes contenant une très petite quantité de matériau fissile, probablement utilisée dans les capteurs, ou encore forgées en métal contenant de l'uranium appauvri, comme celles que l'OTAN utilisa contre la Serbie.

Les ventes d'armes représenteraient une source majeure de revenus pour l'économie « informelle » en RMD. Selon Zaur Borov et Stephen Bowers (in Illegal Weapons Traffic in Eastern Europe), on trouverait de l'armement léger mais aussi des missiles Stinger, armes anti-aériennes fabriquées aux États-Unis.

Un Français, Xavier Deleu, a collecté de nombreux témoignages dans le livre Transnistrie, la poudrière de l'Europe, mais cet ouvrage manque de données chiffrées, ce qui rappelle les anciennes controverses sur les réalités de l'URSS, et a fait dire à Jean-Baptiste Naudet du Nouvel Observateur que « la Transnistrie est un territoire de l'Europe géographique où l'URSS, son système, son administration, son décorum et ses méthodes sont encore en place : un véritable conservatoire historique ». Le livre plus récent de Frédéric Delorca (qui s'y est rendu en 2007) : Transnistrie : voyage au pays des derniers soviets, nuance pour sa part les thèses de Deleu et insiste sur les récents efforts de Tiraspol pour s'aligner sur les normes juridiques internationales.

Forces armées[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Forces armées transnistriennes.

L'armée de la RMD est forte d'environ 25 000 hommes au total[25].

L'effectif du groupe opérationnel des forces russes en Moldavie en septembre 2009 est de 1 500 militaires[26] et sont chargés de la protection des entrepôts de munitions ex-soviétiques. Il est composé, en 2005, de la 8e brigade des fusiliers motorisés de la Garde, du 1162e régiment de roquettes anti-aériennes, du régiment de transmissions, et d'autres éléments de soutien[27].

Culture[modifier | modifier le code]

Religions[modifier | modifier le code]

Cathédrale orthodoxe de Tiraspol

91 % de la population de la République moldave du Dniestr est de religion orthodoxe, rattachée au Patriarcat de Moscou[28]. Seulement 4 % de la population est catholique (principalement des Polonais) et vit notamment dans le nord de la RMD[29].

Le gouvernement de la République moldave du Dniestr, soutient la construction de nouvelles églises orthodoxes dans le pays : la Constitution du pays affirme respecter la liberté de religion. Dans les fêtes officielles, les hiérarques orthodoxes figurent en bonne place aux côtés des militaires et des membres du gouvernement[30].

Droits de l'homme[modifier | modifier le code]

Le parlement de la République moldave du Dniestr est signataire d'un traité visant à garantir les droits de l'homme en septembre 1992[31].

Toutefois, il est difficile d'en vérifier le respect, même si récemment des liaisons quotidiennes par autobus entre Chisinau et Tiraspol ont été autorisées pour les citoyens moldaves, russes, ukrainiens et de la RMD (dont beaucoup de citoyens ont également des passeports russes ou ukrainiens). La frontière de fait entre Transnistrie et Moldavie sépare des familles et est donc traversée quotidiennement par de nombreuses personnes. De nombreux contrôles ont lieu qui peuvent constituer une atteinte aux droits de la personne humaine et parfois comporter des réactions violentes de la part des forces armées[32].

Selon Amnesty International[33] les libertés fondamentales (association, élections libres, presse) n'y sont pas garanties car les habitants subissent en permanence la pression du gouvernement : personne n'oserait critiquer la politique indépendantiste de la RMN depuis 1990, position assimilée à une trahison (et juridiquement passible de lourdes peines) étant donné que l'identité même de l'État a été construite dès le départ sur l'opposition à la Moldavie, la "russité" du pays, l'isolationnisme et la méfiance vis-à-vis de toute influence occidentale. Le pays reste relativement coupé du monde, et de nombreuses personnes ont déjà été arrêtées pour avoir simplement manifesté pour des motifs sociaux ou économiques, sans même être de véritables opposants au régime de Tiraspol[34]. Les médias sont également contrôlés par le gouvernement, il n'y a pas de liberté de presse[35].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « La Transnistrie, région vestige de l’URSS », Michael Lambert, Le Journal International, 7 août 2013
  2. Une rapide recherche sur le site Internet du Conseil de l'Europe relève 1248 occurrences pour « Transnistrie/Transnistria », 134 occurrences pour les mots « Transdniestrie/ Transdniestria » et 22 occurrences pour « Transdnistrie/Transdnistria ».
  3. Exemple sur le site Internet Pridnestrovie
  4. La Transnistrie, un État de facto à la frontière de l'UE, diploweb.com, 1er janvier 2007
  5. «Qui suis-je ? Il paraît que je suis transnistrien», Libération, 6 avril 2009
  6. « Dniester region to hold referendum on independence », ITAR-TASS, .
  7. a et b Résultats du référendum du 17 septembre 2006
  8. « Transnistrie : un opposant élu président face au candidat de Moscou », Le Monde, 26 décembre 2011.
  9. Hélène Carrère d'Encausse, La gloire des nations ou la fin de l'Empire soviétique, Paris, Fayard, 1990, et Victorieuse Russie, Paris, Fayard, 1992.
  10. Olga Căpăţînă: Книга воинам / Cartea războiului, Association des mères des soldats abattus, Chisinău 2000, (ISBN 9975-9562-0-3)
  11. (ru) Кровавое Лето В Бендерах (записки походного атамана) Часть 13. "Геноцида не допустим". Часть 14. Конец войны., Art Of War, 2 février 2010
  12. PKF - Force conjointe de maintien de la paix sur la frontière moldavo-transnistrienne, ROP, juillet 1992
  13. Transnistrie: Moscou prône la reprise du dialogue Chisinău-Tiraspol (diplomatie russe), RIA Novosti. 26/02/2008
  14. Evgueni Chevtchouk élu à la présidence sur [1]
  15. Déclaration de Iurie Rosca au VIIIème congrès du PPCD
  16. N. Gros-Verheyde, « Entre la Moldavie et la Transnistrie, un timide rapprochement », Bruxelles2, 25 avril 2008
  17. En 2007, un plébiscite montre que 97,1 % de la population a voté pour un rattachement à la Fédération de Russie : voir « La Transnistrie vote à 97,1 % pour le rattachement à la Russie », Le Figaro, 15 octobre 2007.
  18. N. Gros-Verheyde, Tension à la frontière moldave avec la Transnistrie. Et à l’arrière-plan un bras de fer Moscou-Bruxelles ?, Bruxelles2, 22.06.2013
  19. (en) Moldova's Trans-Dniester region pleads to join Russia, BBC News, 18 mars 2014
  20. (en) After Crimea, secessionist Transnistria filed request to join Russia, Moldova.org, 18 mars 2014
  21. (ru) ОГЛАШЕНЫ ПРЕДВАРИТЕЛЬНЫЕ ИТОГИ ПРИДНЕСТРОВСКОЙ ПЕРЕПИСИ НАСЕЛЕНИЯ
  22. François Grünenwald et Anne Rieu, « La Transnistrie », revue Diplomatie, n° 30, janvier-février 2008.
  23. La Transnistrie : Politique de légitimité d’un État de facto, Cairn.info, 2007
  24. Gazprom-Transnistrie: les paiements pour le gaz au menu d'une rencontre Miller-Smirnov, dans RIA Novasti du 16 septembre 2009, sur [2]
  25. Law enforcement and armed forces of Pridnestrovie, Pridnestrovie.net
  26. List of Russian military bases abroad (en)
  27. (ru) Что такое современная армия России, Kommersant, 21 février 2005
  28. World Directory of Minorities and Indigenous Peoples - Transnistria (unrecognised state) : Overview, UNHCR, 2007
  29. Groupes ethniques en Transnistrie
  30. Moldova : International Religious Freedom Report 2005, U.S Departement of State, 2005
  31. Human rights treaties signed, ratified by parliament, Pridnestrovie.net
  32. [3]
  33. Amnesty International : rapport annuel 2012, [4]
  34. Transnistrian power wielding forces hold over ten opponents of breakaway regime, Moldova.org, 13 mars 2007
  35. OSCE Mission to Moldova, OSCE.org

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Xavier Deleu, Transnistrie, la poudrière de l'Europe, Hugo, Paris, 2005 (ISBN 2755600551).
  • (fr) Frédéric Delorca, Transnistrie, voyage officiel au pays des derniers soviets, Éditions du Cygne, Paris 2009 (ISBN 9782849241301)
  • (fr) Victor-Yves Ghebali, L'OSCE dans l'Europe post-communiste, 1990-1996, Éditions Bruylant, 1996, 741 p. (ISBN 2802707469)
  • (fr) Marc Ferro, L'état de toutes les Russies, Éditions La Découverte, 1993, 446 p.
  • (fr) Florent Parmentier, La Moldavie à la croisée des chemins, Editoo.com, 2003, 178 p. (ISBN 2747700712)
  • (fr) Matei Cazacu, La Moldavie ex-soviétique : histoire et enjeux actuels, Acratie, 1993, 271 p. (ISBN 2909899012)
  • (fr) P.Loubière, Autoproclamation de la Transnistrie. Quelle révolution orange pour la Moldavie ?, Paris, décembre 2005 - janvier 2006
  • (fr) André Sellier, Atlas des peuples d'Europe centrale, Éditions La Découverte, 2002, 200 p. (ISBN 2707136395)
  • (fr) Jean Radvanyi, L'URSS : régions et nations, Masson, Paris, 1990, 294 p. (ISBN 2225820465)
  • (fr) Jean Radvanyi, Les États postsoviétiques : Identités en construction, transformations politiques, trajectoires économiques, Armand Colin, 2003, 235 p. (ISBN 2200264623)